Lecteur : Montalembert Thibault de

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lundi, 21 janvier 2019

Un gentleman à Moscou, d'Amor Towles.

Un gentleman à Moscou

L'ouvrage:
Moscou, 21 juin 1922. Le comte Alexandre Ilitch Rostov est assigné à résidence dans le luxueux hôtel Metropol. C'est un aristocrate, mais le régime en place lui laisse la vie sauve grâce à un poème révolutionnaire qu'il a écrit en 1913. C'est trente ans de sa vie que nous raconte Amor Towles.

Critique:
Ce roman m'a tout de suite intriguée. Je me suis demandé comment l'auteur avait pu créer des événements dignes d'être racontés concernant un homme assigné à résidence. Certes, cela peut sembler ennuyeux, mais cela ne veut pas dire que le comte ne côtoie personne, puisqu'il est dans un hôtel. C'est justement ce qui arrive: il se fait même des amis aussi disparates qu'une enfant de neuf ans, une couturière, le chef cuisinier, le maître d'hôtel, une actrice... Sa vie est très loin d'être ennuyeuse, j'ai même souri lorsque l'auteur narre des moments où le comte, lui, s'ennuie. Je ne pourrai le blâmer d'avoir renoncé à lire «Les essais» (c'était la cause de son ennui), même si ce livre faisait partie des favoris de son père, et même si plus tard, Alexandre sera confronté à quelqu'un qui redonnera à ce livre une place plus prestigieuse que celle de caler le bureau.

Le personnage principal est très sympathique. Dès le départ, son amitié avec Nina m'a plu parce qu'elle montrait qu'il n'avait aucun préjugé. Il n'a jamais pensé: «Moi, j'ai plus de trente ans. Qu'est-ce que j'irais faire avec cette gamine? Qu'est-ce qui peut m'intéresser chez elle?» Il a pris avec joie la main tendue, et s'est embarqué dans les aventures que la jeune risque-tout souhaitait entreprendre. Cela et d'autres événements montrent qu'il s'adapte aux diverses situations qui se présentent à lui, tente toujours d'agir au mieux pour ceux à qui il tient... C'est l'attitude de Nina qui m'a déplu. Je ne parle pas de la dernière fois que le comte et elle se voient, mais d'une ou deux fois où elle le snobe (même si elle lui parle). Heureusement, les autres amis d'Alexandre ne sont pas comme elle.
Je ne sais pas pourquoi, mais j'imaginais que le personnage principal serait peut-être rapidement aigri, capricieux, etc. En fait, il n'en est rien. Bien sûr, des pans de son ancienne vie lui manquent, mais il fait appel à ses souvenirs pour tenter d'apaiser ce manque, et ne se lamente jamais sur son sort.

Alexandre Rostov se fait assez facilement à son existence de reclus forcé. À travers ce qu'il vit, on a un aperçu de la manière dont est dirigé le pays entre les années 20 et 50. C'est très bien inséré par l'auteur, par exemple avec ce qui arrive à Michka, l'ami du héros. Cet aspect de l'histoire aurait aussi pu m'ennuyer, car je n'aime pas les livres décrivant trop les enjeux politiques de tel pays. Cependant, ici, le romancier a fait en sorte que cela aille parfaitement avec le reste du récit.

Malgré certains événements dramatiques, Amor Towles n'oublie pas de parsemer son récit de situations cocasses. Par exemple, l'histoire de la façon dont Alexandre et ses deux complices sont parvenus à se régaler de bouillabaisse. Il y a d'autres situations à la fois amusantes et attendrissantes, mais en parler me ferait dévoiler une chose qu'il vaut mieux découvrir en lisant le roman.

Je pense avoir compris pourquoi le comte agit comme il le fait à la fin. Il n'avait pas vraiment le choix. Cependant, j'aurais souhaité davantage d'explications.

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J'imagine qu'il a organisé si minutieusement sa fuite parce qu'il souhaitait que Sofia puisse avoir une vie hors du Metropol, et que la jeune fille ne pouvait vivre sans lui. J'imagine aussi que l'adolescente et lui vont s'exiler en Amérique, et que si cela finit par se savoir, on ne les poursuivra pas parce qu'ils bénéficient de la protection de Richard Vanderwhile. Mais j'aurais préféré que tout cela soit expliqué.
De plus, j'aurais aimé qu'il y ait un ou deux chapitres supplémentaires disant comment se passent les choses pour eux deux. À la toute fin, ils ne sont même pas réunis: Alexandre est retourné dans la propriété de sa famille (on se demande d'ailleurs comment il le peut, car on pourrait penser qu'elle a été réquisitionnée), et Anna l'y rejoint. En tout cas, c'est ce que j'ai compris.

Je me demande si Amor Towles a inventé Alexandre Rostov ou si celui-ci a existé. En cherchant sur internet, je suis tombée sur le commentaire d'une personne qui s'était posé la même question, mais je n'ai pas pu lire son intervention en entier à cause, ai-je pensé, de mon lecteur d'écran...

J'ai fait un pari en lisant ce roman, et je suis ravie de l'avoir gagné, car le livre m'a passionnée.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thibault de Montalembert.
Comme d'habitude, j'ai été ravie de retrouver ce comédien dont j'apprécie beaucoup le jeu. Il est parfaitement entré dans le livre, tant au niveau de la narration qu'à celui des échanges entre les personnages. Il a interprété la galerie de protagonistes sans effets de voix parasites, en adoptant toujours l'intonation adéquate et la dose de jeu nécessaire.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en deux ou trois pistes.

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jeudi, 29 novembre 2018

La vie secrète des animaux, de Peter Wohlleben.

La vie secrète des animaux

L'ouvrage:
L'auteur aborde des questions que beaucoup de gens se posent: les animaux ont-ils des émotions? Ressentent-ils, entre autres, la douleur?... À travers des observations et des anecdotes, Peter Wohlleben offre des pistes sur lesquelles se pencher.

Critique:
Quand j'ai appris que l'auteur de «La vie secrète des arbres» avait écrit un livre similaire concernant les animaux, j'ai tout de suite su que cet ouvrage me passionnerait. Écrit par une personne avisée, attentionnée, ouverte d'esprit, préoccupée du bien-être de chaque espèce (qualités que Peter Wohlleben a montrées dans «La vie secrète des arbres»), il était obligatoire que ce documentaire me captive. Il a parfaitement répondu à mes attentes.

Peter Wohlleben ne prétend absolument pas tout savoir. Il ne joue en aucun cas les donneurs de leçons. Il exhorte son lecteur à accorder le bénéfice du doute aux animaux. Puisqu'on ne sait pas s'ils éprouvent des émotions (ou en tout cas avec quelle intensité), pourquoi ne pas tenter de leur occasionner le moins de souffrance possible? Pourquoi ne pas les considérer comme dignes qu'on respecte leurs «sentiments»? Bien sûr, l'auteur déplore la manière dont certains hommes traitent les animaux, mais il ne fait qu'être factuel. Comment nier la maltraitance et la souffrance occasionnées par les élevages en batterie, la barbarie de certaines pratiques, etc? Il m'a plu de trouver, dans cet écrit, l'argument qui est le mien: sans que tout le monde devienne végétarien, voire se nourrisse d'air (puisque les végétaux aussi ressentent), il serait sûrement possible de faire les choses d'une manière qui ne serait ni barbare ni irrespectueuse.

Outre cela, au long de l'ouvrage, j'ai retrouvé le même cheminement de pensée que le mien. Qui côtoie des animaux a sans cesse des preuves qu'ils ressentent, qu'ils ont des émotions. J'aime beaucoup l'argument de Peter Wohlleben concernant ceux qui nous exhortent à cesser de faire de l'anthropomorphisme. D'ailleurs, l'auteur explique bien que si les animaux ressentent, il ne nous est pas facile de comprendre comment et avec quelle intensité. Il y a également, vers la fin du livre, une idée dont je rêve depuis très longtemps: pouvoir communiquer avec les animaux afin qu'eux nous «disent» ce qu'ils ressentent, comment ils le ressentent, etc. Les observer nous permet d'apprendre, mais il serait tellement mieux de pouvoir communiquer avec eux...! À ce sujet, l'auteur évoque le cas de Coco et d'autres gorilles. Je ne connaissais pas du tout ces cas. Ils donnent un peu d'espoir: peut-être qu'un jour, la communication et la compréhension seront possibles.

Les exemples donnés et les anecdotes racontées par Peter Wohlleben évoquent plusieurs espèces: les chèvres, les chevaux, les cerfs, les oiseaux, mais aussi les insectes de toutes sortes. J'ai apprécié qu'il étende ses observations à tant d'espèces, et je regrette que le livre n'ait pas été plus long.

Mon but étant d'en dévoiler le moins possible, je n'évoquerai qu'une seule des anecdotes contées par l'auteur. Elle apparaît lorsqu'il se demande si les animaux peuvent compter. Il parle alors de la chienne de la famille, Maxie. En semaine, celle-ci éveillait la petite famille très peu de temps avant que le réveil sonne, afin qu'on lui ouvre la porte. Le week-end, à l'instar de ses maîtres, Maxie faisait la grasse matinée. Comment lui était-il possible de savoir quels jours le réveil ne sonnerait pas? Cette anecdote m'a beaucoup plu, parce que voilà longtemps que je suis persuadée que mes chats savent beaucoup de choses. ;-) Ils savent ce que je ressens. (Moi aussi, j'aurais des faits à raconter à ce sujet.) Ils savent que le troisième jour de la semaine, ils vont me voir davantage que les deux premiers et le quatrième et le cinquième...

Un livre prônant l'ouverture d'esprit, le respect des espèces, la tolérance, la communication...

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thibault de Montalembert.
J'ai trouvé judicieux que l'éditeur ait demandé au comédien qui avait interprété «La vie secrète des arbres» d'enregistrer «La vie secrète des animaux». J'ai retrouvé, avec grand plaisir, le talent de conteur de Thibault de Montalembert. Son intonation est toujours adéquate. Il adopte parfaitement le ton le mieux à même de rendre les intentions de l'auteur, et n'exagère jamais. Lorsque Peter Wohlleben appelle son lecteur à faire attention aux animaux, lorsqu'il met l'accent sur le mal qui leur est fait, le lecteur ne prend absolument pas un ton supérieur ou larmoyant. Il montre la compassion que prône l'auteur. Pour moi, il s'est très bien glissé dans ce livre, dans la peau de celui qui raconte, etc. Je n'aurai qu'une minuscule remarque. L'auteur écrit plusieurs fois «moi aussi». Le narrateur fait alors une liaison mal-t'à-propos en disant «moi zaussi». C'est en l'entendant que je me suis aperçue qu'il n'était pas le seul. J'ai déjà entendu cela chez plusieurs personnes, et me suis toujours demandé pourquoi cette erreur était commise. Peut-être parce qu'on fait cette liaison lorsque le pronom personnel est «nous», «vous», ou «eux»...

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