Lecteur : Lee Ann Marie

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi, 17 juin 2013

Escape, de Carolyn Jessop.

Escape

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Carolyn Blackmore naît et est élevée dans une communauté mormone: la FLDS (Fundamentalist Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints). Cette communauté pratique la polygamie. À dix-huit ans, Carolyn est mariée à Merril Jessop, qui a trente-deux ans de plus qu'elle et trois femmes.
Carolyn raconte ici sa vie de sa naissance jusqu'après sa fuite avec ses huit enfants, dix-sept ans après son mariage.

Critique:
Je n'ai qu'un véritable reproche à faire à ce livre: la chronologie n'est pas totalement respectée. En effet, pour apâter le lecteur, Carolyn commence par le récit de sa fuite. Puis elle revient en arrière. Elle raconte sa naissance, son enfance, etc. Puis elle raconte ce qu'il se passa après sa fuite. Je trouve dommage que la chronologie ait été ainsi bouleversée, même si j'ai bien compris que le but était de commencer par quelque chose qui impressionnerait le lecteur.

À part cela, je me suis plongée dans ce livre qui passionne par plusieurs aspects. D'abord, comment ne pas être touché par l'histoire de cette femme? Comment ne pas se mettre à sa place? Comment ne pas se dire qu'à sa place, on n'aurait pas été si courageux? En effet, j'aime à penser que j'aurais eu son esprit critique et son courage, mais je ne peux le dire.

D'autre part, les religions et les sectes fascinent et effraient toujours ceux qui savent à quoi s'en tenir à leur propos. Lire la façon dont des tyrans profitent de la religion pour persécuter femmes et enfants, pour s'arroger tous les droits sur eux, lire tout cela est vertigineux. La manipulation psychologique est reine. Si certains hommes manipulent et rabaissent leurs femmes, ils s'attaquent également aux enfants. À cause de ce climat malsain, femmes et enfants tentent également d'exercer leur tyrannie sur les uns et les autres...

Carolyn fait bien la différence entre la religion qu'elle connut enfant et adolescente et ce qu'en ont fait des «prophètes» comme Warren, et des hommes comme Merril. Pour bien montrer cette différence, elle met en regard, à la fin, le comportement de son père et celui de Warren. Cela ne veut pas dire que nous devons approuver la polygamie et croire ce que prônent les mormons, mais Carolyn s'attache à montrer qu'il y avait des degrés, et que sa vie n'a pas toujours été horrible. Bien sûr, elle ne connaissait que cela, voilà pourquoi elle n'a pas souffert de sa vie, au départ.
La jeune femme n'oublie pas de parler d'autres personnes brimées (Foneta et Ruth), ou courageuses, mais qui n'avaient pas les moyens de s'enfuir (Linda).

Lorsqu'elle évoque sa vie en tant que quatrième femme de Merril, on découvre la complexité des rapports entre femmes. Chez Merril, en tout cas, c'était une guerre perpétuelle à laquelle les enfants participaient: espionnage, dénonciation (afin d'être préféré(e) par le patriarche), coups bas... guerre des nerfs. J'ai vite compris pourquoi Foneta et Ruth étaient devenues ce qu'elles étaient.
J'ai trouvé Cathleen et Tammy instables... À un moment, je me suis demandé si elles n'avaient pas été amalgamées. Parfois, l'une semble stable, et l'autre non; puis, c'est l'inverse...

En tant que personne extérieure, et ayant, en plus, un esprit très dubitatif, j'ai du mal à comprendre comment on peut croire que si une femme obéit à son mari, il l'emmènera au paradis. Lorsque Merril et Warren rebattaient les oreilles de tous avec cette rengaine, je me demandais toujours comment une idée si simpliste et infantile pouvait leur ôter leur libre arbitre, et les empêcher de penser à ce qu'ils subissaient dans cette vie.

J'ai eu du mal à comprendre la décision finale de Betty, une fille de Carolyn. Je la comprends jusqu'à un certain point, mais il me semble qu'elle a été prise pour de mauvaises raisons. Bien sûr, je ne suis pas dans la tête de Betty, donc je ne peux pas vraiment subodorer. J'en saurai peut-être plus en lisant «Triumph», qui, apparemment, raconte ce qui arriva ensuite. Il paraît que Betty aurait également écrit un livre, ou du moins, en avait l'intention.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ann Marie Lee pour les éditions Random house audio.
Encore une fois, j'ai été ravie de retrouver la talentueuse Ann Marie Lee, qui s'attache toujours à montrer les émotions de l'auteur sans jamais trop en faire. Pour ce livre, je pense qu'il aurait été très facile de surjouer.

Acheter « Escape » en anglais sur Amazon

vendredi, 23 mars 2012

The wonder of Charlie Anne, de Kimberly Newton Fusco.

the wonder of Charlie Anne

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Charlie Anne vit dans un petit village du Sud des États-Unis. Elle est entourée de son père et de ses frères et soeurs. Sa mère est décédée. C'est à la suite de cette mort que Mirabel, une cousine de la famille, est venue s'installer à la ferme. Elle est là pour aider la famille. Les enfants ne l'aiment pas beaucoup: elle les fait travailler, et veut leur apprendre les bonnes manières.

L'argent vient à manquer. Le père décide de partir avec thomas, le fils aîné, car il y a besoin de main d'oeuvre pour construire des routes.
C'est à ce moment que monsieur Jolly, le voisin, accueille Rosalyn, sa future épouse.

Critique:
La qualité principale de ce livre est qu'il commence par montrer du manichéen, puis, petit à petit, le lecteur s'aperçoit que rien n'est tranché.
Par exemple, Charlie Anne commence par détester Mirabel, puis elle se rend compte qu'elle doit nuancer son jugement. Ce qui est intéressant, c'est que le lecteur commence, lui aussi, par trouver Mirabel antipathique. Le parallèle avec «Cendrillon» est amusant. Au début, la mère meurt, et une autre femme prend sa place. Puis, le père s'efface, à l'instar de celui de Cendrillon. C'est Charlie Anne qui (selon elle), accomplit le plus de tâches. Le parallèle s'arrête ici. Si Mirabel est sévère, et parfois rigide, si elle prend certaines décisions qu'on ne pourra s'empêcher de juger cruelles, si elle commence par partager les préjugés des plus bornés concernant les noirs, si elle approuve qu'Ivy s'acoquine avec une pimbêche, elle est toujours guidée par un souci de bien faire. On dirait qu'elle veut assujettir et briser Charlie Anne. Peut-être qu'au début, elle souhaite la faire ployer, mais ensuite, chacune apprend à se connaître, et Mirabel s'assouplit quelque peu. D'ailleurs, on se demande si elle ne cachait pas un coeur plus tendre que ce qu'elle montre depuis le départ. En effet, rien ne l'oblige à venir aider la famille. Le lecteur pense, au départ, qu'elle est intéressée, mais par quoi pourrait-elle l'être? Qui souhaiterait se retrouver à la tête de cinq enfants inconnus, dans une ferme où l'argent se fait rare?!

Charlie Anne n'est pas la pauvre enfant martyrisée par la marâtre. C'est une enfant au fort caractère, poussant un peu comme une herbe sauvage. Mirabel est parfois trop stricte avec elle, mais il est vrai que la jeune fille a besoin de rigueur.
La façon dont elle fait face à la douleur d'avoir perdu sa mère est un peu étrange, mais compréhensible. Elle se forge une espèce de conscience, une voix intérieure, qui finira par être une sorte de guide, voire de prémonition. On pourrait dire que notre héroïne devient schizophrène. Je trouve, au contraire, cette façon de réagir saine. Elle fait son deuil comme elle peut, tout en préservant quelque chose de sa mère, du souvenir qu'elle veut en garder. C'est une sorte d'auto-thérapie.
J'aime bien certaines façons qu'a Charlie Anne d'exprimer sa détresse ou sa colère.
D'autre part, son attachement et l'attention qu'elle porte aux animaux est attendrissant. Par certains côtés, elle est plus évoluée qu'une enfant de son âge.

Ivy agit souvent comme une peste. Elle est davantage manichéenne que les autres, mais parfois, de petits rapprochements s'opèrent entre elle et certains membres de la famille. Et cette attitude hautaine est peut-être sa façon de ne pas être effacée par la personnalité de Charlie Anne, enfant fascinante, charismatique... En effet, c'est toujours sans hésiter que les deux plus jeunes se précipitent vers Charlie Anne quand ils sont heureux ou tristes. La rare fois où Birdie est rabrouée, elle va vers Ivy qui s'en occupe tout de suite.

Birdie est une enfant solaire. Sous ses côtés enfantins, point une espèce de maturité qui semble innée pour certaines choses. Par exemple, elle comprend vite qu'elle doit faire durer sa lemon drop (je ne vais pas traduire par goutte de citron, mais j'imagine que les lemon drops sont de petits bonbons au citron), parce que la famille n'a pas les moyens pour ces futilités. Elle a un coeur généreux, car elle partage sa lemon drop avec Charlie Anne (qui la lui laisse) et Phoebe (qui la prend quelques secondes pour sceller une espèce de pacte, pour accepter la main amicale tendue). Et surtout, elle n'est pas aveuglée par les préjugés qui font que beaucoup de villageois rejettent Phoebe sans la connaître, comme le fait remarquer Charlie Anne.

À travers plusieurs exemples pertinents, Kimberly Fusco montre la bêtises du racisme et d'autres préjugés. C'est Mirabel qui profite le mieux de la leçon. Certains villageois ne veulent pas d'une enfant noire, mais ce sont ces mêmes personnes qui agissent de manière mesquine. Il est d'ailleurs un peu étonnant que Mirabel soit si encline à ce qu'Ivy fréquente Becky qui ne se montre jamais aimable, qui n'est que dédain et prétention, et ne s'en cache pas.

J'aime bien l'explication que l'auteur donne au comportement du fils aîné des Thatcher. Il est vrai que vivre dans un petit village fait qu'on n'a pas toujours un horizon très large, et découvrir la vie extérieure peut faire du bien à quelqu'un qui n'a qu'une vision étriquée. D'ailleurs, c'est la caractéristique de ce petit village, comme celle de beaucoup de petites communautés. C'est grâce à des personnes extérieures que Charlie Anne et Mirabel mettent de l'eau dans leur vin. Mais c'est aussi l'extérieur que Peter rejette. Ce qui est bon pour certains ne l'est pas forcément pour d'autres. Tout est une question de nuances, de circonstances. Au sujet de Peter, je sais que la décision de Mirabel n'est pas égoïste, du moins, pas seulement. Malgré cela, je lui en ai voulu, à l'instar des enfants.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ann Marie Lee pour les éditions Listenning Library.
Comme d'habitude, j'ai été ravie d'entendre Anne Marie Lee qui interprète sans jamais surjouer, et qui a la capacité d'imiter des voix enfantines de manière parfaitement naturelle.

mardi, 21 février 2012

Refaire le monde, de Julia Glass.

Refaire le monde

L'ouvrage:
Greenie Duquette est chef cuisinier. Sa spécialité, c'est les desserts. Elle vit à New York avec son mari, Alan Glasure, et son fils de quatre ans, George. Le couple est dans une impasse. Les époux se disputent souvent, Alan semble dépressif, mais ne veut pas se soigner. Greenie et lui s'éloignent inexorablement.
C'est alors que le gouverneur du Nouveau Mexique, Ray Macray, goûte le gâteau à la noix de coco de Greenie dans le restaurant de Walter, le meilleur ami de la jeune femme. Il souhaite qu'elle travaille pour lui. Cela signifie partir au Nouveau Mexique. Greenie accepte, espérant que cela donnera un nouveau souffle à son couple, à condition qu'Alan finisse par la suivre.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce livre dans lequel Julia Glass explore, avec justesse et sans complaisance, les sentiments, la psychologie, les aspirations de chacun, la façon dont la vie et les événements roule chacun tels de vulgaire pions sur un énorme échiquier.

La longueur du roman est une bonne chose, car l'auteur prend le temps de connaître les personnages, de les comprendre, de les découvrir. Il y a bien quelques lenteurs, mais elles sont moindres. J'ai été dérangée, d'abord, lorsque, d'un chapitre à l'autre, on change de personnages. Au début, j'étais prête à lire l'histoire de Greenie, la longueur du chapitre la présentant m'avait immergée dans sa vie, et j'ai été déroutée de passer à Walter au chapitre suivant. Ensuite, j'ai apprécié ces changements, car j'ai appris à connaître les personnages, et chacun m'intéressait.
L'épaisseur du livre fait qu'on peut compléter son point de vue à chaque chapitre. Par exemple, au départ, on voit la détresse de Greenie et l'aspect fermé d'Alan. Puis, le point de vue d'Alan est montré, et les portraits se complètent, les paramètres changent quelque peu.

J'ai aimé la nuance dont fait preuve Julia Glass. Par exemple, dans le «couple principal», les torts sont partagés, et jusqu'à la fin, le lecteur ne pourra apprécier l'un plus que l'autre. J'ai compati et été agacée par les deux. Je reste quand même sceptique quant à Greenie. On dirait qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut. Je ne sais pas trop en quoi son départ donnerait un nouveau souffle à son couple, puisqu'Alan n'a aucune envie de déménager. C'est elle qui a besoin d'air, et ne l'admet pas.
Attention: Si vous n'avez pas lu le roman, passez au paragraphe suivant.
Ensuite, je la trouve très légère. Je n'ai rien contre le fait qu'elle retombe amoureuse d'une ancienne flamme. Mais elle fait souffrir tout le monde, et il semble qu'elle n'en tienne pas compte. Au début, elle emmène George sans se demander ce qui serait mieux pour lui. Lorsqu'Alan veut le ramener à New York, et donne des arguments valables, elle semble ne penser qu'à elle. Puis elle fait le yoyo avec Alan, et finit par quitter Charlie en lui disant qu'elle l'aime. Elle n'est pas claire. On ne sait pas vraiment qui elle aime. Et si c'est Charlie, pourquoi ne pas rester avec lui? Parce que, malgré ce qu'elle dit, elle a peur qu'Alan obtienne la garde de George? Je suis convaincue que quand on aime vraiment quelqu'un qu'on aurait comme conjoint, on ne peut pas aimer deux personnes. D'après les dires imprécis de Greenie, elle aimerait Charlie et Alan. Je pense plutôt qu'elle a peur de ne plus voir George.

Alan ne vaut pas mieux, surtout au début. Ce qu'il fait avant que Greenie tombe enceinte montre déjà que le mariage n'est pas solide. Ils se disputent, alors, Alan profite des circonstances... On me dira qu'il ne fait que réaliser un vieux fantasme, qu'il faut voir le contexte... Je ne suis pas convaincue. Mais à l'inverse de Greenie, il acquiert quelque sagesse... À ce sujet, Greenie, elle, reste fermée lorsque Charlie tente de lui montrer ce qu'était sa mère. Cela peut se comprendre: en tant que fille aimante, elle ne pouvait pas voir la rouerie d'Olivia dont le souvenir était, par ailleurs, magnifié. À la fin, Greenie évolue quelque peu, car elle ose remettre en question l'un des jugements maternels.

Je trouve que les retours en arrière sont bien placés, car ils permettent au lecteur de compléter le puzzle juste quand il le faut. En outre, il est intéressant de lire des scènes où Alan et Greenie s'aiment, pour ensuite les voir se déchirer. Ils sont plus épais, et on les comprend davantage. Ces retours en arrière sont pertinents concernant tous les personnages. Outre le couple sus-cité, il est intéressant de voir l'enfance et l'adolescence de Walter, alors qu'on le connaît déjà en tant qu'adulte, et qu'on s'est déjà fait une petite idée de lui. Il est également plus facile de comprendre tout ce qui le sépare de son frère. Là encore, tout est une question de point de vue. Pour moi, les deux frères ont raison à propos de leur père et leur grand-mère. Werner aurait voulu que sa grand-mère se montrât plus souple, plus compréhensive, plus pédagogue, vis-à-vis d'un homme qui avait souffert. Quant à Walter, il comprenait très bien que sa grand-mère secoue un homme qui buvait, et n'assurait pas le soutien de sa famille. Je suis quand même plutôt d'accord avec Walter, d'abord parce que la grand-mère connaissait la valeur du travail et de l'argent. Ensuite, parce qu'elle-même avait sûrement souffert. Enfin, parce que s'apitoyer sur le sort d'Auguste n'aurait rien changé. Ce n'est pas ce qui aurait fait manger Walter et Werner. Cependant, il aurait peut-être fallu qu'elle mélangeât coups et douceurs...

Walter est un sympathique bout-en-train. Il m'a fait rire, aussi bien avec que de lui quand il s'est cru très tolérant envers Scott, et s'en est félicité. Il est vrai qu'il l'était, et savait dire stop quand il le fallait, mais son assurance m'a fait rire.
Et puis, on peut se demander si cette tolérance n'était pas quelque peu feinte, étant donné que le motif pour lequel il finit par vraiment s'énerver après Scott est bien plus futile qu'un appartement mis sens-dessus-dessous... Entre parenthèses, la scène où Walter se met en colère après Scott m'a beaucoup fait rire, parce que je l'imaginais plutôt gêné et choqué par frustration. Et la première réponse de Scott a accru mon hilarité.

J'ai eu du mal à apprécier Saga. Ensuite, j'ai trouvé très astucieux de la part de l'auteur de nous la présenter avant qu'on connaisse son histoire. Je n'ai pu m'empêcher de la trouver étrange, et même, d'être un peu agacée par elle. Après avoir lu ce qui lui était arrivé, je me suis trouvée un peu bête de l'avoir quelque peu jugée. Ce procédé est la meilleure façon d'indiquer au lecteur qu'il doit tenter d'avoir le moins de préjugés possible.

J'ai donc fini par apprécier Saga, d'autant qu'elle est entourée de personnes assez détestables. Son oncle semble sympathique, au départ, mais il se révèle peu intéressé par les désirs de Saga. Je n'ai pas pu trouver Michael sympathique. D'abord, malgré ce qu'il dit, il est très égoïste. Saga résume bien la situation, en pensée, lors du déjeuner où ils évoquent la maison.
Et puis, je suis extrêmement agacée quand je vois un couple être débordant d'allégresse (à en devenir idiots, comme Michael et Denise) à l'idée d'avoir enfanté. On dirait que tous leurs ennuis sont résolus parce que Denise est enceinte. On dirait que Michael voit enfin sa femme parce qu'elle va enfanter. Ils ne cessent d'avoir des gestes tendres et enamourés uniquement à partir du moment où Denise est enceinte. Je suis contente pour les couples qui veulent un enfant, et réalisent ce désir, mais là, la béatitude docte et suffisante qu'ils affichent m'a donné envie de les frapper. Je ne peux pas trop en dire plus, sous peine de trop en dévoiler, mais je n'ai pas réussi à plaindre Denise, par la suite, ce qui n'est pas très charitable de ma part...
Quant à Pansie, c'est une furie injuste et stupide. Il aurait peut-être fallu que l'auteur la creusât davantage pour que je puisse la trouver sympathique.

Je n'ai pas pu apprécier Stan. Ce n'est pas parce qu'on aime les animaux qu'il faut se montrer rude envers les autres humains, surtout ceux comme Saga. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi Stan et Sonia se montraient si condescendants et insultants envers Saga.

J'ai apprécié George, son innocence enfantine, son insouciance qui masque sa tristesse, sa façon de prendre la vie. L'enfant garde une part de mystère. C'est bien sûr lui qui pâtit des actes de ses parents, et il s'en sort plutôt bien. Je ne sais toujours pas avec lequel des deux il était plus épanoui. Sûrement avec Alan, puisqu'il était dans un environnement connu, comme l'a souligné ce dernier...

Il va de soi que Gordy ne m'a pas été sympathique. J'ai compris son désir de ne pas avoir d'enfants, mais ensuite, il ne sait que jeter les gens de la manière la plus égoïste qui soit.
À ce sujet, une chose m'a fait tiquer. À un moment, Steven croise Gordy avec un autre. Il est heureux, en quelque sorte, car il n'éprouve aucune tristesse. Il se sent désolé que Gordy papillonne ainsi, car, pense-t-il, c'est indigne de lui. J'ai trouvé ce jugement très bête. Si Gordy veut papillonner, c'est son problème, il doit faire ce qu'il a envie, et il n'y a pas à penser que c'est digne de lui ou non, tant que ça lui convient. En revanche, ce qui n'est pas tolérable, c'est la souffrance que Gordy occasionne.

Je n'ai pas pu apprécier Ray Macray. Je n'ai pas réussi à voir l'humain derrière l'homme politique. Pendant le roman, il s'est montré sympathique envers Greenie, mais tout ce qu'il faisait rappelait sans arrêt qu'il avait le pouvoir de le faire. Ce n'est pourtant pas un monstre... mais il est trop charmeur, trop empreint d'une fausse gaieté, trop sûr de son pouvoir... pour moi, il n'a pas vraiment de personnalité, car il se fond dans sa fonction d'homme politique, et on dirait qu'il ne fait pas un pas sans que cela soit calculé.

Éditeur français: éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ann Marie Lee pour les éditions Books on tape.
J'aimais déjà beaucoup la voix douce et le jeu d'Ann Marie Lee. Encore une fois, je n'ai pas été déçue. Ce livre lui a donné l'occasion de montrer davantage son talent. Par exemple, elle parvient à pleurer de manière réaliste et sans que cela soit grandiloquent. Comme d'habitude, elle ne fait pas d'horribles voix pour les hommes. En outre, elle est très naturelle lorsqu'il s'agit de faire une voix enfantine. Elle ne connaît pas la démesure. J'ai hâte de l'entendre à nouveau!

Acheter « Refaire le monde » sur Amazon

jeudi, 10 novembre 2011

Sur ma peau, de Gillian Flynn.

Sur ma peau

L'ouvrage:
Camille Preaker, trent-trois ans, est journaliste. Elle vit à Chicago. C'est alors que son patron décide de l'envoyer à Wind Gap, petit village du Misouri où deux fillettes ont été assassinées. Il pense qu'elle sera mieux à même de couvrir l'affaire que n'importe qui puisqu'elle en est originaire, et connaît ses habitants. Camille a quitté Wind Gap, justement à cause de sa mésentente avec sa mère, Adora.

Critique:
La principale qualité de ce livre est la finesse et le raffinement avec lesquels Gillian Flynn analyse et décrit la psychologie de personnages extrêmes et tourmentés. C'est eux que le lecteur suivra, c'est à leur rythme que son coeur battra.
C'est d'abord Camille, qui se voit obligée d'affronter son passé. Parfois, elle se mure dans une douleur muette. D'autre fois, elle se révolte, et explique sans détours pourquoi elle est ainsi. J'ai trouvé cela très courageux de sa part: elle dit ses quatre vérités à sa mère. Malgré l'ascendant qu'a celle-ci, la jeune femme lutte pied à pied, et ne s'en laisse pas conter. Malgré la mauvaise foi d'Adora, et la solitude dans laquelle elle est plongée, Camille parvient à ne pas s'enfermer dans un silence résigné. Peu à peu, elle démonte les mécanismes de la manipulation dont elle est victime, et fait face à la vérité. Vérité que le lecteur a devinée depuis longtemps. Cela ne m'a pas gênée, car c'est secondaire.
J'ai aimé que Camille s'interroge à la fin. Comment ne pas l'approuver? Comment ne pas admirer le courage dont elle fait preuve? Comment ne pas comprendre la peur qu'elle ressent?
J'ai beaucoup apprécié ce personnage bouleversant, attachant, si compréhensible...

Quant à Amma, elle effraiera et fascinera le lecteur. On ne pourra s'empêcher d'osciller entre pitié, terreur, dégoût. Amma et Camille se tirent toutes deux comme elles peuvent de la souffrance occasionnée par leur mère. Elles l'expriment différemment. Chacune sait (même inconsciemment) qu'Adora est néfaste, voire destructrice, (au final, il vaut mieux ne pas être aimé d'Adora, dont le prénom même est très ironique), et pourtant, elles ne peuvent s'en détacher. Ces relations compliquées sont très bien explorées et dépeintes par Gillian Flynn.
Amma est assez dérangeante, car lorsqu'elle fait quelque chose de répréhensible (aux autres ou à elle-même), on sait d'où vient son mal être, mais on ne peut s'empêcher de la blâmer, tout en se demandant (dans une certaine mesure) comment on réagirait à sa place.

Alan est pitoyable. Il ne sait être que le toutou d'Adora, et n'hésite pas à croire tout ce qu'elle dit, juste parce qu'elle l'a dit. Il est ridicule, voire méprisable. On dirait qu'il n'a pas vraiment de personnalité. C'est sûrement pour ça qu'Adora l'a choisi.

Quant à elle, on me dira que c'est un peu le même schéma qu'Amma... Peut-être... mais il me semble qu'Adora est plus lucide. Elle me paraît consciente de tous ses actes. Lorsqu'elle s'acharne sur Camille en lui expliquant que si elle ne l'aime pas, c'est de sa faute, ou en la forçant à montrer ses scarifications, elle sait parfaitement ce qu'elle fait. Elle sait qu'elle accentue la douleur et la détresse de sa fille, et elle le fait à dessein.
Quant au traumatisme qu'elle aurait subi, je pense qu'elle l'exagère. Elle joue les martyres pour se faire plaindre, et au fond, pour excuser sa conduite.

L'enquête peut paraître banale. À un moment, j'ai même soupiré d'exaspération parce que personne ne croyait James Capici, et on l'expliquait par des arguments fallacieux. Seulement, l'auteur sort une autre carte de sa manche, carte à laquelle je n'avais pas pensé.
Elle montre aussi à quel point certains peuvent être xénophobe: on accuse tout de suite l'étranger, ou du moins, la personne arrivée le plus récemment.
Une autre forme de rejet vient des femmes du village qui ont des enfants, et affirment que Camille ne peut pas comprendre la douleur des parents ayant perdu leurs enfants, puisqu'elle n'en a pas. Ces femmes ne se demandent pas pourquoi. Elles ne pensent pas une seconde qu'elles peuvent blesser Camille, que celle-ci voudrait peut-être des enfants, et que, de toute façon, le fait qu'elle n'en ait pas ne fait pas d'elle quelqu'un d'incapable de ressentir la douleur de personnes qui en ont perdu un.
En fait, beaucoup de villageois sont antipathiques. les personnes réellement sympathiques, et qui cherchent à comprendre, sont des étrangers: Camille (devenue autre, puisqu'elle a fui), Richard Willis (le détective envoyé à Wind Gap), John (arrivé à Wind Gap à l'adolescence)... J'y vois une forme de critique du repliement sur soi: les villageois ne s'ouvrent pas, et le font payer à tous. C'est d'ailleurs l'un des éléments qui fait que l'atmosphère de ce roman est tendue, voire oppressante.

Un roman fort, juste, écrit... au scalpel.

Remarque annexe:
À un moment, une femme pleure parce qu'elle veut d'autres enfants (elle en a trois), et que son mari ne veut pas, alors qu'elle en a toujours voulu beaucoup. Outre le fait que je trouve un peu restrictif de n'aspirer qu'à avoir une kyrielle d'enfants (je sais que cette remarque est subjective), j'avais envie de dire à cette pleureuse qu'elle n'avait qu'à en parler dès le départ avec son mari. C'est le genre de choses sur lequel il vaut mieux se mettre d'accord assez rapidement. Cette réflexion peut paraître froide, mais agir ainsi évite bien des déconvenues.

Éditeur français: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ann Marie Lee pour les éditions Random house audio.
Comme dans d'autres romans, j'ai apprécié la voix et le jeu d'Ann Marie Lee. Elle n'en fait jamais trop, jouant comme il faut pour rendre l'intensité et la pertinence du texte et des personnages. En outre, elle ne prend pas d'horribles voix pour les protagonistes masculins.

Acheter « Sur ma peau » sur Amazon

page 2 de 2 -