Lecteur : Mantel Laurent

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mardi, 3 avril 2012

Une lointaine Arcadie, de Jean-marie Chevrier.

Une lointaine Arcadie

L'ouvrage:
À peu de temps d'intervalle, Matthieu perd son chien (Cacius), sa femme le quitte, et il prend sa retraite. Il décide de vivre en ermite, aux confins de la Creuse. Là, il compte communier avec la nature, et jouir d'une vie simple.

Critique:
L'idée de départ est intéressante, mais outre que ce genre de livre n'est pas vraiment ma tasse de thé, certaines choses m'ont déplu. En fait, j'ai continué ce livre parce que j'aime beaucoup la lecture du comédien qui l'a lu.

D'abord, j'ai eu du mal à comprendre pourquoi Matthieu, qui semblait tant tenir à cette vie, finit par s'étioler. Et puisqu'il s'ennuie, que ne retourne-t-il à une vie citadine? Je n'ai pas trop compris pourquoi il se compliquait autant la vie. Apparemment, il veut le beurre et l'argent du beurre. Rien que cela a suffi pour m'agacer. Je trouvais qu'il compliquait les choses.

Ensuite, il dit qu'il aime les animaux, et achète une génisse. Or, dans sa démarche, il n'y a qu'égoïsme. En effet, il achète cette génisse parce qu'elle lui rappelle son enfance, elle évoque un mythe grec, etc. Cependant, il la coupe de ses congénères, la rendant malheureuse. La vache se raccroche donc à lui, et voudrait même vivre dans la maison, ce qu'il ne lui permet pas, arguant que rien n'est adapté à elle dans la maison. Soit, mais au départ, c'est de sa faute si elle ne se sent pas bien, c'est à lui de tout faire pour qu'elle soit bien. Enfin, il explique qu'il préfère une vache à un chien parce que la vache ne fait pas son possible pour s'adapter à l'humain au point de devenir l'humain, comme fait le chien. D'accord, mais il voudrait justement qu'elle s'adapte à lui, puisqu'il veut qu'elle vive en solitaire, et ne veut pas s'embêter à lui acheter des compagnes.

Ensuite, le summum de l'exaspération est atteint lors de l'espèce de remake de «Sur la route de Madison». Le coup de foudre est totalement incongru. En outre, il est facile de savoir à quoi il est dû. Matthieu n'a vu pratiquement personne pendant plusieurs années, c'est juste son besoin de compagnie, voire ses bas instincts qui ressortent. Quant à elle, on sait dès le départ qu'elle en a assez de son mari et de son amour des vieilles pierres. Donc, cette espèce de grand amour qui naît en un massage de pieds, pour lequel elle est prête à tout sacrifier, ça me fait bien rire, et c'est totalement invraisemblable.

Globalement, le personnage de Matthieu n'est pas si sympathique. Dans chaque situation qu'il vit, il est insatisfait, même lorsque c'est lui qui la crée, même à la fin, lorsqu'il doit décider ce qu'il veut.

J'ai aimé les personnages de Francis et de son père. Parfois, Matthieu fait certains parallèles intéressants. Et ces deux personnages sont sympathiques. Néanmoins, je n'ai pu m'empêcher de constater que le père ne voyait pas très loin: il semble se préoccuper de son fils, mais ne se demande pas ce qui lui arrivera une fois qu'il aura disparu.

J'ai aimé l'ambiance feutrée, ouatée, qui vient de l'immobilité des situations décrites, de la lenteur de certaines choses, de l'inertie qui saisit parfois Matthieu et menace de s'emparer du lecteur.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurent Mantel pour la fondation Orange
Comme d'habitude, j'ai été ravie d'entendre ce comédien dont la lecture est naturelle et soignée. On voit qu'il prend part à ce qu'il lit, qu'il sait rendre une ambiance. Sa voix calme et son intonation feutrée ont parfaitement rendu l'atmosphère du roman.

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jeudi, 28 octobre 2010

Le couperet, de Donald Westlake.

Le couperet

L'ouvrage:
Burke Devore a cinquante-et-un ans. Il est marié à Marjory. Ils ont deux enfants.
Voilà bientôt deux ans que Burke est au chômage. L'usine où il travaillait a remplacé certains employés par des machines. Après vingt ans de bons et loyaux services, Burke a été remercié.
Après plusieurs mois, il a fini par comprendre que le problème était qu'il y avait des gens plus qualifiés que lui sur le marché. Il en est arrivé à la conclusion qu'il suffisait de les éliminer.

Critique:
Au départ, il est à la fois fascinant et effrayant de découvrir la psychologie de Burke et le mécanisme de sa pensée: je veux quelque chose, je vais éliminer ceux qui risquent de l'avoir à ma place. Il m'est difficile de prendre Burke en pitié, non seulement à cause de son raisonnement, mais aussi parce qu'il ne tente jamais d'en sortir. Outre qu'il n'a pas de limites, il ne pense pas que, peut-être, il y aurait d'autres moyens. Sa femme trouve des petits boulots, certains des hommes dont il veut se débarrasser en font autant. Lui ne veut qu'un travail dans sa branche et où il gagnerait le même type de salaire qu'avant. Cela fait de lui quelqu'un d'assez prétentieux, qui ne connaît pas l'humilité, ne se remet pas en question.
Il pleure sur son sort, a des idées arrêtées sur tout et tous. Il se trouve toutes les excuses du monde: «Je ne veux pas les tuer, mais je suis obligé! Ayez pitié de moi, lecteurs! Ne me blâmez pas!» Il soulage sa conscience avec ces arguments fumeux. Seulement, on ne parle pas d'une égratignure sur la voiture du voisin, mais de meurtres! Cet homme en vient à tuer, et en accuse la société. C'est presque la faute de ses victimes s'il les élimine!

La perte de son travail et l'indifférence de la société lui ont fait perdre confiance en son pays et en ses lois: il n'y a qu'à voir comment il gère ce qui arrive à Billy. Il donne une leçon déplorable à son fils. Il lui fait comprendre que le principal, ce n'est pas de bien se conduire, mais de ne pas se faire prendre si on fait des choses répréhensibles. Le pire, c'est que les événements lui donnent raison. Et il ne pensera jamais que tout aurait pu être évité si le mal n'avait pas été commis au départ.

On me dira que c'est une critique acerbe de la manière dont fonctionnent les rouages du monde du travail. Cela aurait pu l'être si Burke avait été réellement acculé, s'il avait été sympathique au lecteur. Mais il est loin de l'être! Il ne sait même pas ce que ressent sa femme! Il pense que tout ira bien s'il retrouve du travail, comme si tout pouvait être réglé grâce à cela. Bien sûr, cela règlerait certains problèmes, mais ne fermerait pas certaines blessures.

Le lecteur sera plus touché par le personnage de Marjory qui fait face, tente de communiquer avec un mur d'obstination. J'ai été émue lorsqu'elle a ouvert son coeur, a crié sa détresse et son désir que son mariage soit heureux à nouveau.

Outre le personnage de Burke, ce roman souffre d'une absence totale de surprises. Le premier choc passé, le lecteur s'installe dans la routine meurtrière de Burke. Bien sûr, il y a son sursaut de culpabilité après l'un des meurtres, mais ce n'est, en fait, que du remplissage. Cela ne mène nulle part, si ce n'est que Burke s'aguerrit.
Il y a une autre tentative de rebondissement chez la dernière victime de Burke, mais là encore, ça tombe à plat.
L'intérêt du lecteur est quelque peu éveillé par l'enquête, mais elle réserve peu de surprises. En outre, elle n'est pas très crédible.
La fin est décevante. Le problème est qu'il n'y avait pas beaucoup de fins envisageables pour ce roman...

Certains romanciers privilégient la psychologie des personnages au détriment de l'enquête, et on leur pardonne cela si la psychologie des personnages apporte quelque chose au lecteur. Ici, ce n'est pas le cas. Burke se révolte de la mauvaise manière. Il est juste capricieux, égoïste, et simplifie beaucoup les choses.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurent Mantel pour l'association Valentin Haüy.
Encore une fois, cela a été un vrai plaisir pour moi d'entendre Laurent Mantel. Quel dommage qu'il n'ait plus le temps d'enregistrer des livres! Sa façon d'interpréter est naturelle, sans fausse note. Quel régal!!!

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lundi, 26 avril 2010

Ne crains rien, de Dean Koontz.

Ne crains rien

Note:
Je présente tout d'abord mes excuses au Captain à qui j'ai demandé des conseils quant aux romans de Dean Koontz à lire, car j'ai lu un autre livre que celui par lequel il m'a conseillé de commencer. Mais Captain, je garde tes conseils sous le coude. :)

L'ouvrage:
Le père de Christopher Snow est atteint d'un cancer. C'est la fin. Chris se rend à son chevet une dernière fois pour lui dire au revoir.
C'est après la mort de Steven Snow que Chris surprend une scène qu'il ne comprend pas. Son père devait être incinéré, or, il voit des hommes échanger son corps contre celui d'un clochard. Choqué et indigné, il commence à mener son enquête. C'est alors qu'une infirmière qu'il connaît depuis son enfance lui apprend qu'elle veut lui faire certaines révélations qui vont le bouleverser.

Critique:
J'ai trouvé ce livre inégal. Au début, l'auteur transporte son lecteur dans un tourbillon duquel il est bien difficile de sortir. On pense que ça va être comme ça tout au long du livre, mais malheureusement, ça retombe. Il y a d'abord cette vieille ficelle: la personne qui veut faire des révélations est tuée au moment où elle va parler. De ce fait, le lecteur, à l'instar du narrateur, se traîne jusqu'aux fameuses révélations que le narrateur finira par connaître, non sans passer par tout un tas de faux rebondissements qui ne sont, en fait, que du remplissage. Par exemple, lorsqu'il va sur le bateau de Roosevelt, c'est bien trop long! En plus, je n'ai pas aimé la scène des biscuits où Roosevelt torture Orson.
Ce qu'on finit par apprendre n'est pas vraiment à la hauteur de ce à quoi on s'attendait. J'ai soupiré d'agacement à l'idée d'avoir attendu tout ce temps pour ça!
Ensuite, la scène de la bataille opposant Chris, Sacha, et Bobby aux «autres» est assez classique.

Il y a quelques notes humoristiques, ce qui détend le lecteur.
En outre, même si ce qui se passe est classique, cela fait réfléchir le lecteur.

Les personnages principaux sont attachants.
Par ailleurs, le lecteur est intrigué par ce dont souffre Chris. Je ne sais pas si cela existe vraiment, mais je présume que oui... La façon dont il fait avec permet au lecteur de relativiser ses petits ennuis.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurent Mantel pour l'association Valentin Haüy.

Laurent Mantel est comédien de doublage. Il fait également de l'audiodescription (ce qu'on appelait «audiovision» avant). Il n'a plus le temps d'enregistrer des livres, mais «Ne crains rien» fait partie de ceux qu'il a enregistrés bénévolement pour l'association. Je l'apprécie beaucoup en tant que comédien de doublage. Il est également talentueux en tant que lecteur: il met le ton approprié, son jeu est naturel que ce soit au niveau de la narration qu'à celui des dialogues. Je ne lui adresse qu'un petit reproche: il parle très doucement. C'est étrange, car quand il fait du doublage, il donne à sa voix la force et la puissance nécessaires.
Je lirai avec plaisir d'autres ouvrages enregistrés par lui. (J'en ai d'ailleurs lu un autre, mais ne l'ai pas chroniqué ici.) Je trouve extrêmement regrettable que l'association, au moment de passer des cassettes aux CDs, n'ait pas numérisé tous les livres enregistrés par cet excellent comédien. En effet, j'ai emprunté d'autres livres, exprès parce qu'ils avaient été enregistrés par lui (il a eu l'amabilité de me fournir la liste), et j'ai eu la désagréable surprise de découvrir que deux d'entre eux n'étaient pas lus par lui. Ils ont dû être relus ou empruntés (dans un cadre d'échange) à d'autres associations... Je retenterai ma chance en empruntant d'autres livres provenant de la liste qu'il m'a fournie.

Note:
Je présente à nouveau mes excuses au Captain, parce que j'ai dit du mal d'un livre de Dean Koontz. C'est encore un coup à me retrouver en cale avec des asticots à manger pendant une période indéterminée.

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