Lecteur : Mon Mari

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lundi, 7 septembre 2015

Anges de fer, paradis d'acier, de Serge Brussolo.

Anges de fer, paradis d'acier

L'ouvrage:
Depuis trois ans, David travaille pour Nothanos 3. La forteresse papale étant régulièrement attaquée, la Terre n'étant plus un endroit sûr, Nothanos décide d'établir une colonie sur la planète Almoha. Seulement, celle-ci est aride et stérile. Il y a une solution pour la rendre habitable. David va faire partie de la mission.

Critique:
Voilà un roman de Serge Brussolo comme je les aime! Il semble aller à cent à l'heure, il fourmille d'idées toutes plus saugrenues les unes que les autres. Pour donner quelques exemples, on trouve des rats qui absorbent de la ferraille, et l'excrètent sous forme de billes explosives. On trouve des moutons-hérissons dont la viande est immangeable, mais les excréments sont délicieux... Ce que j'appellerai le «coeur» dAlmoha (pour ne pas trop en dévoiler) est également quelque chose d'assez spectaculaire. Brussolo s'est amusé à pousser la folie et l'absurde très loin, comme il le fait dans d'autres romans. Il semblerait que certains lecteurs aient trouvé qu'il allait trop loin. Je n'en fais pas partie. D'abord, je préfère une tonne d'idées farfelues, la création d'un monde régi par l'absurde ou le déjanté, un monde où il est impossible au lecteur de s'ennuyer, plutôt que des romans qui traînent et semblent trop classiques pour être du Brussolo. Je pense à «Le masque d'argile» ou «Le suaire écarlate». Il me semble qu'à l'inverse d'autres romans fourmillant d'idées étranges, celui-ci a une dimension déjantée. En effet, certaines idées m'ont paru très drôles. Les exemples d'idées étranges que j'ai donnés, s'ils sont source d'angoisse pour les personnages, sont assez amusants pour le lecteur. J'ai lu beaucoup d'ouvrages de cet auteur, et il me semble que c'est dans ce roman que la dimension amusante est la plus présente. On trouve également un immense lombric immobile qui, lorsqu'on marche dessus, contracte sa peau afin de guider l'imprudent jusqu'à sa gueule... Mes exemples ne sont qu'un infime échantillon des idées qui abondent dans ce roman.

Outre les idées déjantées, peut-être certains ont-ils été gênés par des idées qui pourraient paraître «subversives». Là encore, on retrouve la patte de Brussolo. Il se moque allègrement de tout (ici, c'est majoritairement les croyances religieuses), en partant de situations existantes et en les amplifiant, en montrant ce qu'elles pourraient devenir si l'homme continuait ses exagérations. Autre exemple: il explique qu'à un moment, pendant l'histoire de l'humanité, les dirigeants ont eu peur du savoir...

J'ai aimé retrouver certaines idées exploitées différemment dans d'autres romans. Par exemple, les hommes se changeant en poisson et oubliant tout («L'oeil de la pieuvre»), le mélange en un seul être de l'animal et du végétal («Le carnaval de fer»), le temps, l'intelligence et l'imbécillité, le rajeunissement et le vieillissement, etc.

David est un personnage brussolien. C'est lui le plus lucide sur la situation du monde. Il reste en retrait, il voudrait qu'une relation normale entre lui et ses enfants soit possible... Il m'a quand même agacée, car il ne voulait pas comprendre ce qu'était ses enfants. Le plus exaspérant est que son attachement est venu tard. Au départ (dans «Frontière barbare»), sa femme comptait plus que tout, et il ne se préoccupait pas vraiment de ses enfants. Il semblerait donc que l'affection de David soit faussée par sa culpabilité. À la fin, cela le fait agir en dépit du bon sens.

Grâce à toutes ses idées, Brussolo crée une intrigue pendant laquelle on n'a pas le temps de s'ennuyer. Rien ne traîne, on est emporté, immergé dans l'univers créé. La fin est peut-être un peu rapide. Certaines pistes sont données pendant une partie du roman, puis ne sont pas exploitées quand elles auraient pu l'être. Certains éléments sont un peu vite évacués... C'est dommage. C'est le seul bémol que je mettrai.

Éditeur: Gallimard, collection Folio SF.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 27 juillet 2015

Le doute, de SK Tremayne.

Le Doute

Note: L'auteur tient apparemment à garder l'anonymat. Cependant, lorsqu'on tape SK Tremayne dans un moteur de recherche, on trouve de qui il s'agit.

L'ouvrage:
Angleterre.
Voilà un an que Lydia Moorcroft, six ans, est morte. Ses parents (Angus et Sarah), et sa soeur jumelle (Kirstie) tentent de surmonter leur chagrin. Une manière d'y parvenir est d'aller habiter la maison qu'Angus a héritée de ses grands-parents, sur Torran Island, en Écosse.
Peu avant le déménagement, Kirstie dit à sa mère qu'elle n'est pas Kirstie, mais Lydia.

Critique:
L'auteur de ce roman a su mélanger habilement plusieurs choses afin de prendre le lecteur dans une toile inextricable. Il y a d'abord cette affirmation de la jumelle survivante. En bonne pragmatique, je me suis demandé pourquoi elle ne l'avait pas dit avant. Bien sûr, tout n'est pas si simple. L'auteur donne plusieurs raisons qui sont toutes plausibles.

Ensuite, il y a les événements qui font qu'Angus et Sarah ont du mal à communiquer. L'auteur utilise cette ficelle un peu pénible qui consiste à montrer l'un des personnages (en l'occurrence Angus) en sachant plus que le lecteur, mais ne disant pas tout ce qu'il sait. Cette frustration est contrebalancée par la manière dont Sarah appréhende les choses. Elle en sait autant (ou presque) que le lecteur, et lorsqu'elle découvre quelque chose, le lecteur le découvre en même temps. À ce sujet, un lecteur pointilleux dira que le romancier a joué quelque peu sur les mots, la façon de dire certaines choses pour nous faire «interpréter» certaines paroles dans un sens donné. Certes, mais au final, les choses se tiennent. En outre, SK Tremayne nous rappelle qu'il est aisé d'interpréter une phrase, qu'il faut prendre ses précautions avant de tirer hâtivement une conclusion.

Le thème de la gémellité est évidemment abordé. J'ai trouvé que SK Tremayne le faisait mieux que d'autres auteurs. Il parle bien sûr d'une très grande complicité, et donc du désarroi de celle qui reste. Il évoque le thème sans trop en faire. À un moment, j'ai souri: Sarah se souvenait que Kirstie et Lydia se faisaient des bises alors qu'elles étaient dans son ventre. Cela m'a rappelé le roman de Jean-Christophe Grangé («Le passager», je crois) où l'un des jumeaux essaie de tuer l'autre in utero. Bref, il aborde le thème sans grandiloquence, à l'inverse d'autres.

SK Tremayne n'oublie pas l'ambiance. Certains faits prennent davantage de force parce qu'ils arrivent dans cette maison dont certains endroits sont insalubres, où on côtoie des rats, où le téléphone et la difficulté d'établir une communication évoquent des personnes en détresse ne pouvant se faire entendre. L'île joue également un rôle important dans la montée de l'angoisse. Battue par le vent (il y a d'ailleurs une tempête lors d'un moment crucial), abritant des sables mouvants (auxquels la famille aura affaire), ayant une réputation mystérieuse, l'île est presque personnifiée. Ceux qui sont convaincus qu'il existe des endroits «maléfiques» adhéreront à ce que laisse entrevoir la fin.

Quant aux personnages, il en est un qui, dès le départ, m'a semblé louche pour plusieurs raisons. Il s'est révélé que j'avais vu juste.

Il n'y a aucune lenteur, rien n'est bâclé. On plonge rapidement au coeur de l'intrigue, et il est difficile de lâcher le roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Presses de la cité dans le cadre de l'opération Masse Critique, organisée par Babelio.

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vendredi, 3 juillet 2015

D'un mauvais oeil, de Jessica Treadway.

D'un mauvais oeil

L'ouvrage:
Il y a trois ans, Hanna et Joe Schutt ont été agressés à coup de maillet, en pleine nuit. Vraisemblablement, le coupable serait Rud Petty, le petit ami de leur fille cadette, Dawn. Joe a succombé à ses blessures. Hanna a survécu, mais ne garde aucun souvenir de la funeste nuit. C'est alors que Rud Petty obtient un nouveau procès. Alors que la procureur presse Anna de témoigner, Dawn décide de revenir habiter avec sa mère.

Critique:
Ce roman est un thriller psychologique comme je les aime. L'énigme n'est pas ce qui importe le plus, même si, bien sûr, le lecteur finit par en avoir la solution. Elle est d'ailleurs tout à fait plausible. Tout au long du roman, Jessica Treadway la prépare. Certains lecteurs la devineront peut-être rapidement, mais ce n'est pas grave, car le plus important est la psychologie de ces personnages. L'énigme n'est qu'un déclencheur: elle pousse Hanna à «faire le ménage dans sa tête».

Chacun doit gérer le drame à sa manière. Chacun fait comme il peut. Hanna (la narratrice) est, comme elle le dit elle-même à la fin, assez effacée par rapport à d'autres. Elle fait attention aux réactions des autres. À travers des retours en arrière, on comprend qu'elle était souvent dans l'ombre de Joe. Il était plus assuré, savait toujours comment dire les choses. Hanna se sent souvent empotée, ne sait pas toujours faire passer ses sentiments. En outre, son instinct de mère lui commande de protéger celle de ses filles qui lui semble la moins armée pour la vie.

Jessica Treadway crée des personnages dont les rapports sont compliqués, notamment lorsque Dawn entre dans l'équation. Chacun a des rapports houleux avec elle. Anna s'interroge beaucoup sur ses enfants, sur ce qu'elle a mal fait, etc. L'auteur montre très bien jusqu'où peut aller l'amour (et ses complications) de parents pour des enfants, et inversement. Par exemple, Iris, la fille aînée, est complètement transformée par le drame, ses retombées, ce qu'elle en ressent, le mal qu'elle a à communiquer avec sa mère...

À travers l'un des personnages, Jessica Treadway brosse un portrait d'autant plus effrayant que ce genre de personnalités existe. C'est assez déstabilisant, car la personne en question semble à la fois machiavélique, malade, insensible, égoïste, irresponsable... Certains de ses adjectifs sont contradictoires. La personne est sûrement un mélange de tout cela. Pour ma part, je ne lui accorde aucune circonstance atténuante, même si elle est, en quelque sorte, complexe.

Au long du roman, Hanna a affaire à la procureur, qui tente de la pousser à témoigner dans un sens qui ne plaît pas à notre héroïne. Si le lecteur peut être vaguement exaspéré par cette insistance, il la comprend également. Gail se montre patiente et compréhensive, jusqu'à la fin.

Je ne parlerai pas de tous les personnages, mais il faut savoir que chacun est bien dépeint par la romancière. Son analyse est poussée et juste.

La toute fin est comme un tournant. Je ne peux pas trop en dire, mais je pense qu'elle n'est pas anodine.

J'ai l'impression que ma critique est fade, et ne rend pas assez justice à ce roman abouti, creusé, fin, réaliste, où la tension est savamment distillée... Cela tient en partie au fait que cet ouvrage fait partie de ceux à propos desquels il est impératif de ne pas trop en dire sous peine de gâcher certaines choses aux futurs lecteurs.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Préludes dans le cadre de l'opération Masse Critique, organisée par Babelio.

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jeudi, 30 avril 2015

Le maître des insectes, de Stuart Prebble.

Le maître des insectes

L'ouvrage:
À la mort de ses parents, Jonathan McGuire doit prendre son frère aîné, Roger, en charge. Celui-ci est handicapé mental. Jonathan a une vingtaine d'années, il doit abandonner ses études et trouver un travail. Sa vie commence donc à prendre tournure. Cependant, il n'est pas au bout de ses surprises.

Critique:
Ce roman m'a rappelé «La mer les emportera», de Nick Dybek, non à cause de l'intrigue, mais parce que tout comme dans ce roman, le lecteur se retrouve face à des personnages qui agissent selon ce qu'ils pensent être le mieux, quitte à ce qu'il y ait de la casse. J'ai quand même mieux accepté les motivations des personnages de «Le maître des insectes», car elles m'ont semblé plus altruistes et moins réfléchies (dans le mauvais sens du mot) que celles des personnages du roman de Nick Dybek. Si les personnages de Dybek accomplissent sciemment (et par égoïsme) leur méfaits, alors qu'ils pouvaient faire autrement, ceux de Stuart Prebble agissent en pensant aux autres.

Les personnages m'ont inspiré des sentiments contradictoires, ce qui est une bonne chose. Cela veut dire qu'ils ne sont pas tout d'une pièce, qu'ils sont creusés. Si je les ai compris, si j'ai éprouvé de la compassion pour eux, j'ai également éprouvé de la répugnance, à certains moments. Leurs motivations (surtout celles de trois d'entre eux) sont des sujets dont il serait très intéressant de débattre.

Au départ, on met un petit moment à voir où on va, mais rien n'est lent. J'aime beaucoup cela: ne pas pouvoir prévoir où m'emmène l'auteur tout en ne m'ennuyant pas.
Au détour des pages, on rencontre des embûches, des énigmes...
J'ai été déçue qu'à la fin, une question reste. En fait, mon mari (qui m'a enregistré le roman) et moi ne sommes pas d'accord sur la fin. Je pense que le lecteur peut deviner ce qui s'est passé. Mon mari pense que non. Il dit qu'on ne peut pas savoir qui a fait quoi, alors que pour moi, c'est évident. Mon mari étaye son argument à cause d'une remarque de l'un des personnages. Certes, mais ce personnage n'irait pas, à mon avis, jusqu'à un point de non-retour, alors qu'un autre, si. J'aurais quand même aimé une réponse quant à la façon dont se sont passées les choses.

Le style de l'auteur est fluide, agréable.

La quatrième de couverture en dit trop. Cependant, j'ai compris pourquoi. Le but est d'attirer le lecteur, et il n'est pas simple de l'attirer avec le résumé du début du roman. Donc, celui qui a fait la quatrième de couverture a choisi de parler d'un moment palpitant du roman. J'aurais quand même préféré un résumé du début du roman, car je me souvenais de la quatrième de couverture lors de ma lecture, et donc je savais quelque chose qu'il vaut mieux découvrir en lisant le roman.

Livre traduit de l'anglais par Caroline Bouet publié le 12 mars 2015 aux éditions Denoël.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Denoël.

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mercredi, 22 avril 2015

Dégage !, de Valentina Diana.

Dégage !

L'ouvrage:
Mino a seize ans. Sa mère et lui ont du mal à communiquer, à se comprendre.

Critique:
Ce livre n'a pas répondu à mes attentes. Je pense que je m'attendais à une analyse psychologique comme celle qu'on trouve dans «Nous», de David Nicholls. C'est-à-dire que j'aurais aimé savoir comment ont été les rapports entre Mino et sa mère depuis le début. Là, on débarque dans leur vie alors que Mino est à un âge souvent difficile, et on découvre des problèmes de communication assez clichés. Rien ne les explique vraiment... Mino semble être le stéréotype de l'adolescent: il envoie balader ceux qui ne cèdent pas à ses caprices, s'intéresse davantage à son téléphone et à son ordinateur qu'à son entourage, ne respecte pas grand-chose... Il se permet (entre autres) de jeter la nourriture au compost parce que cela ne lui plaît pas. Le pauvre chou: sa mère n'a pas mis la sauce qu'il voulait. Ce n'est qu'un exemple. Plusieurs fois, je me suis dit que si j'avais été en face de lui, je lui aurais volontiers administré une bonne paire de gifles.

D'autre part, si la mère se remet en question, elle ne le fait pas comme il le faudrait, à mon avis. Elle se pose tout un tas de question, achète un manuel écrit par un soi-disant spécialiste, et suit une formation pour les parents... Il ne faut pas être très futé pour comprendre que le spécialiste brasse beaucoup de vent. En tant que lectrice, j'ai eu envie d'aller voir cette mère et de lui dire qu'elle devait faire preuve de fermeté et définir les limites... Lorsqu'elle essaie de le faire, soit ses actes sont sapés par la grand-mère de Mino, soit elle agit en coupable. Il y a bien des moments où elle tente de poser des limites (notamment quand elle met l'ordinateur de Mino sous clé), mais elle le fait comme si elle était coupable.

En outre, la narratrice s'attarde, tourne et retourne des pensées à la limite de la philosophie... J'ai trouvé ça très lourd.

Parfois, il y a quelques moment de paix, quelques rites qui rapproche mère et fils. Cependant, cela ne m'a pas convaincue. Trouvant tout cela plat et pas vraiment solide, je n'ai pu m'attacher à aucun personnage.

Enfin, j'ai trouvé certaines choses vraiment ineptes. Par exemple, en trois secondes, un parfait inconnu parvient à savoir que l'envie de l'héroïne de posséder un poisson rouge n'est qu'un caprice. Elle aurait dû le deviner seule, tant c'était cliché! Et bien sûr, la toute fin m'a donné une impression d'inachevé. Tout ça juste pour ça...

Livre traduit de l'italien par Anaïs Bouteille-Bokobza publié le 12 mars 2015 aux éditions Denoël.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Denoël.

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