Lecteur : Pérésan Ghislaine

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 14 avril 2011

Les ciels de la baie d'Audierne, d'Hervé Jaouen.

Les ciels de la baie d'Audierne

Note: Je vous recommande le site officiel d'Hervé Jaouen qui est une mine d'informations sur l'auteur, et qui est très bien fait.

L'ouvrage:
La famille Mérour (les parents, et leurs deux enfants), mène une vie heureuse et paisible. Tout bascule le jour où, à six heures du matin, la police se présente à leur domicile, et arrête le père sans explications. C'est par les journaux que le reste de la famille apprendra de quoi il est accusé.

Critique:
Ce livre ne peut laisser personne indifférent. Même si certains éléments peuvent paraître gros, dans l'ensemble, Hervé Jaouen décrit des événements et leurs conséquences avec justesse. Le cliché n'a pas de place dans ce roman bouleversant, étonnant, duquel le lecteur ressortira atterré, hébété, et convaincu d'avoir fait une découverte qui changera sa perception des choses. Ce roman est de ceux qu'on n'oublie pas.

Il est déroutant de voir à quel point une situation peut rapidement se dégrader. Ici, le père est arrêté le matin, et quelques jours plus tard, la famille est dévastée, éparpillée. Ses membres se voient peu à peu dépossédés de leurs droits, de leurs biens, presque de leur identité. J'ai été effarée de voir comment l'accumulation de bêtises commises par un juge qui n'est pas à sa place, a fait que des êtres humains ont été broyés. En effet, cette affaire a été instruite en dépit du bon sens, et je n'ai pas compris comment il se faisait que les énormes bourdes n'aient pas mené à des non-lieux pour vices de forme. Par exemple, la «cérémonie» de l'identification des suspects par les enfants n'a absolument pas été conduite comme il l'aurait fallu. Les accusés ont eu beau le clamer, rien n'a changé. Bien sûr, cela vient de l'entêtement stupide du juge qui refuse de reconnaître ses erreurs, mais les vices de forme auraient dû être constatés en plus haut lieu.
Je me demande donc si, dans la réalité, il est possible que la justice puisse agir si légèrement.
J'ai également été surprise qu'en l'absence flagrantes de preuves, la chasse aux sorcières continue. En effet, il y avait pléthore de preuves contre les principaux suspects, mais absolument rien contre ceux qu'ils accusaient. Tout était basé sur des dires.
D'autre part, au début, Constance subodore qu'on les accuse par vengeance. Pourquoi les avocats n'ont-ils pas creusé de ce côté? Ils auraient trouvé au moins les preuves de ce qui s'est passé entre les accusateurs et la famille Mérour...

Il est assez effrayant que de nos jours, avec tous les moyens utilisables, on se retrouve confronté à une véritable chasse aux sorcières. Les moindres faits découverts, les moindres paroles des accusés sont décortiqués, déformés, diabolisés.
Et bien sûr, à la fin, il n'y a aucune remise en question. Le simulacre de comparution du juge devant ses pairs n'a été qu'une mascarade dont tout était prévu. J'ai été très impressionnée par cet étalage d'incompétence et de mauvaise foi de la part de la justice. N'oublions pas l'avocat général qui s'enferre dans la bêtise, l'intolérance, et la fatuité jusqu'au bout. En tentant de sauver la face (ce qu'il aurait fait en reconnaissant ses torts), il ne fait que montrer sa mesquinerie.

Les personnages sont intéressants, complexes, attachants. L'auteur sait les décrire, les analyser, expliquer les conséquences désastreuses qu'ont tous ces événements iniques sur eux. Il parvient, de manière magistrale, à adopter la voix de Mélodie afin d'exprimer les sentiments et les émotions de la famille. Tout cela en un style juste. Il sait trouver les mots: ceux de la poésie qui chantent la vie malgré tout, ceux du désespoir qui font qu'on s'identifie parfaitement aux personnages (car cela pourrait arriver à n'importe qui n'importe quand), ceux de la révolte, ceux de l'horreur, etc.
À cause de ce qui arrive, Mélodie côtoie un autre monde dans lequel elle est parachutée, alors qu'elle l'avait à peine effleuré auparavant. Tout a l'air un peu manichéen, mais les différents «mondes» sont bien explorés et décrits. En outre, le manichéisme est supprimé par Mélissa qui représente une espèce de jonction.
Mélissa est d'ailleurs un personnage admirable. Je regrette qu'on la voie si peu. J'aurais voulu que Mélodie la retrouve. D'ailleurs, cette attitude légère de l'héroïne est un peu étrange, et contraste avec sa nouvelle maturité.

Attention! Je dévoile un pan de l'histoire: ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le livre.
Je comprends bien que des événements si perturbants puissent briser, voire détruire des personnes. Mais j'ai du mal à admettre que deux êtres ayant l'air de s'aimer aussi fort que les parents de Mélodie finissent par ne plus ressentir d'amour l'un pour l'autre. Je trouve triste que leurs sentiments n'aient pas résisté à l'adversité, que le malheur ne les ait pas renforcés, alors qu'ils semblaient si purs dans le bonheur. J'ose espérer que je ne serais pas aussi légère que Constance si ce genre de choses m'arrivait.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ghislaine Pérésan pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a su allier sobriété, sensibilité, et dynamisme pour interpréter ce livre. Je ne peux que lui adresser mes félicitations.

Acheter « Les ciels de la baie d'Audierne » sur Amazon

mercredi, 16 février 2011

Porteurs d'âmes, de Pierre Bordage.

Porteurs d'âmes

L'ouvrage:
Léonie a vingt ans. Après douze ans d'un calvaire orchestré par sa tante, Destinée (qui l'a prostituée dès l'âge de huit ans), elle parvient à s'enfuir. Elle va devoir se débrouiller pour survivre. Dans un foyer d'accueil, elle rencontre une fille qui lui dit que si elle accepte de servir de cobaye pour un médicament, elle sera bien payée.

Cyrian rêve de faire partie du club très fermé des titans. Pour cela, il devra faire certains sacrifices.

Edmé est policier. Il enquête sur une série de meurtres étranges: des femmes violées et noyées.

Critique:
J'ai beaucoup apprécié ce livre.
L'auteur évite écueils et clichés. Certains me diront que l'histoire d'amour principale est convenue. Peut-être, mais après ce qu'ont vécu les personnages, il aurait été étrange qu'il en aille autrement.
L'histoire ne souffre pas de longueurs. L'auteur sait, dès les premières pages, captiver son lecteur, qui ne trouvera le repos qu'après avoir fini le roman. (J'en sais quelque chose... j'ai passé une quasi nuit blanche pour le terminer.)
Le style est agréable, clair, délicat, fluide.

Le livre est structuré d'une manière que je n'aime pas, d'habitude. Chaque chapitre évoque un des personnages principaux. Ici: 1=Léonie, 2=Cyrian, 3=Edmée. Puis, on revient à Léonie. En général, les livres structurés ainsi m'agacent, car je trouve cela artificiel, et j'ai du mal à entrer dans l'histoire: en effet, dès que je commence à apprécier une intrigue, je suis brutalement replongée dans une autre. De plus, avec ce genre de structures, certains chapitres m'intéressent moins, car au départ, certains personnages ne m'attirent pas. Ici, cela a été tout le contraire. Lorsque je changeais de chapitre, j'étais ravie de retrouver les personnages dont il allait être question.
À la fin, tout n'est pas vraiment réglé, du moins en ce qui concerne une chose.

Les thèmes abordés le sont intelligemment, de manière à faire réfléchir. Par exemple, Pierre Bordage trouve un moyen très sûr pour que ses personnages ressentent de l'empathie.
Il parvient à faire basculer ses protagonistes dans un tourbillon d'aventures sans que cela paraisse gros. Il les fait aller au bout d'eux-mêmes, se dépasser. Ceux qui le méritent sortent grandis de l'épreuve.
À l'instar de Douglas Kennedy, Pierre Bordage raconte une histoire qui, sous la plume d'autres, serait mièvre, fade, et poussive.

On me dira que Léonie peut paraître invraisemblable. Elle connaît d'atroces souffrances physiques et psychologiques, et elle se relève toujours. C'est peut-être l'une des failles du récit, même si cela ne m'a pas gênée pendant ma lecture. Et si on peut reprocher cela au début, ce qui se passe par la suite change les choses. Léonie puise une nouvelle force dans ce qui lui arrive...

Cyrian est intéressant parce qu'on le voit évoluer au long de l'intrigue. On le voit éclore, si j'ose dire. Son égoïsme et son envie de tout avoir tout de suite font qu'il sera obligé de découvrir une réalité dont il ignorait l'existence, de ressentir tout un flot d'émotions insoupçonnées. Cela le fera s'ouvrir, s'épanouir, prendre ses responsabilités. Le lecteur assiste à ce qu'on pourrait appeler la métamorphose de Cyrian. ;-)

Edmé est intéressant parce qu'au début, il fait penser à certains policiers qu'on rencontre au détour de plusieurs romans: très gentils, ayant souffert, désabusés, n'ayant plus rien à attendre de la vie. Mais Edmé évolue, lui aussi. Il ne se résume pas à ce portrait vite esquissé qui est celui de tant de détectives de polars et thrillers.

Note: J'ai classé ce roman en science fiction. En fait, c'est un thriller de science fiction. Ceux qui sont effrayés par la science fiction à cause de ses machines compliquées et de ses théories complexes peuvent, sans crainte, lire cet ouvrage.

Éditeur: Au diable Vauvert.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ghislaine Pérésan pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix agréable, et son ton est approprié. Elle interprète ce livre avec ce qu'il faut de sensibilité.

Acheter « Porteurs d'âmes » sur Amazon