Lecteur : Leroy Hélène

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vendredi, 6 janvier 2012

La trace, de Richard Collasse.

La trace

L'ouvrage:
Le narrateur est français. Il vit au Japon depuis plus de trente ans. Il gagne bien sa vie, est marié...
Un jour, il reçoit une lettre banale en apparence. Pourtant, elle remet sa vie en question.

Critique:
J'ai un sentiment mitigé quant à ce roman. Il m'a plu, mais je ne le recommanderais pas sans réserve.

C'est d'abord l'intrigue que j'ai trouvée un peu bancale. Disons que certaines ficelles sont un peu grosses. Le narrateur nous dit que la lettre remet sa vie en question, qu'il doit avouer que sa vie n'est pas aussi rose que ce qu'on pourrait croire, que lui-même n'est pas irréprochable, comme il avait voulu se le faire croire. Un peu plus tard, on découvre le contenu de la lettre. Certes, la personne compare deux portraits du narrateur où il semble totalement différent. C'est intéressant, mais pourquoi cela remettrait-il tout en cause? On le comprend mieux ensuite, à l'instar du narrateur, mais au départ, ce n'est pas évident. Si le narrateur avait tout compris dès le départ, j'aurais pu admettre qu'il retarde le moment de tout avouer, mais au commencement, il ne comprend pas lui-même pourquoi cette brutale remise en question doit avoir lieu.

Le roman est structuré d'une manière que je n'aime pas: on navigue entre le présent et le passé du narrateur. Bien sûr, ces va-et-vient prennent tout leur sens à la fin, mais j'ai trouvé l'histoire trop morcelée. Pourtant, le retour en arrière était nécessaire... J'aurais peut-être moins alterné, à la place de l'auteur.

La troisième chose qui m'a gênée, c'est le coup de foudre. Je ne m'y fais pas. ;-) Pour moi, ce n'est pas crédible. D'autre part, ici, c'est renforcé par le fait que les deux personnes arrivent difficilement à communiquer à cause de la barrière linguistique.
Et puis, je dois dire que j'ai été déçue de découvrir pourquoi le narrateur remettait tout en question. En effet, dès le départ, j'ai flairé un roman de qualité, et j'ai trouvé que ce genre d'explications était trop facile, et aurait pu être utilisée par n'importe quel auteur de roman Harlequin.

D'un autre côté, le livre est bien écrit.
De plus, l'auteur parvient sans peine apparente à plonger son lecteur dans les pensées de son personnage. On fait un bout de chemin avec lui, on a l'impression de le connaître. Il a une personnalité assez creusée pour être sympathique, et Richard Collasse a fait en sorte que le lecteur puisse s'identifier à lui.
Quant à l'histoire d'amour, elle peut aussi être vue de manière positive. Même si cela paraît gros, on peut voir cela d'un autre point de vue: des vies humaines broyées par une société, des conventions, une prétendue bienséance. Grâce au contexte, le côté cliché peut être gommé. (Pour ma part, je vois les deux aspects, c'est pour ça que j'en parle négativement et positivement.)

Par ailleurs, le roman est une odyssée au coeur du Japon, de sa culture, de ses moeurs. À travers le passé et le quotidien du narrateur, le lecteur découvre ce pays. J'ai vraiment aimé cette immersion. J'ai bien ri (c'était le but) lorsque le narrateur raconte toutes les bévues qu'il a commises au début de son premier voyage au Japon. Je les aurais sûrement commises. J'avais l'impression (à l'instar du narrateur), qu'il était déjà compliqué de faire des choses du quotidien comme manger et se laver, et je ne m'imaginais pas vivre là-bas. Je trouvais plus plaisant d'entendre le récit d'un autre. De plus, le contraste est assez frappant: le jeune homme inexpérimenté, et l'homme de cinquante ans qui semble être comme un poisson dans l'eau, qui se fâche, même, quand on lui répond en anglais alors qu'il s'est adressé à son interlocuteur en japonais. Il est également intéressant de voir comme le narrateur sait (comme on le lui a conseillé), garder sa culture et s'imprégner de la culture japonaise. La façon dont il désarçonne les petits voyous qui lui cherchent noise est assez amusante et inattendue.
Il y a beaucoup d'autres passages humoristiques dans le roman, même si certains sont un peu lourds, comme la scène dans l'avion où un passager explique au narrateur que les japonaises vont l'adorer.

Après trente ans passées au Japon, après avoir appris ce pays, ses gens, sa culture, après l'avoir, en quelque sorte, apprivoisé, le narrateur se rend compte que c'est le Japon qui l'a trahi. En effet, c'est à cause d'une façon de penser, d'une indifférence méprisante, d'un racisme accepté voire de bon ton, que des vies ont été détruites. C'est un ironique coup de poignard que reçoit le narrateur. Il aurait dû le savoir, car on lui a bien dit, lors de son premier voyage, que la «gentillesse» et l'émerveillement pour son exotisme étaient une façade, quelque chose d'artificiel. Il plaît du moment qu'il va repartir, et qu'il ne fait rien d'important...

Détails à ne pas lire si on n'a pas lu le roman:
Lorsque le narrateur pense que son ancien amour veut lui sous-tirer de l'argent, la ficelle est un peu facile. J'avais deviné depuis longtemps, par de petites phrases d'Akan, que leur fils était mort.
La fin reste un point d'interrogation. Le narrateur va-t-il précipiter son geste? Va-t-il le remettre à plus tard? Va-t-il se laisser reprendre par sa vie routinière et confortable? Je n'aime pas trop cette fin. J'aurais aimé savoir. Peut-être que c'est au lecteur de trancher en s'appuyant sur ce qu'il sait du narrateur.

Remarque annexe:
Le narrateur n'est pas nommé. Cependant, certains indices donnent à penser que l'auteur lui a donné son prénom. Il explique qu'il y a sept lettres, qu'il se prononce très différemment en anglais et en français (que par exemple, on ne prononce pas la dernière lettre en français), qu'il y a des «r»...

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène Leroy pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
Je tiens à remercier la lectrice qui a épelé un mot. Sans cela, il aurait été plus difficile de comprendre la phrase. Je trouve dommage qu'elle n'ait pas épelé certains noms propres, mais elle est la seule lectrice (exceptés ceux qui enregistrent exclusivement pour moi) qui épelle parfois des noms ou des mots délicats. Je trouve cela gentil et attentionné de sa part.

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lundi, 25 avril 2011

Cette nuit-là, de Linwood Barclay.

Cette nuit-là

L'ouvrage:
Ce matin-là, Cynthia Big, quatorze ans, s'éveille dans une maison vide. Elle est surprise, mais pense que sa mère a dû emmener son frère au lycée, et que son père est parti travailler.
Lorsqu'elle rentre du lycée, la maison est toujours vide. Cynthia donne l'alarme.

Vingt-cinq ans plus tard, Cynthia est mariée à Terry Archer, elle a une fille, Grace. Certains événements font que l'enquête sur la disparition de sa famille sera réouverte.

Critique:
Voilà un bon roman policier où la psychologie des personnages est intéressante, et où, du moins, pendant les trois quarts du livre, le lecteur est complètement perdu. En effet, au début, on ne devine pas ce qui se passe, et ce qui est arrivé, il y a vingt-cinq ans. L'auteur fait même en sorte qu'un personnage puisse être soupçonné, et si le lecteur n'y croit pas vraiment, le doute plane tout de même, car le romancier se sert habilement de certaines ficelles.
L'auteur a réussi à me tromper deux fois quant à certains événements.

J'ai deviné des éléments secondaires, et un élément clé de l'histoire au moment où Vince découvre ce qu'il y a à savoir quant à la coupure de journal. À partir de ce moment, j'ai trouvé que l'auteur traînait beaucoup, notamment quand Terry se rend à l'hôpital. Cependant, je ne me suis pas ennuyée. Je trouvais que l'intrigue ralentissait, mais la compagnie de Terry étant très agréable, j'ai pardonné cela à l'auteur.
De plus, j'ai rapidement soupçonné un personnage qui était, effectivement, coupable. Je ne savais pas à quel point il était impliqué, mais pour moi, il n'était pas net.
J'ai apprécié les espèces de pauses qu'étaient les moments où Terry donne des cours, à l'université.

Les personnages principaux sont sympathiques. Ils m'ont paru plus épais que dans des romans policiers classiques.
En outre, j'ai apprécié que l'histoire soit racontée du point de vue de Terry, et non de celui de Cynthia. Cela change un peu. J'ai également apprécié que Terry montre ses failles.
Certains personnages secondaires sont sympathiques, notamment vince, dont la psychologie est intéressante. C'est un truand qui a certaines valeurs. La rencontre entre son monde et celui de Terry est plutôt fracassante, et invite le lecteur à rire un peu.
À l'instar de Terry, j'ai blâmé l'un des personnages, dont je tairai le nom. J'ai totalement approuvé le discours qu'il lui tient dans la voiture. Bien sûr, ce personnage se rattrape quelque peu, à la fin.

N'oublions pas les notes d'humour qui parcourent le roman. Outre Vince, j'ai adoré le passage où la voyante décrit une maison à Terry, ainsi que l'enjouement de certains protagonistes, et la façon dont on découvre un lien entre deux personnages.

Remarque annexe:
Je pense que ce livre ferait un très bon film.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène Leroy pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
Je tiens à adresser mes remerciements à la lectrice qui a épelé certains noms propres.

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vendredi, 1 avril 2011

Crime et couches-culottes, de Jennifer Weiner.

Crime et couches-culottes

L'ouvrage:
Ben et Kate vivent à Up-Church, une petite ville du Connecticut. Pour Kate, c'est une ville trop lisse, trop polissée. En outre, son mari est surchargé de travail, et la jeune femme passe ses journées à s'occuper de ses trois enfants en bas âge. Cette vie morne la frustre.
Un jour, elle va rendre visite à sa voisine, Kitty Cavannaugh, qui l'avait invitée à déjeuner. Elle la trouve morte, un couteau planté dans le dos. Kate mènera une enquête parallèlement à la police.

Critique:
Ce livre est à la fois grave et drôle. En effet, il aborde un peu légèrement, mais finalement, assez finement, un aspect des relations humaines. Il est dommage que certaines exagérations gâchent le message que l'auteur tente de faire passer. La ville d'Up-Church est un peu clichée. Toutes ces mères parfaites qui donnent de la nourriture parfaite à leurs enfants parfaits, ces mères qui ne semblent jamais dépassées... c'est très peu crédible. À côté de ça, il y a Kate qui ne donne, à l'entendre, que des cochonneries à ses enfants, dont les vêtements sont toujours tachés par les sécrétions desdits enfants, qui n'a pas de temps pour elle...

Il est intéressant de découvrir Kitty au fil de l'enquête de l'héroïne. On s'aperçoit qu'elle était moins tranchée, moins extrémiste que toutes les femmes d'Up-Church, et ce qu'on apprend sur elle la rend sympathique. C'est une ficelle un peu grosse, mais elle passe bien.
Kitty m'a quand même agacée sur un point...

L'humour est omniprésent, et parfois, c'est plus réussi que d'autres. Par exemple, Janie est censée être un personnage amusant. Pourtant, elle m'a souvent agacée. Je n'ai pas aimé son caractère excessif. Bien sûr, tout ce qu'elle fait, elle le fait par amitié, ce qui fait qu'on l'excuse... à terme.
D'autres scènes sont amusantes, et préparent le lecteur à un moment de tension, comme par exemple le cours de yoga que prennent Kate et Janie.
La scène où le lait et le soda sont renversés m'a bien fait rire.

L'intrigue traîne un peu, surtout quand Kate et Janie font des suppositions concernant l'identité du meurtrier.
J'ai été un peu gênée par les retours en arrière, car j'aime moins les livres où les auteurs procèdent ainsi, mais je m'y suis faite, car l'histoire m'a plu.
En effet, malgré quelques lenteurs, l'intrigue est intéressante. Kate est assez crédible en détective amateur. Et outre Kitty, le lecteur découvre Kate, sa vie, ses blessures... Elle est attachante, même si j'ai eu du mal à comprendre qu'elle s'enferme dans un mariage dont elle n'avait pas vraiment envie. Elle fait cela pour éviter de souffrir, et finalement, elle aime son mari, mais ce choix l'a peut-être desservie, à terme. D'ailleurs, ce sera au lecteur de trancher cette question. Si la fin explique les tenants et aboutissants de l'enquête, la destinée de notre héroïne reste en suspens. Je n'aime pas trop ce genre de fins, mais je ne sais pas ce que j'aurais voulu que Kate décide.

Certains autres personnages sont à la fois amusants et antipathiques: Lauralynn est une furie extrémiste; Philip est un coureur de jupons invétéré qui profite même de sa prétendue tristesse pour essayer de séduire une autre femme.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène Leroy pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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jeudi, 31 mars 2011

Fleurs d'un jour, d'Anna-Kazumi Stahl.

Fleurs d'un jour

L'ouvrage:
Aimée et sa mère, Hanako, sont arrivées en Argentine il y a plus de vingt ans, alors qu'Aimée avait huit ans. Aujourd'hui, elle est mariée à Fernando Marconi. Elle tient un magasin de fleurs dont Hanako fait toutes les compositions.

Un jour, Aimée reçoit une lettre d'un cabinet d'avocat. Son aïeule est décédée, et elle hérite d'une maison à la Nouvelle Orléans. La jeune femme est très étonnée: d'abord, la lettre est adressée à Aimée Oleari, du nom de l'homme qui a fait quitter la Nouvelle Orléans à Anako et sa fille, alors qu'elle s'appelle Aimée Levrier. Ensuite, cette lettre signifie que la jeune femme doit se rendre dans sa ville natale, ce qui ne l'enchante guère.

Critique:
Voilà un joli roman, plein de soleil, de joie de vivre... Bien sûr, il raconte certains événements sombres, mais les personnages (surtout nos deux héroïnes) sont solaires, pleins d'entrain et d'espoir.

Hanako est sûrement le personnage sur lequel on s'attardera le plus. Elle est mystérieuse parce qu'elle ne parle pas. Pour moi, elle représente le bonheur tranquille. Elle a vécu des événements traumatisants, sa vie n'a pas toujours été rose, mais elle est souvent gaie, souriante, aimable. Comme elle ne parle pas, elle fait tout passer dans son regard. Aimée et Fernando pensent qu'elle ne comprend pas tout ce qu'on lui dit. Je ne serais pas si catégorique. D'après les réactions d'Hanako tout au long du livre, elle comprend bien plus de choses que ne le croit son entourage.
Elle est une fleur délicate qui s'épanouira malgré les embûches qu'elle rencontrera. On ne la voit jamais sombrer dans le désespoir, et je ne suis pas sûre que ce soit parce qu'elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Je pense vraiment que c'est parce qu'elle tire tout le bon de la vie.
Il y a bien une période où elle est malade, a des crises de rage, s'évanouit, etc. Là, je n'ai pas trop compris ce par quoi elle passait. Je n'ai pas cru, comme Beth, qu'il lui fallait de la magie vaudou pour guérir... j'ai pensé que peut-être, c'était sa manière d'extérioriser, d'exprimer ce qu'elle ne pouvait dire par des paroles.

Si c'est le personnage le plus captivant, le lecteur se prendra également de sympathie pour Aimée, Fernando, Henri, Beth... Si Francisco Oleary paraît mystérieux, voire froid, le lecteur le comprendra mieux au fur et à mesure du récit.

La structure du roman est un peu déroutante, mais l'auteur explique tout de manière simple en un style doux et agréable. Un récit donne des éléments, un autre les reprend et en ajoute... Rien n'est redondant, tout a son importance. Anna-Kazumi Stahl a su raconter certains événements en adoptant différents points de vue de manière construite et intelligente. Cela n'est pas toujours évident, et elle s'en sort très bien.

Ce roman est aussi une enquête: à l'instar d'Aimée, qui y répugne quelque peu, le lecteur se plonge dans le passé d'une famille, d'êtres dont certains sont acariâtres, d'autres sympathiques et attendrissants, d'autres loufoques... Bizarrement, je n'ai rien deviné. L'histoire semble banale et simple, mais ce n'est pas si évident. Quant à moi, j'ai été emportée par le charme du décor, des personnages, du style, de la façon d'aborder certains thèmes, et je n'ai pas deviné les secrets des divers protagonistes.

Remarque annexe:
Il y a une petite incohérence. Si j'ai bien compris, Hanako ne peut émettre aucun son: lorsqu'elle rit, qu'elle pleure, etc, c'est en silence. Pourtant, à un moment, Aimée l'entend fredonner une chanson.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène Leroy pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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