Lecteur : Louis-Dreyfus Anne

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jeudi, 4 août 2011

Ce que j'ai vu et pourquoi j'ai menti, de Judy Blundell.

Ce que j'ai vu et pourquoi j'ai menti

L'ouvrage:
1947. Joe Spooner revient à peine de la guerre. Sa femme (Beverly), sa belle-fille (Evie), et lui décident de partir en vacances en Floride.
Là-bas, ils rencontrent Peter Colridge, un soldat qui combattit aux côtés de Joe. Celui-ci n'est pas vraiment ravi de le voir. Il n'en va pas de même pour Evie et Beverly qui semblent charmées par un homme avec tant de prestance.

Critique:
Tout est vu par les yeux d'Evie, qui a bientôt seize ans. J'ai trouvé que l'auteur analysait très bien ce personnage: une adolescente profondément attachée à ses parents, connaissant ses premiers émois, souhaitant qu'on la traite comme une adulte, mais ne l'étant pas encore vraiment. À ce sujet, les adultes sont assez agaçants. Ils traitent Evie comme si elle avais dix ans, la confinant dans une espèce de bulle. Étant donné que sa mère l'a toujours maintenue dans l'enfance, Evie peut se montrer naïve, voire un peu crédule. Elle voit des indices évidents, et ne sait pas les interpréter. Pourtant, lors de la scène du cinéma, et même lorsque sa mère prétexte une migraine pour aller se coucher, le lecteur sait, et se demande comment la candide Evie fait pour se voiler la face à ce point.

Le fait que nous assistons à tout du point de vue de la jeune fille a un autre avantage: le lecteur doit interpréter ce que voit Evie. Entre les mots et les gestes échangés par les adultes, le lecteur devine une vie sous-jacente, des non-dits, des malentendus, des déchirements dont l'adolescente semble quelque peu préservée au moins jusqu'à la moitié du roman. Pendant ma lecture, j'avais envie de croire les interprétations d'Evie, j'avais envie de rester dans quelque chose de simple, de gentil, sans complications... une manière de préserver une espèce d'innocence. Pourtant, il était clair que tout ce qui est ressenti par le lecteur n'est pas de la surinterprétation.
Judy Blundell maîtrise parfaitement intrigues et personnages, à ce sujet.

Ce livre est un cruel roman d'apprentissage. En un été, Evie va découvrir les intentions sous les mots, les mensonges que certains adultes débitent si aisément... Elle se rend compte, de la pire manière qui soit, qu'elle ne peut avoir confiamce en personne. J'ai d'ailleurs trouvé que c'était elle la plus adulte, la plus responsable du roman. Ses parents et Peter sont restés dans leur frivolité, leur mesquinerie, leurs enfantillages. Si ce qui arrive dépasse Evie, à qui on ne dit rien, qu'on tente d'enfermer dans l'ignorance, c'est elle qui agira de la manière la moins puérile possible. Et c'est elle qui décidera de se souiller, en connaissance de cause.
Evie fera une entrée fracassante dans le monde des adultes, et le lecteur n'est pas loin de penser qu'il aurait bien pris la jeune fille par la main pour retourner avec elle dans celui de l'enfance.

À l'instar d'Evie, le lecteur devra supposer ce qui s'est passé. Chacun doit se faire son idée. Moi qui, d'habitude, suis optimiste, j'opte sans hésitation pour la solution la plus répugnante.
Dans le même ordre d'idées, le lecteur devra additionner mensonges, demi-vérités, interprétations de chacun des trois adultes pour essayer de découvrir la vérité. Ici, tout n'est pas tout blanc ou tout noir, du moins, en ce qui concerne les raisons pour lesquelles Peter et les Spooner se sont retrouvés. Cette nuance est habile, et très bien rendue.
Malgré cela, aucun des trois adultes ne m'a paru sympathique. C'est un peu dommage, car seule Evie paraît être quelqu'un qui vaut la peine. Ici, si les trois adultes n'ont pas forcément tort sur tout, ils sont tous plus ou moins détestables, ce qui rend le tout un peu tiré par les cheveux.
Nonobstant ce petit bémol, je vous recommande ce roman bien écrit, qui ne souffre d'aucune longueur, et dont les personnages sont bien décrits et analysés.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Louis Dreyfus pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
Outre une voix agréable et un ton dynamique, la lectrice a su interpréter ce roman de manière pertinente, évitant à la fois l'insipide neutralité et le redoutable surjeu.

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mardi, 7 juin 2011

Thriller, d'Iegor Gran.

Thriller

L'ouvrage:
Ce soir-là, Norman (professeur d'économie), et sa femme, Suzanne, reçoivent des amis à dîner. L'un d'eux (Lafayette), explique que Norman a volé le portefeuille d'un clochard. Norman ne s'en souvient pas. Suzanne constate que le portefeuille en question est celui de Norman.
Le lendemain, on apprend qu'une blonde a été tuée dans une impasse, et qu'on a retrouvé un livre écrit par Norman à côté de son cadavre. Pendant que les proches du professeur s'interrogent quant au fait qu'il pourrait être le tueur, un psychopathe se demande si ce ne serait pas lui.

Critique:
Il n'est pas facile d'écrire une parodie de thriller. Iegor Gran y réussit très bien. Il parvient à être cohérent dans un roman complètement déjanté. Certaines choses sont énormes, d'autres sont très simples, et pourtant, l'ensemble se tient, et fait que le lecteur rira beaucoup.

L'humour est exploité sous différentes formes.
Le style est vif et alerte, davantage propre à la comédie qu'au thriller. Il va donc très bien à ce roman. Le style reste le même pendant des scènes apparemment graves comme les scènes d'amour, ou celle où Norman et Suzanne découvrent les agissements de Seed.
Il y a des notes de bas de page. Ici, elles proviennent majoritairement de livres écrits par Norman.
L'auteur disperse de faux indices (la ceinture, le miroir...) auxquels certains personnages s'empresseront de croire.
L'auteur place une ficelle abondamment utilisée par ceux qui écrivent des thrillers: le psychopathe ne se souvient plus avoir tué la blonde, mais pense que c'est lui, alors que Norman ne cesse d'oublier ce qui se passe dans sa vie. L'auteur ne tient pas à ce que le lecteur pense que Norman est le psychopathe, mais il veut montrer la bêtise de ladite ficelle.
Un autre élément est censé effrayer le lecteur (comme dans tout thriller digne de ce nom), et le fait rire grâce à la façon dont l'auteur l'exploite: le fait que le psychopathe se met à faire un exposé sur les avantages et les inconvénients de certaines méthodes d'assassinat.
Ce ne sont que quelques exemples. L'auteur use de pléthore de stratagèmes tous aussi brillants les uns que les autres. Je finirai en évoquant Norman qui fait la leçon aux policier...

Au milieu de cette débauche humoristique, l'auteur parvient à surprendre son lecteur par un autre biais. Il y a au moins deux éléments totalement inattendus, et pas vraiment drôles. Ils surprennent d'autant plus...

Des personnages suscitent le rire, comme le doyen qui est d'une stupidité crasse.
Norman et ses errances spirituelles aussi amuseront le lecteur. Comment oublier, par exemple, l'épisode où il veut faire l'école buissonnière?
Les autres personnages sont également attachants pour diverses raisons.

J'ai quand même un petit reproche à faire: j'ai trouvé très lourd que suzanne parle toujours d'elle-même à la troisième personne. C'est censé être drôle, et ça l'est au début, mais ça dure trop longtemps.

Éditeur: POL.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Louis-Dreyfus pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice adopte de manière naturelle le ton qu'il faut pour lire cette histoire. Elle n'en fait jamais trop, sa voix reste dynamique, son intonation vivante.

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