Lecteur : Marchives Marie

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi, 22 octobre 2007

Cul de sac, de Douglas Kennedy.

Cul de sac - Piège nuptial

L'ouvrage:
Nick Hawthorne a trente-huit ans. Il aime sa liberté par-dessus tout. Il ne cesse de s'assurer qu'il la possède toujours. Il va jusqu'à faire des choses sur un coup de tête pour cela.
Ses dernières impulsions l'ont conduit en Australie. Au hasard d'un bar, il rencontre Angie, originaire d'un petit village, Wollanup. Il sympathise avec elle, et à l'entendre, se rend compte que le village d'où elle vient est exempt de certaines choses qui sont courantes dans notre civilisation. Angie ne connaît pas le cinéma, et ne connaît que de la musique des années 70.

Après une semaine passée à rire et à faire l'amour, Nick va plonger en plein cauchemar.

Critique:
Le livre est un peu lent à démarrer, mais cette lenteur ne m'a pas paru désagréable. L'auteur prend le temps de décrire Nick. Nous découvrons son caractère par ses réflexions, par le récit de ses impulsions.
En outre, la scène où il achète son camion au révérend est assez amusante. C'est le personnage du précheur qui m'a fait rire. Il est très cliché.

Le roman démarre vraiment à l'arrivée d'Angie. Le lecteur la trouve tout de suite sympathique. D'abord, elle met à mal une espèce de dadais qui lui cherchait noise. Il est plaisant, voire jubilatoire, surtout pour une fille, de lire une telle scène: enfin, un salaud qui embête une fille et se fait remettre brutalement à sa place par ladite fille.
Ensuite, les réflexions d'Angie, son air de femme libre amusent le lecteur, et le met dans de bonnes dispositions quant à elle...

Je ne vais pas parler de ce qui arrive par la suite, cela en dévoilerait trop. Sachez simplement que la suite est une longue descente aux enfers. L'auteur nous fait partager tous les sentiments par lesquels passe son personnage. A force de jouer les hommes libres se foutant de tout, Nick a eu une leçon qu'il n'est pas près d'oublier, une douloureuse leçon. D'ailleurs, le cauchemar qu'il fait à la fin pourrait se réaliser... Quoique... vu la propension d'Angie à vider des boîtes de bière, peut-être pas...

Le suspense est bien maîtrisé. Il y a pas mal de rebondissements, notamment après que Nick a sombré dans la déprime.
On voit bien que certains éléments sont là pour relancer la tension: les kangourous à déblayer au moment de prendre le camion, la poursuite, etc.
Vers la fin, il y a un contretemps que Nick voit tomber sur lui comme un couperet. Cette ficelle était un peu grosse, car le lecteur sait très bien que ce contretemps n'est pas dû à ce que croit Nick. Donc, cette petite frayeur était un peu facile de la part de l'auteur.

L'intrigue est bien menée. Au début, Wollanup et ses habitants sont entourés de mystère. Qu'est-ce exactement? C'est une communauté, mais pourquoi vivent-ils ainsi? En nous présentant le résultat avant les causes, l'auteur renforce notre peur vis-à-vis des habitants de Wollanup, car nous avons toujours plus peur de ce que nous ne comprenons pas, ayant l'impression de ne pas le maîtriser, puisque nous n'en comprenons pas le mécanisme.

J'ai été vraiment déçue de ce qui arrive à Krystal. Elle méritait de s'en sortir. Seulement, si la fin avait été totalement heureuse, elle n'aurait peut-être pas été crédible...

Le style est un peu gênant. En général, je n'ai rien contre l'argot dans les romans. Mais ici, il ma semblé que l'auteur en faisait trop. Presque tous les gens que Nick côtoie ont un langage déplorable, et passent la plupart de leur temps à boire de la bière. On les imagine brutaux et incultes. C'est un peu caricatural, mais c'est l'image que j'en ai eue.

Je vous conseille ce roman dont la leçon à tirer est assez bien résumée par Krystal: "Quand on baise avec une timbrée, il faut s'attendre à se faire baiser par une timbrée." (La phrase n'est peut-être pas exacte, mais c'est ça en substance.)
Et attention, en Australie, ne roulez pas de nuit, vous pourriez percuter un kangourou.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie Marchives.

Ajout du 26 février 2009: une nouvelle traduction de ce roman existe depuis novembre 2008 sous le titre "piège nuptial".

Acheter « piège nuptial » sur Amazon

Acheter « piège nuptial » en audio sur Amazon

lundi, 2 octobre 2006

Les quatre vérités, de David Lodge.

Les quatre vérités L'ouvrage:
Adrian et Eleanor Ludlow habitent dans une ferme, à la campagne, en Angleterre. Ils mènent une vie retirée, voire austère.

Un jour, en lisant le journal, Eleanor tombe sur une interview de Sam Sharps, un scénariste, ami commun du couple. Il est interviewé par Fanny Tarrent, une journaliste réputée pour ses papiers cinglants. En général, les gens sur qui elle écrit des articles sont descendus en flamme. Le papier sur Sam ne fait pas exception.
Eleanor se met franchement en colère. La réaction d'Adrian est plus mesurée.

Peu après cette découverte, ils reçoivent la visite de Sam. Il a une idée derrière la tête: se venger de Fanny Tarrent. Pour cela, il a besoin d'Adrian. Eleanor ne voit pas leur plan d'un très bon oeil...

Critique:
Le livre est très court, donc très dense. C'est un huis clos, tout se passe chez Adrian et Eleanor, à l'exception d'une scène qui se passe dans une voiture. Le nombre des personnages est réduit, il y en a cinq.

Au fil du livre, on apprend les blessures qui se cachent dans les coeurs des trois personnages principaux. Leurs motivations nous apparaissent. La peur d'Adrian, que finit par révéler Eleanor, est bien compréhensible, si l'on y réfléchit. Tout romancier a dû éprouver cette peur. Bien sûr, chez Adrian, cela devenait une psychose, cela devenait maladif.
On apprend aussi la nature exacte des liens qui unissait les trois amis: Adrian, Sam, et Eleanor. On voit des couples qui se déchirent, et quand ils ne se déchirent pas, qui vivotent les uns avec les autres. On se demande s'ils se sont vraiment aimés un jour. Les événements font ressurgir un passé douloureux que l'auteur exploite très bien.

Jusque-là, le livre est une vraie réussite. Seulement, il y a la fin. D'abord, on attend beaucoup de cette fin. Lorsque Eleanor, Sam et Adrian attendent le journal, nous pouvons ressentir et partager leur anxiété. Ce moment est parfaitement décrit par David Lodge.
Et puis, la fin arrive... On dirait que David Lodge était pris dans les filets de son histoire et de ses personnages, et qu'il n'a pas su comment s'en tirer. Pour moi, la fin est ratée, car trop invraisemblable. En fait, ce sont les actes de Fanny Tarrent qui sont invraisemblables. Effectivement, une telle nouvelle fait que nous relativisons nos problèmes, c'est d'ailleurs ce que font Sam, Eleanor et Adrian, à mon avis. Mais la réaction de Fanny est disproportionnée et inadaptée à son caractère. D'ailleurs, Sam exprime très bien ce que je pense. Fanny dit se rendre compte de quelque chose. Mais il est étrange qu'il ait fallu cela pour qu'elle s'en rende compte, alors que c'était évident.

J'ai donc été très déçue par la fin de ce livre, dont les trois quarts sont prometteurs.

Éditeur: Rivages. Acheter « Les quatre vérités » sur Amazon