Lecteur : Montagut François

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jeudi, 16 mai 2013

22/11/63, de Stephen King.

22/11/63

L'ouvrage:
2011, Lisbon Fals, Maine.
Jake Epping est professeur. Un soir, Al Templeton, le patron du Fatburger où Jake aime bien aller, lui apprend qu'en empruntant un «terrier» au fond de son restaurant, on peut se retrouver en 1958. Al, atteint d'un cancer au poumon, a besoin que quelqu'un accomplisse la mission qu'il ne peut mener à bien: sauver John Fitzgerald Kennedy. Al est persuadé qu'il ne pourra découler que de bonnes choses de cela. Peut-être, pense-t-il, que la guerre du Vietnam sera évitée.

Critique:
Il n'était pas facile d'écrire un roman de ce genre. C'était un pari risqué. D'abord, l'idée du voyage dans le temps a été maintes fois utilisée. Comment ne pas écrire des choses qui auraient l'air terriblement connues? D'autre part, s'attaquer à l'affaire Kennedy n'était pas aisé non plus. D'abord parce que d'autres s'y sont essayés. En suite, si l'auteur voulait que son héros parvienne à empêcher l'assassinat, il devait choisir le coupable de l'assassinat, afin que Jake sache qui arrêter. Il devait, par la suite, construire quelque chose de crédible.
Pour moi, il s'en sort bien, mais pas sur tous les fronts.

J'ai aimé que le voyage dans le temps soit régi par des règles. Certains, à mon avis, ont employé cette idée à la légère. Ici, tout trouve une explication, rien n'est laissé au hasard.
J'ai apprécié les petites correspondances (les échos) qui jalonnent le parcours de Jake. Au début, on peut penser que l'écrivain va s'amuser à disperser des indices, des choses que le lecteur devra reconnecter seul. mais non, le narrateur se charge de montrer les connexions. De ce fait, au bout d'un moment, on les voit sans qu'il ait besoin de les pointer du doigt.

Certains ont aimé ce roman, mais disent être restés sur leur faim. Du coup, je m'attendais à quelque chose de bâclé, de hasardeux. J'imaginais des pirouettes que l'auteur aurait faites afin d'esquiver certaines choses. Pour moi, il n'en est rien. Il n'était pas facile de faire une fin qui s'accorderait avec l'ensemble, et je pense que ce pari est réussi.
Cependant, autre chose m'a gênée, et je me dis que c'est peut-être ce qui a dérangé ceux qui sont restés sur leur faim. À l'instar de beaucoup de ses congénères, l'auteur en arrive à une certaine conclusion. J'ai trouvé cela trop convenu. Je crois que j'attendais autre chose de Stephen King, même si je me doutais que lui aussi en arriverait à cette conclusion.

Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais, mais Stephen King ayant acquis une certaine notoriété, j'ai trouvé qu'il aurait pu se passer de certains procédés. Je dois avouer que je les aurais pardonnés à d'autres écrivains qui n'ont pas la renommée de ce romancier. Par exemple, l'histoire d'amour me paraît être un élément convenu que King a jeté dans les pieds de son narrateur afin de le faire trébucher.
J'ai trouvé étrange que l'auteur (ou du moins le narrateur) néglige un élément crucial. À un moment, Jake prend la décision de rester dans les années 60. Soit, mais il ne se dit pas une seule seconde que s'il fait cela, il ne naîtra jamais en 1976, et que s'il ne naît pas, il ne pourra pas revenir dans les années 60, et que s'il ne revient pas pour y rester, il finira par naître, etc. C'est une espèce de répétition du paradoxe du grand-père décrit par Barjavel, et auquel King fait d'ailleurs allusion. Ensuite, les choses tournent de manière à ce que l'auteur n'ait pas besoin d'approfondir cette idée, mais je me demande comment il se serait débrouillé si Jake l'avait maintenue.

Malgré mes petits reproches, j'ai passé un très bon moment avec ce roman. Il y a fatalement des parties moins haletantes que d'autres... Par exemple, il m'a été dur de m'intéresser à la troisième partie, tant la deuxième m'avait captivée. Cependant, l'auteur ne traîne pas, ce qui est un tour de force, étant donné la longueur de l'ouvrage (937 pages, 36h en audio). L'auteur prend le temps de planter le décor des années 60. J'ai aimé le cheminement de Jake à ce sujet. Au début, il se dit qu'il fait peut-être meilleur vivre dans ces années qu'en 2011. Et puis, certaines choses se passent, et il est obligé de nuancer quelque peu son jugement. J'ai apprécié cette absence de manichéisme. J'ai également aimé être plongée dans un décor et une époque que je n'ai pas connus.

Quant à l'affaire Kennedy, je ne m'y étais pas encore intéressée au point de faire des recherches et de lire ce qui peut l'être là-dessus. Pourtant, j'y ai souvent pensé. Dans la postface, l'auteur explique qu'après s'être documenté, son opinion quant à ce qui s'est passé est presque arrêtée, il est sûr à 98%. Il expose ses raisons. Cela donne envie de se faire sa propre opinion en recoupant les sources et en lisant ce qui fut écrit à ce sujet.

Dans la postface, Stephen King explique également que la fin a été trouvée par son fils, lui-même écrivain. Il l'a choisie car il la trouve meilleure que celle qu'il avait imaginée. Je trouve dommage qu'il n'ait pas dit quelle était la fin à laquelle il avait d'abord pensé.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Montagut. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

Je pense qu'il n'était pas facile de lire son roman à voix haute. D'abord à cause de sa longueur, mais aussi à cause du jeu que cela demande. Le comédien a fait certains choix. Par exemple, lorsque certains personnages crient, il a pris le parti de dire leurs paroles en criant, et en mettant dans sa voix, l'émotion ressentie par le personnage à ce moment-là. Ici, je trouve cela pertinent, car cela contribue à faire ressentir la tension au lecteur.

Le comédien a également choisi de chantonner les chansons des fillettes à la corde à sauter. Là encore, je trouve le choix judicieux, car cette chansonnette est à la fois source de peur et de réconfort. La retrouver est comme un repère, et en plus, elle exprime la joie des fillettes insouciantes et pleines de vie qui jouent. Mais elle finit par être source d'angoisse à cause de sa récurrence, ce qui fait que le lecteur l'interprètera comme un signe pas forcément bon. Donc, entendre cette chanson gaie dans ce contexte angoissant accroît l'anxiété.

J'ai apprécié que François Montagut ne modifie pas exagérément sa voix pour les femmes. Il le fait beaucoup pour les personnages âgés, et je comprends que cela puisse être agaçant, mais cela ne m'a pas gênée. En effet, il n'a pas pris une voix exagérément chevrotante, ce qui aurait été caricatural. Au passage, il n'était pas aisé d'interpréter Al qui tousse souvent, et dont la maladie altère la voix. Là encore, le comédien s'en sort très bien, rendant le genre de voix qu'aurait Al sans exagérer.

Comme on s'en doutera si on me connaît, j'ai regretté qu'il prononce les noms propres avec un accent anglophone. J'ai aussi regretté qu'il tente de montrer l'accent du Sud de je ne sais plus quel personnage au moment où l'auteur dit que cet accent est très prononcé, en prenant un accent anglophone. Je comprends qu'il ait voulu montrer quelque chose que l'auteur avait souligné, cependant, en français, cela n'a pas de raison d'être. L'accent du Sud est celui du Sud des États-Unis, et pour que la chose soit pertinente, il aurait fallu que le livre soit enregistré dans sa version originale: là, l'accent aurait pu être imité, car il va avec les mots anglais. Je me vois mal parler français en tentant de prendre un accent du Sud des États-Unis! Je pense donc que lorsqu'un accent particulier est évoqué dans un roman anglophone, la personne qui enregistre ce roman en français ne doit pas essayer de le faire.

Comme d'habitude, la lecture est accompagnée de certains effets, par exemple, les appels téléphoniques sont entendus différemment selon l'interlocuteur, lorsqu'un personnage prend la parole dans un micro, il y a un effet de résonance. L'éditeur a poussé le souci du détail: lorsque Jake écoute les conversations d'Oswald par l'intermédiaire d'un magnétophone, on entend un léger souffle qui était caractéristique de ce qu'on obtenait avec ce genre d'appareil. Je trouve bien que l'éditeur ait pensé à ce genre de détail.

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mercredi, 6 juillet 2011

Ces gens qui se sentent coupables - La culpabilité : comment ne plus la subir, comment ne plus en souffrir!, de Lewis Engel et Tom Ferguson

Ces gens qui se sentent coupables

L'ouvrage:
Les auteurs exposent une théorie et des études qui en découlent. Ils expliquent que l'homme est foncièrement altruiste, et que cela le poussera à vouloir aider les autres, quitte à se transformer en caméléon, et s'efforcer d'être ce qu'il pense qu'on attend de lui. Selon les messages inconscients ou pas que lui ont fait passer ses parents, l'enfant, et plus tard, l'adulte, agira te telle ou telle façon. S'il y a trop de messages négatifs, l'enfant pensera avoir commis ce que les auteurs appellent des crimes imaginaires.

Critique:
J'avais entendu parler de cette théorie, mais je ne savais pas qu'elle allait aussi loin. Elle est à la fois réconfortante et effrayante. En effet, ces mécanismes expliqués, analysés, décryptés apportent aux gens des solutions pour tenter de découvrir pourquoi ils ne sont pas heureux, ou pourquoi ils s'obstinent dans un comportement qui ne leur convient pas. Du reste, ça pourra permettre à ces mêmes personnes de tenter d'éviter au maximum les multiples comportements négatifs décrits ici, afin que leurs enfants ne se sentent pas, à leur tour, coupables de crimes imaginaires.

Le côté effrayant vient de la multiplicité des comportements négatifs exposés ici. Certains sont évidents, et des personnes qui voudront être de bons parents ne les adopteront pas. Cependant, il en est d'autres que n'importe qui peut avoir inconsciemment. Je comprends mieux pourquoi on dit qu'il n'y a pas de parents parfaits. Lorsqu'on lit tous les messages négatifs qu'on peut inconsciemment faire passer, on se sent submergé voire un peu découragé. Heureusement, quelqu'un qui se penchera sur ce livre sera sûrement plus précautionneux, et tentera d'éviter les pièges décrits avec ses propres enfants.

Les auteurs exposent tout un catalogue de messages négatifs et de façons de les faire passer. Ils parlent également de toute une palette de comportements que le réceptacle de ces messages adoptera. Apparemment, les rébellions sont peu fréquentes. Les enfants sont rarement conscients que ce qu'on leur dit ou que ce qu'on leur fait comprendre n'est pas vrai, n'est pas parole d'évangile. Cela n'arrive, bien souvent, qu'après que l'enfant aura détrôné ses parents de leur place de démiurge.
Je ne vous donnerai pas d'exemples de messages: je pense qu'il faut les découvrir au long du livre, car ils sont accompagnés d'explications. En revanche, je tiens à souligner qu'apparemment, je connais quelqu'un qui a créé une catégorie non-répertoriée par les auteurs. Il s'agit du faux message positif. C'est-à-dire répéter que sa progéniture est la plus forte du monde, et qu'elle pourrait faire n'importe quoi, elle le réussirait.
Il y a, d'autre part, un message négatif qu'ils n'ont pas évoqué, celui qui consiste à dire que son enfant, bien que majeur, est terriblement influençable... juste parce que ledit enfant ne partage pas l'opinion du parent. Je vous laisse deviner les conséquences de ces messages. Heureusement, en ce qui concerne les personnes de mon entourage auxquelles je pense, elles peuvent les prendre avec le sourire, et se rebeller normalement contre eux, car ils sont apparus bien après qu'elles ont été en âge d'en comprendre les mécanismes. ;-)

L'ouvrage contient ensuite une série de conseils pour pousser le lecteur à s'analyser, ainsi que le comportement de ses parents. Les auteurs conseillent de répondre à certaines questions. J'ai trouvé particulièrement pertinent qu'ils conseillent de lire des romans ou de regarder des films, expliquant que les auteurs et scénaristes savent très bien analyser tous ces mécanismes. Je trouve cela assez vrai.
Pour ceux qui penseraient avoir besoin d'une thérapie, les auteurs donnent même une démarche qui m'a semblé pertinente, afin de choisir un thérapeute.

Malgré mon intérêt pour ce livre, j'ai un petit reproche à lui faire: il me semble qu'il y a des répétitions. Du coup, je ne vais pas trop râler sur le fait que c'est une version abrégée. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Montagut. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio aujourd'hui, le 6 juillet.

Le lecteur a une voix agréable. Lorsqu'on lit un documentaire, on n'a pas forcément un ton particulier à mettre. De ce fait, certains lecteurs peuvent rendre cela monotone. Ce n'est pas le cas ici. Le comédien parvient à interpréter de manière vivante et dynamique, sans trop en faire.

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