Lecteur : Montjou Anne-Elvire de

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lundi, 3 février 2020

Le reste de leur vie, de Jean-Paul Didierlaurent.

Le reste de leur vie

L'ouvrage:
Manel est aide à domicile pour les personnes âgées. Elle s'est prise d'affection pour certaines de ces personnes. Parmi elles, il y a Samuel, quatre-vingts-deux ans.
Ambroise est thanatopracteur. Depuis longtemps, ses relations avec son père ne sont pas bonnes. Il vit chez sa grand-mère (Beth), aimable, drôle, et toujours prête à mijoter des pâtisseries.
À cause d'un événement particulier, Manel et Samuel vont rencontrer Ambroise et Beth.

Critique:
Cela fait un petit moment que j'ai repéré ce roman, mais j'avais peur qu'il soit mièvre, et plein d'invraisemblances. Je me suis laissée tenter parce que j'aime beaucoup la lectrice qui l'a enregistré. Je suis contente d'avoir essayé ce livre, parce que pour moi, l'auteur parvient à faire en sorte que son histoire ne soit pas mièvre. Je pense quand même qu'il va un peu loin à propos d'un ou deux éléments finaux, mais globalement, il s'en tire bien.

Le livre est court, et ne souffre pas de temps morts. Les choses se mettent rapidement en place. Au départ, je ne voyais pas trop comment les personnages pourraient se croiser. Ce qu'a trouvé l'auteur m'a convenu, ce n'était pas tiré par les cheveux. Je n'ai pas non plus tiqué du fait que Beth soit du voyage. Après tout, les raisons invoquées sont bonnes, et la manière dont s'y prend Ambroise est acceptable. En outre, la présence de Beth facilite beaucoup les choses. Pleine d'entrain, disant toujours ce qui a besoin de l'être avec bonne humeur, la vieille dame fait souvent office de passerelle, surtout au moment où Ambroise doit oublier son hostilité envers un personnage pour faire ce qu'il faut. Comme je suis pinailleuse, je ne peux m'empêcher de noter ici le petit reproche que j'ai adressé à Beth au long de ma lecture. Pour elle, si on n'aime pas le kouign-amann, on est indigne d'intérêt. Partageant l'amour de Beth pour les pâtisseries, mais n'aimant pas le kouign-amann, cela m'a fait râler. De toute façon, on ne juge pas quelqu'un sur ce genre de choses. Cela me rappelle qu'un jour, en plaisantant, j'ai dit que toutes les personnes qui avaient aimé «Sur la route de Madison» n'étaient pas dignes d'être mes amies. ;-) Ici, Beth manque justement d'ouverture d'esprit, alors que dans le reste du roman, elle en fait preuve. On me dira que personne n'est parfait... ;-)

Une fois que certains éléments sont posés, l'auteur doit trouver un moyen de résoudre cela au mieux. C'est tout cela qui, pour moi, a été bien fait. Il y a une chose que je n'ai absolument pas vue venir, alors que j'aurais peut-être dû... À part cela, le roman est traversé de répliques savoureuses, certaines situations secondaires m'ont réchauffé le coeur (par exemple ce qui arrive au chat). J'ai également apprécié la raison pour laquelle Ambroise a choisi son métier. Certaines scènes montrent d'ailleurs qu'il veut toujours faire au mieux, et se soucie réellement des familles. Je pense à l'histoire du clown.

Un roman sympathique, une note d'espoir malgré de petits éléments un peu gros, un récit qui donne envie que ça se passe toujours comme ça dans la vie.

Éditeur: Au diable vauvert.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Elvire de Montjou pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Comme je l'ai déjà dit, Anne-Elvire de Montjou fait partie des lecteurs dont j'apprécie la lecture. Je suis contente de m'être plus attentivement penchée sur ce qu'elle a enregistré pour la BSR, parce que j'ai découvert des livres qui m'ont plu, et la lectrice n'a pas démérité.

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jeudi, 30 janvier 2020

Prisonnière à Téhéran, de Marina Nemat.

Prisonnière à Téhéran

L'ouvrage:
Iran. À seize ans (en 1981), Marina est arrêtée et accusée de comploter contre le gouvernement. Elle est emprisonnée à Evin.

Critique:
Comme souvent, la quatrième de couverture en dit beaucoup trop. Je m'attendais à ce que ce qui y est raconté se passe dès les premiers chapitres... mais non. De ce fait, j'ai eu peur de m'ennuyer, d'autant plus que l'autrice louvoie entre passé et présent. Cela se fait souvent dans ce genre de récits, mais outre que je déteste cela habituellement, ici, la quatrième de couverture, en en dévoilant trop, rend cela désagréable. Heureusement, j'ai réussi à faire abstraction de la structure. En effet, le livre m'a plu. De plus, il me semble que j'ai déjà tenté ce livre. Je ne m'en souviens plus du tout, mais le chapitre concernant Albert, et l'anecdote de la jeune Marina enfermée sur le balcon et balançant des pinces à linge sur les passants pour qu'ils acceptent de plaider pour sa délivrance... ces passages, je suis sûre de les avoir déjà lus. J'en conclus donc que j'ai déjà essayé ce livre, et que la structure a dû me rebuter. Ce qui est dommage, c'est que je n'ai même pas noté que je l'avais essayé.

Ce témoignage m'a beaucoup plu. Marina Nemat ne raconte pas seulement son histoire, mais celles de ses compagnes de cellule, de ses amis arrêtés avant et après elle. En outre, elle fait partager ses cas de conscience au lecteur. Dans le premier chapitre, elle explique qu'elle a compris que ses souvenirs ne la laisseraient pas en paix tant qu'elle n'aurait pas raconté, témoigné, fait savoir au monde quelles sont les conditions de vie à Evin. Elle décrit également ses cas de conscience. Elle reconnaît qu'elle accepte des choses qui pourraient la faire renier par sa famille et ses amis, et ne tente pas d'être excusée. Elle expose seulement ses raisons, montre qu'elle est prise à la gorge, ce qui fait que le lecteur se demandera forcément ce qu'il aurait fait à sa place.

Je ne sais pas trop quoi penser d'Ali. Il semble plutôt antipathique, mais les choses sont plus complexes. Je n'ai pas réussi à l'apprécier totalement, mais je l'ai compris. Le concernant, je me suis aussi demandé ce que j'aurais fait à sa place. Ces questions sont d'autant plus importantes que le récit de Marina Nemat est vrai.

Témoignage poignant, événements douloureux, aucun larmoiement... À lire.

Éditeur: Pocket.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Elvire de Montjou pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Ce n'est que le deuxième ouvrage enregistré par cette lectrice que je lis. J'ai autant apprécié son jeu: ni monotone ni surjoué.

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lundi, 27 janvier 2020

Le jeu des trente, de William Kotzwinkle.

Le jeu des trente

L'ouvrage:
Jimmy McShane est détective privé. Ce jour-là, son ami, Saul Feldman, diamantaire, lui fait savoir qu'il l'a recommandé à Temple Rennseler. Celle-ci n'est pas satisfaite de la manière dont la police enquête sur le meurtre de son père, Tomy. Ce dernier, antiquaire spécialisé en objets égyptiens, a été tué d'une injection de venin de serpent.

Critique:
Après avoir adoré «Midnight examiner», j'ai essayé quelques livres de William Kotzwinkle, mais j'ai été déçue. Je me suis finalement décidée pour «Le jeu des trente» parce que le résumé était intéressant, et parce que j'apprécie la façon de lire de celle qui l'a enregistré. Je pense qu'il y a une autre raison pour laquelle j'ai accepté d'essayer de le lire: j'ai arrêté de m'attendre à ce qu'un livre de cet auteur me fasse autant rire que «Midnight examiner». Je suis contente, car ce roman m'a plu. Il n'est pas aussi hilarant que «Midnight examiner», mais l'auteur glisse quelques notes d'humour, et elles sont toujours à propos. Par exemple, l'apparition de Viola est toujours synonyme d'amusement, même si cela se teinte de gravité. Le chapitre 1 aussi est cocasse. Tout cela n'est pas source de fous rires, mais de sourires. Comment ne pas glousser à la mention de la prophétie de l'omelette?

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. L'auteur aborde un thème que beaucoup d'auteurs ont déjà utilisé (Lisa Gardner gagne sûrement le pompon), et cela a commencé par m'agacer, mais je reconnais qu'il le fait avec à propos. Pas de pathos. Tout est (malheureusement pour certains personnages) très réaliste. À la fin, il laisse entrevoir que ceux qui ont souffert sont rejetés par ceux qui devraient leur apporter le plus de réconfort possible. Ça, je ne l'ai jamais lu dans aucun roman évoquant ce thème, et je suis triste de dire que là encore, William Kotzwinkle est très réaliste. C'est assez écoeurant.

Quant au nom du coupable de la mort de Tomy... À un moment, j'ai soupçonné le personnage ainsi que ce qui lui arrive (ceux qui ont lu le livre comprendront), mais j'espérais que ce ne serait pas la solution. Je n'en veux pas trop à l'auteur parce qu'il a tout préparé au long du roman, donnant beaucoup d'indices, mais aussi parce qu'il a tout expliqué sans incohérences. La seule qu'il puisse y avoir est celle que je reproche lorsque les auteurs s'engagent dans ce genre de choses... Étant donné que beaucoup le font, j'imagine que de la documentation soutient leurs affirmations. Il faudrait qu'un jour, j'aie le courage de me plonger là-dedans.

Je sais que William Kotzwinkle a écrit beaucoup de livres. J'espère qu'il y en a d'autres mettant Jimmy McShane en scène. Outre que je le trouve sympathique, j'imagine que dans une suite, le lecteur aurait des nouvelles de certains protagonistes de ce roman-ci.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Elvire de Montjou pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie la façon de lire de cette lectrice. En plus d'un jeu naturel (ni trop sobre ni exagéré), elle a une voix très agréable.

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