Lecteur : Lemée emmanuelle

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mardi, 17 avril 2012

Car voici que le jour vient, de Fabienne Ferrère.

Car voici que le jour vient

L'ouvrage:
Gilles Bayonne est à nouveau face à une enquête. Un prêtre a été assassiné... il a été dévoré vif par des rats. En outre, on ne sait pas comment le meurtrier a pu pénétrer dans l'église.

Critique:
J'ai préféré cette seconde enquête. D'abord, j'ai trouvé le début du roman moins lent que celui de «Un chien du diable». De plus, si l'énigme est «classique», les thèmes abordés sont toujours actuels... malheureusement. Quant au déroulement de l'énigme, l'auteur a utilisé des ficelles connues. Cependant, elles ne sont pas trop grosses, parce qu'elle a su creuser ses personnages. Cela fait la différence. Comme dans le tome 1, le lecteur méprisera les victimes (car le prêtre n'est pas la seule) dont Gilles devra élucider la mort. Ils sont l'exemple parfait de la bêtise, et de la noirceur dont est capable l'âme humaine. J'ai beau avoir lu beaucoup de romans décrivant cette btise, je n'ai pas pu lire leurs actes sans dégoût. Comment ne pas approuver leur bourreau? Je les aurais même fait davantage souffrir... cela aurait été difficile. Il était tout de même inutile que le «bourreau» sacrifiât des gens innocents. Il explique ses raisons, mais je trouve que l'auteur aurait pu agencer son histoire de telle façon que seules les monstres auraient été punis. Elle fait sûrement cela pour montrer que le «meurtrier» souffre tellement, est si aveuglé par son besoin de vengeance, qu'il N'a pu agir autrement, tout en sachant (car il le dit lui-même) que c'était «mal».
Quant à l'identité du coupable, je ne l'ai pas devinée, même si j'aurais dû m'en douter. Là encore, la ficelle est classique, mais l'auteur a su la faire passer.

La fin, à travers les réactions de Pique-Lune, est une bonne illustration de ce qu'est la vie. L'auteur résume bien cela. D'une manière générale, elle parsème son récit de phrases sur la vie, les hommes, les choses... phrases pertinentes, percutantes, d'autres très poétiques...je regrette de ne pas les avoir notées. L'auteur a un style riche, savoureux, tour à tour poétique et plein de verve.

J'ai aimé le passage où Gilles et Pique-Lune discutent avec le «renifleux». Celui-ci leur indique qu'il n'a pas besoin de ses yeux pour deviner beaucoup de choses. L'auteur montre intelligemment cette autre façon de «voir», et rappelle à son lecteur que la vue n'est pas le seul sens dont il dispose.

D'un autre côté, j'ai été ravie de retrouver les personnages. Ils m'ont paru davantage fouillés que dans le tome 1. Il est intéressant de voir que Gilles et Pique-Lune se ressemblent beaucoup! Tous deux ne supportent pas l'injustice, et acceptent mal d'être assujettis, ou de devoir agir d'une certaine manière vis-à-vis de quelqu'un qui a davantage de pouvoir, et qui en abuse.
Tous deux se respectent, chacun sait qu'il a à apprendre de l'autre et de la vie. On ressent très bien leur tendre complicité.
Tout comme dans le tome 1, Gilles s'illustre dans une scène opposant un marchand à un enfant. La scène fait écho à celle du tome 1, mais cela ne m'a pas ennuyée. Elle a été, une fois de plus, l'occasion pour l'auteur de montrer à la fois comment se passaient certaines choses, et le caractère sage, emporté, et épris de justice de Gilles.

Le personnage de Joséphine est sympathique. Drôle et tendre, elle fleure bon la paix, la générosité, la simplicité, la bonne cuisine, l'amour bourru mais indéfectible. On a envie d'être houspillé par elle.

L'auteur insère des scènes cocasses dans son intrigue. Outre la présence toujours signe de rire de Joséphine, il y a la lubie de Clotilde, la soeur de Gilles. J'aime beaucoup la manière dont le jeune homme l'en guérit... Après tout, c'était une bonne façon d'éprouver la foi de la jeune fille.
N'oublions pas le passage où Pique-Lune, terrassé par sa rage de dents, se retrouve à la merci du chirurgien-barbier, et tremble d'effroi, alors qu'il n'hésite pas à braver des dangers autrement plus périlleux.

On trouve également une pincée d'aventure, surtout avec ce qui arrive à Pique-Lune. Le jeune garçon va toujours se fourrer dans les ennuis, et s'en sort souvent de manière rocambolesque. Débrouillard, alerte, primesautier, ayant une faconde à toute épreuve, ce nouveau Gavroche m'a ravie.

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuelle Lemée pour le service Lecture Sonore de l'Unadev
La lectrice joue sans trop en faire. Son interprétation est vivante, mais elle ne force pas le trait. Parfois, sa lecture est quelque peu saccadée, et on se rend compte que son ton (pour certaines phrases) n'est pas approprié. Ce n'est qu'un désagrément mineur.

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lundi, 16 avril 2012

Un chien du diable, de Fabienne Ferrère.

Un chien du diable

L'ouvrage:
Rouen, 1594.
Le comte Ambroise de Roquebrune a été assassiné. On a retrouvé son cadavre dans une église, La gorge tranchée, la bouche pleine d'hosties. Henri IV tient à élucider cette énigme, car il craint que s'y cache un complot visant à le toucher. C'est Gilles Bayonne que l'on chargera de l'enquête. Il est soldat du roi, mais surtout, il accomplira sa mission (celle-là, et une autre, secrète), car son frère, Renaud, qui faisait partie de la chancellerie, est accusé de trahison.

Critique:
Voilà le troisième auteur de romans policiers historiques qui sait me convaincre. Fabienne Ferrère sait, elle aussi, planter le décor et immerger le lecteur en un lieu et à une époque donnés. Par exemple, elle montre bien comment les nobles agissaient, comment ils usaient du peuple, comment ils exerçaient leur puissance. Cela n'a pas vraiment changé, aujourd'hui... c'est plus discret, voilà tout.
Détail amusant (si on veut): j'avais oublié que la vermine faisait rage à cette époque, sûrement à cause du manque d'hygiène. l'auteur rappelle cela: on dort dans des auberges où on est dévoré par des punaises, on a des poux...

L'intrigue policière est quelque peu classique, mais Fabienne Ferrère ne laisse pas son lecteur tomber dans l'ennui. Le premier chapitre m'a semblé un peu lent, mais ce reproche est davantage du pinaillage qu'autre chose. Ses ficelles ne sont pas trop grosses, et elle manœuvre habilement pour que le lecteur ne sache pas vraiment qui soupçonner. À l'inverse d'auteurs indélicats, elle propose de menus indices, sans affirmer que telle personne est coupable pour changer de proie cinq pages plus loin. Elle entraînera bien sûr le lecteur sur de fausses pistes, mais sa façon de faire est subtile, et je suis contente de m'y être laissée prendre.
Quant à savoir qui est coupable, toutes les hypothèses étaient cohérentes et crédibles. L'auteur n'a pas bâclé son énigme. On me dira qu'il était un peu facile de faire en sorte que le coupable soit telle personne. Peut-être. Cela fait effectivement partie des pistes classiques. Cependant, c'est racheté par la subtilité de la romancière, mais aussi par le fait que n'importe quel lecteur préfèrera que cette personne soit coupable plutôt que celles soupçonnées auparavant! En effet, le lecteur n'aura pas vraiment envie que la victime soit vengée...
J'ai apprécié la toute fin: pour moi, il aurait manqué quelque chose si cela ne s'était pas terminé ainsi.

Les personnages sont creusés, surtout Gilles et Pique-Lune. On entrevoit leur passé, et on se rend vite compte que tous deux sont de la race des survivants. Les coups les aguerrissent au lieu de les briser.
Gilles est un fin limier. J'ai admiré, entre autres, la ruse que je n'ai pas vue venir, et par laquelle il confond l'aubergiste qui jure que Fontanier a menacé Roquebrune. Il a également la répartie prompte, l'esprit ouvert, et le sang chaud. J'ai aimé la façon dont il rend justice à la fillette qui «vola» une oubli. Dans ce cas, il a agi ainsi pour plusieurs raisons, dont certaines n'étaient pas forcément honorables, mais dont la plus probante était qu'il ne supporte pas de voir des enfants mourir de faim. Sa sensibilité à ce sujet est montrée plusieurs fois.
J'ai aimé que Gilles s'interroge concernant son frère. Tout comme lui, j'ai douté, mais au fond, j'ai pensé, tout au long du roman, que Renaud était innocent. À vous de découvrir si j'avais raison...

Quant à Pique-Lune, il a gardé la malice de l'enfance. C'est un personnage très attachant. J'ai hâte de le connaître mieux...

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuelle Lemée pour le service Lecture Sonore de l'Unadev

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jeudi, 12 avril 2012

Pas de berceuse pour Fanny, de Sophie Hannah.

Pas de berceuse pour Fanny

L'ouvrage:
Voilà quinze jours qu'Alice Francour a accouché d'une petite Fanny. Ce matin, elle se force à quitter sa fille pour quelques heures. À son retour, elle constate que le nouveau-né a disparu. À sa place, il y a un autre bébé. Son mari, David, ne la croit pas. Elle pense qu'il culpabilise, car il s'est endormi une dizaine de minutes, alors que la maison n'était pas fermée à clé. La police est réticente à ouvrir une enquête. Vivienne, la mère de David, n'affirme pas qu'elle croit Alice, mais assure qu'on ne pourra en être sûre qu'en effectuant des tests ADN.

Critique:
L'idée de départ est bonne. Cependant, l'auteur s'embourbe vite dans des lenteurs assez lourdes. Je pense qu'elle aurait pu en éviter beaucoup si elle n'avait pas usé d'une structure pour le moins déstabilisante. Sur presque tout le roman, les chapitres alternent à la fois les points de vue et le temps: le deuxième chapitre a lieu une semaine après le premier, et n'est plus rédigé du point de vue d'Alice; puis le troisième revient à une semaine plus tôt, et c'est Alice qui parle, comme dans le premier... Je suppose que l'auteur a voulu éviter un récit routinier, a souhaité que le lecteur fasse une espèce de gymnastique de reconstitution du puzzle tout en découvrant certains événements avant d'autres... cela m'a donné la sensation que les chapitres qui se passent plus tôt n'étaient que du remplissage, alors que si je les avais lus avant le début des recherches de la police, je les aurais davantage appréciés.

Sophie Hannah montre des personnes malades, impitoyables, et maniant à merveille la manipulation psychologique. C'est une bonne chose, certes, mais d'autres l'ont mieux fait, à mon avis. Je pense notamment à Charlotte link dans «Le soupirant» ou «Le poids du passé», voire à Elizabeth Haynes dans «Comme ton ombre».
Certaines choses se devinent très vite. Dans certains romans, ce n'est pas gênant, mais ici, cela m'a embêtée. Cela a ôté de l'intérêt à la lecture.

Simon et Charlie m'ont agacée parce qu'ils n'ont pas l'air très professionnel. L'un comme l'autre se laisse guider par ses hormones. On me dira que c'est positif, parce qu'ils ne sont pas froids, ne cherchent pas à tout catégoriser... Soit, mais il y a un juste milieu. Là, Charlie néglige certaines preuves parce qu'elle n'aime pas Alice, et Simon veut rouvrir un dossier parce qu'il aime Alice (ou a envie de coucher avec elle, car il ne la connaît pas vraiment). Simon s'appuie sur les preuves rejetées par Charlie pour rouvrir le dossier, mais il fait cela pour de mauvaises raisons. En effet, s'il avait été un bon policier, il aurait mis cela en avant bien plus tôt.

La dernière révélation rend certaines choses un peu bancales. Je pense qu'il serait facile de prendre l'auteur en défaut en relisant certains chapitres à la lumière de cette révélation. Le pire, c'est que cela aurait pu être beaucoup mieux amené si les chapitres contés du point de vue d'Alice n'avaient pas été à la première personne du singulier, ou du moins, n'avaient pas exprimé les pensées de l'héroïne. L'auteur aurait pu faire en sorte que le lecteur ne puisse trouver des incohérences. Bien sûr, elle donne des explications, les circonstances font que c'est peut-être possible, mais c'est un peu gros.

Les personnages ne m'ont pas assez intéressée pour contrebalancer les défauts. Il est vrai que le lecteur aura envie que «les gentils» s'en sortent. J'ai d'ailleurs été contente de ce qu'il advient de Félix. Mais les personnages m'ont paru assez fades. Alice se bat pour sa survie, et explique bien comment elle a pu tomber entre les griffes de ceux qui l'ont manipulée. Il n'en reste pas moins que sa naïveté confinant à la bêtise et ses larmoiements m'ont ennuyée.
Quant aux «méchants», leur psychologie est assez classique.

Un roman intéressant, mais dont, à mon avis, les qualités ne font pas vraiment oublier les défauts.

Éditeur: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuelle Lemée pour le service Lecture Sonore de l'Unadev

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lundi, 16 janvier 2012

Les deniers du Gévaudan, de Laëtitia Bourgeois.

Les deniers du Gévaudan

L'ouvrage:
Gévaudan, 1363.
Les habitants de Marcouls tentent de faire face à un hiver très rude. C'est alors qu'un collecteur d'impôts disparaît. Cela terrifie la population. Barthélémy, le sergent de Marcouls, est chargé de le retrouver. Il a peu de temps.

Critique:
À l'instar d'Andréa H Japp, Laëtitia Bourgeois sait plonger son lecteur dans un décor et une atmosphère. Dès le début, nous voilà immergés dans un lieu et une époque. L'écriture est fluide et riche. Le style est agréable. Moi qui suis réfractaire aux romans que j'appelle «trop historiques», j'ai été ravie de lire la vie d'un village de l'époque. On sent que l'auteur maîtrise son sujet, et il semble qu'il lui est naturel d'évoquer l'époque, ses lieux, ses habitudes, les réactions des gens qui y vivaient...
Cette impression est renforcée par le personnage d'Ysabellis. La guérisseuse est appréciée pour son talent, mais quelque peu crainte parce qu'elle a la science des plantes. La réaction des villageois est bien décrite, là aussi.

L'énigme n'est pas vraiment palpitante. Elle est linéaire et assez prévisible: des meurtres, une quête, la découverte du coupable... Je n'ai pas trouvé cela trop gênant, car je pense que le plus important est la partie «sociale» du roman. L'auteur se sert de cette énigme pour parler de la société de l'époque.
N'étant pas vraiment habituée à lire des romans historiques policiers, j'ai plusieurs fois souri (je me moquais un peu de moi-même) en me demandant comment Barthélémy finirait par trouver la vérité sans les possibilités que nous avons actuellement.
Si on n'excuse pas le coupable, ses raisons d'agir sont bien expliquées, et mettent en évidence un autre aspect de l'époque: la féodalité, ses lois, ses conséquences.

Les deux personnages principaux sont sympathiques. C'est peut-être un peu convenu, mais j'ai préféré que cela soit ainsi. Ils sont peut-être un peu trop parfaits, mais l'auteur ne les décrit pas comme de pures merveilles, donc, cela n'est pas trop gênant.
Je pense que j'ai aussi excusé cela parce que j'ai été conquise par l'écriture de l'auteur, et son habileté à m'immerger dans la société décrite.

Éditeur: Privat.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuelle Lemée pour le service Lecture Sonore de l'Unadev

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