Une dernière danse

L'ouvrage:
2001.
Sonia et son amie Maggie quittent Londres, leur ville natale, pour s'offrir quelques jours à Grenade. Elles y prennent des cours de danse. Sonia finit par avoir ses habitudes dans un café et par sympathiser avec le propriétaire. De fil en aiguille, celui-ci va lui conter la guerre civile à travers la vie de la famille Ramirez, qu'il a connue.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. J'en attendais peut-être trop...
D'abord, j'ai trouvé un peu dommage que Victoria Hislop reprenne le même type de trame que dans «L'île des oubliés». (Je pense qu'elle le fait aussi dans «Le fil des souvenirs», au vu du résumé, mais ne l'ayant pas lu, je ne m'y référerai pas.) On voit deux jeunes femmes désoeuvrées quant à leur relation amoureuse, et toutes deux vont apprendre l'histoire d'une famille. Il m'a semblé que la romancière ne pouvait s'éloigner de cette façon de faire.

Ensuite, j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire de la famille Ramirez. Il m'a semblé qu'il y avait beaucoup de clichés, le plus évident étant ce sacré coup de foudre auquel je ne me fais décidément pas. Ensuite, lorsque la guerre éclate, l'orientation des membres de la famille est par trop prévisible. Celui qui s'est toujours montré odieux avec les autres approuve le général Franco, et n'hésite pas à prendre parti contre sa famille... Quant aux autres, ils sont républicains.
Il m'a semblé qu'au début, les personnages n'étaient pas creusés. L'auteur se sert d'eux pour montrer comment la guerre ravagea le pays, mais ils n'ont pas vraiment su m'émouvoir. C'est vers le chapitre 25 (il y en a 40) qu'ils m'ont paru être autre chose que des pions dans les mains de leur créatrice. C'est à partir de ce moment que leurs actes et leurs sentiments m'ont paru vrais, alors qu'avant, cela me semblait «joué», ce qui faisait que j'étais plutôt distante. Seuls Pablo et Concha échappent à cela: eux m'ont paru creusés dès le départ.
J'ai trouvé que la ficelle de la mère qui cache une chose importante à sa fille soi disant pour son bien était clichée. En outre, elle n'avait pas vraiment de raison d'être.

D'autre part, j'ai très vite deviné ce que l'auteur révèle vers la fin. Je pense que la romancière aurait dû amener cela différemment. Elle a voulu insérer un rebondissement (qui, pour moi, n'en fut pas un), et de ce fait, elle a créé une situation improbable, et donc peu crédible. Je parle du fait que Sonia aille justement dans cette ville, dans ce café...

Si les éléments cités plus haut m'ont gênée, j'ai trouvé que Victoria Hislop décrivait très bien une ville à une période donnée. Qu'elle nous emmène à Londres ou à travers l'Espagne, que ce soit dans les années 30, dans les années 50 ou en 2001, le contexte historique est très bien rendu. On n'a aucun mal à s'imaginer dans les lieux décrits, vivant ce que conte l'auteur.
D'autre part, à partir du moment où je suis parvenue à entrer dans la peau des personnages, j'ai été totalement immergée dans l'intrigue. La romancière mêle habilement l'histoire de cette famille (représentative de tant d'autres) à l'Histoire. Elle montre également d'autres familles par le biais de l'exode de Mercedès, et on voit comment chacun réagit à des situations bouleversantes et inextricables.
Selon les dires de l'un des personnages, même les Espagnols en savent peu quant à cette guerre. Je ne sais pas si c'est exact, mais moi, je n'en savais presque rien. Ce roman documenté, retraçant un pan de l'histoire qui, pour moi, restait flou, en apprend beaucoup sur cette période.

La danse est un thème récurrent, comme le souligne le titre. Elle est source d'une joie intense pour Mercedès. C'est grâce à la danse qu'elle reste en vie (à un moment, cela l'aide même financièrement). Qu'elle soit heureuse ou dans le besoin, la jeune femme conserve, intacte, cette flamme, cet amour de la danse qui la rend magique et unique pour qui la voit s'y livrer. Cela aussi est très bien rendu par la plume de Victoria Hislop.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laëtitia Lefebvre.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.

Je connais et apprécie Laëtitia Lefebvre en tant que comédienne de doublage. J'ai été ravie de l'entendre en tant que lectrice. Elle n'a pas modifié sa voix à l'excès pour différents personnages. Elle l'a fait avec naturel. En outre, je pense qu'il aurait été facile de tomber dans le pathos ou dans le mièvre pour certaines scènes. La lectrice ne le fait jamais. Elle fait passer l'émotion nécessaire, mais n'en fait jamais trop.
Je regrette que l'éditeur lui ait demandé de prononcer les noms propres espagnols à l'espagnole et ceux anglais à l'anglaise. Je comprends la logique, car il n'est pas vraiment évident de prononcer Javier autrement qu'à l'espagnole, et si elle prononçait Javier ainsi, il fallait qu'elle dise les autres noms avec leur accent d'origine. Néanmoins, je continue à trouver cela peu naturel. D'ailleurs, la lectrice accroche quelques fois, car une fis, elle dit «pour Mercedès» en roulant le «r» de «pour». Je suppose que pour elle, ce n'est pas très naturel non plus de prononcer les noms ainsi. Pour ma part, je lui aurais demandé de prononcer Javier à l'espagnole sans exagérer l'accent, et de prononcer les autres noms comme on les dit dans la vie de tous les jours, en faisant la conversation.
Il y a un clin d'oeil amusant à la façon dont est prononcée Miguel. La lectrice le prononce à l'espagnole, donc à la française, sauf lorsque James le dit. Là, elle le prononce Migouel: c'est ainsi que le prononcent ceux qui ne connaissent pas l'Espagnol et pensent le prononcer à l'espagnole, du moins en France. Du coup, je me demande s'il a été calligraphié Migouel dans le livre, si c'est un clin d'oeil de l'auteur à ceux qui prononcent mal. Ce qui voudrait dire que dans les pays anglophones aussi, on croit qu'à l'espagnole, ça se prononce Migouel.

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