Lecteur : Ostrowski Marielle

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lundi, 28 novembre 2011

Le caveau de famille, de Katarina Mazetti.

Le caveau de famille

Note: Si vous n'avez pas lu «Le mec de la tombe d'à côté», il vaut mieux ne pas lire cette chronique.

L'ouvrage:
Benny et Désirée ont trois soirs pour tenter de faire un bébé. Si cela n'aboutit pas, ils ne doivent plus se revoir. Pourtant, chacun ne peut s'empêcher de penser à l'autre. Chacun ne se voit pas faire sa vie sans l'autre.

Critique:
Il était très risqué d'écrire une suite, surtout après le succès de «Le mec de la tombe d'à côté». En outre, certaines suites sont souvent insipides, car écrites après que le tome 1 a été très apprécié.
Pour moi, Katarina Mazetti a brillamment relevé le défi. J'ai d'abord retrouvé l'ambiance du premier livre avec plaisir. Ensuite, le magnétisme des deux personnages principaux a opéré. L'auteur a su leur faire dépasser un cap, et à ce qu'ils restent crédibles. J'avais peur qu'à partir du moment où leur situation change, ils ne soient plus eux-mêmes. Cela aurait révélé des personnages peu épais.

Au début, certaines choses m'ont un peu agacée: par exemple, Benny et Désirée semblaient en désaccord sur à peu près tout, sauf le sexe. ;-) Or, il est vrai qu'on ne peut pas toujours s'entendre sur tout, mais là, je trouvais ça un peu exagéré, car une relation où il y a trop de divergences d'opinions sur trop de sujets et de façons de faire n'est pas viable.
Et puis, l'auteur finit par «réajuster» ses personnages, et tout passe beaucoup mieux.

Dans le tome 1, je trouvais Désirée très intransigeante, il me semblait qu'elle ne faisait pas de concessions. Ici, les rôles s'inversent quelque peu. À mon sens, c'est même elle qui fait davantage de concessions. Elle se retrouve complètement happée par sa nouvelle vie. On l'imagine mal s'adaptant à une vie qui est en opposition totale avec ce à quoi elle aspire. Pourtant, elle y parvient tout en continuant d'être elle-même, en n'abandonnant pas ses rêves, même si elle doit mettre certains projets en attente. C'est un personnage positif, au final.
Il semble que Benny la comprenne moins que dans le tome 1.
J'ai aimé la confrontation des points de vue sur les différents travaux que doit effectuer chacun. Là encore, Désirée m'a semblé plus souple.
D'autre part, elle découvre des aspects positifs où elle n'aurait pas cru en voir. J'ai trouvé cela bien. Elle se révèle davantage ouverte que ce que le tome 1 laissait entrevoir, et même davantage que ce qu'elle pensait. Globalement, l'histoire est réaliste. Tout ce qui arrive et la façon de réagir de chacun est crédible.

L'auteur raconte des événements ordinaires qui arriveraient à n'importe qui dans ce genre de situation. Et pourtant, la magie est là: l'histoire, les personnages, les questions soulevées par cette cohabitation explosive, tout m'a plu. Même lorsque nos deux héros s'enferrent dans une routine prévisible, je croyais en eux, et chaque événement était nouveau pour moi, même s'il pouvait paraître attendu. Je trouve ça fort de la part de l'auteur.
La dernière intervention de Désirée est très réussie, car elle m'a fait rire et stressée à la fois! J'ai ri en tant que spectatrice, et stressé en me mettant à la place de Désirée.

Cet été, j'ai discuté du tome 1 avec quelqu'un qui venait de le lire. Alors que j'en disais du bien, il m'a fait remarquer à quel point la fin était, en fait, détestable. Effectivement, vouloir faire un enfant de manière tout à fait égoïste, juste pour avoir un enfant, et l'élever seule, ou pour qu'il voie son père tous les week-ends, c'est affreux. Il n'y a qu'à voir tous les enfants emportés dans la tourmentes de séparations de parents. Donc, vouloir un enfant en pensant qu'on l'élèvera peut-être seule, en ne pensant pas au bien-être de l'enfant, c'est méprisable. D'habitude, je suis la première à blâmer les personnes agissant ainsi. Je me suis donc demandé pourquoi, cette fois-ci, j'avais trouvé cela bien. Parce que pour moi, Désirée ne voulait pas seulement un enfant de Benny. Elle voulait Benny, elle voulait fonder une famille avec lui. Comme elle se sentait incapable de quitter sa vie citadine, et que Benny ne voulait pas quitter sa ferme, elle a couplé son envie d'avoir un enfant avec son envie d'avoir Benny. Dans ma tête, elle ne le savait pas vraiment, c'était inconscient, mais c'était ça. C'est, je pense, ce genre de raisonnement qui a vraiment donné vie aux personnages. S'ils étaient capables de faire des choses inconsciemment, de prendre un chemin tortueux pour parvenir à un résultat souhaité (car aucun d'eux ne laisserait son enfant grandir loin de l'autre, c'était une certitude pour moi), cela faisait d'eux des personnages agissant comme de vraies personnes.

Le seul reproche que je ferai, c'est que le livre se termine trop vite! J'étais si bien avec les personnages! j'étais si contente de partager leur vie et ses aléas. J'aurais voulu que cela dure trois fois plus longtemps. Je n'étais pas prête à les quitter... Je sais qu'un tome 3 est inenvisageable, car l'auteur ne peut pas broder indéfiniment des pages sur la vie du couple infernal.

J'ai l'impression de n'avoir pas assez parlé du livre, mais je me rends compte qu'il est très dur à chroniquer sans être dévoilé. D'ailleurs, j'ai été obligée d'en révéler une partie...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marielle Ostrowski, Michelangelo Marchese, et Cécile Florin. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

Je pense que j'ai facilement retrouvé la magie du tome 1 parce que j'avais beaucoup aimé la prestation des deux comédiens. Là encore, ils n'ont pas démérité. Il me semble que le jeu de Marielle Ostrowski s'est même amélioré. J'espère que ces deux comédiens enregistreront souvent des livres, car ils ont des voix très agréables, et du talent.
Je ne connaissais pas Cécile Florin. Je n'ai pas vraiment apprécié son jeu. À sa décharge, elle avait un très petit rôle, il devait donc être plus difficile pour elle de se mettre dans la peau du personnage.

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mardi, 8 février 2011

Le mec de la tombe d'à côté, de Katarina Mazetti.

Le mec de la tombe d'à côté

L'ouvrage:
Désirée a trente-cinq ans. Depuis peu, elle est veuve. Elle s'habille de couleurs pâles, adore lire, aime le théâtre...
Elle se rend régulièrement sur la tombe de son mari. Elle croise parfois un homme, qu'elle finit par baptiser le Forestier (à cause de l'inscription sur sa casquette) ou le mec de la tombe d'à côté (parce qu'il est en deuil de ceux qui occupent la stèle voisine de celle de son mari).

Lui, c'est Benny. Fermier, pragmatique, préférant les vêtements plus tape-à-l'oeil, ayant très peu de temps à lui, s'accommodant tant bien que mal de sa solitude quasi-forcée...
Désirée et Benny se jaugent. Chacun n'apprécie pas vraiment ce qu'il voit de l'autre. Pourtant, ils finiront par se rapprocher.

Critique:
Ce livre est un coup de coeur. J'avoue que je ne m'y attendais pas du tout, car en général, je suis très sévère envers un ouvrage dont j'ai entendu trop de bien.

Ce roman est intelligemment écrit. Il aurait été très facile pour l'auteur de tomber dans le cliché: le paysan inculte et rustre en face de la femme cultivée rebutée par la seule idée d'entrer dans une étable... Benny est préoccupé de sa ferme, et donc est plus pragmatique que Désirée. Il n'a pas le temps de s'attarder sur l'art et certaines autres formes de culture. Mais ce n'est pas parce que l'opéra ne l'intéresse pas (il me rebute totalement, quant à moi), qu'il n'a pas de culture.
Quant à Désirée, elle passe moins facilement dans le monde de Benny... Il me semble qu'elle fait moins de concessions que lui. Par exemple, elle ne l'aide jamais.

Ceux qui me connaissent seront étonnés que je ne sois pas exaspérée par le coup de foudre. Pour moi, ce n'en était pas vraiment un. Il est quelque peu préparé. En plus, on voit comment les deux protagonistes le vivent après qu'il est arrivé, et tout est très réaliste.
D'autre part, l'auteur a réussi ce tour de force: une histoire d'amour sans mièvrerie. Si ce couple disparate attendrit, exaspère parfois, on ne le trouve jamais mièvre.
J'ai adoré la scène des cadeaux d'anniversaire offerts à Désirée! D'une manière générale, j'ai aimé la découverte de l'amour par les protagonistes. Cela leur tombe dessus, ils ne peuvent rien empêcher, rien contrôler... J'ai trouvé que c'était très bien décrit, et ai apprécié la réaction des personnages.
C'est un livre à la fois drôle, touchant, et romantique.

Katarina Mazetti a su donner de l'épaisseur à ses personnages: on s'identifie à eux, on les comprend, on s'y attache...
Beaucoup de questions sont habilement posées, dont celle de l'amour contre la raison. C'est la plus importante de toutes dans cet ouvrage.
Une autre est celle à laquelle l'auteur ne répond pas vraiment: deux personnes ayant des styles de vie très différents peuvent-elles vivre ensemble?

Dans ce roman, la polyphonie est une très bonne chose. J'ai adoré passer d'un point de vue à l'autre. Cela est fait sans redondances, sans lourdeurs qui sont les pièges dans lesquels tombent certains auteur qui s'essaient à la polyphonie.

Si les deux personnages principaux occupent beaucoup de place, l'auteur a su en créer d'autres très intéressants.
Martha attirera la compassion ainsi que l'exaspération du lecteur.
Madame Lundmark est assez fascinante et un peu effrayante... et bien sûr, elle inspire la pitié.
Orian est assez déconcertant... voire détestable. On dirait un robot. C'est à la fois une force et une faiblesse du roman. C'est une force parce que cela explique que Désirée ait été à ce point assoiffée d'amour, de sentiments vrais... C'est une faiblesse parce qu'il est facile au lecteur de ne pas le regretter.

Que dire de la fin? Elle colle très bien au reste du roman. Mais elle vous laissera avec une kyrielle de questions. Certains s'inventeront une suite pour y répondre. Quant à moi, j'aimerais presque que l'auteur l'écrive elle-même.

Remarque annexe:
Benny habite à quarante kilomètres de la ville. Il est un peu gros qu'il fasse si souvent l'aller retour entre le cimetière et la ferme, surtout qu'ensuite, il le fait moins, alors que son amour habite en ville.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marielle Ostrowski et Michelangelo Marchese.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 16 février.

Les deux comédiens ont brillamment interprété ce roman.
Marielle Ostrowski a une voix caractéristique. Elle fait partie des voix qu'on reconnaît facilement. Elle est douce, malgré un léger enrouement, et très fraîche. De plus, la lectrice joue sans cabotiner. Elle traduit à merveille les états d'âme de Désirée.
Le jeu de Michelangelo Marchese est un peu plus sobre que celui de Marielle Ostrowski, mais je pense que cela est dû au personnage de Benny. Le comédien entre parfaitement dans son rôle. Je n'imagine pas Benny interprété autrement. Outre son jeu sans failles, il a une voix très agréable.

Même si je préfère les livres sans musique, celle qui émaille cet ouvrage n'est pas désagréable.

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jeudi, 25 février 2010

Mauvaise fille, de Justine Lévy.

Mauvaise fille

L'ouvrage:
Alice va mourir d'un cancer. Sa fille, Louise, ne peut se résoudre à lui dire au revoir. D'autant qu'elle est enceinte, et voudrait que sa mère reste encore un peu...

Critique:
Voilà un livre qui ne souffre d'aucune longueur. Voici un texte coup de poing, dans un style percutant. Louise nous fait entrer à grand fracas dans sa vie, dans son intimité, nous fait partager ses peurs, sa détresse... Le lecteur la connaît mieux que son mari qu'elle aime pourtant, mais à qui elle ne parvient pas à se confier. Ce personnage complexe, et pourtant si facile à comprendre ne pourra pas laisser le lecteur indifférent. Elle a eu une mauvaise mère, et se reproche d'être une mauvaise fille. Elle blâme sa mère pour des petits riens, tout en faisant partager ce qui est important au lecteur (le fait d'avoir été délaissée), mais elle aime sa mère. Elle raconte comment elle tentait de lui faire plaisir lorsqu'elle était enfant, comment elle se rapproche d'elle et l'aide au long de sa maladie.
Les relations mère-fille sont très bien décrites, racontées à coups d'événements éloquents, de crises de nerfs, de phrases choc mettant à nu la complexité des rapports entre une mère dont la fibre s'est réveillée bien tard, et une fille qui éprouve de très forts sentiments pour sa mère, qui comble ses manques en faisant de petits mensonges idiots, qui intériorise ses angoisses (angoisses tout à fait légitimes). Une fille qui tente de soigner le mal par le mal: j'ai une crise d'angoisse, je prends cinq Dolipranes; j'ai peur de craquer à l'enterrement de ma mère, je prends huit Prozac, et je fume, même si ça fait mal au bébé... Une fille perdue, entourée, mais seule avec ses peurs, se refermant dessus, ne souhaitant pas les montrer, car elle montrerait ses faiblesses, elle montrerait, pense-t-elle, qu'elle n'est pas aimable. Au lieu de ça, elle tente de faire plaisir en étant toujours polie es agréable... et parfois, elle craque, et fait des caprices pour des détails.
Bref, ce personnage est captivant.

Le thème de la vie qui en remplace une autre est également très bien abordé. Tout comme Louise, je trouve absurde ce qu'on lui dit: pourquoi faut-il se résigner en se disant que c'est comme ça? Parce que sinon, on n'avance pas, bien sûr, mais tout n'est pas aussi simple. Quel déchirement de donner la vie au moment où l'on doit faire son deuil! Justine Lévy expose très bien l'ironie et la cruauté d'une telle situation.

Vous aurez compris que ce livre n'est pas gai. Il touchera le lecteur, car il sonne juste, et que n'importe qui s'identifiera aux personnages et aux situations qu'ils vivent. Malgré cette gravité, cette douleur qu'étale Louise, il y a quelques notes d'humour, des moments contrastant avec l'ambiance générale, comme par exemple le coup de fil du père de Louise et la discussion autour du prénom de l'enfant, ou les lubies de la mère quant à telle ou telle chose. Ce sont des pauses détendantes, mais en plus, cela renforce le réalisme. En effet, c'est ça, la vie: des joies, des peines, tout cela entremêlé.

Lorsque Louise évoque la reconversion de sa mère (manger bio, faire attention à sa santé), elle tourne cela en dérision. Cela m'a fait sourire, car j'ai moi-même une mère qui fait ce qu'elle croit être le mieux pour sa santé, et préconise tout un tas de choses. Quant à moi, je ne sais pas. Je sais les choses basiques: le gras et le sucre ne sont pas bons pour la santé, mais après... tout un tas de théories contradictoires courent sur tout un tas de produits, et je ne sais trop quoi penser.

Accessoirement, j'approuve totalement le ras-le-bol de Louise quand elle constate qu'il n'y en a que pour le bébé. Bien sûr, elle exagère, et les autres s'inquiètent pour elle, mais lorsqu'une femme est enceinte, on fait attention à elle surtout parce qu'elle est enceinte, et parfois, on a l'impression qu'elle passe au second plan.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marielle Ostrowski.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Marielle Ostrowski a une voix très agréable, douce, fraîche, chaleureuse. En outre, elle a parfaitement lu ce roman, prêtant à merveille sa voix au personnage de Louise.

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