Lecteur : Moinat Martine

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jeudi, 20 décembre 2018

L'été de Katya, de Trevanian.

L'été de Katya

L'ouvrage:
Été 1914. Jean-Marc Montjean, tout juste diplômé de médecine, devient l'assistant du docteur Hippolyte Gros. Il exerce donc dans un petit village du Pays basque.
Il est amené à soigner le jeune Paul Tréville, blessé lors d'une chute de vélo. Il va donc fréquenter la maison du jeune homme, et de ce fait, sa soeur jumelle, Katya, dont il tombe très vite amoureux.

Critique:
Ce roman m'a plu.
Jean-Marc raconte l'histoire vingt-cinq ans plus tard, donc il donne de petits indices sur la manière dont ont tourné les événements, ou du moins, sur l'issue de son amour pour Katya. Cependant, il ne dit pas avant la fin comment les choses sont arrivées. Cela laisse au lecteur la possibilité de supposer...

Dès que Paul apparaît dans le récit, il fait certaines remarques qui ne lui attirent pas la sympathie du lecteur. Pourtant, je me suis dit que ce comportement cachait autre chose. On comprend rapidement que les Tréville dissimulent un élément important, et contrairement à Jean-Marc, je pensais que le dévoiler accroîtrait sa nuisance. Je souhaitais pourtant le connaître. L'auteur trouve le moyen de ne pas faire traîner les choses tout en ne révélant pas tout d'un coup. Avant que toute la vérité soit connue, il donne quelques explications, et nimbe son histoire d'une ambiance étrange qui laisse deviner de terribles éléments. Lorsque j'ai fini par tout savoir, j'ai pensé que le personnage le plus lucide aurait peut-être dû prendre les choses en main autrement... oui, mais comment?
Je regrette que l'auteur ne dise pas comment s'est terminé cet été-là. On sait comment s'achève la dernière entrevue de Jean-Marc avec Katya, mais j'aurais aimé savoir ce qui est arrivé tout de suite après, et les jours qui ont suivi.

Souvent, la famille Tréville agit comme si ce qu'elle cache n'existait pas. Paul et Katya se montrent enjoués, monsieur Tréville est fou des études qu'il fait. C'est dans ces moments qu'ils sont très sympathiques. On trouve même des scènes cocasses, comme celle où Paul parle de sa soeur comme d'un estomac sur pattes.
Le docteur Gros est également un personnage sympathique. On comprend qu'il chapitre le jeune Jean-Marc qui est quelque peu imbu de lui-même. Ensuite, la présence du docteur Gros est souvent synonyme d'amusement. Au long du livre, il est l'image du bon vivant, à la fois drôle et sage.

Éditeur: Gallmeister.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Comme d'habitude, j'ai été contente de retrouver cette lectrice dont j'aime les interprétations.

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jeudi, 9 août 2018

Les buveurs de lumière, de Jenni Fagan.

Les buveurs de lumière

L'ouvrage:
Londres, novembre 2020.
À trente-huit ans, Dylan McCray vient de perdre sa grand-mère et sa mère. C'est alors qu'il découvre qu'elles étaient criblées de dettes. Sa mère avait tout prévu, il a une possibilité de repli: une caravane garée à plus de 900 kilomètres de là, à Clachan Fells, en Écosse. Il s'y rend. Alors qu'un froid polaire envahit le monde, Dylan rencontre ses voisins de caravane, parmi lesquels Stella (douze ans) et sa mère (Constance).

Critique:
Je me méfiais un peu de ce roman en le commençant. Mes craintes ont vite été balayées. Je suis rapidement entrée dans la vie de ces gens attachants. Jenni Fagan parvient très bien à combiner des éléments dont l'assemblage paraît improbable. Ses personnages sont quelque peu étranges. Dylan, géant barbu et tatoué, piétine les apparences, puisque la sienne n'est pas un signe qu'il se range dans une catégorie quelconque. C'est juste un homme gentil qui tente de comprendre sa mère, et de trouver sa place dans la petite communauté de Clachan Fells.

Stella, parfois plus mature que sa mère, est celle par qui la plupart des émotions arrivent. Obligée de braver l'intolérance, la fillette vit les événements du mieux qu'elle le peut. Naturellement portée à la gentillesse et la drôlerie, elle prend goulûment tout ce que cette existence lui offre. C'est également elle la plus réaliste: elle ose formuler les craintes des adultes à haute voix.

Constance m'a un peu agacée, principalement à cause de son étrange rapport avec Alistair. Pourtant, je lui pardonne, car s'il y a une chose qu'elle fait bien, c'est aimer sa fille. Elle la protège, la défend, lui explique la vie sans fioritures et toujours avec bienveillance, et surtout, elle l'accepte. C'est probablement grâce à cet amour sain que Stella est si équilibrée. J'ai beaucoup aimé lire des épisodes de cette paisible relation entre une mère et sa fille.

Ces personnages au fort caractère sont confrontés à un climat devenu soudain très rude auquel ils doivent s'adapter. Cela contribue à l'ambiance parfois étrange du roman.
Par ailleurs, Stella doit faire face à des situations assez difficiles à gérer. Par exemple, la scène où elle est chez le médecin est consternante. La mère et la fille sont très claires, aucune n'a l'air de prendre le problème à la légère. Pourtant, le médecin reste coincé dans un carcan dont il ne sait pas lui-même pourquoi il existe. Stella et Constance ont beau lui donner des exemples assez parlants (de toute façon, même sans eux, il devrait être assez intelligent pour comprendre), il s'obstine.

D'un autre côté, c'est sûrement le caractère de la fillette qui fait qu'elle fera rire de situations graves. Par exemple, la gentille enfant désire aider son voisin à ranger sa caravane, et commence à le débarrasser de vieilleries. Lorsque j'ai compris sur quoi elle avait jeté son dévolu, je n'ai pas pu m'empêcher de rire à cause de ce qu'elle disait, tout en appréhendant la suite. J'aime beaucoup que les auteurs fassent ainsi: des situations graves assorties d'une dose d'humour. D'un autre côté, j'ai parfois été frustrée, sentant que les personnages (sauf Stella) avaient du mal à exprimer leurs sentiments.

Pour moi, la fin est un point d'interrogation. C'est au lecteur de choisir ce qu'il arrivera. Je n'ai pas réussi à trancher... Pourtant, certains indices font qu'on va plutôt pencher vers une solution. Certes, mais elle ne me plaît pas... Cela n'enlève rien à la justesse du roman, c'est seulement que je n'aimerais pas une telle fin.

Un roman grave, drôle, fin, abouti, soulevant certaines questions délicates avec naturel.

Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 2 août 2018

Parole donnée, de Patrick Henderickx.

Parole donnée

L'ouvrage:
1992. Patrick Henderickx vient de sortir de prison. Il s'est juré de ne plus retomber dans le milieu des truands. Il parvient à peine à joindre les deux bouts. C'est alors que le policier à qui il a eu affaire auparavant, et avec qui il est devenu ami lui propose de l'aider à «sauver des jeunes».

Critique:
L'auteur raconte son parcours après la prison. Ayant été victime de pédophilie dans son enfance, il commencera par s'attacher à aider des enfants et des adolescents qui ont eu un parcours «difficile». Le plus souvent, il agit instinctivement. Il se trompe parfois, mais son vécu et son empathie le font aller dans la bonne direction. Il explique le «regard de travers» que les jeunes et lui attirent souvent. Malheureusement, personne n'est à l'abri des préjugés. Lui-même raconte comment il s'y est laissé prendre.

Plusieurs fois, au cours de son récit, il insiste sur le fait que beaucoup disent (ou disaient, lorsqu'il était plus jeune) que la pédophilie, ça n'existait pas. Un moyen assez effrayant de laisser perpétrer ces actes barbares et nuisibles. Quant à lui, il ne peut pas continuer de vivre tant que ces horreurs se poursuivent. Voilà pourquoi il décide de prendre le taureau par les cornes... On a beau savoir que cela existe, le lire est toujours déstabilisant. Lorsque Patrick Henderickx s'attaque à la pédophilie, et raconte son combat sans pathos ni complaisance, on a l'impression d'aller au bout de l'horreur, de la cruauté, et à l'instar de l'auteur, on a envie de tuer tous les pédophiles... Avoir lu des romans et des faits divers, être informé ne prémunit pas, cela ne prémunira jamais, contre de telles abominations.

Le récit de patrick Henderickx est dur, mais il ne fait que rendre compte de faits qu'il tente de changer au lieu de se lamenter. Bien sûr, il ne peut pas sauver le monde entier, mais il essaie d'aider les gens en détresse, et plus particulièrement les enfants. En outre, les récits horrifiants sont entrecoupés de moments de répit où l'auteur raconte des victoires. Ce livre est fort en émotion, en sentiments (positifs et négatifs).

Le narrateur raconte aussi comment est née l'amitié entre celui qu'il appelle Pierrot (le policier) et lui. Cette histoire, à la fois étrange et empreinte d'humanité, ne manquera pas d'étonner et d'émouvoir le lecteur.

Il n'est pas facile d'écrire une chronique sur ce genre de livres sans avoir l'air soit pâmée (ce qui ôterait toute envie à une personne sensée de le lire), soit froide (ce qui donnerait quelque chose de convenu). Je ne suis pas sûre de m'en être vraiment sortie, mais je vous conseille ce livre. Patrick Henderickx, lui, vous conseillerait sûrement, ainsi qu'à moi, d'agir pour l'aider à éradiquer la pédophilie. En effet, c'est ce que lui-même a fini par faire.

Éditeur: Presses de la renaissance.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 5 avril 2018

Point cardinal, de Leonor de Recondo.

Point cardinal

L'ouvrage:
Depuis son enfance, Laurent Dutillac ressent un mal être qu'il ne s'explique pas. Aujourd'hui, il est marié et a deux enfants de seize et treize ans. Il aime profondément sa famille. Peu à peu, il comprend d'où vient son problème: moralement, il est une femme.

Critique:
Au départ, je pensais ne pas chroniquer ce roman, parce qu'il ne m'a pas autant plu que ce à quoi je m'attendais. Mais après tout, pourquoi ne pas donner mon point de vue quand même?

Certains de mes reproches se sont atténués à la fin, parce que l'auteur donne une explication qui me satisfait. Je trouvais que Laurent était excessif lorsqu'il se travestissait en Mathilda, même s je comprenais confusément que cela venait justement du fait qu'il ne pouvait être une femme physiquement: lorsqu'on n'a pas quelque chose qu'on souhaite ardemment, on en fait forcément trop. Laurent lui-même le reconnaît plus tard. J'ai aussi râlé que le personnage principal s'attache aux signes de féminité selon la société, caricaturant la femme. La femme se maquille, porte des dessous en dentelle, des robes, des chaussures à talons, a les cheveux longs... Je me disais que s'il était une femme moralement, il n'était pas obligé de souhaiter avoir absolument tout cela. Ce reproche est normal venant de moi qui n'aime pas les clichés, et qui, en plus, dédaigne la plupart de ces soi-disant signes de féminité. Tout en râlant, je comprenais que là aussi, le personnage en faisait trop parce qu'il ne pouvait avoir tout cela.

J'ai aussi tiqué lorsqu'il explique qu'étant enfant, il n'aimait pas le foot et la brutalité de ceux de son âge qui s'y adonnaient. Ne pas aimer le foot n'est pas une caractéristique féminine. Être sensible non plus. C'est la société qui veut que les femmes soient sensibles et que les hommes ne le soient pas. L'auteur ne dit pas que cette aversion de Laurent explique forcément sa féminité morale, mais elle le sous-entend. Cela m'a gênée.

Ensuite, j'ai trouvé que la romancière en faisait trop concernant Thomas, le fils de Laurent. Pourtant, les réactions excessives de ce genre existent sûrement. Bien sûr, Leonor de Recondo montre d'autres réactions. Solange, la femme du héros, fait un long chemin avant de faire la part des choses. Malgré son refus, puis ses réticences, elle se remet en question. Ses actes sont compréhensibles, même si le lecteur ne les approuve pas toujours. Claire, la fille de Laurent, a un cheminement moins tortueux, et malgré sa peur et ses incertitudes, comprend beaucoup de choses en allant à la source de ce qui l'effraie, et en se mettant à la place de tout le monde.

La romancière montre un éventail de réactions dues au vécu des gens, à leur intolérance, ou parfois à un sentiment qu'ils ont davantage de mal à expliquer. En cela, le livre est bien pensé. Pourtant, je lui préfère le témoignage d'Andréa Colliaux ou même «Royaume interdit», de Rose Tremain. J'ai oublié beaucoup d'éléments de ces livres, mais j'en garde un bon souvenir, et il me semble que je n'ai pas eu de reproches à leur adresser. Ma perplexité est renforcée quant à ce roman parce que je sais que beaucoup de mes reproches ne sont pas vraiment fondés. Peut-être cela a-t-il à voir avec le style de l'auteur? Peut-être est-il, à mes yeux, trop dépouillé pour cette histoire... J'aurais peut-être préféré qu'un auteur comme Jodi Picoult s'empare du sujet, et en fasse un pavé où toutes les réactions seraient analysées en long, en large, et en travers, où certains personnages seraient davantage nuancés... En conclusion, je conseille ce livre, car malgré mes reproches, je pense que c'est un bon roman.

Éditeur: Sabine Wespieser.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 22 mars 2018

C'est le coeur qui lâche en dernier, de Margaret Atwood.

C'est le coeur qui lâche en dernier

L'ouvrage:
États-Unis. La misère et la criminalité sont de plus en plus présentes. Stan et Charmaine vivent dans leur voiture. Un jour, la jeune femme voit une publicité pour une ville où chaque habitant semble avoir une maison confortable, un bon travail... Le couple décide d'y tenter sa chance.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Bien sûr, on se doute vite que cette ville à l'air paradisiaque recèle quelque chose de bien moins plaisant. L'auteur n'en fait d'ailleurs pas un secret. Si j'ai eu envie de dire aux héros de ne pas se précipiter dans cet endroit, je me suis également demandé ce que je ferais si j'avais le choix entre une vie dans l'indigence et une vie en apparence sympathique, mais totalement surveillée.

Je pense qu'il y a un clin d'oeil au roman «Derrière l'épaule», de Jean-Pierre Andrevon. Outre que certaines façons de faire des dirigeants ressemblent à celles du roman, il est expliqué que Consilience est la descendante d'Harmonie, qui était le nom de la ville du roman d'Andrevon. Margaret Atwood explore le thème différemment. Une fois qu'on a identifié le problème, on tente d'en sortir... ou pas. Charmaine m'a agacée, surtout à cause de ce qu'elle fait lors des «déménagements». (Je le formule ainsi pour en dire le moins possible.) Cependant, on peut y voir une sorte de révolte contre les règles de Consilience.

Plus tard, l'auteur soulève d'autres idées. Par exemple, ses personnages sont en mesure de créer des robots presque plus réalistes que ce qu'ils sont censés imiter. Ah oui, mais la machine dérape, et rien ne se passe comme prévu. C'est un peu la même chose lorsqu'il s'agit d'obliger une femme à aimer le premier homme qu'elle verra après une opération. Sur Véronica, cela réussit très bien, ce qui donne lieu à un événement inattendu. Ces exemples (et d'autres) provoquent le rire. Margaret Atwood montre avec humour ce qu'il en coûte de vouloir imposer quelque chose. Cela m'a rappelé Serge Brussolo qui aime bien explorer les conséquences de la folie de certains hommes abusant de leur pouvoir. Seulement, lui le fait de manière à secouer le lecteur, lui montrant toutes les horreurs qui peuvent découler de cela.

Outre des idées savamment exprimées, l'intrigue fait qu'on ne s'ennuie pas. On découvre un élément, cela nous amène à autre chose, puis à autre chose, etc. La révélation de la toute fin met l'héroïne devant un choix qui lui semble difficile, et là encore, on se demandera ce qu'on ferait à sa place.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Comme d'habitude, j'ai été ravie de retrouver cette lectrice dont j'aime beaucoup les interprétations. Cependant, comme souvent (que ce soit elle ou un autre lecteur), je regrette qu'à trop vouloir prononcer certains noms à l'anglophone (ou à vouloir à tout prix ne pas les prononcer à la française), elle en fasse trop. Par exemple, il est expliqué que Consilience est un mot-valise formé de «condamné» et «résilience». Il n'y avait donc pas de raisons particulières de le prononcer à l'anglophone. Pour moi, il aurait été plus naturel que ce soit dit à la française. C'est pareil pour le nom de l'auteur: la lectrice tente de faire un «a» à l'anglophone, mais quel mal y a-t-il à prononcer Atwood avec un «a» à la française?

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