Lecteur : Miller Isabelle

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jeudi, 3 août 2017

Le gang des rêves, de Luca di Fulvio.

Le gang des rêves

L'ouvrage:
Après avoir été violée à l'âge de treize ans, Cetta Luminata est persuadée que la vie est impossible pour son fils (fruit de ce viol) et elle dans leur petit village natal d'Italie. Elle décide d'aller tenter sa chance en Amérique.

Critique:
Comme dans «Les enfants de Venise», Luca di Fulvio décrit très bien le contexte historique: New York dans les années 1920. On oscille entre agacement et compassion quant à ceux qui, à cause de la pauvreté, choisissent la facilité à court terme et deviennent des gangsters (à différents niveaux). Je parle de compassion, parce que certains (Joey, par exemple) expliquent que leurs parents y ont vraiment cru et que la réalité les a rattrapés. À côté de cela, on voit ceux qui ont réussi, par exemple, la famille Isaacson. Mais tout n'est pas aussi simple pour eux que ce que montrent les apparences. Le patriarche a réussi parce qu'il n'a pas ménagé sa peine, et qu'il avait un fort caractère. Lorsqu'il disparaît, le lecteur se doute très vite de la manière dont les événements tourneront pour Philippe et Sarah. J'ai aimé cette idée: rien n'est acquis, il faut se battre, s'adapter...

Cetta est parfois déroutante, mais elle n'a éveillé que des sentiments positifs chez moi. Déterminée à s'en sortir, elle ne transige pas avec son intégrité. Elle est très forte. Parfois, elle s'emporte; elle a aussi un moment de faiblesse (je parle de ce qui arrive avec Andrew), mais comment lui en vouloir? Dès le départ, elle sacrifie une part d'elle-même, puis elle ne peut s'empêcher d'espérer certaines choses... Je la préfère de très loin à son fils, Christmas. C'est justement quelque chose qui a fait que je n'ai pas pu apprécier entièrement ce roman. Christmas m'a exaspérée pratiquement du début à la fin! Au moins, dans «Les enfants de Venise», Mercurio ne m'a agacée que lorsqu'il voyait la vie uniquement à travers son amour. Au début, on comprend (dans une certaine mesure) pourquoi Christmas tente d'en mettre plein la vue, pourquoi il joue les caïds... mais c'est très pénible. Il agit souvent de manière grandiloquente. Par exemple, quand il va déposer Ruth à l'hôpital, et ne veut pas partir. J'avais envie de lui dire d'arrêter de faire la star... Quand il ressent quelque chose, tout le monde doit s'arrêter de vivre parce que monsieur doit s'exprimer, se montrer... Il semble être le seul à souffrir. À un moment, ça ne va pas comme il veut, alors, il s'en prend à sa mère (qui a toujours tout fait pour lui). Bien sûr, c'est passager, et Christmas sait très bien (et le montre) qu'il doit tout à sa mère, mais comme il se met en scène 99% du temps, et semble (très souvent) ne penser qu'à lui, j'ai eu régulièrement envie de lui mettre une bonne paire de gifles.
Lui qui distord souvent la réalité, qui passe son temps à l'arranger, il n'est pas logique qu'il croie aveuglément (ou presque) ceux qui lui disent que son ami l'a trahi, alors qu'il sait qu'ils ont tout intérêt à ce qu'il les croie.

Quant à Ruth, il est normal qu'elle souffre, qu'elle ait du mal à surmonter son traumatisme (surtout que ses parents ne l'y aident absolument pas). Il est même compréhensible qu'elle veuille une chose puis la repousse, justement à cause de ce qu'elle a vécu. Mais à la longue, il m'a semblé que l'auteur en faisait trop la concernant. Je pense surtout au moment où Ruth se persuade qu'elle n'a pas droit au bonheur, et souhaite mener une existence terne.

D'autre part, plusieurs éléments sont prévisibles. Ce n'est pas forcément mal, mais ici, c'est trop. Par exemple, j'ai tout de suite su (lorsque les patrons de Karl ont refusé de donner sa chance à Christmas) comment il l'aurait et ce qui en résulterait.
Beaucoup de passages concernant Bill montrent des événements prévisibles... Pour moi, c'était redondant.

Certaines situations sont très bien décrites. Par exemple, lorsque monsieur Filesi et ses collègues viennent aider les membres de la CKC, la solidarité entre les hommes est émouvante: plaisanteries, entraide, etc. Il y a d'autres moments semblables où l'écriture de l'auteur est si vraie qu'on imagine ces personnages et leurs actes comme si on y était.

Sal est assez énigmatique, surtout au début. À mesure que le roman avance, on découvre ses failles. J'ai fini, à l'instar de Cetta, par rire lorsqu'il la rabroue ainsi que Christmas, en disant qu'il est pire qu'elle. La scène où il découvre le cadeau de Christmas est assez cocasse. Le lecteur partage un instant de complicité avec Cetta, car tout comme elle, il sait que Sal est ému. Toutes ses manières bourrues et ses démonstrations étranges y sont: il souffle très fort par le nez, il râle... On me dira que ça aussi, c'est de la mise en scène. Certes, mais c'est l'auteur qui met Sal en scène. Le protagoniste ne se rend pas compte que son attitude peut sembler jouée. Lorsque Christmas se met en scène, il sait pertinemment qu'il joue et se donne en spectacle. Voilà pourquoi Sal ne m'agace pas à l'inverse de Christmas. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce personnage, mais il ne faudrait pas que j'en dévoile trop.

Je n'ai pas compris l'intérêt de la structure du livre, surtout au début. Les premiers chapitres racontent les débuts de Cetta, puis on voit Christmas à quatorze ans, puis à nouveau Cetta à quatorze ans... Ensuite, le récit finit par être linéaire, mais pourquoi ne l'est-il pas depuis le départ? Pour moi, cette structure n'apporte rien d'intéressant. L'auteur a peut-être voulu mettre en regard la situation de Cetta et de Christmas au même âge... Je pense que le lecteur aurait pu le faire seul si le récit avait été linéaire. De plus, le désavantage de cette structure est qu'elle nous donne des clés (maigres, mais elles sont quand même données) quant à ce qui arrive ensuite.

Comme dans «Les enfants de Venise», on retrouve des personnages racistes, blâmant un peuple ou une race pour quelque chose qu'une personne ou un groupe de personnes a fait. Malheureusement, cela se produit très souvent dans la vie: je pense que l'auteur n'exagère pas.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.

Tout comme «Les enfants de Venise», ce roman n'est pas facile à interpréter à voix haute, pour les mêmes raisons: il y a beaucoup de personnages, ils ont de fortes émotions... Isabelle Miller a mis la dose de jeu nécessaire sans être ni morne ni cabotine.
Quant à la prononciation des noms propres étrangers, je pense qu'elle conviendra à tous. Il n'a pas dû être simple de trouver une prononciation acceptable pour Christmas. Concernant le prénom Ruth, j'ai entendu tellement de lecteurs mal le prononcer (avec un «r» à l'anglophone, avec un «r» semi-allemand, avec «ou» pour le «u», avec «oeu» pour le «u», avec le «th» à l'anglaise, avec «s» à la place du «th») que j'avais peur. J'avais tort. Isabelle Miller le prononce normalement. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi tant de lecteurs (bénévoles et professionnels) voulaient le dire autrement qu'à la française, ce qui a parfois engendré des prononciations inexactes, quelle que soit la façon (à l'anglaise, à l'allemande) dont voulait le dire le lecteur.

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samedi, 22 juillet 2017

Les enfants de Venise, de Luca di Fulvio.

Les enfants de Venise

L'ouvrage:
Rome, 1515. Mercurio, Zolfo, et Benedetta sont de jeunes orphelins. Ils vivent de vols et d'escroqueries. Un jour, l'un de leurs coups tourne mal: Mercurio tue un marchand qui voulait récupérer son bien. La petite bande décide alors de fuir à Venise.

Critique:
L'une des qualités de ce roman est la précision du contexte historique. En lisant Luca di Fulvio, on est tout de suite plongé dans un pays, à une époque. Il nous rappelle, par exemple, comment étaient évacuées les ordures. Certains ne voyaient pas l'importance de l'hygiène, d'autres n'en avaient pas les moyens.
Je ne savais pas qu'à cette époque, l'antisémitisme sévissait à ce point. Ici, il est exacerbé par un moine fou qui excite la foule. Celle-ci est personnifiée, et toute sa versatilité est bien montrée au long du roman. Mais les juifs ne sont pas les seuls à être victimes d'ostracisme. On isole tous ceux qui sont différents. L'auteur montre toute la bêtise de l'homme lorsque la communauté juive (par l'intermédiaire de son chef) fait la leçon à Isacco parce qu'il soigne des prostituées. Rejetée, la communauté applique la même chose à une autre partie de la société. Malheureusement, ce comportement se retrouve toujours et partout.

J'ai préféré certains personnages secondaires (Anna, Donnola, Lanzafame, Isacco) aux principaux, notamment Giuditta et Mercurio qui m'ont souvent fait soupirer. D'abord, même s'il n'est pas trop mal amené, je n'ai pas aimé le coup de foudre. Au début, il était sympathique: les amoureux se demandaient ce qui leur arrivait, pensaient l'un à l'autre, etc. Cependant, lorsque certaines choses se concrétisent (à ce sujet, il aurait été plus crédible qu'ils se parlent pendant des heures avant de se sauter dessus, en tout cas, au début de leurs rencontres clandestines), j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. Par la suite, on retrouve cette exagération dans le comportement des amoureux. Cela les rend niais. Ils vont jusqu'au paroxysme du désespoir, oublient tous ceux qui les entourent, ne pensent qu'à eux et à leur incommensurable peine... Leur attitude l'un envers l'autre et leur comportement vis-à-vis des autres à cause de leur amour m'ont agacée. Pour moi, c'est la fausse note du roman. Bien sûr, le caractère emporté de Mercurio et le fait qu'il ait dû apprendre très tôt à se débrouiller expliquent qu'il agisse parfois mal sous le coup de la colère, qu'il perde le contrôle, etc. Cela ne l'a pas vraiment excusé à mes yeux. C'est dommage, parce qu'autrement, ces deux personnages sont sympathiques.

Certains fraient avec la pègre, ce qui confronte le lecteur aux batailles de territoires. Ici, Scarabello règne en maître sur un secteur, et n'entend pas se laisser détrôner. Ce parasite sans pitié suscitera des sentiments contradictoires: répugnance, colère, compassion.

Benedetta n'est pas toujours crédible. Elle aussi a eu une enfance malmenée, et on peut comprendre qu'elle se laisse dominer par des sentiments négatifs. Voilà pourquoi j'ai eu du mal à accepter sa manière d'être à la fin. Je n'ai pas trouvé ça très vraisemblable... Dans le roman, il y a d'autres éléments du genre: des «méchants» qui, lorsqu'ils sont en mauvaise posture, sont aidés par les «gentils» qu'ils foulèrent au pied... Si je comprends qu'on puisse pardonner, j'ai trouvé que certains personnages le faisaient un peu trop facilement... ce qui rend encore plus étrange le fait qu'ils ne le fassent pas plus vite concernant un autre personnage.

Le capitaine et le docteur m'ont plu. Ils sont loin d'être parfaits, mais ne se perdent pas en simagrées, comme d'autres. Leur souffrance semble plus tangible, plus réelle que celle des amoureux, par exemple. Ils s'en débrouillent mieux, et ont davantage éveillé ma compassion. En outre, leur complicité engendre des situations, et surtout, des répliques cocasses. En effet, Luca di Fulvio n'oublie pas de parsemer son roman de doses d'humour qui arrivent à point nommé.

Zolfo est plus complexe que ce dont il a l'air au départ. Il est perdu, se raccroche à ce qu'il peut... Sa douleur et sa peur d'affronter une situation effrayante l'empêchent de réfléchir. On découvrira, par la suite, qu'il n'est pas aussi faible et aveuglé qu'il en a l'air.

Je ne terminerai pas cette chronique sans évoquer un personnage haut en couleur qui tranche particulièrement avec la foule des soi-disant bien-pensants de par son métier et ses manières expéditives: la Cardinale. Son surnom est déjà tout un programme. Elle fait partie des notes d'humour du roman, et s'insère très bien dans son ambiance.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé Isabelle Miller. Ici, elle n'avait pas la partie facile. Il y a d'abord une galerie de personnages. J'ai été ravie que la comédienne ne tente pas trop de modifier sa voix pour certains. Elle le fait un peu, mais de manière naturelle et subtile. Je n'ai pas compris pourquoi elle donnait un petit accent à Ottavia, mais comme il était très peu marqué, cela ne m'a pas dérangée.
Ensuite, ces personnages éprouvent souvent de très fortes émotions. Là encore, la comédienne a su doser son jeu. Elle a exprimé ces émotions sans tomber dans l'excès.

L'autre difficulté était les noms propres italiens. Je n'aurais pas été gênée par une prononciation totalement à la française, mais j'imagine ce que ça aurait donné pour des noms comme Lanzafame, et je pense que pour des gens normaux, cela serait mal passé. Pour la plupart des noms, Isabelle Miller a trouvé un entre-deux qui, je pense, conviendra à tout le monde. Je trouve dommage qu'elle ait un peu forcé l'accent sur Donnola et parfois sur d'autres, mais je sais que déterminer la prononciation des noms propres n'a pas dû être simple. Pour moi, Isabelle Miller est une très bonne comédienne, et je suis contente qu'elle ait également enregistré «Le gang des rêves» (autre livre de Luca di Fulvio) que je lirai. J'imagine que concernant ce roman, le casse-tête de la prononciation des noms propres a dû être pire que pour «Les enfants de Venise», sachant que le héros s'appelle Christmas...

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée: une piste est égale à deux ou trois chapitres. Il y a 34 pistes pour 92 chapitres.

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jeudi, 7 avril 2016

De force, de Karine Giébel.

De force

L'ouvrage:
Maud Reynier, vingt ans, promène son chien lorsqu'elle est agressée. Alors que son assaillant s'apprête à la violer, un passant s'interpose et parvient à le faire fuir. Les choses ne font que commencer.

Critique:
J'ai adoré certains romans de Karine Giébel. Quelle ne fut pas ma joie de découvrir qu'Audible FR sortait son dernier en audio! Elle fut à la hauteur de la déception que j'ai ressentie lors de ma lecture. Pour moi, Karine Giébel a trahi son public. J'ai lu des chroniques de ce roman: certaines personnes pensent comme moi et d'autres (même après avoir lu d'autres ouvrages de cette romancière) ont adoré «De force».

Malheureusement pour moi, j'ai deviné 99% des «mystères». J'étais assez amusée (pour ne pas dire agacée) lorsque les indices que je collectais corroboraient mes théories surtout l'une d'entre elles. Au moins, Karine Giébel a été cohérente. Elle n'a pas osé aller aussi loin que Sophie Mckenzie dans «Appelle-moi» où le coupable est à deux endroits en même temps afin que le lecteur ne le soupçonne pas.
Lorsqu'on crée des énigmes, on ne peut pas les expliquer tout de suite, il faut bien que le lecteur marine un peu. En général, les bons auteurs font en sorte que la psychologie des personnages et les rebondissements fassent presque oublier les énigmes au lecteur. Ici, ce n'est pas le cas. Il ne se passe pas grand-chose. Lorsqu'il y avait des rebondissements (par exemple, ce qui arrive à Charlotte, ou le deuxième combat entre Luc et l'agresseur) ils me paraissaient convenus. Ensuite, certaines choses prennent trop de temps, comme les ressassements de Maud dus à sa folle passion. De plus, l'auteur emploie des ficelles indignes d'elle. Les personnages apprennent certaines choses avant le lecteur. On voit Machin penser à ce que Truc va découvrir, puis on voit Truc découvrir la chose et on ne sait toujours rien. Et on attend... Pour moi, c'est un suspense artificiel.
Lorsque les solutions des différentes énigmes sont données, j'ai trouvé que certaines choses n'étaient pas crédibles. Était-ce dû au fait que j'avais presque tout deviné et que j'avais imaginé des circonstances un peu mieux ficelées pour faire tenir le tout?

Souvent, les personnages de Karine Giébel sont blessés, ce qui les fait mal (voire très mal) agir. On éprouve de l'empathie pour eux malgré leurs côtés sombres ou désagréables. Ici, la plupart sont des coquilles vides. Le chirurgien riche et imbu de lui-même n'a rien éveillé chez moi, il est trop caricatural pour être crédible. Aucun défaut ne lui est épargné. Jusqu'au bout, il tente de se défiler...
Quant à sa fille, Maud, elle m'a plutôt exaspérée. Elle tombe folle amoureuse d'un homme qu'elle connaît à peine, et échafaude des plans pour tuer sa petite amie. Elle se vautre dans son chagrin de n'être pas celle qui fait battre le coeur de celui qu'elle aime. On dirait qu'elle a douze ans et que son béguin préfère sortir avec la fille la plus populaire de la classe. L'auteur retranscrit tout cela par des paroles qui ressemblent davantage à ce qu'on trouverait dans la collection Harlequin que chez Karine Giébel.
Luc est peut-être un peu plus épais, mais il m'a peu touchée. J'ai l'impression que l'auteur n'a pas réussi à insuffler une âme à ses personnages, comme elle l'a fait dans ses romans précédents.

Il est assez déroutant pour moi d'avoir été si déçue par celle qui écrivit le chef d'oeuvre qu'est «Meurtres pour rédemption» ou encore des romans aussi aboutis que «Purgatoire des innocents», «Juste une ombre», «Les morsures de l'ombre»... des romans dont je ne sortirai sûrement jamais.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audible FR, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
Si j'ai été déçue par l'auteur, j'ai été ravie de retrouver la comédienne qui, elle, n'a pas démérité. Elle n'a pas modifié sa voix pour faire les hommes (ou si peu), et c'est très bien ainsi. Grâce à son jeu subtil et à son intonation toujours appropriée, elle a su donner vie aux personnages sans avoir besoin d'en faire davantage. De plus, lorsque Maud gâtifie, elle n'a pas pris un ton niais, ce qui aurait été, à mon sens, du surjeu. J'espère que ce premier ouvrage enregistré par elle pour Audible FR sera suivi de beaucoup d'autres!

Je regrette que les éditions Audible FR ne coupent pas leurs ouvrages selon la structure du livre. En effet, changer de piste ne signifie pas changer de chapitre, mais (pour ce qui est de ce roman) sauter au moins quatre chapitres. Je n'ai pas ce problème lorsque j'achète les livres venant d'Audible.com.

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lundi, 28 janvier 2013

Le livre des morts, de Glenn Cooper.

Le livre des morts

L'ouvrage:
New York, 2009.
Le FBI enquête sur celui qu'on surnomme le tueur de l'apocalypse. C'est un tueur en série qui écrit des cartes postales à ses victimes. Les cartes indiquent à chacun la date de sa mort.

Critique:
Voilà un thriller ambitieux. Pendant ma lecture, j'ai eu peur que ce qui se dessinait ne soit pas à la hauteur de l'idée de départ. L'auteur a réussi à tisser des intrigues où tout prend sens et où rien n'est laissé au hasard.
À certains moments, j'ai été un peu déroutée par des éléments qui ne semblaient pas trouver leur place dans le roman. Là encore, Glenn Cooper n'a pas bâclé le travail. Tout est justifié. J'ai bien aimé la façon dont Truman s'arrange pour que les activités de la zone 51 passent inaperçus. Pourtant, j'avoue m'être un peu ennuyée lors de ce passage, et aussi lors de ceux qui se passent en 1947. C'est après lecture du roman que je me rends compte que ces scènes ne sont pas inutiles. Elles donnent davantage de force à l'ensemble.
Outre l'étrangeté du début, l'enquête n'est pas si classique que ce à quoi je m'attendais. J'ai mis du temps à assembler certaines pièces. Je suis ravie que l'auteur ait réussi à me perdre, à faire en sorte que le lecteur ne devine les choses que petit à petit.
Certains événements sont à prévoir, mais ils vont bien à l'intrigue.

La structure est un peu déroutante. L'auteur ne se contente pas de croiser plusieurs époques: à l'intérieur de l'une d'elles, la chronologie n'est pas respectée. D'où cette impression d'égarement à certains moments.

Les personnages ne sont pas trop classiques. Si Will fait partie de ces policiers à l'air blasé, s'il paraît détestable par certains côtés, cela accentue le réalisme du personnage. J'ai apprécié que Nancy et lui évoluent au contact l'un de l'autre, que chacun apprenne à voir certaines choses différemment, à mettre de l'eau dans son vin.

J'ai bien aimé l'effet de miroir: que l'on vive dans des temps reculés, au vingtième ou au vingt-et-unième siècle, on trouve toujours des humains broyés par d'autres humains qui tiennent à sauvegarder quelque chose de précieux à leurs yeux, et qui s'arrogent le droit de mal agir. La barbarie existe toujours, elle ne fait que se moderniser.

Afficher Attention, je dévoile une partie de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile une partie de l'intrigue.

Apparemment, si on est ADH (au-delà de l'horizon), on ne mourra pas avant 2027. C'est à cause de cela que ceux qui poursuivent Marc disent qu'il ne mourra pas tout de suite. Cependant, rien n'empêcherait ceux qui le désirent de le tuer. Il y a donc une petite incohérence. Je sais bien qu'elle n'est pas simple à gommer, et que mon reproche est un peu facile. D'ailleurs, l'auteur s'efforce de l'atténuer avec ce qui arrive à Marc. Certes, mais là encore, rien n'empêche personne de l'achever, et donc de faire mentir les prévisions des scribes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller, Jean-Christophe Lebert, José Heuzé, Boris de Mourzitch, et Muranyi Kovacs pour les éditions VDB.

L'éditeur a pris le parti de faire lire des comédiens différents selon les époques. Je trouve que c'est une bonne initiative, car cela aide l'auditeur à ne pas tout mélanger.
Les comédiens n'ont pas exagéré en prononçant les noms propres étrangers. Je sais gré à Boris de Mourzitch et à Muranyi Kovacs de ne pas avoir prononcé les prénoms latins en mettant des «ous» à la place des «us». Je trouve que cela aurait été affecté.
Isabelle Miller, quant à elle, n'a pas exagéré l'accent hispanique de Sue Sanchez. Là encore, j'ai trouvé cela très bien.
Chacun de ces comédiens est très talentueux, mais les livres qu'ils interprètent ne leur donnent pas toujours l'occasion de montrer ce dont ils sont capables. Ici, c'est surtout Jean-Christophe Lebert qui a pu montrer une palette de voix et d'intonations différentes. Par exemple, il entre parfaitement dans la peau du personnage de Marc en rendant sa voix timide, son aspect effacé, etc. Idem lorsqu'il s'est agi du ton factice et trop enjoué de vendeurs.

La musique est très présente. Il y en a à chaque début de chapitre (comme d'habitude chez VDB), mais aussi au milieu des chapitres, lorsqu'on change de scène.
D'autre part, lorsque deux personnages sont au téléphone, on entend l'un d'eux avec un effet sonore différent. (C'est le cas depuis longtemps, et d'autres éditeurs le font également. C'est une bonne chose. Je trouve cependant dommage que les paroles du personnage qui bénéficie de cet effet sonore ne s'entendent que sur un haut-parleur, ou bien soient moins fortes. En effet, je dois, à chaque fois, monter le son de mon ordinateur pour les entendre. Je pensais que c'était peut-être un défaut dans mon logiciel d'écoute, mais je n'ai rencontré le problème qu'avec des livres de cet éditeur.

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jeudi, 22 décembre 2011

Une nuit sur la mer, de Patricia Macdonald.

Une nuit sur la mer

L'ouvrage:
Shelby Sloan a quarante-deux ans, et a une bonne situation.
Cette semaine, sa fille, Chloé, et son mari, Rob, partent en croisière. C'est Shelby qui la leur a offerte. C'est elle qui gardera leur fils, Jeremy, pendant ce temps.
À trois jours de la fin de la croisière, Shelby reçoit un appel désespéré de Rob: Chloé a disparu. On pense qu'elle est tombée par-dessus bord.

Critique:
Après plusieurs déceptions, puis une bonne surprise avec «Une mère sous influence», voilà que j'ai encore été agréablement étonnée par Patricia Macdonald. Bien sûr, elle écrit des polars pas forcément très palpitants, mais elle sait renouveler le classique.

Dans ce roman, elle crée des personnages sympathiques, dans l'univers desquels on a tout de suite envie d'entrer. Shelby est attachante, mais l'auteur ne l'a pas inventée parfaite, ce qui m'aurait tapé sur les nerfs. C'est pareil pour Chloé, Rob, et Glenn.

Malgré sa disparition, Chloé continue d'être une énigme et une source de découvertes pour Shelby, et donc, pour le lecteur. J'avoue qu'elle ne m'a pas été forcément sympathique. Son sentiment d'insécurité permanent, sa compétition (consciente ou non) avec Liana, sa façon d'être avec Shelby, son incapacité à gérer certains problèmes, et à se confier à sa mère... tout cela réuni m'a agacée. Pourtant, c'est un personnage attendrissant, compréhensible, et dans le fond, très fragile psychologiquement. Toutes ses espèces de névroses sont expliquées par l'auteur. Il n'y a rien à redire: Chloé est un personnage qui a du corps. C'est seulement moi qui ai été agacée par elle.

J'ai aimé le flou qui plane un moment autour de Rob:. Il n'est pas vraiment soupçonné (donc l'auteur n'y va pas avec de gros sabots), mais Shelby, bouleversée, ne sait plus quoi penser. Toutes ses réactions ainsi que celles de Shelby à son propos sont compréhensibles, et le lecteur ressent bien comment et pourquoi l'une est perdue, et l'autre est triste et furieux.

J'ai bien aimé Glenn. C'est le personnage un peu atypique, celui qu'on ne pourra s'empêcher de remarquer. On dirait un éternel adolescent, mais il semble aussi très généreux.
J'ai eu plus de mal avec Talia. Je n'ai pas vraiment réussi à comprendre l'attachement indéfectible qu'elle vouait à sa mère, au point d'en oublier tout le reste, d'en être insensible à la souffrance d'autrui.
Je n'ai pas non plus accroché avec Liana. Elle n'a rien de spécialement terrible... dans les deux sens du terme. Magnifiée par Chloé, adulée par Harris, gentille avec tous... je l'ai trouvée fade.
Je lui ai préféré son mari...

L'auteur parvient à nouer une intrigue solide, avec des rebondissements assez inattendus et pas trop tirés par les cheveux. Elle ne nous traîne pas de fausses pistes en fausses pistes, ne brandit pas d'énormes ficelles racornies. Mais c'est surtout sa psychologie des personnages que je trouve particulièrement réussie. Ils méritent tous qu'on les observe, qu'on s'attarde sur leurs sentiments et leurs réactions. La disparition de Chloé fait resurgir des choses, fait qu'un fragile équilibre se brise. Mais finalement, il fallait peut-être cela, et les blessures qui en ont découlé pour que cette famille se déchire, puis tente de se réparer, comprenne quels liens l'unissent vraiment. Une tornade force certains de ses membres à se mettre à nu, et ce n'est pas plus mal.

La psychologie de la personne coupable est très intéressante. J'aurais d'ailleurs aimé que l'auteur la creusât davantage. Avec ce qu'elle en dit, on comprend très bien ce qui s'est passé, mais j'ai du mal à croire que cette personne ait franchi si aisément la frontière entre le bien et le mal. Il fallait un coupable à Patricia Macdonald, et en plus, un coupable que le lecteur ne soupçonnerait pas, soit. Mais j'aurais aimé que le «passage» du bien au mal (je n'ai pas d'autres façons de le dire) soit moins brutal, explicité de manière plus approfondie, même si j'en ai compris la raison la plus évidente...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marc Hamon et Isabelle Miller pour les éditions VDB.
Isabelle Miller interprète aussi bien que d'habitude. Elle parvient à jouer la mère éplorée sans trop en faire, avec la dose nécessaire de larmes et de rancoeur dans la voix.
Quant à Marc Hamon, je l'ai trouvé un peu mal à l'aise, au début, mais je pense que c'est une bonne recrue. Il réussit à allier jeu et sobriété.

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