Lecteur : May-Sudan Christiane

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jeudi, 31 mars 2016

La fille dans l'escalier, de Louise Welsh.

La fille dans l'escalier

L'ouvrage:
Jane et Petra vivent depuis peu à Berlin. Un jour, Jane entend leur voisin insulter sa fille de treize ans. Ses observations la conduisent à penser qu'il abuse de sa fille. Elle veut aider l'enfant.

Critique:
Ce roman se déroule dans une étrange ambiance. Ce vieil immeuble autour duquel courent des légendes... Outre des atrocités dues à la guerre, on dit qu'une femme a été tuée, et que son cadavre a été enseveli sous le plancher. De plus, au long de la lecture, on ne parvient pas à privilégier une hypothèse. Jane voit-elle juste? Ou bien est-elle impressionnable, et interprète-t-elle? Les deux hypothèses se défendent. Quant à l'attitude de l'héroïne, on peut également l'interpréter de deux manières différentes. On peut penser qu'elle, au moins, ne passe pas son chemin. Elle voit un être en souffrance: elle veut l'en sortir, même après avoir été rejetée. Son opiniâtreté force l'admiration. D'un autre côté, on peut la voir comme quelqu'un qui s'obstine à croire aux chimères qu'elle s'invente, malgré tout ce que tout le monde lui dit afin de lui montrer la vérité.

L'auteur n'oublie pas certains ingrédients qui perdront davantage le lecteur. La «victime» que veut protéger Jane la fuit. Donc, soit Jane a tort, soit l'enfant se comporte comme certaines victimes qui trouvent des excuses à leur bourreau, voire le protègent. Jane étant enceinte, elle passe le plus clair de ses journées à la maison, son oisiveté serait propice (selon Petra) à des exagérations de sa part. Les personnes qui lui disent qu'elle a tort le font avec conviction et semblent stables. Enfin, la personne qu'accuse Jane semble respectable. Bien sûr, cela pourrait n'être qu'une apparence, comme le souligne la jeune femme.
Le lecteur finit par avoir des éléments de réponse. Cependant, les choses ne sont pas assez expliquées à mon goût. Nous savons apparemment qui a fait quoi, mais pour moi, la raison de l'un des actes est un peu dure à comprendre. Elle aurait mérité davantage de développement. En outre, une conclusion quant à un autre acte est un peu rapide. Sur quoi se base-t-on exactement? N'aurait-ce pas mérité davantage d'investigations?...

L'auteur a eu une bonne idée, et a assez bien réussi à jouer avec le lecteur. Entre les circonstances, l'ambiance, le caractère de Jane... Cependant, le roman est un peu trop lent. Louise Welsh parvient assez bien à tisser une toile autour du lecteur, mais parfois, elle prend un peu trop de temps... Son idée aurait sûrement tenu en moins de pages. D'autre part, la fin se veut spectaculaire, mais il y a trop de zones d'ombre. Cela gâche le tout.

Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christiane May-Sudan pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'ai hésité avant de lire ce roman qui me tentait beaucoup, car je trouve cette lectrice trop sobre. Je pense que sa lecture m'a davantage fait ressentir les «longueurs» que ne l'aurait fait une lecture un peu plus vivante. Je ne lirai sûrement pas d'autres romans lus par elle, même si beaucoup me tentent. Je trouve dommage qu'elle n'y mette pas un peu plus de coeur... Je pense qu'il n'en faudrait pas tant que cela.

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jeudi, 4 avril 2013

Les débutantes, de J. Courtney Sullivan.

Les débutantes

L'ouvrage:
April, Bree, Célia, et Sally sont amies. Elles se sont rencontrées à l'université de Smith. Quatre ans après la fin de leurs études, elles vont se retrouver pour le mariage de Sally. Celle-ci tient à ce qu'il soit célébré à Smith.
Bree a une relation qu'elle n'assume pas. Célia a mène une vie de Bohême. April oeuvre pour la cause féminine...

Critique:
C'est bien la première fois qu'un livre me plaît, alors que je n'apprécie pas les personnages. J'ai aimé le style fluide de l'auteur. J'ai apprécié la manière dont elle raconte la vie de ces quatre filles. Cependant, je n'ai pas apprécié les personnages. Bree trouve quelque peu grâce à mes yeux, parce qu'il me semble qu'elle évolue. Mais les autres sont très bêtes, à mon avis. Chacune se permet de juger les autres, mais aucune ne se remet vraiment en question. Chacune se sent blessée par ce que pensent les autres, mais cela ne les fait pas vraiment évoluer.

April milite pour la cause des femmes. Cependant, pour moi, elle le fait mal. À cause d'une enfance chaotique (un père absent, une mère égoïste, un premier amant indélicat), elle catégorise les gens. Les hommes sont tous des salauds. Elle ne parvient pas à se servir de ses mauvaises expériences afin d'avancer dans le bon sens. C'est dommage, parce que certaines de ses revendications sont justes et valables.

Célia est pleine de préjugés sur tous. Elle évoluera, mais elle me semble très superficielle.

Sally aussi a des idées très tranchées sur tout le monde. Par exemple, elle est persuadée que si ses amies la voient moins, c'est parce qu'elle est heureuse, qu'elles ne le sont pas, et qu'elles l'envient. Or, il n'est pas très difficile de voir que Sally n'est pas heureuse. Lorsqu'elle évoque son histoire avec Jack, elle se répète sans cesse qu'elle est comblée, comme si elle tentait de s'en convaincre. À côté de cela, le lecteur assiste à beaucoup de scènes qui montrent que Sally n'aime pas vraiment son mari.
La jeune femme n'est également pas prête à être mère. Cela se voit dans son ressenti, sa façon d'être, etc. Je ne pense pas que la naissance de son enfant la rendra soudain mature.
Parmi les idées reçues de Sally, il est celle concernant le nom de famille d'une femme mariée. Elle se sent au-dessus de celles qui préfèrent garder leur nom de jeune fille, car elle pense que ses arguments sont pleins de bon sens. Elle devrait plutôt se dire qu'il est heureux que chacune puisse choisir de garder son nom de jeune fille ou de prendre celui de son mari.

Bree n'assume pas vraiment sa relation amoureuse. Certes, elle tient tête à sa famille, mais ne vit pas cette relation de manière naturelle. Elle n'en parle pas spontanément. Je sais qu'il n'est pas facile de se moquer du regard de la société, mais ce n'est pas une attitude d'autruche qui fera changer les choses. Bien sûr, on peut comprendre la peur de Bree, ses hésitations, son évolution.

Nos quatre héroïnes trouvent souvent des excuses à leur conduite stupide à cause du traumatisme qu'elles vécurent dans leur enfance. Il est évident que cela les marqua et influa sur leurs vies. Cependant, certaines se retranchent trop derrière cela pour excuser tous leurs actes.

La fin fut sujet de débat entre une amie et moi. Mon amie trouve que l'auteur se fiche de son lecteur, car ce que l'on découvre au chapitre 18 est totalement invraisemblable. Quant à moi, je pense que cette fin va très bien au personnage en question. Nous sommes tombées d'accord pour dire qu'il est invraisemblable qu'une personne normale accepte ce genre de choses. Oui, mais ces filles sont particulièrement superficielles, voire stupides. Elles sont la preuve qu'on peut avoir fait des études, avoir un travail honorable, et être absolument dénué d'ouverture d'esprit, d'esprit critique, d'empathie. N'allez pas croire que ces filles ne sont pas réalistes. Des gens comme elles, on en rencontre malheureusement davantage qu'on ne le voudrait!
Cette discussion avec mon amie m'a fait comprendre pourquoi j'avais aimé le roman sans aimer les personnages: je me suis très souvent moquée d'elles. Je les ai comprises, mais il m'a semblé qu'elles n'évoluaient pas, ou si peu (sauf Bree).

Éditeur: Rue Fromentin.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christiane May-Sudan pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je trouve regrettable que la lectrice ait tenté de prononcer certains noms anglophones (dont Bree et April) à l'anglaise. Je n'ai pas trouvé cela naturel. D'autre part, elle lit de manière un peu trop sobre à mon goût. Je lirai d'autres ouvrages enregistrés par elle, car sa voix est agréable et sa lecture est fluide, mais pas tout de suite.

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