Lecteur : Leduc Carine

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jeudi, 25 juillet 2019

Un sac, de Solène Bakowski.

Un sac

L'ouvrage:
Anna-Marie Caravel a vingt-quatre ans. Elle est en face du Panthéon, et écrit son histoire dans un carnet. Près d'elle, un sac.

Critique:
Ce livre m'a plu. Avec le début imaginé par Solène Bakowski, le lecteur ne peut que se demander où elle va emmener son héroïne. Pour moi, c'est la première qualité du roman: on ne sait jamais ce qui va arriver, et on est suspendu à la plume de la narratrice. De plus, tout se tient. Une fois que j'ai su, j'ai pensé que j'aurais pu prévoir ceci ou cela. Certes, mais j'ai pensé cela après ma lecture, je n'ai rien prévu pendant, j'ai seulement pensé que les choses empireraient...

Anna-Marie est ambivalente, on se demande pourquoi elle est comme elle est. Des explications assez parlantes sont données. Après tout, une enfant fragile soumise au choc qu'elle a dû subir peut mal tourner. Certains penseront peut-être que notre héroïne était en sucre s'il lui a fallu uniquement cela pour basculer. Certes, mais elle a pu également se sentir trahie, car l'instigatrice du choc est celle qui l'avait élevée... De toute façon, qu'on comprenne ou non la psychologie de la narratrice, il est très intéressant de se plonger dans son récit. Je ne sais pas si j'éprouve de la compassion ou du dégoût pour Anna-Marie. Sûrement les deux. C'est justement ce qui est dérangeant, et c'est une autre qualité de ce roman. L'autrice crée un personnage détestable qu'on ne peut s'empêcher de plaindre. À part cela, aucun protagoniste n'a éveillé ma compassion. Peut-être Camille, au début. Pour moi, tous sont fourbes, calculateurs, manipulateurs. Anna-Marie a beau ne pas être appréciable, elle est davantage consistante.

Des éléments m'ont paru un peu gros, par exemple ce qui arrive pendant quatre ans avec Max, mais cela peut s'expliquer par le désoeuvrement de certains personnages, par le charisme de Max, etc. Quelque chose m'a plu dans ce passage: pendant ces quatre ans avec Max, j'ai eu l'impression d'être dans une ambiance à la «Thérèse Raquin», la narratrice et son ancienne flamme rivalisant de coups bas l'un envers l'autre, se dégradant moralement et physiquement, etc.

Je me suis demandé comment Anna-Marie pouvait rendre compte d'événements dont elle n'avait pas été témoin. Par exemple, la nuit de Camille au commissariat. Elle savait ce qu'il voulait y faire, donc elle pouvait supposer, mais elle ne pouvait pas savoir que cela s'était passé comme elle le décrit.

J'aurais aimé une fin donnant davantage de renseignements sur le devenir de la narratrice. On sait simplement qu'elle va aller où ses pas la porteront. Oui, mais ensuite? Elle ne va pas passer sa vie à déambuler par les rues. Il va bien falloir qu'elle mange... ou qu'elle décide autre chose, mais quoi? Quand? Comment? Sera-t-elle recherchée?

Éditeur: Milady.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Carine Leduc pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est le deuxième roman enregistré par Carine Leduc que je lis. Comme dans «Eleanor Oliphant va très bien», j'ai apprécié son jeu. Elle a trouvé le ton adéquat pour ce roman dont certains passages doivent être assez durs à lire à voix haute (je pense aux moments où les «fantômes» parlent à l'héroïne, et même à la description de sa déchéance pendant les quatre ans avec Max), parce qu'il faut jouer certaines émotions sans les surjouer. Carine Leduc s'en sort bien. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

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jeudi, 15 novembre 2018

Eleanor Oliphant va très bien, de Gail Honeyman.

Eleanor Oliphant va très bien

L'ouvrage:
2017. Eleanor Oliphant a trente ans. Elle est agent comptable dans une entreprise de design. Elle vit seule. Tous les mercredis soirs, elle a une conversation téléphonique avec sa mère. En peu de temps, son train-train quotidien va être bouleversé: elle et son collègue (Raymond) sauvent un homme, et elle rencontre... celui dont elle veut partager la vie.

Critique:
Après avoir entendu du bien de ce livre, j'ai voulu le tenter. Je suis contente de dire que je ne me retrouve pas (comme ça a été le cas) à aller dans le sens contraire de la plupart de ceux qui l'ont lu. Il m'a beaucoup plu. Pourtant, ça a mal commencé, parce qu'à la lecture du résumé, j'ai cru que c'était un livre amusant. Or, ce n'est pas du tout le cas. Certaines répliques ou situations prêtent parfois à rire, mais le cocasse n'est absolument pas le maître mot du roman. Donc, au début, j'ai un peu râlé, mais j'ai continué car je me suis rapidement attachée à Eleanor, et ai ressenti de la compassion pour elle. C'est un personnage peu commun, malgré la vie très routinière dans laquelle elle s'est installée. Elle a des idées très tranchées sur certaines choses, et semble savoir ce qu'elle veut dans la vie. J'ai été déçue de découvrir très vite que ses collègues se moquaient d'elle, et la considéraient comme une pauvre folle. Moi qui partage certaines de ses idées (sur les réceptions et les cadeaux de mariage, la cigarette, les repas de fêtes en entreprise, la ponctualité), je ne serais pas très étonnée que certains m'imaginent un peu comme ses collègues la voient. Elle est aussi très franche, et a parfois du mal à s'accommoder des codes sociaux.

Au début, son besoin de routine, son affection pour la vodka, et sa toquade pour le musicien peuvent faire penser qu'elle n'est pas très équilibrée. Pourtant, malgré quelques failles, elle est très lucide. L'analyse qu'elle fait d'elle-même et de son comportement au chapitre 26 en est une preuve. Elle sait parfaitement pourquoi elle est ainsi, pourquoi elle a agi de telle manière en telle circonstance. Elle se doute aussi qu'elle est au pied du mur, et va devoir creuser tout cela. C'est justement ce qu'elle s'efforce de ne pas faire depuis des années. Voilà pourquoi elle préfère une certaine voie, et en veut presque à Raymond qui la pousse dans l'autre sens.

Gail Honeyman a créé un personnage qui se croit faible, mais est très fort. Eleanor a eu la force de repousser ce avec quoi elle ne voulait pas vivre, puis celle de l'accepter alors que le repousser devenait impossible. Elle est attendrissante, attachante, touchante. Dès le départ, j'ai trouvé dommage que ses collègues la voient comme une idiote à cause de son apparence et de ses propos parfois étranges. Au long du roman, elle évolue, une personne tente de mieux la connaître et ne s'enfuit pas, et notre héroïne trouve le courage d'affronter ce qu'elle avait juré d'enfouir au fond d'elle-même.

Eleanor joue à une sorte de jeu dans le bus: elle prend dix secondes pour examiner les gens, et va s'asseoir à côté de la personne qu'elle juge la plus saine. Moi, si je faisais cela, je choisirais la personne qui ne s'est pas renversé le flacon de parfum sur la tête. Hahaha, La Livrophile profite d'une chronique pour râler après les gens parfumés.

L'héroïne explique qu'elle aime beaucoup «Jane Eyre» et «Raison et sentiments». Dans sa vie (si j'ose dire) il y a une allusion au roman de Jane Austen. Il y a aussi quelque chose qui relie «Jane Eyre» à sa vie, mais j'avoue ne pas avoir compris pourquoi Gail Honeyman a souhaité faire ainsi. (Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi je parle, on découvre cela lorsqu'Eleanor lit la feuille qui s'est échappée de son dossier alors que ledit dossier se trouvait chez elle.)

Il y a deux petites choses que je n'ai pas comprises...

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La mère d'Eleanor lui fait comprendre qu'elle est le fruit d'un viol. Dans ce cas, comment Marianne est-elle née? La mère d'Eleanor a-t-elle à nouveau été violée, et ce viol a-t-il à nouveau engendré un enfant? C'est un peu étrange...
D'autre part, si Eleanor était attachée quand sa mère a déclenché l'incendie, qu'elle a réussi à se détacher, à sortir de la maison, puis à y retourner pour tenter de sauver Marianne, et qu'elle s'en est tirée, comment se fait-il que sa mère (qui n'avait qu'elle-même à sauver) soit morte? Elle est restée moins longtemps qu'Eleanor exposée aux flammes, puisqu'elle s'est enfuie sitôt l'incendie déclenché...

Un roman très sympathique, qui montre que quand on veut bien s'écouter et se faire aider, et que quand on tend la main au lieu d'imaginer que la personne en face est folle, les choses passent tout de suite mieux.

Éditeur: Fleuve.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Carine Leduc pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est le premier livre enregistré par cette lectrice bénévole que j'écoute. J'ai plusieurs fois repoussé cette lecture, parce que comme je pensais que le livre était drôle, je ne comprenais pas pourquoi la lectrice n'y mettait pas davantage de dynamisme. Après lui avoir enfin donné sa chance, je peux dire que j'ai beaucoup apprécié l'interprétation de Carine Leduc. Elle n'en fait pas trop, n'est pas trop sobre, ne force pas le trait pour donner des voix aux différents personnages... Je l'entendrai à nouveau avec plaisir. Ce qui m'a un peu moins plu, c'est qu'elle n'ait pas prononcé Oliphant totalement à la française.

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