Au coeur du mal

Note: J'ai lu ce livre en anglais, et j'ignore comment le traducteur français a traduit «beauty killer», qui était le surnom que les journalistes avaient donné à Gretchen Lowell. J'ai choisi de le traduire par «l'artiste tueuse», car si j'ai bien compris, cela ne veut pas dire «La tueuse de beautés», ni «La belle tueuse» (ce qui aurait plutôt été «the beautiful killer»), même si Gretchen est très belle, mais plutôt «la tueuse qui fait du beau travail». Il me semble que c'est l'explication qui est donnée dans le livre. N'hésitez pas à m'indiquer si je me suis trompée, et à me dire comment le traducteur français a traduit «Beauty killer».

L'ouvrage:
Archie Sheridan a poursuivi l'artiste tueuse (surnom donné à Gretchen Lowell par des journalistes), pendant dix ans. Il était à la tête de la brigade qui la traquait. Et voilà qu'après s'être fait passer pour une psychiatre proposant ses services à la brigade, Gretchen Lowell le piège, et fait de lui sa deux-centième victime.
Pendant dix jours, elle le torture. Pour une mystérieuse raison, elle finira par appeler les secours, et le maintiendra en vie jusqu'à leur arrivée.
Elle est, bien sûr, arrêtée, et conduite en prison. Mais cela ne la rend pas moins nuisible. Elle exige de voir Archie tous les dimanches. C'est à lui seul qu'elle donnera, au cours de ces entretiens, l'emplacement d'un cadavre qui n'a pas été retrouvé par la police.

Deux ans après ses dix jours de captivité, alors qu'il n'a travaillé sur aucune affaire depuis celle de l'artiste tueuse, Archie est précipité dans une nouvelle affaire: des adolescentes d'environ quinze ans disparaissent, puis sont retrouvées mortes dans la boue. Elles ont été violées et étranglées.
Susan Ward, journaliste, se charge de suivre l'affaire. Elle côtoiera donc Archie, et voudra en apprendre plus sur l'affaire de l'artiste tueuse.

Critique:
L'une des forces de ce thrillers pourrait être l'emprise perverse de Gretchen sur Archie. Seulement, tout cela est bien classique: le tueur fin et rusé qui exige de ne dire ses secrets qu'à telle personne, personne qu'il sait pouvoir assujettir. Gretchen est dépeinte comme d'une intelligence rare, comme quelqu'un de manipulateur, qui trouvera la faille tout de suite... Oui, enfin, il ne faut pas s'appeler Einstein pour comprendre qu'Archie souffre du syndrome de Stockholm (merci, d'ailleurs, à l'auteur de nous en donner ici l'origine). A la place de Gretchen, qui n'en profiterait pas?
En outre, je trouve que c'est de la psychologie de bas étage. Si on a inventé un nom pour ce phénomène (le syndrome de Stockholm), c'est sûrement parce qu'il s'est produit plus d'une fois, j'en conviens. Pourtant, je trouve tout cela invraisemblable. Les violences subies par Archie, ce qu'il sait de Gretchen par ailleurs, tout cela devrait le dégoûter plutôt qu'autre chose. Le lecteur ne le plaint pas. Il a plutôt envie de le secouer, de lui botter les fesses à grands coups de savates. Archie a besoin de sa dose quotidienne de vicodine etc, et s'il n'a pas sa dose hebdomadaire de Gretchen, il ne se sent pas bien! Archie qui a quitté sa femme, qui fantasme sur Gretchen...! Pour moi, c'est trop! Chelsea Cain a poussé le bouchon trop loin, ce qui rend le tout invraisemblable, et les personnages peu épais à force d'être caricaturaux. Quant à Gretchen, elle ne nous fascine pas: elle est trop prévisible.

Quant à l'intrigue sur l'affaire de l'étrangleur des adolescentes, je l'ai également trouvée fade. C'était trop long, et même si la romancière essaie de nous accrocher lorsqu'on découvre l'étendue de l'affaire, je n'ai pas été convaincue.

A la fin de l'enregistrement, il y a une interview de Chelsea Cain. On découvre une jeune femme pétillante, qui raconte des anecdotes amusantes, et qui évoque, pour notre intérêt, la peur qu'elle a eue lorsqu'elle a fait lire le premier chapitre du roman à son club de lecture. Seulement, elle parle très peu du roman en tant que tel. La seule question que lui pose l'autre écrivain avec qui elle discute, c'est: «N'as-tu pas peur que le fait de situer ton livre à Portland (Oregon) le fasse moins vendre?» C'est une question-boutade, je pense, puisqu'il explique qu'on la lui a posée sérieusement, et que normalement, ça n'a pas d'importance. Effectivement, un livre se vendra si l'histoire est bonne, qu'il se passe en Patagonie ou à Paris. Je ne vais pas acheter un livre parce qu'il se passe dans ma ville. Il est donc dommage que le livre soit si peu évoqué dans l'interview.

Il existe un tome 2 («L'étreinte du mal»), et un tome 3 dont j'ignore le titre, mais étant donné mon sentiment, je crois que je ne les lirai pas.

Éditeur français: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Carolyn McCormick pour les éditions Macmillan.
Le jeu de la lectrice m'a plu, d'autant qu'elle ne cherche pas à prendre une voix ridicule pour les rôles masculins. Cela rend son interprétation d'autant plus naturelle.

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