Lecteur : Mivelaz Évelyne

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lundi, 11 octobre 2010

Elvira, d'Henry Denker.

Elvira

L'ouvrage:
1930.
David et Rebecca Rosen forment un couple très uni. Le seul nuage de leur vie, c'est qu'ils ne peuvent pas avoir d'enfants.
Après une fausse couche, Rebecca s'enfonce lentement dans la dépression. Pour lui changer les idées, et afin qu'elle fasse quelque chose qu'elle fera bien, le médecin des Rosen décide de lui proposer de travailler dans un orphelinat. C'est là que Rebecca rencontre Elvira, huit ans. La mère de l'enfant a la tuberculose, et elle attend sa guérison. Elle est mal acceptée parce qu'elle est noire. Voyant l'enfant s'étioler, Rebecca décide de l'héberger jusqu'à ce que sa mère soit guérie.

Critique:
Malgré certains passages un peu lents, je pense que ce roman est à lire. Il remet certaines choses à leur place. Il empêche qu'on oublie un pan de l'histoire. C'est bien sûr quelque chose qu'on a tous étudié étant plus jeunes, mais soit on oublie un peu, soit on n'avait pas étudié cela en profondeur. Je savais que dans les années 30, le racisme était admis, considéré comme normal, les mentalités n'ayant pas évolué. Mais je n'avais pas pris la mesure de la chose: les limites absolues, le rejet catégorique... je n'avais pas pleinement pris conscience du fait que tout cela était poussé à l'extrême, du fait que les esprits étaient irrémédiablement fermés, et que rien, dans la société, ne poussait à l'ouverture. Le roman nous montre avec pertinence que tous les jours, dans n'importe quelle situation, une personne noire était montrée du doigt, interdite de ceci ou cela.
La famille Rosen était atypique dans ces années: un couple de blancs élevant une enfant noire. Henry Denker nous décrit le combat de cette famille pour bousculer les préjugés de la société de l'époque. Le lecteur passera par tout un tas d'émotions, à l'instar des personnages qui, tour à tour s'enflamment, sont désemparés, se battent, se résignent... pour un temps. Il faut bien se résigner, par exemple, à ce qu'Elvira, meilleure élève de sa classe, ne récite pas le discours à la fête de l'école. Comment faire autrement? Mais la famille et le lecteur prennent de petites revanches, par exemple, lorsque les Rosen passent l'été dans un hôtel, et tombent sur un patron moins borné et plus futé que certains, qui accepte de ruser pour qu'Elvira puisse jouer avec les autres enfants.
Ces deux exemples ne sont rien au regard des épreuves contées par Henry Denker. Ce livre est une étude sociale très intéressante, et assez effrayante, de ce point de vue.

Si les Rosen prônent la tolérance à l'égard d'Elvira, Rebecca va toujours plus loin. Bien que la famille soit juive, Rebecca tient à ce qu'Elvira soit élevée en connaissant la religion catholique et la culture de son peuple. C'est un enrichissement pour l'enfant qui a une double culture, et comprend d'autant mieux le mal que cause l'intolérance.

Aujourd'hui, le racisme et l'intolérance sont toujours d'actualité, malheureusement. La seule différence, c'est qu'avant, ils étaient à découvert. Maintenant, c'est plus voilé, moins franc, plus hypocrite. Aujourd'hui, si on a le malheur d'être différent, on est montré du doigt. C'est fait d'une autre manière que ce qu'évoque ce roman, mais cela a bien lieu. Notre société n'a pas vraiment évolué.

Plus tard, Elvira continue le combat mené par les Rosen, et est une des premières à rejeter la discrimination positive. Je pense qu'elle a raison. Je comprends l'argument de ceux qui pensent: «On nous en a fait baver, profitons de cette culpabilité pour obtenir des largesses.», mais je pense que la discrimination positive est une iniquité, et ne peut conduire qu'à d'autres formes d'abus.

Malgré le sujet traité, le roman est saupoudré de notes humoristiques, ce qui détend le lecteur, et montre bien que les personnages se relèvent toujours.

J'ai, néanmoins, quelques petits reproches à faire à ce roman.
D'abord, comme je l'ai dit, certains passages sont un peu lents.
Ensuite, Elvira est parfaite. C'est un peu agaçant. Bien sûr, Henry Denker avait besoin de créer un personnage irréprochable, afin que le lecteur éprouve plus de compassion. Mais le lecteur aurait tout autant compris qu'Elvira se venge parfois. Il aurait compris que de rage, elle renverse un plat de viande en sauce sur certains camarades de classe pendant l'heure du repas. Cette espèce de perfection rend Elvira moins humaine. On éprouve de la compassion pour son peuple à travers elle, mais elle agace parfois.

Éditeur: Oh éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Évelyne Mivelaz pour l'Étoile Sonore.

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jeudi, 16 septembre 2010

Hôpital de l'espoir, d'Henry Denker.

Hôpital de l'espoir

Note:Ce livre est la suite de «L'infirmière».

L'ouvrage:
Samuel Horrowitz se sent seul. Il n'a plus grand-chose à faire de sa vie: ses enfants habitent loin, son meilleur ami a déménagé... Il poursuit bien sûr sa relation amicale avec Ariet Washington, son ancienne infirmière, mais cela ne remplit pas sa vie.
C'est Ariet qui trouve la solution: elle lui propose de faire du bénévolat dans le service d'un hôpital qui accueille des nourrissons abandonnés ou bien dont la mère n'a pas la garde parce qu'elle est alcoolique ou toxicomane.

Critique:
J'avais beaucoup aimé «L'infirmière», et j'ai découvert, d'abord avec plaisir, qu'il y avait une suite. Malheureusement, j'ai été déçue par ce livre... Pourtant, certains thèmes sont intéressants. Par exemple, c'est, comme son titre l'indique, un livre plein d'espoir, puisqu'il crie haut et fort qu'on peut recommencer sa vie à plus de soixante ans.
D'autre part, le thème du bénévolat est bien exploité. Outre les personnes qui donnent d'elles-mêmes, on voit l'administration qui, par contraste, est froide, ne faisant preuve d'aucune souplesse lorsque l'un des bénévoles (Samuel, en l'occurrence), agit pour le bien d'un enfant. Dans le même ordre d'idées, il est assez dérangeant que certains exhortent Samuel à ne pas s'attacher aux enfants, et les traitent comme des objets. Bien sûr, il ne faut pas trop s'attacher aux enfants pour ne pas avoir trop mal lorsqu'ils partent, mais si on ne tient pas compte du facteur humain quand on fait du bénévolat, quand donc faut-il en tenir compte?!

Samuel est toujours un personnage au fort caractère, mais il en devient caricatural. Dans «L'infirmière», une scène m'avait agacée: celle où il se fourvoie complètement au sujet de la raison pour laquelle Conrad est à l'hôpital. Dans «Hôpital de l'espoir», il est presque tout le temps comme ça. C'est dommage, car cela le rend moins crédible. Le lecteur se moquera plutôt de ses emportements, alors que certains mériteraient d'être pris au sérieux.
La scène qu'il fait lors de la conférence à laquelle il assiste avec Molly est très intéressante. L'auteur confronte deux points de vue, et tous les arguments sont acceptables. Je serais tentée de dire qu'il faut essayer d'être dans le juste milieu, car trop de sévérité et trop de laxisme nuisent pareillement.

L'histoire d'amour n'est pas très crédible. Les deux personnages sont sympathiques, et le lecteur est content pour eux, mais on y croit moyennement. Peut-être parce qu'il aurait été plus logique, du moins pour moi, que l'un des personnages tombât amoureux d'un autre que celui qu'il finis par aimer.

Les personnages sont attachants, mais un peu trop caricaturaux. Surtout Mona. Elle était déjà à la limite de l'acceptable dans «L'infirmière», mais là...

Il y a peut-être une incohérence. J'ai relu ma critique de «L'infirmière», et apparemment, il se passe dans les années 60. Or, si j'ai bien entendu, dans «Hôpital de l'espoir», à un moment, Samuel dit qu'on est en 1992...

Éditeur: oh éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Évelyne Mivelaz pour l'Étoile Sonore.

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