Lecteur : Marchant Valérie

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samedi, 4 novembre 2017

Une fois dans ma vie, de Gilles Legardinier.

Une fois dans ma vie

L'ouvrage
Eugénie et Victor sont à la retraite. Ils sont maintenant gardienne et régisseur bénévoles du théâtre Jacila. Autour d'eux, gravitent les comédiens de la pièce du moment, et d'autres bénévoles dont Juliette, Céline, et plus tard, Laura. Chacun se confie, on s'entraide...

Critique:
Habituellement, la force des comédies de Gilles Legardinier, c'est qu'elles content des situations souvent rocambolesques, et qu'on y croit. Pour moi, la magie n'a absolument pas opéré avec «Une fois dans ma vie». L'auteur s'essouffle-t-il? En ai-je assez de ce genre? En tout cas, à mon avis, 90% de ce roman sonne faux, car tout y est excessif. Les éléments supposés amusants deviennent pathétiques. Par exemple, lorsque Céline et ses amies organisent une expédition punitive chez Martial, on devrait rire de leur déconfiture programmée, et trouver leur solidarité attendrissante. J'ai plutôt soupiré. Puisqu'il était couru d'avance que cela ne fonctionnerait pas, et pouvait même attirer des ennuis à Céline, pourquoi le faire?

En outre, Juliette et Céline sont focalisées sur le fait qu'il leur faut un homme! Il est logique qu'elles aient envie de rencontrer quelqu'un, mais elles semblent ne voir que par cette solution. En parlant de Juliette, son coup de foudre et les songes mièvres qui en découlent m'ont exaspérée. Les rêves niais des amoureux peuvent être amusants, mais ici, cela a eu l'effet inverse sur moi, me faisant imaginer Juliette comme une pauvre fille sans cerveau! En plus, j'ai eu énormément de mal à comprendre comment il se faisait qu'elle imagine Loïc comme l'homme de sa vie, alors qu'elle le connaît à peine. Qu'elle désire le découvrir, qu'il lui ait tapé dans l'oeil, pourquoi pas? Mais qu'au bout de quelques petites rencontres (non fortuites), elle soit dans un état de délire extrêmement avancé, c'est exagéré.

Eugénie aussi m'a profondément agacée. Madame s'ennuie, elle ne sait plus quoi faire de son temps, alors, elle remet toute sa vie en question. Je comprends qu'on puisse, à un moment, s'interroger, craindre d'être inutile, et faire quelque chose de sa vie, mais à ce point...! Notre héroïne va se mêler de la vie de tous, ce qui, là aussi, a provoqué mes soupirs énervés. Pourtant, c'est un ingrédient qui fonctionne, d'habitude, dans ce genre de livres. Ici, j'avais envie de dire à Eugénie que si elle s'ennuyait vraiment, je pouvais lui faire faire mon ménage! Mais surtout, je souhaitais qu'elle cesse de se mêler des affaires de ses amis sans qu'on le lui demande, même si je savais qu'elle n'avait que de gentilles intentions.

D'autres passages et répliques m'ont semblé grandiloquents sans comique, mais je pense que vous avez saisi le principal, donc je n'en énumérerai pas plus.
Tout se termine trop bien. Non que cela me déplaise, je suis plutôt pour les fins optimistes, surtout dans ce genre. Mais ici, c'était à la limite du crédible, surtout concernant les histoires d'amour...

Passons à ce qui m'a plu.
J'ai aimé Victor. Il est à la fois drôle (même s'il en fait trop dans les premiers chapitres), généreux (sans en faire des tonnes), pragmatique... C'est lui qu'on retrouve dans les rares scènes qui m'ont fait sourire. Je pense notamment au moment où Juliette fait son numéro de pleureuse. Alors que je pestais en me demandant pourquoi elle n'avait pas agi ainsi plus tôt, et pourquoi il fallait que ce soit fait de manière si grandiloquente, Victor a sauvé le tout en me le rendant nettement plus agréable!

J'ai également apprécié l'incongruité créée par Céline qui ne sait plus à quel saint se vouer (si j'ose dire), et a besoin d'un regard masculin. La façon dont cela s'achève m'a plu, parce que c'est une situation à la fois tendre et cocasse sans affectation.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Valérie Marchant.

Ayant beaucoup aimé Valérie Marchant dans «La fille du train», j'étais contente qu'elle enregistre ce titre. J'ai malheureusement été déçue qu'entre autres, elle prenne une voix très grave et éraillée (j'avais envie de lui dire de se racler la gorge) pour Victor, et une voix haut perchée (qui ne me paraissait pas naturelle) pour Juliette. Cela renforçait l'image d'imbécile heureuse que j'avais de la jeune femme, et je ne pense pas que c'est ce que voulait l'auteur. Au fil des chapitres, soit je me suis habituée, soit la comédienne a moins accentué les différentes voix qu'elle faisait, car cela passait mieux. Cependant, j'aurais préféré qu'elle ne marque pas à ce point certains rôles.

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jeudi, 5 novembre 2015

La fille du train, de Paula Hawkins.

La fille du train

L'ouvrage:
Deux fois par jour, Rachel Watson prend le train pour aller à Londres. Sur le trajet, il y a un feu qui est souvent rouge lors du passage du train. Ainsi, Rachel voit l'une des maisons qui bordent la voie. Elle observe (parfois pendant plusieurs minutes, selon la durée du feu rouge), le couple qui y vit. Elle leur a inventé une vie parfaite, telle qu'elle l'aimerait pour elle-même. Elle les a baptisés Jason et Jess.
Un jour, elle aperçoit Jess embrassant un homme qui n'est pas Jason. Cela la met en rage. Ensuite, un événement se produit, et Rachel pense qu'elle doit dire ce qu'elle a vu.

Critique:
Voilà un roman psychologique bien pensé et bien construit. Paula Hawkins est assez forte pour que le lecteur ressente rapidement un certain malaise au sujet d'un ou deux personnages, alors qu'il n'y a pas de raisons vraiment tangibles. Je me suis très vite retrouvée à éprouver de la compassion pour le personnage qui avouait ne pas être très net, et à ressentir de l'animosité pour un autre qui (du moins au départ) était dans son bon droit. Rien que pour cela, le roman est réussi.

Il ne faut pas s'attendre à un thriller palpitant où la quête du meurtrier sera pleine de rebondissements. Cet aspect existe dans ce roman, mais il n'est qu'un prétexte à l'étude des personnages, des points de vue, de la perception qu'on a des autres, de soi-même... D'ailleurs, si vous êtes comme moi, vous soupçonnerez très vite «le méchant». Je pense que l'auteur l'a plus ou moins voulu, car là n'est pas l'important. Ce qui compte, c'est que les personnages principaux sont très bien dépeints. Le lecteur les découvre petit à petit. Ils sont loin d'être parfaits. En un récit profondément humain, Paula Hawkins montre leurs failles, le courage et la remise en question de certains...

Le roman est raconté selon trois points de vue différents. Rachel, Megan, et Anna prennent tour à tour la parole.
J'ai très vite apprécié Rachel, même si j'ai régulièrement eu envie de la secouer. Tour à tour touchante, pathétique, agaçante, elle passe par des phases d'autodestruction, de reprise en main... Écrasée par sa responsabilité dans le fiasco qu'a été son mariage, elle semble stagner, puis se donne un but, et commence à réellement regarder en elle.

Megan semble floue, au départ. Ce qu'elle fait n'est pas très propre, mais c'est expliqué par son passé et aussi son présent. J'ai apprécié que l'auteur nuance les choses. En effet, Megan commet des actes répréhensibles, mais elle n'est pas méchante; son mari l'aime, mais il la harcèle insidieusement.

Quant à Anna, c'est celle des trois femmes qui prennent la parole que j'ai le moins appréciée. Elle a une très haute opinion d'elle-même, se dédouane très facilement d'être celle pour laquelle un homme a quitté sa femme, crée des problèmes où il n'y en a pas tout en sachant très bien ce qu'elle fait... Jusqu'à la fin, elle est trouble. Bien sûr, il y a en elle un refus de voir les choses telles qu'elles sont, ce qui explique certains de ses actes, mais même quand elle doit s'y résoudre, elle garde une part d'ombre.

Lors de l'enquête, la romancière donne quelques fausses pistes, mais elle ne le fait pas franchement, elle ne désigne pas frénétiquement tel coupable pour en sortir un autre de sa manche. J'ai apprécié cette façon de faire.

Comme dans d'autres romans, la chronologie n'est pas respectée. Les chapitres alternent les points de vue, mais le récit de Megan a lieu plus tôt dans le temps. Contrairement à d'autres romans, ici, cela a une raison d'être.

Au début, il y a une espèce de court prologue qui se passe à un moment crucial du livre. Je regrette que Paula Hawkins soit tombée dans cette facilité qui consiste à tenter d'appâter le lecteur de cette façon. Heureusement pour moi, j'ai découvert l'existence de ce prologue à la fin. En effet, il est dans le même fichier que l'avant-propos, et j'ai pour habitude d'écouter tout ce qui est avant-propos et préface en dernier, m'ennuyant quand j'essaie de les écouter au début. Moi qui râle après Audiolib qui (selon moi) ne découpe pas proprement ses livres audio, je devrais les remercier sur ce coup! ;-)

D'autre part, il me semble qu'il y a une petite faiblesse. Rachel voit Jess embrasser un homme qui n'est pas Jason. On finit par savoir qui est cet homme. Seulement, l'histoire ne dit pas vraiment ce qu'il y avait entre Jess et lui. Il semble que ce soit ambigu... Seulement, cela détruit un peu le fait que Jess semble évoluer au cours du temps... En outre, ce n'est pas très crédible sachant ce qui est arrivé avant, et sachant que l'homme ayant obtenu une évolution, il ne va pas se jeter dans la régression... On peut combler la faiblesse en disant que Rachel n'a pas vu la suite, et que peut-être, l'homme a repoussé Jess... Cependant, que faisait-il chez elle? Cela peut également s'expliquer, mais c'est un peu gros...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Valérie Marchant dans le rôle de Rachel, Joséphine de Renesse dans celui de Megan, et Julie Basecqz dans celui d'Anna. (Ne connaissant que la voix de Julie Basecqz (et encore, très peu) j'ai attribué les rôles par déduction. Je présente mes excuses aux comédiennes si je me suis trompée.) Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Les trois comédiennes sont parfaitement entrées dans la peau de leur personnage. Leur jeu naturel et sensible met bien en relief les différences entre ces trois héroïnes.

Comme d'habitude, le roman est émaillé de musique. Ici, pendant cette musique, on entend un bruit de train.

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