Le quai de Ouistreham

L'ouvrage:
On entend parler de la crise. Mais sait-on ce qu'elle engendre? Florence Aubenas a voulu aller sur un terrain glissant. Elle a décidé de s'inventer une situation de femme n'ayant jamais travaillé, abandonnée par son mari après vingt ans, et de pointer au chômage. Elle arrêtera de chercher du travail quand elle aura obtenu un C.D.I.

Critique:
Ce livre est un documentaire terriblement juste sur le monde de la recherche d'emploi. La narratrice décrit ce qu'elle vit en tant que chômeuse, puis quand elle trouve du travail en tant que femme de ménage.

Bien sûr, ce livre nous parle de choses que nous devinions, voire que nous savions, mais je trouve que c'est une bonne chose que quelqu'un ait osé l'écrire après une enquête sérieuse et approfondie. Et puis, même si nous connaissons certaines choses, le livre en explique le mécanisme, les raisons... Par exemple, on comprend mieux pourquoi ceux qui travaillent de manière précaire ne sont pas syndiqués. On se rend également compte à quel point il est difficile de trouver un emploi et de le garder: entre les employeurs vicieux ou abusant de leur pouvoir pour humilier et rudoyer, le salaire peu élevé, le fait de devoir travailler vite et bien, le fait de devoir cumuler les travaux pour pouvoir joindre les deux bouts, etc. On est accablé de voir comment les demandeurs d'emploi se conditionnent eux-mêmes à accepter n'importe quoi: conditions draconiennes, salaires en-dessous du smic... Et bien sûr, le lecteur lambda ne peut rien y faire.

On découvre aussi comment le gouvernement réglemente les choses afin de faire baisser les chiffres indiquant le nombre de chômeurs.

Le livre n'est ni mièvre, ni larmoyant. Il expose les faits, et si la journaliste dénonce, elle le fait dans l'espoir de renseigner. Elle n'a pas trop d'illusions quant au fait que les choses pourraient bouger et s'améliorer, mais elle apporte sa pierre à l'édifice.
Ce livre permet également de relativiser sa propre situation, surtout quand on sait qu'on a très peu de chances de connaître ce qui y est décrit.

Il y a quand même certaines choses que j'aimerais souligner. Si les conditions sont inadmissibles, l'attitude de certains demandeurs d'emploi est parfois discutable. Par exemple, à un moment, une certaine Karine raconte qu'elle cumule les boulots, et que c'est très dur. Elle raconte ensuite une anecdote où le lecteur ne pourra que lui donner raison. Mais ensuite, elle explique que maintenant, il est impossible pour elle de reprendre ses études, car elle a deux enfants. Là, je suis d'accord. Là où je tique un peu, c'est qu'elle aurait peut-être dû penser à cela avant d'avoir des enfants. Bien sûr, je ne connais pas tous les paramètres de telles situations. Je pense seulement que tout est nuancé, et que la personne qui se retrouve dans une situation précaire a parfois fait de mauvais choix.
Un autre exemple m'a frappée: le sermon de Catherine poiret. Il est extrêmement dur et humiliant. Cependant, elle expose des faits. Bien sûr, elle les expose à des personnes qui ne s'en sont pas rendues coupables, et elle les accuse avant qu'ils aient pu dire ou faire quoi que ce soit. Elle ne le fait pas de manière posée, et ne dit pas que ce sont des hypothèses. Si j'ai trouvé la forme inadmissible, je suis d'accord avec le fond. Tout n'est pas tout blanc ou tout noir, il y a de l'abus partout.

L'entretien qui suit le récit est très intéressant. Florence Aubenas va plus loin dans ses raisonnements, revient sur certaines choses, donne ses impressions, et se montre, comme dans son récit, impartiale, sensible et humaine.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Fabienne Loriaux.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 7 juillet.

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