Lecteur : Nicodème Daniel

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mardi, 15 mai 2012

Et puis, Paulette..., de Barbara Constantine.

Et puis, Paulette

L'ouvrage:
Depuis que son fils a déménagé, Ferdinand vit seul dans sa grande ferme. Un jour, par hasard, il est amené à remarquer sa voisine, Marceline. La sachant seule et la croyant dépressive, il va la voir de temps en temps. Un soir, alors que la tempête a détruit le toit de Marceline, Ferdinand l'invite à séjourner, puis à rester à la ferme. Elle est la première d'une série de personnages qui viendront à leur tour, habiter dans la grande ferme de Ferdinand.

Critique:
Voilà un joli petit roman. Il fait rire, émeut aux larmes, fait rêver...
Je n'ai pu m'empêcher de trouver que certains aspects de l'histoire étaient un peu gros. D'abord, lorsqu'une personne souffre, elle ne fait pas son deuil en quinze jours, même s'il est vrai que l'amitié, la chaleur humaine, la solidarité, l'humour... tout cela peut aider une personne endeuillée à se reconstruire et à revenir parmi les vivants.
Ensuite, le «recrutement» de Kim est assez hasardeux. Il est un peu étrange que nos héros n'aient pas peur de tomber sur n'importe qui. Tout le monde n'est pas bien intentionné. On me dira que je pourrais également pinailler sur l'embauche de Muriel. J'ai moins tiqué car ils la connaissaient déjà un peu.
Autre chose est un peu tiré par les cheveux, vers la fin, mais je sais que c'est possible. J'ai déjà entendu que c'était arrivé. J'ai du mal à y croire, et je l'ai d'autant plus pointé du doigt que j'avais remarqué d'autres choses un peu grosses.

Malgré ces petits reproches, j'ai passé un très bon moment avec ce roman résolument optimiste. De manière un peu tapageuse, mais tellement rafraîchissante, Barbara Constantine veut nous montrer qu'il faut toujours tirer le meilleur parti de la vie. Son roman est une sorte de baume pour moi qui ne pense pas grand bien de la plupart de mes congénères. Barbara Constantine me force à voir une autre facette, m'exhorte à penser que l'amitié, la camaraderie, et la solidarité existent encore, et qu'elles peuvent exister à plus grande échelle que ce que je crois. De plus, elle comble le soi-disant faussé des générations. À ce sujet, je suis entièrement d'accord avec elle: l'âge ne compte pas si la personne est ouverte. Ce roman est donc un beau message d'espoir.

Les personnages tentent de balayer le chagrin sans pour autant l'ignorer. Ils ne se voilent pas la face: ils veulent adoucir la peine de leurs amis. Ils ont tous eu leur part de souffrance, et veulent profiter au mieux du temps qui leur reste. Il sont authentiques.

Outre cela, le roman est écrit d'un style joyeux. L'humour est omniprésent, que ce soit dans le sens des répliques, dans les tournures de phrases, dans certaines situations. Cela fait partie de la magie de ce livre.
N'oublions pas certaines petites étrangetés, comme Cornélius, l'âne qui ouvre les portes, et à qui il faut demander la permission de monter dans la charrette. C'est un exemple de la créativité de l'auteur. Sans ces petites touches de fantaisie, il manquerait quelque chose.

Les personnages ne sont pas extrêmement creusés, mais ils ont l'air épais. On s'identifiera très facilement à eux.
Simone et Hortense m'ont un peu agacée, mais on ne peut pas aimer tout le monde.
J'ai aimé qu'au détour de certains événements, Mireille découvre ce qu'elle n'avait pas voulu voir en Ferdinand, et que celui-ci et Roland prennent le temps de commencer à s'accepter.

Remarque annexe:
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La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Daniel Nicodème. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'ai déjà pu apprécier le talent de ce comédien en lisant «La vie en sourdine», de David Lodge. (Il a enregistré d'autres romans, mais aucun n'était à mon goût.) Je pense qu'il a trouvé la manière parfaite d'interpréter cet ouvrage. Je peste souvent après ceux qui en font trop. Pour lire «Et puis, Paulette...», je pense qu'il fallait jouer, ce qui était d'autant plus dur qu'il aurait été facile de trop en faire. Ici, le comédien interprète avec verve et à propos. Il doit souvent modifier sa voix, changer d'intonation... il chante également! Il fait tout cela sans jamais cabotiner. Je pense que la version audio apporte une autre dimension à ce texte dont Daniel Nicodème fait ressortir toute la saveur, la drôlerie, et la vivacité.

Il y a beaucoup trop de musique! Bon, il faut recontextualiser les choses: cette remarque vient d'une personne allergique à la musique dans les livres audio. Cependant, il y en a en début de certains chapitres, mais aussi au milieu des autres... et les chapitres sont très courts.

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lundi, 13 avril 2009

La vie en sourdine, de David Lodge.

La vie en sourdine

L'ouvrage:
Voilà plus de vingt ans que Desmond Bates perd peu à peu l'audition. Il a un appareil auditif, mais cela ne l'aide pas toujours. Ce soir, par exemple, alors qu'il assiste à un vernissage, une jeune femme lui parle. Il ne l'entend pas, malgré son appareil. Malheureusement, la pile arrive en fin de vie. Il n'ose pas faire répéter son interlocutrice, n'ose pas l'informer qu'il ne l'entend pas... plus la conversation avance, moins il peut s'expliquer.

Desmond est un professeur de linguistique à la retraite. Il est marié à Winnifred (dite Fred), a deux enfants, des petits-enfants... il rend visite à son père...

Critique:
Enfin! Cela fait dix ans que j'attends que les éditeurs audio sortent du David Lodge! Les éditions Livraphone m'ont fait découvrir cet excellent auteur en éditant "Thérapie", puis plus rien. Je trouve extrêmement dommage qu'il ait fallu attendre que les éditions Audiolib s'en mêlent pour pouvoir profiter d'un roman de Lodge. Enfin, heureusement qu'elles s'en sont mêlées!
Bien sûr, grâce à des amis et à des bibliothèques bénévoles, j'ai pu lire quelques autres livres de David Lodge, mais je pense que si on édite tous les Marc Lévy, tous les Dan Brown, et tous les Mary Higgins Clark en audio, on peut faire l'effort d'éditer un auteur comme David Lodge, dont la qualité des écrits, à mon avis, est supérieure à celle des auteurs précédemment cités.

Le roman est une espèce de journal intime de Desmond sur une période donnée. Il alterne faits de sa vie et réflexions sur plusieurs points.
Avec sa verve habituelle, David Lodge nous fait entrer dans le petit monde de Desmond Bates. Il m'a appris beaucoup de choses quant à la surdité. Sans être larmoyant ou plaintif, il fait état des difficultés rencontrées par son personnage, explique comment il doit s'adapter à son handicap. Il instruit son lecteur, tout en le faisant sourire. On ne peut s'empêcher de rire, par exemple, lorsque Desmond nous explique ses déboires avec les piles pour ses appareils auditifs, lorsqu'il raconte comment il oublie d'éteindre ses appareils, etc.

Tout au long du livre, l'auteur s'applique à peindre un personnage, sa famille, et les événements qui marquent leur vie pendant un an. Tout est en nuances. Le livre entier démontre que tout n'est pas tout blanc ou tout noir, ce qui le rend plus réaliste. En outre, l'auteur entremêle savamment les événements vécus par Desmond, ce qui accentue le réalisme. Il fait passer son lecteur par plusieurs émotions, les événements comiques laissant la place aux graves, puis à une espèce de piège dans lequel Desmond est assez habile pour ne pas tomber.
A propos de ce piège, justement, là encore, l'auteur sait sortir des sentiers battus. Le lecteur, tout comme Desmond, cerne assez vite le personnage d'Alex, et est un peu ennuyé en imaginant ce qui va sûrement se passer. Mais David Lodge évite avec maestria cette ficelle trop facile. Il l'évoque, car il faut bien montrer qu'Alex est fourbe (ou folle) jusqu'au bout, mais cela passe très bien.

La fin est plus grave. Tout au long du roman, l'auteur prépare son lecteur à cet événement qui, malheureusement, fait partie de la vie.
La toute fin est une scène qui signifie que la vie continue, et qu'il faut savoir en apprécier chaque bon moment, malgré la peine que certains événements peuvent causer.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Daniel Nicodème pour les éditions Audiolib.
J'avoue qu'au départ, je n'ai pas trop accroché à la voix du lecteur, mais j'ai vite oublié ce petit désagrément, car son interprétation est juste. J'espère donc qu'il réenregistrera des romans.
Je ne peux terminer cette critique sans souligner le souci du détail dont ont fait preuve les éditions Audiolib. A un moment, Desmond passe un vieux disque enregistré par son père. Au moment où le lecteur lit les paroles de la chanson qu'entend Desmond, on entend les petits craquements habituels à l'écoute d'un disque vinyle.

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