Et l'eau devint sang

L'ouvrage:
Il y a treize ans, Guy, le mari de Beatrix, s'est noyé dans son bain. Beatrix et sa fille (Ismay, quinze ans à l'époque) ont toujours soupçonné Heather (l'autre fille de Beatrix, treize ans à l'époque) d'en être responsable. Guy était le beau-père des deux adolescentes depuis peu. Elles n'en ont jamais vraiment parlé toutes les trois. Cette idée étant rongé Beatrix qu'elle en est devenue folle. Quant à Ismay, elle serait prête à se taire à jamais, mais ses scrupules sont ravivés par le fait qu'Heather commence à fréquenter un homme: Edmund. La relation devenant sérieuse, Ismay pense qu'elle ne peut pas laisser les choses aller plus loin sans prévenir Edmund. Mais le prévenir de quoi, au juste

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Pourtant, Ruth Rendell reprend des choses déjà vues. Cependant, ici, elle le fait de manière subtile. Elle prend le temps de nous présenter ses personnages et leur situation. Elle parvient à rendre ces petites histoires de famille passionnantes en les entourant d'une ambiance particulière. Même si on a envie de secouer Ismay qui ne fait qu'hésiter, qui ressasse la noyade de Guy. On comprend que ces souvenirs soient à la fois douloureux et inoubliables. Ismay les exhume, et petit à petit, le lecteur comprend à quel point chacune des deux soeurs était impliquée. Treize ans après, dans le secret de son coeur, Ismay s'autorise à penser pourquoi elle-même pourrait être (d'une certaine manière) coupable de cette noyade. À force de ressasser, elle admet sa responsabilité dans le ballet qui s'est joué. Elle reconnaît que son mal être et la folie de sa mère viennent de ces non-dits, de ces non-explications qui les rongent, grignotant peu à peu leur raison, leur vie, s'insinuant partout, phagocytant leurs moindres gestes. Ismay semblait prête à le supporter, mais les événements récents la replongent dans l'abîme des questions.
D'autre part, la vie sentimentale d'Ismay est un désastre. La jeune femme le sait, et pourtant, elle ne peut s'empêcher d'agir de la manière qui lui sera le plus néfaste, à terme. Ce genre de choses me fascine. Cela arrive très souvent, et pourtant, c'est toujours dur à comprendre pour quelqu'un d'extérieur.

Les autres personnages sont également captivants. À travers l'intrigue, ils sont confrontés à certains pieds-de-nez du destin. Par exemple, la manière dont la cassette d'Ismay est récupérée par un personnage, et le fait que ce personnage sache justement à qui il est fait allusion sur cette cassette, est assez extraordinaire. Cela pourrait être quelque chose de très gros, mais l'auteur a su le préparer. En outre, ce qui en découle relance la tension.
Cet événement est loin d'être le seul qui relance l'intrigue. Pour donner un autre exemple, le lecteur se doute rapidement de ce que va penser Ismay après ce qui arrive à Eva. Savoir une chose avant les personnages engendre souvent des lenteurs. Ici, cela ne m'a pas paru long, car je me laissais porter par l'histoire, la psychologie des personnages... D'une manière générale, j'ai trouvé le tout très réussi.

J'ai aimé le parallèle que fait l'auteur entre Marion et Fowler. Chacun est un parasite, mais ils ne jouent pas dans la même cour. Le lecteur en vient à préférer Fowler qui n'use pas d'autant d'artifice et de fourberie que Marion.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman, notamment sur la fin...
Une intrigue qui se construit lentement, mais de manière implacable. Des personnages très bien analysés (entre les bassesses de certains, les faiblesses des autres; l'égoïsme des uns, l'abnégation des autres...

Éditeur: Éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nadine Maugie pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a une voix très agréable, une diction soignée. Pour moi, elle a très bien su rendre l'ambiance de ce roman. Elle s'est fondue dans l'intrigue et les personnages, et a mis la dose de jeu nécessaire dans sa lecture, en veillant à ne pas en faire trop. Comme je pinaille, je regrette qu'elle ait tenté de prononcé certains noms propres avec un accent anglophone, d'autant que, semble-t-il, cet accent ne lui est pas naturel. Heureusement, Heather y échappe. Je pense qu'il aurait été très laid qu'elle tente de le prononcer à l'anglophone.

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