Lecteur : Morel Sandra

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lundi, 19 mars 2012

Dans la tête de Shéhérazade, de Stéphanie Janicot.

Dans la tête de Shéhérazade

L'ouvrage:
Shéhérazade est d'origine marocaine.
Elle anime une émission de télévision en deuxième partie de soirée. Elle invite des célébrités et des personnes moins connues à débattre de divers sujets qui les touchent particulièrement. Mais qu'en est-il d'elle? C'est ainsi qu'elle va faire son introspection, repenser à son adolescence, à ses difficultés de lycéenne, à ses amis d'alors.

Critique:
Je ne sais pas trop si je recommande ce livre ou non... Pendant ma lecture, j'ai souvent été tentée de le reposer, car plusieurs choses m'agaçaient. Cependant, je suis contente de l'avoir lu.

D'abord, je n'ai pas aimé la structure. Les chapitres racontent en alternance le présent de Shéhérazade et son adolescence. Bien sûr, cette structure apporte plus d'intérêt au roman, mais j'ai trouvé que tout était trop morcelé. En outre, alors qu'elle raconte un épisode de son adolescence, l'héroïne intervient pour dire plusieurs fois que si elle avait su que cela se serait passé ainsi, elle n'aurait pas agi. Je déteste ce procédé: le narrateur raconte une histoire, n'en dévoile pas la fin, mais explique qu'elle a été heureuse ou désastreuse par de petites phrases qui ne font que laisser entrevoir, et qui font que le lecteur ne peut qu'imaginer, et attendre. Puis, le narrateur reprend son récit, et au bout de quelques pages, recommence à dévoiler des pans de l'histoire sans vraiment le faire. C'est un procédé assez déloyal, car il gâche le plaisir du lecteur (il sait déjà comment ça s'est terminé) tout en lui faisant émettre des hypothèses.

De plus, cette bande d'adolescents qui se donne de grands airs m'a agacée, excepté Adil, qui était le seul à ne pas s'encombrer d'artifices. On me dira que cette attitude, c'est de leur âge, et que c'est compréhensible. C'est vrai, mais ils m'ont ennuyée. Leurs relations n'étaient pas vraiment saines, et étaient basées sur une certaine envie...

Pourtant, le présent de Shéhérazade rattrape quelque peu cela. La jeune femme comprend que pour aller de l'avant, elle doit exhumer ses blessures, se mettre à nu, faire un pas vers ce qui n'a jamais été résolu. J'ai aimé qu'après toutes ces années, après qu'on a essayé d'enfouir les événement sous un monceau d'oubli, le dialogue puisse se renouer, que les choses puissent être dites avec franchise. Les deux parties forment un contraste intéressant, car les personnages adultes se montrent vrais. Ils ont mûri, réfléchi. C'est ce que dit Sophie au chapitre 28 qui montre le chemin qu'elle a parcouru. Bien sûr, tout n'est pas rose: Sophie n'est peut-être pas si heureuse en amour, mais elle s'est construite, et finit par s'exprimer avec sincérité, sans complaisance ni tabous sur ce qui est arrivé et sur sa façon d'agir à l'époque.

D'autre part, j'admire la façon dont Shéhérazade gère son histoire d'amour. Elle souffre, mais ne tente pas de se mentir. À la toute fin, elle se montre claire et décidée. Le lecteur ne sait pas comment cela tournera, mais on sent que la jeune femme a sa vie bien en main.

L'idée que certains «sacrifices» ont permis l'épanouissement de deux personnages (n'oublions pas la dernière fille de Nadia), est assez pénible. Pourtant, ces deux personnages n'auraient sûrement pas eu une vie positive si deux autres ne s'étaient pas «effacés».

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Morel pour l'Étoile Sonore.

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jeudi, 6 octobre 2011

L'inaperçu, de Sylvie Germain.

L'inaperçu

L'ouvrage:
Sabine Berenx s'apprête à passer Noël avec ses quatre enfants et sa belle-famille. Cela ne lui plaît pas vraiment. Voilà deux ans que son mari, Georges, est mort dans un accident de voiture.
Ce jour-là, Sabine croise Pierre Zébreuse. Elle ne sait pas qu'elle le reverra, et que cela aura une incidence sur sa vie et celle des siens.

Critique:
Ce livre ne laisse aucune place au temps mort. Sylvie Germain décrit avec justesse et férocité des relations familiales difficiles, basées sur le non-dit et le malentendu. La communication n'est pas le fort des Berenx. C'est Pierre qui parviendra à communiquer le mieux avec ceux qui en ont le plus besoin: Sabine et ses enfants. Sans vraiment le vouloir, il aura une grande influence sur la famille, ce qui mettra le patriarche en rage.
L'auteur s'applique à perdre son lecteur dans une toile de sentiments, de sensations, de pressentiments, dans un puzzle où on ne se doute pas qu'une toute petite phrase («Surtout, ne riez pas!»), est une des pièces maîtresses. Cette phrase qu'on peut interpréter de plusieurs manières selon le contexte, mais dont on ne découvre la réelle signification qu'au dernier chapitre.
Beaucoup de choses sont ainsi dans ce roman. Dans le même ordre d'idées, l'auteur raconte une scène selon deux points de vue différents, et on se rend compte que la première personne a tout interprété de travers. Et pourtant, ce sont les mêmes faits. J'adore ce genre de récits. Le lecteur est lancé dans une espèce de jeu de pistes, de jeu de miroirs aussi. Alors qu'on se dit que, finalement, on ne saura rien, Sylvie Germain explique les errances, les hésitations, les étrangetés de ses personnages, et surtout celles de Pierre. Le tout écrit en un style parfois fleuri, parfois poétique, parfois coupant, mais toujours juste et fluide. L'auteur, à l'instar de Marie, joue avec les mots afin d'en faire ressentir la musique aussi bien que la portée. On sent que son texte est travaillé, que ses mots sont méticuleusement choisis.

Tous les personnages de ce livre éveilleront un sentiment chez le lecteur. Aucun ne m'a semblé fade. Certains m'ont attendrie, d'autres m'ont agacée, l'évolution de l'un d'eux m'a agréablement surprise... mais aucun ne m'a laissée indifférente.

Pierre est fascinant. Blessé, sage, hypersensible, il possède une sorte de charisme, une aura qui exhorte au calme, alors que lui-même est tourmenté. Ce sentiment vient en grande partie du mystère dont il s'entoure. Même son identité est une énigme, comme elle l'a été pour lui, alors qu'il était enfant.

Après Pierre, c'est sûrement Marie la plus attachante. Elle se débat dans un enchevêtrement de contes (afin de sauvegarder son équilibre... mental), de culpabilité, d'impuissance à dire son mal-être, elle qui, pourtant, est fascinée par les mots depuis son enfance. Grâce à Pierre, c'est elle qui s'en sortira le mieux. Elle s'affranchira d'un grand-père qui n'a jamais voulu la comprendre, et malgré son mal-être, tirera partie de son talent. Et bien sûr, elle sera reconnaissante à celui qui lui a permis d'être ce qu'elle est, mais aussi à celle qu'elle n'a jamais connu, mais qui lui ressemble, par certains côtés.

Je n'ai pas vraiment réussi à détester Charlam. Enfin, si, il est détestable, méprisable, on a envie de le secouer. Mais j'ai plutôt ri en lisant ses considérations pompeuses, ses affirmations péremptoires, son refus de se remettre en question. C'est le patriarche pur et dur, qui n'accepte pas qu'il puisse y avoir une autre façon de penser et de faire que la sienne. Il est ridicule!

Je n'ai pas éprouvé de sympathie pour Édith... j'ai compris ce personnage, mais je n'ai pu m'empêcher de ressentir de la répulsion et du mépris à son égard. Je sais qu'elle a été façonnée par ses frustrations, et que c'est ce qui l'a faite ainsi, mais je n'ai pas pu l'apprécier.

Je n'ai pas trop compris ce qui avait poussé Georges et Sabine l'un vers l'autre. C'est peut-être une faille du roman. L'auteur aurait dû davantage développer cela. Elle explique pourquoi Sabine choisit cette vie, mais pour Georges...
Sabine ne se plaint pas, ne s'apitoie pas sur son sort, reconnaît avoir mal agi, admet être quelqu'un de froid. C'est après la fuite de Pierre, après qu'elle a accepté et digéré ce départ, à l'instar de sa fille, qu'elle comprend où est l'essentiel.

Bref, un livre à côté duquel il ne faut pas passer, dans lequel l'auteur explore les blessures de ses personnages au scalpel, en grattant bien pour en faire sortir toute la substance. Un livre où les personnages se mettent à nu, ne supportant pas les conventions dont on veut les habiller.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Morel pour l'Étoile Sonore.

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jeudi, 14 juillet 2011

Les copains d'Aristide, de Claude Michelet.

Les copains d'Aristide

L'ouvrage:
Toute sa vie, Aristide Klobe a joué de malchance. On s'est souvent moqué de lui, entre autres de son patronyme. Lorsqu'il a tenté de venger certains affronts, cela s'est toujours retourné contre lui.
Aujourd'hui, il est accusé de tentative de meurtre sur la personne de l'éditeur pour qui il travaille comme nègre.

Critique:
Voilà un petit livre sympathique, divertissant, un livre de vacances. On suit avec intérêt l'histoire de ce pauvre Aristide, on s'identifie à lui, on se demande comment on aurait agi à sa place. Il ne se laisse pas décourager par les coups du sort. J'ai apprécié qu'il ne soit pas passif. Malgré son amertume, il s'en tire assez bien, et garde une certaine combativité. En outre, ses idées de vengeance sont assez amusantes. D'une manière générale, le livre est assez léger et humoristique. Il appelle une fin à son image, et celle de l'auteur m'a satisfaite.

Les personnages ne sont pas vraiment attachants, sauf le héros et son avocate.
Bérénice est une espèce de folle assoiffée de sexe, et charlatan avérée. Sa bêtise fait sourire, mais agace aussi. Si elle n'est pas sympathique, elle est malheureusement crédible. Elle rappelle toutes ces fausses voyantes qui s'en mettent plein les poches en disant aux gens ce qu'ils veulent entendre. (Je ne dis pas que toutes les voyantes sont comme ça, mais que Bérénice rappellent les charlatans profiteurs.)
L'éditeur d'Aristide est également détestable: opportuniste, coureur de jupons, roublard, superficiel... Il est un peu dommage que ce soit le seul ami de notre héros pendant assez longtemps.

Il est d'ailleurs un peu gros qu'Aristide n'ait pas d'amis. Les gens se moquent de son nom, il n'a pas de chance... soit. Mais pourquoi ne rencontre-t-il personne qui en vaille la peine? C'est le seul reproche que je ferai. On me dira que c'est fait pour accentuer la malchance d'Aristide, et que c'est fait pour être drôle. pourtant, cela m'a un peu agacée... C'est manichéen, et donc, pas très crédible. Bien sûr, cela ne m'empêchera pas de conseiller ce livre, et d'espérer que vous prendrez autant de plaisir à sa lecture que moi.
En outre, quand on connaît Claude Michelet pour ses sagas (notamment celle des gens de Saint-Libéral, déclinée ensuite), il est sympathique de lui découvrir une autre facette. J'en avais eu un aperçu avec «Une fois sept», récit très drôle de son enfance.

Éditeur: France Loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Morel pour l'Étoile Sonore.

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lundi, 27 juin 2011

La guerre des légumes, de Peter Sheridan.

La guerre des légumes

L'ouvrage:
Dublin, quartier de Holnorth.
Une nuit, Philo frappe à la porte d'un couvent. Elle demande asile, n'ayant nulle part où aller. Tomo, son mari, passe son temps à la rabaisser et à la frapper. La jeune femme l'a quitté. Les religieuses l'accueillent. Au bout d'un moment, la pétulante jeune femme s'intéresse au centre d'accueil du couvent. En effet, les religieuses accueillent des personnes âgées et les divertissent. Philo va apporter un peu plus de vie à tout cela.

Critique:
Ce livre est comme un cri de joie, une célébration du rire, une certitude que si on prend la vie du bon côté, on résoudra ses problèmes. Il invite les gens à ne pas se laisser abattre malgré les coups durs, et à se relever joyeusement pour continuer son chemin.
Peter Sheridan expose des situations et des personnages rocambolesques, à côté desquels il ne faut pas passer! Il parvient à créer du rire, même lorsque les situations sont graves, voire sans issue.

Le meilleur exemple est sûrement celui de Philo. Elle résume l'esprit du livre à elle seule. Elle n'a pas une vie facile, et pourtant, elle est toujours prête à plaisanter, et à offrir des louches de bonne humeur et de générosité. Elle donne son temps, son énergie, sa gaieté, sa bonté. Pourtant, elle n'est pas une de ses dindes qui tend l'autre joue lorsqu'on la frappe. Aucune mièvrerie chez Philo: elle rend les mauvais coups avec autant de promptitude que les bons. C'est un personnage charismatique. C'est elle qui porte le livre.
Malgré cela, elle n'est pas invraisemblable. Elle a ses failles, et parfois, j'ai été agacée quant à ses réactions ou sa façon de faire. Cela la rend plus épaisse.
Ce qu'elle fait à la fin est un peu gros, mais c'est le seul bémol que je mettrai. Et puis, on peut atténuer la chose en disant que ce qui a compté pour elle, c'est ce geste symbolique. Elle ne s'y est peut-être pas prise de la meilleure façon, mais elle explique comment elle a pu vivre avec une blessure, tout en se débarrassant symboliquement de ce pis-aller.
Autre chose la rend plus humaine. En général, dans les livres, les femmes sont belles et minces, ce qui est assez écoeurant, et même un peu invraisemblable. Ici, Philo et sa mère compensent leur mal-être en mangeant. Elles ont de graves problèmes de surpoids. Et bien sûr, cela ne se règle pas en un claquement de doigts. L'auteur expose bien tout cela... On voit la détresse des deux femmes qui ne parviennent pas à se «désintoxiquer». Philo pousse même la mauvaise foi jusqu'à affirmer que tout vient de la thyroïde. Malgré cela, elles en rient, aussi, parfois...

Outre ce personnage haut en couleur, j'ai aimé la manière dont les autres protagonistes sont évoqués. Ils sont réalistes.
D'autre part, Peter Sheridan a su créer des situations incroyables, voire à la limite de la vraisemblance, et d'autres un peu tape-à-l'oeil, sans que cela m'ait gênée. En général, je déteste les livres avec des situations de ce genre et une fin presque programmée. Mais ici, j'étais enchantée à chaque rebondissement loufoque, et la fin m'a ravie. Je me doutais de certaines choses, mais j'aurais été déçue qu'elles n'arrivent pas.
D'ailleurs, tout n'est pas drôle du début à la fin, et on ne peut pas tout prévoir. Certaines choses sont esquissées.

On me dira qu'il est peut-être un peu gros qu'une suite d'événements ait pu mettre fin à une haine de quarante ans. Pourtant, il est évident que les deux protagonistes n'attendaient que ce genre de choses. C'est préparé lorsque l'auteur raconte leur jeunesse.
Comment ne pas être attendri par Cap qui attendait un déclencheur pour montrer son romantisme, mais aussi par sa maladresse? La scène où il chante la sérénade sous les fenêtres de sa dulcinée est à la fois drôle et romantique.

Certains diront qu'il est un peu invraisemblable que Jack s'épanouisse loin de son foyer. On s'imagine le jeune garçon, déjà mal assuré, dégringolant dans une spirale infernale après qu'on l'a éloigné de sa famille... Pourtant, à y bien réfléchir, ce qui arrive est logique. Si Jack a été éloigné de ceux qu'il aimait, il a également échappé à celui qui le brimait, et qui causait son mal-être.

J'ai apprécié la façon dont les religieuses sont montrées. On les voit autrement que comme des personnes austères. En outre, j'ai aimé la remise en question de soeur Rosaleen. Cela prouve que tout n'est pas figé. La religieuse est généreuse, et veut donner par d'autres moyens que ce qu'elle fait habituellement. Grâce à Philo, elle va découvrir une autre façon d'être, d'agir. Philo sera un peu sa révélation.

Certains diront qu'il y a peut-être trop de bons sentiments... Je n'ai pas ressenti les choses ainsi. Ou du moins, j'ai trouvé que tout était bien amené, sans mièvrerie. Et puis, de temps en temps, un livre de ce style fait plaisir. Il y aurait encore énormément de choses à dire sur la bouffée de vie qu'est ce livre coloré. Je ne suis pas près de l'oublier. Il est un espoir, une belle histoire.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Morel pour l'Étoile Sonore.
Plus j'écoute des livres enregistrés par cette lectrice, plus je l'apprécie. Elle a parfaitement interprété ce roman: avec vivacité et dynamisme. Elle a su prêter sa voix à l'impétueuse Philo, et aux autres avec brio.

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mercredi, 20 avril 2011

Le rhume du pingouin, de Michael Mention.

Le rhume du pingouin

L'ouvrage:
Éric Blaclé, vingt-huit ans, est écrivain. Ne pouvant vivre de sa plume, il travaille également dans un hôtel de luxe.
Une nuit, il est réveillé par un cri de souffrance. Cela se reproduit. Éric finit par en perdre le sommeil. Ensuite, il fait des rêves dans lesquels des personnages loufoques l'aiguillonne afin qu'il trouve d'où vient ce cri.

Critique:
Ce livre est assez étonnant. L'auteur s'est attaquée à une enquête de manière assez originale. J'ai eu peur que la fin ne soit pas à la hauteur de ce procédé inventif. Cependant, elle l'est. Il ne pouvait pas y avoir une autre façon de résoudre l'énigme. J'aurais été déçue d'un autre dénouement.
Bien sûr, Michael Mention va loin. Cependant, je pense que ce genre de choses est possible. Il y a juste une chose qui ne l'est pas, et qui montre une porte ouverte vers le fantastique, le surnaturel. Le dénouement est préparé, attendu tout au long du roman. Celui-ci n'est pas assez lent pour que le lecteur s'impatiente ou se lasse. La fin arrive au bon moment.
Je pense qu'elle sera soit très appréciée, soit méprisée. En tout cas, elle ne laissera pas indifférent.

J'ai beaucoup aimé la façon dont les rêves sont mis en scène, et ce qui s'y passe. On est dans une espèce de délire, et les sensations d'un rêve sont très bien rendues. On retrouve l'imaginaire, le fantastique... Je suis toujours fascinée lorsqu'un auteur explore le monde des rêves. Ici, Éric fait apparaître ce qu'il veut, dans les limites de son imagination. J'aime beaucoup cette théorie, car je l'ai expérimentée. Une fois, je savais que je rêvais (je le sais souvent, quoi qu'ait pu en dire mon professeur de philosophie), et je me suis amusée à exiger que telle personne apparaisse, qu'elle dise ceci ou cela... et cela s'est produit.
L'univers onirique est captivant, et l'auteur en parle très bien.

J'ai apprécié le style du romancier, car il va bien au personnage et à l'histoire. Il est léger, parfois cru, plein de néologismes, à la syntaxe relâchée. Il n'est pas évident de maîtriser un tel style. Ici, l'écrivain y parvient. Il n'en fait pas trop (ce qui est le danger), et on a vraiment l'impression d'avoir Éric Blaclé en face de soi. En outre, un tel style ne prépare pas forcément à une telle fin. C'est d'autant mieux.

Le thème de l'écriture est abordée de manière juste. Éric a de petites remarques cinglantes ô combien pertinentes. Par exemple, il différencie «écriture» de «productivité» dans un dialogue savoureux avec son éditeur.
La théorie comme quoi un handicap sera davantage un argument publicitaire pour un roman que sa pertinence est, à mon avis, malheureusement exacte.

Remarques annexes:
J'ai bien aimé la particularité de Bernard. On me dira que ça en fait un personnage un peu cliché, mais je dirais que c'est plutôt une loufoquerie de l'auteur.
Le roman est émaillé de petites remarques portant sur des détails, remarques que j'ai beaucoup appréciées. Par exemple, Éric observe que malgré tous les progrès faits dans beaucoup de domaines, les médicaments sont toujours aussi infectes.

Éditeur: éditions du Rocher.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Morel pour l'Étoile Sonore.

J'ai déjà dit que j'appréciais beaucoup Sandra Morel qui lit avec naturel et conviction. Là encore, elle m'a étonnée. Elle a su mettre le ton approprié sans cabotiner. Cela ne doit pas être évident, compte tenu du style de l'auteur. Bravo à elle! Je m'attarderai également sur un détail qui a son importance: la lectrice connaissait cette stupide chanson qui fit fureur dans les années 90: «I like to move it», puisqu'elle en a rendu le rythme et la mélodie (si on peut appeler cela une mélodie) dans sa lecture. Je trouve toujours agréable que le lecteur connaisse, et chante, les chansons dont il est question dans les romans qu'ils interprètent.

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