La corde au cou, d'Émile Gaboriau.

L'ouvrage:
Cette nuit de 1871, l'existence tranquille de la petite ville de Sauveterre, en Saintonge, est bouleversée: un incendie fait rage au Valpinson, la demeure du comte de Claudieuse. Celui-ci est d'ailleurs bien mal en point, car l'incendiaire lui a tiré dessus. Il ne l'a pas reconnu, il faisait trop sombre.
Interrogée, la comtesse, Geneviève de Claudieuse, explique que la panique aidant, elle avait oublié de sauver ses enfants. Heureusement, Cocoleu (l'innocent du village), s'en était chargé.
Interrogé, Cocoleu dit qu'il a vu l'incendiaire: c'est Jacques de Boiscoran. On s'étonne, puis on finit par penser qu'après tout, Jacques de Boiscoran n'était pas en si bons termes avec le comte de Claudieuse.

Jacques crie son innocence. Cependant, tout l'accuse: outre des preuves matérielles, il s'obstine à ne pas vouloir dire ce qu'il faisait le fameux soir.

Critique:
J'ai préféré ce roman à «L'argent des autres», qui, pour moi, est plus lent, plus dispersé.
Si «La corde au cou» est empreint de cette ambiance de romans larmoyants, il l'est beaucoup moins que «L'argent des autres». Certes, l'intrigue policière est un peu lente, mais cette lenteur est compensée par les rebondissements qui sont placés où il faut. Je n'avais pas deviné ce que Jacques voulait taire. Je soupçonnais un peu le coupable, mais j'ai quand même était trompée par celui que l'auteur nous présentait. Cette ficelle du faux coupable est vieillotte, mais on la pardonnera à Émile Gaboriau, qui, rappelons-le, est un des pionniers en matière de romans policiers, et qui, donc, est l'un des premiers à s'en être servi. En outre, elle est habilement utilisée, de manière bien plus savante, bien moins grossière que ce que font certains auteurs contemporains.

À l'instar d'autres auteurs, Émile Gaboriau pose ici la question des apparences, et insiste bien sur le fait qu'il ne faut pas s'y fier. On me dira que c'est un thème rebattu. Outre qu'Émile Gaboriau est un précurseur de la littérature policière, je trouve qu'il a très bien exploité ce thème, avec finesse et justesse. À son époque, le poids des conventions était encore plus lourd que maintenant.
Sous des dehors gentillets, sous ses airs de roman facile, ce roman est plus profond que certains pourraient le croire.

Les personnages ne sont pas très creusés, mais certains sont sympathiques, comme le greffier Méchinet, le docteur Seignebos, le procureur Daubigeon, maître Folgat, Frumence Cheminot, et bien sûr, Jacques.
J'ai une préférence pour maître Folgat qui a su réfléchir différemment, et chercher des indices là où tout le monde baissait les bras.
Le personnage du docteur m'a fait rire, car, tout en ne se fiant pas aux apparences, il a une belle repartie, et même ses emportements sont «amusants».

Quant aux personnages déplaisants, il y a, bien sûr, les «méchants», mais aussi, Denise de Chandoré. Je l'ai trouvée particulièrement agaçante. D'abord, elle est très mièvre. Ensuite, elle fait tourner tout le monde autour de son petit doigt. Certes, elle n'en abuse pas... jusqu'au moment de l'histoire qui nous est contée ici. On me dira que tout ces actes sont guidés par l'amour, et qu'elle est remarquable pour une jeune fille de son époque... Peut-être, mais elle m'a profondément exaspérée.

J'ai apprécié le style de l'auteur: un peu vieillot pour notre époque, mais aux tournures et au vocabulaire soutenus. J'aimerais lire plus de livres écrits ainsi!

J'ai bien ri aux petits clins d'oeil qu'Émile Gaboriau fait à des personnages de ses autres romans, comme le père Tabaret ou monsieur Lecoq.

Éditeur: Lirairie des Champs-Élysées.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Muriel Mérat pour la Bibliothèque Braille Romande.
Muriel Mérat a bien interprété ce roman, évitant sans mal l'écueil d'un ton affecté et mièvre, mais ne tombant pas non plus dans l'excès inverse, celui de la monotonie. En effet, un livre de ce style, à notre époque, ne doit pas être très facile à lire à voix haute. On doit être tenté de trop en faire, ou de pécher par excès de sobriété. Je tire donc mon chapeau à la lectrice qui a su trouver le ton juste.

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