Lecteur : Michault Catherine

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jeudi, 3 novembre 2011

Meurtres entre soeurs, de Willa Marsh.

Meurtres entre soeurs

L'ouvrage:
Edwin et Maureen sont veufs. Chacun a une fille. Ils se rencontrent, se marient... Les deux filles (Emily et Olivia) ont du mal à s'accepter. C'est alors que naît Rosie. Edwin et Maureen tombent en adoration devant elle, c'est leur petite princesse. Cela donne à Emily et à Olivia des envies... de meurtre.

Critique:
Si le livre m'a plu, globalement, j'ai eu du mal à y entrer pour plusieurs raisons. D'abord, au début, le style ne va pas au roman, à mon avis. C'est un style précautionneux, relevé, agréable. Cependant, il est trop lisse, trop poli. Jolies phrases bien tournées, vocabulaire recherché... tout cela ne va pas vraiment avec ce que raconte le roman. Je m'attendais à une écriture au scalpel, percutante. Et l'histoire, servie par ce style, me paraissait plate. C'était une banale intrigue familiale assez prévisible.
D'autre part, il y a beaucoup d'ellipses. Le temps passe très vite. Je n'aime pas ça, en général, et ici, cela m'a gênée en plus du reste. Cela donne une impression de bâclé. On n'a pas vraiment la possibilité de découvrir les personnages: ils sont trop «morcelés» par le temps.

Par la suite, les choses s'arrangent. Le style devient fluide. On dirait que l'auteur a trouvé ses marques. Elle est plus à l'aise. Cela reste une histoire de famille qui ne s'entend pas, mais j'y ai vraiment pris part, parce que les personnages prennent davantage d'épaisseur, l'histoire devient plus complexe, et moins prévisible. En outre, il n'y a plus d'ellipses. Ce qui se passe alors qu'Emily et Olivia sont plus âgées est un mélange subtil de comédie et de drame. C'est là que le récit devient vraiment palpitant. Le lecteur suivra avec intérêt les coups bas, les manipulations psychologiques, les retournements de situations, et les coups du destin.

Si Emily et Olivia finissent par attirer la sympathie du lecteur, les personnages ne sont pas très creusés. Ils le sont un peu plus à partir du milieu du livre, mais il ne faut pas s'attendre à des protagonistes très complexes. D'ailleurs, on prend parti pour elles parce qu'elles sont plus sympathiques que Rosie... ce qui n'est pas très difficile!
De plus, le lecteur sera sensible à l'affection, et à la solidarité qui se nouera entre les deux femmes. Les coups durs qu'elles subissent ne les aigrissent pas, et elles finissent par prendre les bons côtés de la vie.

Rosie, son mari, et sa fille sont absolument détestables. Ils en sont presque incroyables. Ils ont tous les défauts, tous les vices. À partir du moment où l'histoire prend son essor, ce n'est pas trop gênant, mais cela reste un peu dommage.

Remarque annexe:
J'adore le passage où Maureen ne reconnaît pas Rosie et Rupert et où Emily et Olivia en rajoutent en disant haut et fort à leur mère qu'elle devrait se souvenir de Rupert, puisqu'elle l'appelle Porcinet, et qu'elle constate toujours qu'il mange tous les petits gâteaux.

Éditeur: Autrement.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Catherine Michault.
Au début, la lectrice a également été gênée par le style qui ne va pas au thème. Elle cherche son ton. On voit qu'elle hésite, qu'elle se demande comment lire ceci ou cela.
J'ai constaté que sa lecture était bien plus fluide et juste à partir du moment où les choses s'arrangent, où le style et l'intrigue s'imbriquent. À partir de ce moment, elle met le ton approprié.

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vendredi, 26 août 2011

Spirales, de Tatiana de Rosnay.

Spirales

L'ouvrage:
Hélène Harbelin a la cinquantaine. Elle est confortablement installée dans une vie routinière, de riche bourgeoise un peu coincée.
Un jour, dans la rue, elle rencontre un homme qui lui fait des propositions. Sur un coup de tête, elle accepte et le suit.
Après une folle partie de jambes en l'air où Hélène découvre le plaisir physique, l'homme meurt d'une crise cardiaque. Terrorisée, elle s'enfuit.

Critique:
J'ai un sentiment mitigé quant à ce livre... Je n'ai pas grand-chose de positif à en dire, et pourtant, je suis contente de l'avoir lu, principalement parce que je ne me suis pas ennuyée. En effet, l'intrigue est bien menée, Et le titre illustre bien ce qui se passe: un fait déclenche une succession d'événements dépendants les uns des autres, et plus on avance, plus l'étau se resserre.
On me dira que tout cela est prévisible. À partir du moment où Hélène s'enfuit, on peut deviner que ce genre de choses arrivera. Peut-être, mais c'est bien raconté, l'enchaînement des faits est fluide. En outre, le roman est bien écrit.

Malgré cela, il recèle certains défauts. D'abord, je n'ai pu m'attacher à aucun personnage. Les enfants d'Hélène ne sont pas assez présents pour qu'on puisse vraiment les apprécier. Quant à son mari, Henri, il ne se rend compte de rien, et voit sa femme comme une dinde. Leur entente semble être une façade, et ils ne le savent même pas.

Le summum de l'exaspération est atteint à cause du personnage d'Hélène! C'est un défaut majeur de l'ouvrage: c'est le personnage principal, et on ne la trouve absolument pas sympathique. Elle se cache sous de faux prétextes pour taire sa lâcheté. Et à part cette lâcheté, elle semble n'avoir aucune personnalité. Elle est confite dans une vie qu'elle n'a même pas conscience de ne pas aimer. Elle larmoie parce qu'elle a fait une erreur, et qu'elle a honte d'elle-même. Elle n'a suscité que mépris chez moi. J'ai eu envie de la secouer, de la frapper... On me dira qu'à sa place, je ne sais pas comment j'agirais. On me dira que sous le coup de la panique, qui ne s'enfuirait pas après ce genre d'accidents? Peut-être, mais quelqu'un de plus estimable se ressaisirait, par la suite, et affronterait ses responsabilités, assumerait ses actes.

Un autre défaut est la fin du roman. Tatiana de Rosnay a voulu créer un autre rebondissement, et je trouve que ça tombe à plat. C'est crédible, mais la façon dont c'est présenté m'a fait penser à un soufflé raté. Et puis, cette échappatoire finale est tellement clichée que j'ai été déçue qu'une romancière que j'estime l'utilise. En outre, ce dénouement n'est pas tellement explicite. On le devine, grâce à certains indices, mais je me suis trouvée bébête, car au départ, je ne comprenais pas bien.

Ensuite, il y a une incohérence quant à l'enquête. La police apprend à Hélène qu'on a retrouvé un de ses cheveux sur l'oreiller du mort. Comment peuvent-ils savoir que c'est bien un de ses cheveux? Il n'y a eu aucune analyse ADN. Le policier aurait dû dire que c'était un cheveu fort ressemblant à ceux d'Hélène. Cela mène à d'autres incohérences: pourquoi la police n'a-t-elle pas davantage enquêté sur Hélène? Ce n'est pas parce qu'on vous raconte une histoire (cousue de fil blanc, en plus), que vous devez la croire! Surtout quand la personne qui la raconte est susceptible de mentir! Quand on interroge un témoin qui peut devenir suspect, on vérifie un peu mieux ses dires.

Il y a peu de temps morts, mais il y a quand même des lenteurs. C'est dommage, étant donné que le livre est très court. Les principales lenteurs sont dues aux larmoiements d'Hélène. Ensuite, il y en a une qui m'a vraiment agacée: lorsque la fille donne la photo à Hélène, celle-ci épilogue avant de la regarder. Cela m'a fait trépigner d'impatience, car je savais ce qui était dessus. Cet effet de retardement m'a paru lourd.
D'autre part, il y a un élément un peu gros: au moment où Hélène fait semblant d'être malade, et envoie son mari dîner au bistrot (le pauvre chou n'est pas capable de se faire à manger seul, et en plus, le frigo est rempli des victuailles prévues pour Noël), il est un peu gros que les visiteurs indésirables viennent juste au moment où Henri n'est pas là!

Quelque chose m'a déplu dans la structure du livre. Le début se passe à un moment d'angoisse extrême, comme si le lecteur prenait l'histoire en plein milieu. Je n'aime jamais ce procédé qui est censé faire baver et mariner le lecteur. Je trouve ça artificiel et casse-pieds. Et puis, ça a un autre effet négatif: cela donne des indices au lecteur sur certains faits. Ici, par exemple, on sait qu'à un moment, telle chose va se passer. Cela crée donc un effet de lenteur, car on sait que tant que cela ne s'est pas passé, rien ne sera résolu.

Le livre est intéressant, mais il est regrettable qu'il accumule certains défauts et topoi qui me déplaisent.

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Catherine Michault.
La lectrice a une voix claire, douce, et agréable. Elle ne fait pas de blancs (je déteste lorsqu'il y a trop de blancs). Sa lecture est fluide, précise, son intonation est toujours naturelle et appropriée.

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