Shelter

À ma connaissance, ce roman n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Après que ses parents ont été agressés, Kyung Cho (marié et ayant un fils de quatre ans, Ethan) décide de les héberger pendant une durée indéterminée. C'est l'occasion pour lui de repenser à son passé, aux raisons pour lesquelles il évitait ses parents depuis qu'il avait son propre foyer. La cohabitation ne sera pas aisée, car malgré l'envie de Kyung et de sa femme (Gillian) que tout se passe bien, les vieilles rancoeurs sont loin d'être effacées.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. L'auteur montre bien que malgré un événement traumatisant, chacun reste ce qu'il est. Rien n'efface le passé, surtout s'il est douloureux. Ce n'est pas parce que son père (Jin) a été frappé et traumatisé par ses agresseurs que Kyung peut oublier ce qu'il faisait lorsqu'il était enfant. Ce n'est pas parce que sa mère (Mae) a été violée qu'elle fera preuve de commisération envers une autre victime.

Kyung est complexe. Il est maladroit avec son fils, ne prend pas les bonnes décisions, traîne une mélancolie dans laquelle il s'englue, en veut à ses parents pour différentes raisons... Au début, je l'ai trouvé fermé et injuste. Cependant, le récit de ses rapports passés et présents avec ses parents aide à le comprendre. Ils sont la source de son mal être. À l'instar de Gillian, j'avais envie de lui dire de donner une chance à son père, mais lorsque Kyung tente de faire de timides pas vers lui, il est rudoyé. Plus tard, Kyung prend le taureau par les cornes, et fera quelque chose de courageux et nécessaire, même s'il ne le fait pas forcément au bon moment. Il tente d'apporter un peu d'honnêteté à cette mascarade qui l'oppresse et le confine dans son mal être.

Si Jin agace, on voit aussi qu'il aimerait avoir sa chance. C'est un peu pareil pour Mae: elle semble en colère après tout le monde, ne tolère plus grand-chose, fait remarquer ses failles à son fils... L'agression semble avoir ouvert la porte à des sentiments que ni Jin ni Mae ne peut vraiment exprimer ou vraiment taire. Cela fait qu'on ne comprend pas trop leurs excès de colère, même si on devine confusément que ce ne sont que les manifestations extérieures d'un mal être plus profond, fait de non-dits, de malentendus, de refus de l'autre, de compromis entre les conventions et les actes...

Je ne sais pas trop quoi penser de Gillian. N'ayant pas vécu l'enfance de son mari, elle est plus encline à donner une chance à Jin, d'autant qu'elle le voit très gentil avec Ethan. D'un autre côté, Kyung voit-il juste lorsqu'il dit connaître la véritable raison de la mansuétude de sa femme envers Jin? Sur ce point, Gillian n'est pas vraiment nette, surtout étant donné ce qui arrive ensuite. Mais ne sent-elle pas que Jin est heureux de pouvoir agir ainsi?... Rien n'est manichéen.

D'une manière générale, les personnages se débattent entre ce qu'ils savent, ce qu'ils voudraient faire, le choc des cultures, ce que leur dicte leur conscience, ce qui leur est possible de faire... Chacun se débat avec sa culpabilité, sa frustration, ses regrets. Au long du roman, chacun fera des révélations qui s'emboîteront les unes dans les autres, et finiront par donner un aperçu à la fois clair et complexe de la situation.

Remarque annexe:
Je n'ai pas vraiment compris si Marina avait suivi Mae en connaissance de cause ou si celle-ci avait voulu accomplir un acte injuste en l'emmenant. On me dira que Marina ne l'aurait pas suivie contre son gré, mais elle ignorait peut-être ce qui arriverait. Mae n'avait pas de raisons d'être si cruelle envers la jeune fille, mais à partir du moment où elle sait que celle-ci va habiter avec eux, elle se montre extrêmement injuste, vindicative, et ne sait que rudoyer ou ignorer Marina. Là encore, je n'ai pas vraiment compris pourquoi... Mae pensait-elle que sa souffrance était déjà bien assez dure à supporter?

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Raymond Lee pour les éditions Macmillan.
J'ai aimé l'interprétation naturelle de Raymond Lee. En outre, lorsque Jin, Mae, et Marina s'expriment, il prend un petit accent puisqu'ils ne sont pas nés aux États-Unis. J'ai trouvé qu'il n'exagérait pas.

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