Lecteur : Luisoni Pierre

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lundi, 10 octobre 2016

Rosy et John, de Pierre Lemaitre.

Rosy et John

L'ouvrage:
Une bombe explose dans une rue. Il y a des blessés, mais aucun mort. Peu après, Jean Garnier revendique l'attentat. Il explique que six autres bombes sont dispersées dans la ville. Chaque jour, l'une explosera. Il donnera les coordonnées des bombes si on lui accorde certaines choses.

Critique:
Ce roman est déclaré le tome 4 de la trilogie Veroeven, mais c'est en fait le tome 3, car il vient après «Alex» (le tome 2), et avant «Sacrifices» (le tome 3, mais en réalité, le tome 4). Tout ça pour dire qu'il vaut mieux lire «Rosy et John» avant «Sacrifices» pour la chronologie de la vie de Camille Verhoeven.

Voilà un roman réussi, comme la plupart des romans de Pierre Lemaitre. Je n'ai pas pu prévoir les rebondissements. Au départ, on comprend le «chantage» de Jean. Ensuite, le mystère se crée. Pourquoi Jean veut-il tirer d'affaire celle qui l'empêcha de vivre? À mesure que l'intrigue avance, le mystère s'épaissit. J'ai compris le but de Jean très peu de temps avant que l'auteur ne le dévoile. Certains penseront peut-être: «Tout ça pour ça! Il y avait d'autres moyens d'arriver à ce que souhaitait Jean!» Certes, mais outre les rebondissements, Pierre Lemaitre explique son personnage. Ce que découvrent les policiers à mesure de l'enquête, Jean le sait déjà. On ne comprend vraiment son état d'esprit qu'à la fin. Elle est préparée par tout ce qui arrive avant. Il ne faut pas perdre de vue son vécu, son ressenti. Si on ne voit que les actes, on pense qu'il a fait beaucoup de bruit pour rien, alors qu'il aurait pu s'y prendre autrement.

J'ai été ravie de retrouver le style de Pierre Lemaitre: cette écriture précise, claire, fluide, recherché.

L'humour est présent dans ce roman, même s'il est secondaire. On le trouve surtout lors des conversations (par SMS) entre Camille et Anne. Elles sont de petits moments de détente qui font quelque peu passer la tension au second plan pendant de brefs instants.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierre Luisoni pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'ai été ravie de retrouver ce lecteur que j'aime beaucoup. En plus d'une intonation appropriée, il a une voix sympathique. On a l'impression qu'il enregistre avec coeur et bonne humeur.

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vendredi, 17 avril 2015

Rendez-vous dans le noir, d'Otsuichi.

Rendez-vous dans le noir

L'ouvrage:
Michiru a perdu progressivement la vue. Depuis la mort de son père, elle vit seule. Elle sort peu et seulement avec son amie, Kazue.
Un jour, quelqu'un sonne à sa porte. Lorsqu'elle va ouvrir, il n'y a personne. Elle ne sait pas encore qu'un homme est entré chez elle.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce livre. Il est un peu lent, mais exempt de remplissage. Otsuichi prend le temps de présenter ses personnages, leurs motivations, leur psychologie... Il fait cela de manière très réaliste.

En général, lorsqu'il y a une personne aveugle dans un livre, l'auteur nous dit que cette personne se déplace toute seule dans la rue, fait la cuisine sans problèmes, reconnaît les gens à leurs visages, etc. Je sais que certains aveugles se déplacent seuls, mais je sais aussi que ce n'est pas le cas de tous. J'ai très bien compris Michiru qui veut embêter le moins de monde possible, et donc, qui essaie d'avoir le moins d'envies, le moins de désirs possible. Je comprends également que Kazue tente de la secouer, mais même si elle lui propose son aide, je n'ai pas l'impression qu'elle se mette vraiment à sa place.
À un moment, Michiru pense que la cane blanche n'est pas très fiable, et explique pourquoi. J'ai exactement le même raisonnement qu'elle. Il est d'ailleurs logique.
Il y a quand même une chose que je n'ai pas comprise: il est dit que les handicapés parlent plus fort que la moyenne, et que c'est à cause de leur handicap... Cela me laisse perplexe.

Si Michiru se replie sur elle-même à cause de son handicap, Akihiro souffre, lui aussi, de sa différence qui le fait se renfermer en lui-même. L'auteur met ces deux situations en parallèle, semblant vouloir montrer que parfois, il faut se dépasser, et qu'un handicap peut exister, même s'il n'est pas reconnu.

L'intrigue est bien construite. Au départ, certains éléments (des coïncidences) m'ont paru gros, mais l'auteur les explique naturellement, et tout se tient.
La situation des deux protagonistes principaux engendre forcément une certaine tension. Pendant longtemps, tout semble bloqué, inextricable. Je me suis demandé comment l'auteur allait se sortir de cela. Encore une fois, il le fait simplement, de manière réaliste.

Certains s'attendront peut-être à un thriller haletant, imaginant que l'homme entré chez Michiru est un fou dangereux. Ce n'est pas du tout le sujet. Personnellement, je préfère qu'il en soit ainsi. Je ne peux que recommander ce roman dont les personnages sont terriblement humains, et dont l'intrigue est bien menée.

Remarque annexe:
Lorsque l'auteur évoque le braille, il répond à une question que je me posais sur le braille japonais. Je me demandais si c'était le même que celui que j'utilise. Il se base sur le même schéma, mais les lettres ne sont pas les mêmes.

Éditeur: Philippe Picquier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierre Luisoni pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup ce lecteur qui, en plus de mettre le ton approprié, a une voix très sympathique (souriante, agréable).
Une amie m'a épelé les prénoms des protagonistes du livre. C'est là que j'ai découvert que le lecteur avait prononcé les «r» «l». Cela se prononce peut-être comme ça en japonais...

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