Kaïken

L'ouvrage:
Olivier Passan travaille à la Criminelle. En ce moment, il est sur une enquête délicate. Il poursuit celui que les médias ont surnommé l'Accoucheur, car il éventre les femmes enceintes, retire le foetus, et brûle les corps. Le policier soupçonne Patrick Guillard.
C'est alors qu'il découvre que quelqu'un s'introduit chez lui, et lui adresse des «avertissements». Persuadé que c'est Guillard qui tente de l'intimider, il redouble de hargne et de vigilance à son égard.
Olivier est passionné de culture japonaise. Il a d'ailleurs épousé une japonaise, Naoko avec qui il a eu deux enfants. Mais le couple est en plein divorce.

Critique:
Je ne sais pas si les admirateurs de Jean-Christophe Grangé apprécieront ce roman, mais je l'ai préféré à ses trois précédents thrillers.
Si on retrouve certains «thèmes» chers à l'auteur, il y apporte un brin de renouveau qui fait qu'il sort de ses propres sentiers battus. Par exemple, Olivier et celui qu'il poursuit ont connu d'extrêmes souffrances lors de leur enfance. Le policier n'hésite pas à employer des méthodes peu orthodoxes, à se mettre en tort, à «jouer avec le feu» (celle-là est irrésistible, et sera comprise par ceux qui ont lu le livre) de multiples manières afin de vaincre son adversaire, ainsi que l'extrême violence dont celui-ci est capable. Cependant, il ne travaille pas en solitaire.

Autre chose change: le policier ne passe pas son temps à traquer quelqu'un qu'il «vaincra» à la fin. Tout est plus complexe. Les rebondissements à ce sujet sont crédibles.
C'est avec ce changement que l'auteur fait quelque chose de risqué. Il faut que le résultat soit à la hauteur. Il l'est. D'abord, l'auteur a trouvé un moyen simple pour que le lecteur ne puisse deviner quelle est la solution. Certains diront qu'il triche, je pense, au contraire, qu'il a bien joué.
Il ne peut s'empêcher de livrer un faux coupable, mais cela ne dure pas, et c'est une hypothèse acceptable.

J'ai trouvé ce roman moins tranchant, mieux ficelé, plus «doux», mieux travaillé. L'énigme est plus réfléchie, plus creusée, plus pertinente.
J'ai aimé que l'auteur prenne le temps de décrire des scènes du quotidien, où Naoko et Olivier sont avec leurs enfants. Cela les ancre davantage dans la réalité.

La psychologie des personnages me semble plus creusée que dans les précédents romans de Jean-Christophe Grangé. Par petites touches, il fait des portraits nuancés. Il ne se contente pas de dépeindre d'immenses souffrances endurées par les personnages. Il en montre les conséquences, tout en brossant des personnalités qui ne se résument pas à ces souffrances. De plus, ces portraits se précisent, s'affinent à mesure du roman. Cela donne des personnages plus épais.
Cela ne fait pas forcément qu'on les appréciera. J'ai aimé qu'ils soient décrits avec davantage de minutie, car j'ai pu les imaginer, mais je les ai trouvés agaçants, surtout Olivier et Naoko. Compliqués à force d'être complexes, ramenant tout à eux, se croyant supérieurs... Naoko est froide et sèche.

Malheureusement, à partir du moment où le lecteur sait de quoi il retourne, les choses traînent un peu. L'intérêt est cependant relancé parce qu'Olivier fraie avec sa belle-famille, puis un psychologue qui lui apprend des choses intéressantes.
J'ai également apprécié la confrontation d'Olivier avec le pays dont il révère la culture. Il se rend compte que tout n'est pas absolument comme il le voyait. En effet, je trouve qu'il aimait mal la culture japonaise. Il la rendait clichée à force d'avoir des avis tranchés à son propos, et de se vouloir plus imprégné de culture japonaise que sa femme! Pour lui, un japonais devait forcément agir d'une certaine façon.

Il y a une petite faiblesse: puisque la personne a pu, sans problèmes, pénétrer chez les Passan, pourquoi n'a-t-elle pas «pris» ce qu'elle voulait tout de suite? C'est expliqué par le besoin d'un affrontement, d'élimination de «la personne en trop», par la personnalité de l'un des protagonistes... Certes, mais cela ne m'a pas vraiment convaincue.

La fin est prévisible, mais va bien au reste. En outre, elle symbolise une certaine évolution des personnages. Par ailleurs, elle est exempte de ces tours de passe passe qui, à mon goût, sont spectaculaires et gâchent les romans.

Remarque annexe:
Je ne sais pas si c'est fait exprès, mais je trouve amusant qu'un pan de l'histoire se passe dans le 93 et qu'il y ait 93 chapitres.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Benoît Marchand.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'aime beaucoup ce comédien que je découvre avec «Kaïken». Outre une voix très claire et agréable, il s'est très facilement glissé dans la peau des personnages. Son jeu est fin et nuancé. À certains moments, il n'est pas facile de rendre la clarté des dialogues, car il n'y a pas toujours de propositions incises. Grâce à l'intonation de Benoît Marchand, il est très simple pour l'auditeur de savoir que l'interlocuteur change.

Acheter « Kaïken » en audio sur Amazon

Acheter « Kaïken » sur Amazon