The starter wife

L'ouvrage:
Claire a vingt-sept ans. Voilà deux ans qu'elle est mariée à Byron Wescott, quarante-sept ans, professeur de littérature. Elle tente de faire publier son premier roman, et d'en écrire un deuxième. Tout semble aller pour le mieux, mais un jour, la jeune femme reçoit un étrange mail qui lui glace le sang, et lui fait remettre certaines choses en question.

Critique:
Ma lecture de ce roman n'a pas été absolument comme d'habitude. Au bout de quelques chapitres, cela m'a rappelé un autre roman que j'appellerai «***» afin de ne donner aucun indice. Je n'ai pas du tout pensé que Nina Laurin avait copié sur l'auteur de «***», elle n'est donc pas à blâmer. Seulement, la situation de Claire semblait être la même que celle de l'héroïne de «***». Je me suis donc mise à espérer que cela se terminerait un peu de la même manière. Souhaitant brûler des étapes, j'ai fait quelque chose que je fais très rarement: j'ai lu l'épilogue. Ce qu'on y apprend ne me plaisant pas, j'ai pesté après l'autrice. Je pensais abandonner ce roman, mais j'ai écouté des débuts de chapitres. Ceux-ci m'ont fait comprendre deux choses: premièrement, je me suis dit que Nina Laurin avait sûrement fait encore mieux que ce que j'espérais. Deuxièmement, j'ai pensé que j'allais pouvoir lire la suite en connaissant la solution. Cela pourrait me permettre de guetter les indices, voire de tenter de prendre l'autrice en défaut. Ce genre de paris est très risqué de la part d'un auteur. Je peux dire que Nina Laurin s'en sort très bien. Il y a trois points sur lesquels je tique un peu (le premier, je l'ai d'ailleurs lu alors que je ne savais pas à quoi m'en tenir), mais ces points n'ont pas perturbé ma lecture.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ma lecture n'a pas du tout été gâchée par le fait que j'avais entendu où voulait en venir la romancière avant de lire la majorité du roman. C'est un des rares livres où je suis contente d'avoir su à quoi m'en tenir avant. Pour moi, cela signifie que l'autrice est très forte. Bien sûr, j'ai tout fait pour en savoir plus au bout de quelques chapitres, donc de toute façon, si j'avais dû blâmer quelqu'un, cela aurait été moi. Je dis que l'écrivain est très forte parce que même si je savais ce que je n'aurais pas su si je n'avais pas écouté des débuts de chapitres avant d'y arriver de manière linéaire, j'étais tenue en haleine, voulant savoir comment ceci et cela se passerait, espérant que tel personnage souffrirait beaucoup... De plus, il y a quand même des choses que j'ignorais. À un moment, j'ai recommencé à pester parce que je croyais qu'un personnage se confiait à quelqu'un d'autre que celui auquel j'avais pensé au départ. Je me disais que cela rendait le tout bancal, que ça décrédibilisait le protagoniste... et puis je me suis aperçue que je m'étais fait avoir par un autre personnage. ;-) Cela m'a beaucoup plu, parce que l'autrice m'a bernée sans déloyauté. Bien sûr, on pourrait pinailler sur sa manière de faire, mais j'ai trouvé cela bien amené.

Autre chose fait que tout en cherchant à duper son lecteur, la romancière lui donne des indices. Là, elle risque gros, mais ces indices, elle est obligée de les donner. Sinon, à la fin, tout aurait été incohérent. Je trouve qu'elle a bien amené les choses parce qu'à un moment, on ne sait plus trop ce qu'il faut croire: on sait ceci et cela, mais tel protagoniste se comporte comme ci et comme ça, ce qui contredit l'impression qu'on a de lui. Et à mesure que les choses se dévoilent, tout prend sens, même ce qui semblait contradictoire.
De plus, même si je savais certaines choses, la romancière a réussi à me surprendre. J'ai deviné un fait très peu de temps avant qu'elle ne le dévoile, et je me suis trouvée bien bête de ne pas l'avoir compris avant.

Dans ce livre, Nina Laurin étudie avec force détails un esprit malade. C'est très effrayant parce qu'on ne pourra s'empêcher de se mettre à la place de ceux que le personnage persécute, et d'espérer que cela ne nous arrivera jamais. Ce qui est un peu rassurant (en tout cas, dans ce roman), c'est que l'esprit malade fait des erreurs. Ses plans ne sont pas parfaits. Le lecteur voit ces erreurs, et est ravi quand certains autres les voient également. En espérant que s'il existe des gens aussi gravement atteints, ils feront de très grosses erreurs bien avant de causer tant de dégâts...
Une autre bonne chose est que l'autrice nous montre les côtés vulnérables de l'esprit malade. Oui, c'est un affreux personnage qui mérite mille très longs supplices, mais ce personnage a souffert, et souffre. Quand les romanciers font ainsi, j'en arrive toujours à la même conclusion: la souffrance n'est pas une excuse pour devenir bourreau, que ce soit dans les livres ou dans la vie.

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Voici les quelques éléments qui me font un peu tiquer:
Pendant une partie du roman, Nina Laurin fait en sorte que le lecteur croie que c'est Claire qui est harcelée par la personne qui s'adresse à Byron en disant qu'elle a fait ceci et cela. Donc, au début, on croit que c'est une mystérieuse inconnue qui a volé la bague que Claire a oubliée sur le lavabo du restaurant. Plus tard, Claire (Tracy) et Byron vont dans ce restaurant, et la jeune femme est mal à l'aise à cause de la bague. Lorsqu'elle pense que son mari va lui en parler, au départ, on se dit: «Elle a peur qu'il lu rappelle sa négligence.» Après avoir fini le livre, on pense: «En fait, au restaurant, elle croyait que Byron allait lui raconter que Colleen avait perdu la bague ancestrale, et elle (Tracy) avait peut-être peur de se trahir.» Seulement, au moment où Byron décide d'aller justement dans ce restaurant, elle dit: «And for a moment, I let myself imagine that maybe, just maybe, he forgot and forgave. That the ancestral ring gone from the family forever because of me is not such a big deal.» Quand on ignore la vérité, on se dit naturellement que Tracy espère que son mari lui a pardonné sa négligence. Mais quand on a fini le livre, que faut-il penser du passage que j'ai cité? À ce moment du roman, Tracy ne sait pas encore que Byron sait qu'elle a volé la bague de Colleen. Donc pourquoi s'inquiète-t-elle de cela au moment d'aller au restaurant où la bague a été volée par elle?

La seconde chose un peu discutable concerne Sarah. Tracy explique que c'est elle qui l'a dissuadée de continuer de voir Byron, mais comment a-t-elle fait, puisque Sarah raconte qu'elle a reçu des courriers électroniques de rejet de Byron lui-même? Tracy ne pouvait pas pirater le compte de Byron à ce moment-là...

Enfin, il semblerait que ce soit Chrissie qui ait tué Tracy. Il est un peu étonnant que blessée comme elle l'était, elle ait eu la force de frapper assez fort. À cause de ce que voit Tracy, on peut imaginer que c'est Emily qui, arrivant à ce moment-là, s'est emparée du marteau, et lui a donné le coup de grâce, mais c'est un peu gros. Pourquoi Byron ne s'en est-il pas chargé lui-même? Du reste, quand a-t-il prévenu Emily? Pourquoi a-t-il attendu qu'elle arrive, alors que Tracy était à terre:...

Un roman réussi (malgré les trois points qui me font un peu tiquer), des situations oppressantes, des personnages bien décrits et analysés, une intrigue bien menée...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Molly Parker Myers pour les éditions Mulholland Books.

Je ne connaissais pas du tout cette comédienne. Son intonation est toujours adéquate, et dans ce livre, elle avait fort à faire avec les différentes émotions (souvent fortes) des personnages. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

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