Lecteur : Lowman Rebecca

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jeudi, 6 décembre 2018

La double vie d'Elise, de Leila Sales.

La double vie d'Elise

L'ouvrage:
Elise Dembowski, seize ans, n'a pas d'amis, et les filles populaires de son lycée la harcèlent. L'adolescente est rejetée par ses pairs depuis son enfance. Après une dernière tentative (qui échoue) pour faire partie des «cools», et pour, de ce fait, avoir des amis, la jeune fille pense qu'elle n'aura jamais sa place nulle part. C'est alors qu'elle prend l'habitude de sortir, le soir, pour de longues errances...

Critique:
Ce livre est un coup de coeur. Il aborde plusieurs thèmes avec beaucoup de finesse et de justesse. Le harcèlement adolescent est, malheureusement, quelque chose qui arrive bien trop souvent. Leila Sales décrit parfaitement ce que cela engendre chez notre héroïne. Elle n'omet pas de montrer l'absurdité et la bêtise de la chose: la plupart ne savent pas pourquoi ils harcèlent Elise, si ce n'est pour suivre certains élèves populaires. Les autres le font pour passer le temps, pour exercer leur petit pouvoir, mais aussi (comme le dit le père de l'héroïne) par jalousie. En effet, la jeune fille est ainsi traitée parce qu'elle est différente. Par exemple, elle s'exprime très bien, ne suit pas la mode vestimentaire, écoute de la musique en faisant attention aux paroles... L'auteur montre bien toutes ces règles non écrites auxquelles tout le monde se conforme, règles qu'Elise ne maîtrise pas, et qu'elle trouve (à l'instar du lecteur) incongrues, stupides, et cruelles. Malheureusement, la romancière n'exagère pas lorsqu'elle montre des adultes qui ne prennent pas les choses par le bon bout. Par exemple, une enseignante se préoccupe soudain d'Elise, parce que son attention en cours diminue, mais elle ne disait rien avant cela, malgré les signes, lorsque la jeune fille subissait le harcèlement de ses camarades. Il aurait peut-être été plus nuancé de la part de l'auteur de montrer un adulte qui voit certaines choses, et s'en préoccupe vraiment, car tous ne sont pas comme ceux qu'on voit dans le lycée d'Elise, mais il existe sûrement davantage de collèges et de lycées où les adultes ne voient rien ou bien ne veulent rien voir.

En dehors de l'univers lycéen, Leila Sales montre des personnes de tous horizons. Lorsqu'Elise découvre ces gens, la romancière crée une ambiance particulière, comme si c'était une sorte de rêve. La narratrice elle-même remarque que c'est si étrange qu'elle se croirait dans «Alice au pays des merveilles». Les rencontres ont lieu la nuit, l'endroit où elles se passent semble invisible à première vue... Ici, l'adolescente est vue autrement. De ce fait, elle n'est pas gauche, et n'a pas à faire attention à ses moindres paroles. Bien sûr, comme elle a des années de rabaissement derrière elle, à la moindre anicroche, elle s'imagine fautive.
Je crois que la romancière n'exagère pas: à force de harcèlement, une personne, malgré son esprit critique, peut être poussée à croire que, d'une manière ou d'une autre, elle est en faute. Pendant une grande partie du roman, Elise pense savoir ce qui l'a précipitée là-dedans. Cela la poussera à un acte extrême, dont les causes et les conséquences sont, à mon avis, plus parlantes que toutes les leçons de morale que pourraient recevoir les harceleurs.

Leila Sales donne également une petite leçon d'ouverture d'esprit à son héroïne et au lecteur. Je pense que personne ne sera vraiment fan de Sally et Java. À un moment, elles disent à Elise qu'elles savent bien qu'elle se sent supérieure à elles, et que ça n'est pas grave. La jeune fille réfléchit, puis explique au lecteur qu'en fait, elle ne les comprend pas. Quant à moi, je ne les comprenais pas trop non plus, mais ne pouvais m'empêcher d'assortir cela de soupirs ennuyés à leur égard. Bien sûr, on ne peut pas apprécier tout le monde, mais Sally et Java n'embêtent personne. J'imagine quand même (et j'espère) que je me serais contentée de ne pas les fréquenter (même à défaut d'amis), et que je ne les aurais pas raillées si j'avais été un personnage du roman.

J'aime beaucoup la famille d'Elise. Steve (son beau-père) et Danielle (sa mère) me font un peu rire avec leur façon d'élever leurs enfants, mais ils ne sont pas ridicules comme certains parents. Ils prônent la discussion, l'ouverture d'esprit, la tolérance, l'écoute. Parfois, ils ont l'air d'être un peu dépassés par leur méthode (par exemple lors du jeu d'Alex et de Neil à la pizzeria), mais ils ne semblent jamais stupides, comme ces parents qui déclarent fièrement qu'ils ne giflent jamais, qu'ils expliquent et négocient toujours... et dont les enfants sont de véritables pestes imbus d'eux-mêmes.
D'un autre côté, on voit peu le père de l'héroïne, mais lui aussi semble ouvert et attachant. S'il est déboussolé par le comportement de sa fille, il lui donne souvent l'occasion de s'exprimer, veut la comprendre, et répond présent quand c'est important.

Je suis très loin d'avoir évoqué tout ce que j'ai aimé. En effet, moi, la pinailleuse, je ne reproche rien à ce roman. Certains personnages sont déplaisants et agissent stupidement, mais c'est voulu, car l'auteur veut montrer quelque chose par ce comportement. Certains événements sont quelque peu prévisibles, mais je souhaitais qu'ils arrivent, ce qui veut dire que Leila Sales a habilement manoeuvré pour me faire espérer justement ce qu'elle a fait. Malgré la gravité du sujet, il y a beaucoup de scènes et de répliques amusantes, surtout lorsque Mel, Vicky et Harry sont dans les parages.
Ce livre, par de multiples moyens, exhorte le lecteur à être lui-même.

Remarques annexes:
Le nom du groupe de Vicky me fait beaucoup rire (il m'en faut peu): les Rideaux Sales ou les Rideaux Crasseux. (Je ne sais pas comment cela a été traduit en français.)
Je n'imaginais pas du tout que le métier de disc-jockey demandait tant d'adresse et d'écoute (que ce soit des morceaux ou du public).
Dire que je craignais de trouver ce livre médiocre, que j'ai longtemps hésité à l'acheter, et qu'ensuite, j'ai repoussé sa lecture deux fois! Heureusement que j'aime beaucoup la lectrice, c'est elle qui a fait que je me suis décidée.

Éditeur français: Hachette Romans
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Listenning Library.

Rebecca Lowman fait partie de mes lecteurs préférés. Son intonation est toujours appropriée, et elle modifie sa voix pour les rôles masculins sans que cela soit affecté. Son jeu est toujours naturel et plein de sensibilité.
J'ai lu plusieurs chroniques de personnes qui ne la supportent pas disant qu'elle prend souvent un ton pleurnichard. Un jour, je lisais un roman lu par elle alors que j'étais au travail, mais en pause, et une élève qui était dans la salle de classe, et qui ne comprend pas l'anglais, m'a demandé si la lectrice était déprimée. Certes, à ce moment-là du livre, Rebecca Lowman lisait les déboires d'un personnage narrés par ledit personnage qui était triste, donc il était normal que cela s'entende dans sa voix. Cependant, depuis ma lecture des chroniques et la remarque de l'élève, je fais davantage attention à cela. C'est vrai que, parfois, la comédienne prend un ton qui pourrait paraître un peu plaintif. L'appréciant et comprenant son jeu (pour moi, son ton va toujours avec ce qu'elle lit), cela ne me gêne pas, mais je comprends que cela en embête certains.

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jeudi, 30 août 2018

Fangirl, de Rainbow Rowell.

Fangirl

L'ouvrage:
Cather (dite Cath) et Wren sont jumelles. Il est temps pour elles d'aller à l'université. Wren y voit une occasion d'être plus indépendante. Par exemple, elle ne veut pas partager une chambre avec sa soeur. Cath est un peu déboussolée. Timide et gauche, elle trouve un peu de réconfort en faisant ce pour quoi elle sait avoir un certain talent: écrire des fanfictions sur la série de livres mettant en scène Simon Snow.

Critique:
Je suis tout de suite entrée dans la vie de ces personnages attachants. Je comprenais très bien Cath qui, au départ, perd ses repères, et a beaucoup de mal à être sociable. Cette année universitaire la forcera à combattre ses faiblesses, et à admettre qu'il n'y a pas que les fanfictions concernant Simon Snow dans la vie. J'ai éprouvé de la compassion pour cette adolescente qui peinait à concilier son besoin de repères, ses certitudes, ses remises en question... J'ai aimé que certains (comme Reagan, sa compagne de chambre ou le professeur Piper), la secouent un peu, et l'obligent à se prouver qu'elle est capable de certaines choses.
Tout cela n'est pas dénué d'humour. Par exemple, Cath a fait une provision de barres protéinées pour ne pas avoir à aller à la cafétéria de l'université. C'était sans compter que quelqu'un pillerait ses réserves, tant par goût que pour la faire sortir de son antre.

Dans les livres de ce genre, beaucoup d'histoires d'amour me déplaisent parce que je les trouve mal amenées, peu crédibles... Ici, je me doutais qu'il y en aurait une, car nous sommes chez Rainbow Rowell, et son héroïne a l'âge des premiers sérieux émois. Pour moi, cela a été bien amené. L'auteur ne brusque pas son lecteur, ses personnages sont creusés, sympathiques... Je me suis même surprise à souhaiter que les amoureux soient ensemble avant qu'ils commencent à faire un pas l'un vers l'autre.

Au long du roman, Cath et Wren ne sont pas d'accord entre autres concernant leur mère. Dès le départ, je comprenais davantage le raisonnement de Cath, et je craignais que l'auteur crée des événements peu crédibles qui montreraient que notre héroïne a tort. À vous de voir ce qui se passe... Tout ce que je peux dire, c'est que l'auteur n'a rien fait d'invraisemblable.
D'autre part, j'aurais voulu que les sentiments de Wren à ce sujet soient davantage développés.

J'ai aimé la manière dont la romancière aborde la lecture et l'écriture. Par exemple, Levi ne parvient pas à lire un livre avec ses yeux, et se concentre bien mieux lorsqu'il l'entend. Aux États-Unis, je sais que le livre audio est bien plus implanté qu'en France, et il m'a plu qu'un livre traduit en français évoque une personne dont la mémoire auditive est meilleure que la mémoire visuelle. Malheureusement, beaucoup de français sont bornés et convaincus que lire en audio, ce n'est pas lire. Peut-être que certains d'entre eux se plongeront dans «Fangirl», et réfléchiront un peu en voyant comment lit Levi...

Quant à l'écriture, c'est à travers Cath qu'elle est abordée. La jeune fille ne parvient pas à sortir de ce qu'elle sait faire pour tenter autre chose. L'espèce de défi que lui lance son enseignante l'angoisse. J'ai compris son point de vue, mais aussi celui de ceux qui la poussent à tenter de sortir de sa routine, à faire en écriture comme elle a fait (non sans mal) dans la vie.

Si beaucoup de personnages m'ont plu, je n'ai pas vraiment apprécié Wren. J'ai compris son besoin de s'éloigner, de vivre des expériences... mais elle m'a agacée, sauf lorsqu'elle exhorte sa soeur à changer d'avis concernant un événement de la fanfiction. Wren m'a paru peu consistante, peut-être parce qu'elle a suivi une route qui ne m'a jamais intéressée, route par laquelle beaucoup d'adolescents passent, pas toujours avec les mêmes conséquences. De ce fait, ce qui concernait ce personnage m'a semblé trop convenu. De plus, je n'ai pas été convaincue par ses arguments à propos de Laura. J'aurais préféré être tiraillée entre son point de vue et celui de Cath, cela aurait rendu Wren plus intéressante.

J'ai beaucoup aimé ce roman, mais je me suis ennuyée lors des passages sur Simon Snow. Par conséquent, je ne lirai pas «Carry on» qui est l'histoire de Simon qu'écrit Cath pendant le roman, et que Rainbow Rowell a éditée.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman et Maxwell Caulfield pour les éditions Listenning Library.

J'apprécie toujours autant Rebecca Lowman qui lit avec beaucoup de naturel, et sait modifier sa voix de manière convaincante pour les rôles masculins.
Je pense que Maxwell Caulfield est un bon comédien, mais il lisait la plupart des passages concernant Simon, et en plus, il a un accent anglais (accent que je n'aime pas du tout). Donc son jeu n'a pas vraiment attiré mon attention.

lundi, 25 juin 2018

The girls from Corona del Mar, de Rufi Thorpe.

The girls from Corona del Mar

L'ouvrage:
Mia (la narratrice) et Laurie-Anne se connaissent depuis leur enfance. Nous les suivons de leur adolescence jusqu'à ce qu'elles aient la trentaine.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce roman. Plus on avance, plus le mystère s'épaissit quant à cette amitié. J'étais davantage tranchée que Mia sur quelques points, et plus coulante qu'elle sur d'autres. Elle se décrit comme l'égoïste, l'ingrate. Cela la fait culpabiliser, mais elle ne parvient pas à aller contre sa nature. Seulement, lorsqu'elle expliquait ses motivations dans telle ou telle situation, je la comprenais, et je me disais qu'à sa place, j'aurais sûrement agi de la même manière. Par exemple, ses raisons pour ne pas aller à l'enterrement de Jim m'ont paru tout à fait recevables. D'un autre côté, Laurie-Anne, décrite par son amie comme la gentillesse incarnée, m'a parfois déconcertée. Ce qu'elle dit à Mia lorsque celle-ci, bouleversée, lui apprend ce qui est arrivé à sa chienne, n'est pas vraiment la réponse qu'on attend d'une amie. J'ai également tiqué que Laurie-Anne et son mari renvoient cavalièrement Mia chez elle après la naissance de Zack, alors que celle-ci proposait spontanément son aide et semblait être la seule qui se préoccupait vraiment de Laurie-Anne.
D'un autre côté, Laurie-Anne forçant Mia à dire la vérité à Franklin m'a paru être une véritable preuve d'amitié, même si au moment où cela arrive, la narratrice est furieuse parce qu'elle voit déjà sa vie (dont certains pans sont bâtis sur des mensonges) s'écrouler.

J'ai d'abord compris l'attitude de Laurie-Anne quant à Zack. Mia la juge sévèrement et est choquée des propos qu'elle ose tenir. Certes, elle va loin, notamment en disant qu'une mère devrait pouvoir décider de tuer son enfant. Cette idée est révoltante, mais lorsqu'on pense à Zack, on s'interroge. Bien sûr, ce que propose Laurie-Anne n'est pas recevable en ce sens où elle voudrait le généraliser.
Mia passe son temps à nous montrer son amie comme quelqu'un qui fut injustement malmené par la vie. Il y a incontestablement une part de vrai là-dedans, mais Laurie-Anne a aussi pris de mauvaises décisions.

J'ai apprécié que Rufi Thorpe nous montre une facette de chaque héroïne, puis une autre, puis une autre... pour qu'on se rende compte que rien n'est jamais simple. On ne peut pas résumer Laurie-Anne à une gentille fille cabossée par la vie, ni Mia à une fille égoïste, lâche et compliquée. Il y a de cela, mais pas seulement. Des éléments finaux pousseront le lecteur et Mia dans une certaine direction. J'en ai été moins étonnée que la narratrice. Étant moins impliquée qu'elle, j'avais collecté quelques indices qui me permettaient, non pas de deviner la teneur de ces éléments, mais d'imaginer que Laurie-Anne pourrait agir ainsi. Une question reste sans réponse, mais cela n'est pas très gênant. Si on décide que la réponse est oui, il faut ensuite savoir si ce paramètre est une circonstance atténuante pour l'une des héroïnes...

Ce roman est loin de n'évoquer que ces deux personnages complexes. Les autres sont également intéressants. Par exemple, je ne sais pas trop quoi penser de Dana, la mère de Laurie-Anne. Certaines de ses réactions sont très saines, mais d'autres me laissent perplexe... notamment concernant le mystère sans réponse...

Un livre qui soulève de graves questions, et qui montre habilement différents points de vue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Random house audio.

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lundi, 29 janvier 2018

Saving Montgomery Sole, de Mariko Tamaki.

Saving Montgomery Sole

L'ouvrage:
Montgomery Sole, seize ans, vit dans une petite ville de Californie avec ses mères (Kate et Jo) et sa soeur de onze ans (Tesla). Dans son lycée, l'adolescente n'est pas vraiment acceptée, principalement parce qu'elle a deux mères. Elle a deux amis: Thomas et Naoki. Tous trois se passionnent pour les mystères paranormaux.
Un jour, des événements viennent bouleverser l'équilibre précaire de la jeune fille.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Il commence de manière assez légère, même si on sent bien que Montgomery a du mal à supporter l'ostracisme dont elle est victime. Au début, elle gère cela en restant très proche de ses amis sur qui elle pense pouvoir compter. Ensuite, son intérêt pour le paranormal amuse quelque peu. Son extase devant «l'oeil de la connaissance» m'a fait rire, mais j'ai eu un peu peur qu'elle place toute sa confiance en cette pierre. On comprend vite qu'elle s'y raccroche pour avoir un repère alors qu'elle se voit impuissante contre la bêtise humaine, et que son monde s'effrite. Entre le harcèlement quotidien qu'elle subit, l'intolérance des parents de Kate, et le danger que représente le révérend White, elle perd pieds, et finit par reproduire ce qu'on lui fait. À ce sujet, Thomas et elle ont une discussion intéressante. Chacun a une attitude différente face aux événements, et on se demande quelle est la meilleure. Vaut-il mieux laisser faire ou sortir les griffes? Il n'y a pas vraiment de réponses... Il est facile de comprendre que la sensibilité de Montgomery finisse par être exacerbée. De ce fait, à chaque fois qu'elle voit une croix, elle imagine que c'est le mal. Notre héroïne, plutôt sympathique, découvre donc que tout est nuancé, et que rien ne vaut la communication.

J'ai apprécié que Mariko Tamaki sache mettre une pointe d'humour lors de moments graves. Par exemple, lorsque d'insupportables filles se moquent de presque tout le monde y compris de Montgomery, j'ai été satisfaite de ce qui arrive à l'une d'elles. Je pense que beaucoup de lecteurs réagiront ainsi. C'est pareil quand la narratrice se rend à la réunion organisée par le révérend White. Ce qu'elle remarque peu avant son départ, alors qu'elle est en train de crier sa frustration à l'homme d'église, ne manquera pas de faire rire.

J'aime beaucoup le titre, parce qu'il peut donner lieu à deux jeux de mots en rapport avec l'histoire (l'un d'eux est très amusant), si on change quelques lettres: «Saving Montgomery's soul»: «Sauver l'âme de Montgomery» ou «Saving Montgomery's sole»: «Sauver la plante du pied de Montgomery».

Un petit livre à l'apparence légère, qui soulève beaucoup de questions intéressantes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions [Listenning Library.| http://www.randomhouse.com/audio/listeninglibrary/ ]
Rebecca Lowman fait partie des lecteurs que j'affectionne. Ici, elle n'a pas démérité.

lundi, 25 décembre 2017

Say what you will, de Cammie McGovern.

Say what you will

L'ouvrage:
Amy a dix-sept ans. Elle est hémiplégique depuis qu'elle a un jour. Au lycée, elle est aidée par des adultes. Cette année, elle souhaite avoir une vie sociale: par exemple, pouvoir déjeuner à la cantine. Pour cela, elle imagine payer ceux qui l'aideront. Elle a une autre idée derrière la tête: elle désire que Matthew (un élève qui, un jour, n'a pas hésité à lui dire la vérité sur un sujet délicat) fasse partie de ceux qui seront «engagés».

Critique:
Cammie McGovern aborde avec justesse certains thèmes. Par exemple, Amy est admise à l'université de Stanford, mais on peut se demander s'ils n'auraient pas mieux fait de la refuser, étant donné ses conditions de vie là-bas. Bien sûr, cela aurait pu provoquer des plaintes, car le dossier de l'adolescente était excellent, ce qui voudrait dire que le refus n'aurait été dû qu'à son handicap...

À un moment, une histoire arrivée plusieurs années auparavant refait surface: celle d'un professeur de sciences ayant refusé qu'Amy aille à une remise de prix, son projet ayant été sélectionné. Au départ, on pense le professeur injuste, mais il a un argument massue dont la pertinence ne sera avérée que des années plus tard.

La mère d'Amy est assez complexe... Elle a conscience que sa fille devra toujours faire aussi bien, voire mieux que les autres pour s'en sortir, et elle veut lui donner toutes les chances de réussir. De ce fait, elle s'englue parfois dans de très mauvais raisonnements. Les épreuves l'ont rendue rigide, persuadée que sa manière de voir est la meilleure. Je l'ai très souvent détestée au cours de ma lecture, tout en me rendant bien compte qu'outre la difficulté de voir son enfant grandir, elle devait composer avec les embûches dues au handicap. J'avais beau la trouver hautaine, égoïste, bornée, je me demandais comment j'aurais réagi à sa place. J'avais beau la vouer aux gémonies parce qu'elle était incapable de voir au-delà des apparences, faisant justement ce qu'elle ne voulait pas qu'on fasse à Amy, je ne perdais pas de vue que c'était une mère qui savait que la vie ne ferait pas de cadeaux à sa fille.

L'auteur met en regard deux formes de handicap très différentes: celui d'Amy se voit, et celui de Matthew (qui n'est pas vraiment répertorié comme un handicap, mais qui, en pratique, en est un) ne se voit pas tout de suite, ou n'est pas considéré comme quelque chose qui le dessert. Parfois, j'ai ri de certaines réflexions de Matthew, comme par exemple, telle chose va l'obliger à se doucher pendant une semaine, voire pendant un an! Mais bien sûr, je savais que pour lui, c'était traumatisant.

À un moment, Amy explique qu'elle est heureuse de ne pas avoir à se préoccuper de la mode. Ce qu'elle dit quant à ceux et celles qui le font m'a semblé juste, mais les propos de l'adolescente sont à nuancer. Elle sait que se lamenter sur son sort ne servirait à rien, donc elle prend le positif où elle peut le trouver. Je suis d'accord avec cette façon de penser.

Certains aspects de l'intrigue peuvent paraître un peu niais, mais ils s'insèrent bien dans le contexte. De plus, Cammie McGovern a su créer des personnages attachants, et parler de manière réaliste de soucis dus à des handicaps donnés.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Harper Audio.

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