La croix de perdition

L'ouvrage:
Hiver 1307-1308, Perche, abbaye de femmes des Clairets.
La jeune abbesse, Plaisance de Champloie, est confrontée à divers événements: d'abord, quatre personnes lui demandent asile. Ensuite, elle se voit obligée de demander le transfert de l'apothicaire de l'abbaye. C'est alors qu'une novice est assassinée. Le pape Clément 5 lui envoie Arnoldus de Vilanova, son médecin personnel, qui, dit-on, est également son espion. Il vient soi-disant pour aider à élucider le meurtre.

Critique:
Je ne connaissais pas du tout cet auteur... maintenant, j'ai envie de découvrir d'autres romans d'elle!
Si j'ai bien compris, celui-ci est la suite de «Monestarium», ou du moins, reprend certains personnages qu'on y rencontre.

L'auteur sait à merveille créer une ambiance dans laquelle son lecteur est immergé.
Tous ses personnages m'ont interpellée. Qu'on les apprécie ou pas, ils ne laissent pas indifférent. Leur psychologie est bien analysée, et ils ne sont pas manichéens, même si la sympathie du lecteur va plus à certains qu'à d'autres. Plaisance, sa tolérance et sa douceur inspirent la bienveillance. On a envie de protéger Hermionne. Quant à la petite bande d'Urdin, il est évident qu'ils sont sympathiques au lecteur.
Ma préférence s'est portée sur Marie de Baskerville. Elle est un peu brusque, mais sa pensée et ses réflexions sont si pertinentes. C'est elle qui dit tout haut ce que tout le monde pense. En outre, elle fait preuve de tolérance, et sait dédramatiser certaines situations.

L'intrigue est très bien construite. Je n'ai absolument rien deviné. Si l'intrigue est complexe, rien n'est compliqué. Je n'ai cessé de tourner en rond quant au cavalier noir. Je n'arrivais pas à comprendre comment il pourrait mettre ses plans à exécution. Et pourtant, tout est dans le livre! Il était très possible de deviner ce qui se passait avant qu'Arnoldus de Villanova ne le révèle.
Il en va de même quant aux meurtres des moniales.

Le livre ne souffre d'aucune longueur.
La psychologie des personnages est très bien analysée.
Le thème de la différence est abordé de diverses manières, à travers différents personnages: la petite cour des miracles, Hermionne, Marie de Baskerville, etc.
On voit aussi jusqu'où peut aller quelqu'un par amour: ce qu'il est prêt à accomplir, ce qu'il est prêt à croire.
Je ne parle pas souvent du style de l'auteur, mais ici, je m'y attarderai. Quelle joie de lire un roman au style fluide et recherché, et au vocabulaire relevé!

Je ne ferai que deux petits reproches. Le premier concerne Hermionne. Il est quand même étrange que personne ne découvre son sexe grâce à sa voix. Et il est un peu gros que Claire, à l'inverse, le devine tout de suite, avant même qu'Hermionne lui adresse la parole.
D'autre part, on ne sait pas vraiment comment vont se terminer les choses quant au plus cher souhait d'Urdin. On peut se douter de ce qui arrivera, néanmoins.

Éditeur: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Caroline Piedallu pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix agréable, elle met très bien le ton. Il est regrettable qu'elle parle très doucement, comme si elle était dans une pièce où se trouvait quelqu'un qu'il ne fallait pas réveiller. Cela fait que j'ai eu du mal à me concentrer sur ma lecture. Heureusement, le livre était passionnant!

Acheter « La croix de perdition » sur Amazon