C'est ici que l'on se quitte

L'ouvrage:
Morty Foxman vient de mourir d'une longue maladie. Bien qu'il n'ait jamais pratiqué sa religion (il est juif), sa dernière volonté est que sa famille se conforme à la cérémonie en vigueur lorsqu'une personne meurt. De ce fait, ses enfants (Wendy, Paul, Judd, et Philip), devront rester une semaine ensemble dans la même maison. Cela ne présage rien de bon, la famille ne s'entendant pas vraiment.
En outre, chacun a des problèmes à ce moment: le mari de Wendy est plus absorbé par son travail que par sa famille; Paul et Alice tentent d'avoir un enfant, et cela tourne à l'obsession; Judd est en instance de divorce; Philip n'a aucun travail.

Critique:
J'ai lu qu'une fois qu'on avait lu un roman de Jonathan Tropper, on pouvait se dispenser de lire les autres, car c'était toujours la même chose. Heureusement, j'ai suivi mon instinct. Il est vrai qu'on retrouve une certaine ambiance, une certaine façon d'écrire, mais c'est logique. J'ai passé un très bon moment avec cette famille terriblement humaine. J'ai surtout apprécié l'à propos avec lequel l'auteur fait intervenir ses personnages, ceux-ci balançant des répliques bien senties à des moments de tension extrême. Les répliques sont amusantes, mais elles le sont d'autant plus qu'elles arrivent à un moment où on ne les attend pas du tout. Les dialogues sont souvent savoureux. Ils sonnent vrais, justes, et allient humour et gravité, à l'image de la famille. En effet, le lecteur commencera par les trouver tous un peu étranges, voire superficiels, mais ensuite, on apprend à mieux les connaître, à les comprendre.

C'est sûrement Wendy qui m'a le plus déplu. C'est d'abord le fait qu'elle semble indifférente à ses enfants qui m'a dérangée. J'ai beaucoup de mal à accepter les mères qui se fichent de leurs enfants. De plus, Wendy est malheureuse (ce qui la rend parfois amère, voire aigrie) car son mari ne pense qu'à son travail. C'est triste, mais c'est elle qui a voulu cette vie et qui choisit d'y rester. J'avais envie de la secouer, de lui dire de prendre ses enfants, et de demander le divorce!

Je n'ai pu m'empêcher d'apprécier Philippe. Il n'est pas vraiment à sa place dans la famille. D'abord parce qu'il a dix ans de moins que ses aînés, mais aussi parce qu'il n'hésite pas à exprimer tout ce qu'il ressent (souvent de manière comique et grandiloquente), à l'inverse des autres. Il reste adolescent par certains côtés: comment oublier ce dialogue mémorable (en substance):
«Maman, arrête de parler de mon pénis. Les parents ne parlent plus du pénis de leurs enfants quand ils sont adultes.
-Sois adulte, et j'arrêterai d'en parler.»
Philippe est à la fois sage et puéril, gaffeur et grave, plein de bonnes résolutions qu'il piétine. Il pleurniche sur son sort, mais ne fait rien pour être davantage responsable. On a envie de le protéger et de le sermonner.

Paul est assez difficile à cerner, au départ. Il fait souvent la tête, et ses répliques sont plus acerbes qu'aigres-douces. Là encore, l'auteur a su faire preuve de finesse en nous décrivant un personnage blessé, presque effacé, qui a pris l'habitude de se taire, ou de s'énerver sur de petits détails...

Quant à Judd, l'histoire étant racontée de son point de vue, on commence par lui offrir sa sympathie. Au début, je trouvais un peu dommage que Judd ait l'air du pauvre malheureux injustement maltraité. Mais à mesure du récit, on se rend compte que tout n'est pas simple. Cette satanée habitude familiale de laisser le non-dit et le malentendu s'installer a contribué à la dissolution de son mariage.
Les quatre frères et soeurs se repencheront sur leur enfance au cours de cette semaine, et découvriront certaines choses à leur sujet.

Les autres personnages sont tout aussi intéressants, même si certains sont juste des imbéciles comme Barry ou le «patron» de Judd.
Alice ne m'a pas agacée, pourtant, on aurait pu s'y attendre...
Tracy est un peu trop psy, à mon goût. Elle a l'air un peu trop formatée, même si elle est sympathique.

Quant à l'intrigue, l'auteur saura surprendre son lecteur. À un moment, il nous brandit un événement sous le nez, et j'ai eu peur que la suite soit toute tracée. Heureusement, il a su être un peu plus fin que ce que je craignais.
Tout le livre est construit sur un louvoiement perpétuel entre humour et gravité. Ce savant mélange est cristallisé dans la scène (que Judd raconte vers le début du roman) où le narrateur surprend sa femme s'ébattant avec son amant dans le lit conjugal. J'ai été choquée et déçue, à l'instar du personnage principal, mais je riais lors de ses apartés mentaux, et surtout de la conséquence du lancé de gâteau...
Je me demandais comment Jonathan Tropper allait parvenir à créer une fin acceptable... Finalement, la sienne me convient.

J'ai hâte de relire d'autres livres de cet auteur!

Je me demande comment le traducteur s'est débrouillé pour traduire les diverses discussions qui ont lieu sur l'expression «ass whole».

Éditeur français: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ramon de Ocampo pour les éditions Recorded Books.
Le lecteur a très bien interprété ce roman. Non seulement, il joue sans cabotiner, mais il modifie sa voix à bon escient pour faire différents personnages. Par exemple, il prend une voix grave et basse pour Paul, l'assortissant d'un ton désabusé. Pour moi, c'est tout à fait comme ça qu'il faut interpréter Paul. Le comédien fait cela pour tous les personnage, aidant ainsi le lecteur à mieux les imaginer.

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