Grâce

L'ouvrage:
Noël 2010.
Nathan et Lise Bataille vont passer Noël chez leur mère, Grâce. Ils se rendent vite compte que de curieux phénomènes arrivent dans la maison. Comme si... elle était hantée. De plus, Grâce leur apprend que leur père, Thomas, est revenu après trente ans d'absence.

Critique:
Comme dans «Twist», l'écriture tient une grande place dans ce roman. Nathan raconte son histoire: il l'écrit à sa défunte épouse, Cora. Les chapitres alternent ce récit et le journal de Grâce, racontant des événements arrivés en 1981. Elle aussi écrit à l'absent. Thomas n'est pas mort, mais son travail l'oblige à être souvent sur les routes. On trouvera d'ailleurs d'autres similitudes entre les deux narrateurs qui feront comme un effet de miroir. Par exemple, en 1981, Grâce a l'âge de Nathan en 2010.
C'est par ce journal et d'autres lettres que le lecteur et Nathan apprendront toute l'histoire.

Comme à son habitude, Delphine Bertholon choisit une intrigue assez banale et y plante sa marque, rendant le tout original. Il y a d'abord cette maison à l'atmosphère inquiétante, presque gothique. Puis ces personnages qui dévoilent peu à peu ce qu'il s'y passe en 2010 et ce qui y arriva en 1981. Il y a aussi cette superstition dans laquelle Nathan ne peut s'empêcher de tomber lorsqu'il analyse notamment les chiffres et a l'impression que le 7 puis le 6 reviennent tout le temps dans sa vie. Et que dire de la lettre «C» par laquelle commencent les prénoms de trois femmes importantes dans le récit?
les personnages semblent prisonniers d'une espèce de malédiction qu'ils ont eux-mêmes créée, et dont ils ne tiennent pas vraiment à sortir, sauf Nathan.
Enfin, on trouve le thème de la gémellité abordé de manière intéressante. Colin et Soline, les enfants de Nathan, ont une prescience qui s'accorde avec cette ambiance à l'odeur de surnaturel. Ce n'est pas la seule manière dont ce thème est abordé, mais je ne peux pas trop en dire.
Par ailleurs, l'auteur mélange certains genres: un peu de surnaturel, un peu d'énigme, un peu de noirceur, une histoire de famille...

Les personnages sont bien décrits et analysés par la romancière, ce qui apporte une autre touche personnelle à l'intrigue. Chacun a sa vérité, sa façon d'être et d'agir. À y bien réfléchir, parmi les adultes, seuls Nathan, Cora et Claire me semblent valoir la peine. Nathan et Claire sont meurtris par la vie, mais ne le font pas payer aux autres, ou du moins, s'en rendent compte et tentent de réparer. Grâce, Thomas, Cristina, et Lise s'enferment dans leur égoïsme, s'engluent dans leurs raisonnements, ne se remettent pas en question. Grâce le fait, mais trop tard. En outre, ils ne se disent pas l'essentiel, ne parviennent pas à communiquer simplement. On se rend très vite compte qu'ils ne se connaissent pas vraiment.

Au milieu du chaos de vies dont certaines tentent de se reconstruire, il y a cette note humoristique qui est comme une petite lueur: je parle de la scène où Nathan recontacte Claire par l'intermédiaire du patron de cette dernière. Les choses ne sont pas simples, mais la cocasserie de la scène et son aboutissement accordent un répit à Nathan et au lecteur.

Au long du roman, le premier vers du chant des partisans (hymne de la résistance sous l'occupation) revient tel un lancinant refrain. Cela symbolise le fait que Nathan ne se laisse pas abattre malgré les embûches de taille qui jalonnent son chemin.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Lens pour la Ligue Braille.

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