Lecteur : Lytier Natacha

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vendredi, 14 octobre 2011

Ne gênez pas le bourreau, d'Alexandra Marinina.

Ne gênez pas le bourreau

Note: Cet ouvrage est à lire avant «Le styliste»

L'ouvrage:
Pavel Saoliac était le bras droit du général Boulaknikov. Lorsque celui-ci fut assassiné, Pavel, qui en savait trop long sur trop de monde, s'est arrangé pour être emprisonné. Sa peine tire aujourd'hui à sa fin.
Le général Minaïev souhaite que Pavel arrive à Moscou en vie. Il demande à la milice d'agir. C'est Anastasia Kamenskaïa qui sera chargée de convoyer Pavel. Mais pas en tant que milicienne...

Critique:
J'avoue avoir préféré «Le styliste». Cependant, «Ne gênez pas le bourreau» est un bon roman policier. L'intrigue est solide et bien menée. L'auteur parvient à sortir des cartes de sa manche jusqu'au dernier moment. Le lecteur sait certaines choses, mais l'auteur l'a voulu ainsi. Peut-être souhaitait-elle recentrer l'attention du lecteur sur la psychologie des personnages et sur les dernières révélations qu'elle fait. Le lecteur pense tout savoir, et se doutera peut-être de certaines choses ton-dites, mais il sera tout de même surpris. Malheureusement, cela ne va pas sans petits dommages. En effet, il y a des lenteurs. La deuxième partie m'a semblé très longue et lente. On comprend vite ce qui se passe, et il me semble que l'auteur en fait un peu trop. En outre, dans cette partie, on ne voit pas du tout Nastia et ses collègues, ce qui m'a un peu dépaysée, et a accentué l'effet de lenteur à mes yeux.
De plus, l'histoire de l'hypnose m'a laissée dubitative. Je comprends qu'un médecin puisse hypnotiser un patient, mais j'ai du mal à croire qu'on puisse suggérer des choses à des gens en leur parlant cinq minutes dans la rue. La romancière explique bien comment tout cela est possible. Elle le rend presque crédible. Cependant, je reste peu convaincue.

Un autre intérêt de ce livre (et je pense, d'autres romans d'Alexandra Marinina), est qu'on en apprend davantage sur la vie quotidienne en Russie. Ici, par exemple, la possibilité d'échange d'appartements est quelque chose que j'ignorais. Mais ce n'est qu'un exemple...

Comme dans «Le styliste», j'ai apprécié Nastia. Elle aime son travail (peut-être un peu trop...), est paresseuse quant à tout le reste, fume trop... bref, un protagoniste très réaliste!
J'aurais aimé la voir davantage dans la vie du quotidien. Je sais que le but d'un tel roman n'était pas la vie privée de Nastia, mais j'ai trouvé que dans «Le styliste», enquête et vie privée étaient subtilement et habilement mêlées. J'aurais aimé retrouver cela dans «Ne gênez pas le bourreau».

Pavel est fascinant. Tout au long du roman, Alexandra Marinina nous en brosse un portrait de plus en plus complexe. Le lecteur aura une opinion défavorable à son sujet, tout en n'oubliant pas son charisme et ses côtés quelque peu attachants. Et puis, quand on fraie avec le pouvoir et les hommes sans scrupules, on finit par être contaminé...

Remarques annexes:
J'ai aimé la conversation entre Nastia et son mari quant à la littérature.
J'ai apprécié la première scène où on voit Nastia. Je ne m'explique pas vraiment pourquoi... peut-être parce qu'elle est très réaliste, et aussi parce que tout ce qui touche au froid me fascine...

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Natacha Lytier pour l'association Valentin Haüy.

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vendredi, 22 avril 2011

Le roman des régimes, de Jean-Michel Cohen.

Le roman des régimes

L'ouvrage:
Jean-Michel Cohen nous raconte le quotidien d'un médecin nutritionniste: Matthieu Sorin. Le lecteur croise les personnes venues se faire soigner: Sarah est anorexique, Émilie est boulimique et se fait vomir, Ralph s'est nourri n'importe comment, Liliane ne peut s'empêcher de s'octroyer des douceurs, Delphine est obèse.

Critique:
Voilà un livre sympathique qui nous plonge dans un univers que nous côtoyons, mais ne connaissons pas toujours bien. À travers divers exemples, l'auteur montre un éventail de problèmes que peuvent avoir les gens avec la nourriture. C'est plus agréable qu'un documentaire, car on suit les personnages, on découvre leurs histoires, on éprouve de la compassion pour eux.

Je me doutais que beaucoup de désordres de nourriture étaient dus à des problèmes psychologiques. On pourrait reprocher un manque de subtilité à l'auteur, de bien pointer du doigt: «Celui-là, il a tel problème, je le dis bien fort!» Seulement, le genre de problèmes décrits sont très courants, et on a beau les voir, les principaux intéressés ne s'en rendent pas toujours compte. Il est donc parfois utile de les exposer de manière claire, sans ambages.

Certains diront peut-être que tout cela est cliché, trop facile. Je pense sincèrement que non. Je sais que le non-dit peut engendrer des troubles qui se manifesteront par des signes extérieurs. Je crois donc en l'histoire de Delphine.
Je sais que le mal être, l'impression de n'être pas compris, pas apprécié, pas aimé comme il faudrait, se traduit également par des troubles quand on ne peut pas l'exprimer en paroles.
Tout ce dont souffrent ces personnages est donc crédible.

Les protagonistes sont attachants. Sarah m'a un peu agacée, parce qu'on dirait qu'elle n'a pas vraiment de personnalité. Et puis, son évolution est un peu spectaculaire... Cependant, les événements et les autres personnages ont fait que je n'ai pu lâcher ce roman avant de l'avoir terminé.
Matthieu est intéressant. Il assortit ses conseils d'une réelle écoute. Il est chaleureux, humain, et très ouvert d'esprit. Malheureusement, de nos jours, on rencontre plutôt des médecins pour lesquels on est des «cas» et non des personnes. Matthieu aussi a des faiblesses: il explique d'ailleurs que grâce à elles, il comprend mieux ses patients.
Le père de Sarah est peut-être un peu cliché... Bien sûr, des personnes comme ça existent... Il est le seul que je n'ai pas trouvé sympathique, même après qu'il a semblé vouloir se racheter.

Outre le cas de Sarah, certains pourront objecter que tout ce qui arrive est peut-être un peu trop «positif». Je préfère dire que ce roman est une note d'espoir. L'auteur veut que ses lecteurs comprennent qu'avec de l'écoute et de l'ouverture d'esprit, on peut soigner beaucoup de maux.
D'autre part, Jean-Michel Cohen fait se côtoyer des gens venus de différentes couches de la société, abolit leurs dissemblances, prouvant bien que ces «castes» fabriquées par les hommes ne sont qu'artifices. Surtout qu'ici, elles empêchent certains de s'épanouir.

Je reste peu convaincue par les régimes amaigrissants. Mathieu explique bien qu'il fait des régimes personnalisés. J'ai d'ailleurs été intéressée de lire leur composition. Le problème, c'est que quand on aime les pâtisseries, et la nourriture riche en général, il est bien difficile de s'en passer. Malheureusement, la gourmandise ne peut pas être balayée par la résolution d'un problème psychologique. Oui, ça sent le vécu!
Je sais aussi, comme le souligne Matthieu, qu'il faut faire du sport pour se sentir mieux, et remplacer la graisse par du muscle. Par contre, tout le monde dit qu'à force de s'astreindre à faire du sport, on en devient accro. Je suis la preuve vivante que c'est faux. Ou bien, je suis l'exception qui confirme la règle.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Natacha Lytier pour l'association Valentin Haüy.
Natacha Lytier a une lecture fluide, son ton est approprié. J'ai trouvé dommage qu'elle parle parfois un peu trop doucement.

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