Lecteur : Ledent Lysiane

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jeudi, 30 juin 2016

La dame de Saïgon, de Karine Lebert.

La dame de Saïgon

L'ouvrage:1906. La famille Frémont a tout perdu en Normandie. Le fils aîné (Étienne) souhaitant être prêtre et missionnaire aux colonies, le père (Denis) décide que tout le monde ira en Cochinchine. Les membres de la famille ont différentes réactions. Blandine (la mère) est dévastée à l'idée de quitter son pays. Quant aux enfants (outre Étienne, il y a Adèle, Marianne, Sylvain, et Jérôme), chacun en prend son parti comme il le peut.

Critique:
À travers faits et personnages, Karine Lebert retrace l'histoire du Vietnam à partir de 1906. Ce roman m'a plu pour plusieurs raisons. D'abord, je connais mal l'histoire de ce pays avant la guerre qui l'opposa aux États-Unis. J'en connaissais les très grandes lignes. En outre, le comportement des personnages créés par Karine Lebert représente assez bien (j'imagine) les courants qu'il devait y avoir. Par exemple, Adèle se jette à corps perdu dans les mondanités, et se rend vite compte que si elle était restée en Normandie, elle n'aurait eu aucune chance d'être admise dans cette société. Sylvain travaille beaucoup. Blandine passe par différentes phases, et ne s'acclimate qu'au moment où elle s'y attend le moins... Presque tous les Frémont trouve la colonisation normale et ne voient pas quel mal il y a à maltraiter les peuples assujettis. On comprend vite que cette attitude était monnaie courante. On se dédouane parce que tout le monde fait comme ça, parce que les «colonisés» ne méritent pas qu'on les traite autrement, parce qu'on est tout content d'avoir du pouvoir sur quelqu'un... bref, pour tout un tas de mauvaises raisons qui deviennent de parfaites justifications (certains y croient réellement) aux yeux de ceux qui les brandissent.

Marianne, quant à elle, est tout de suite plus nuancée quant au pays et à la colonisation. Peut-être est-ce parce qu'elle est plus jeune, et qu'elle sait observer ses semblables. C'est un personnage intéressant, car elle est déchirée de diverses façons. Elle comprend l'iniquité et la cruauté de la colonisation, elle souhaite même la combattre, mais certains paramètres lui rendent les choses difficiles.

Étienne est également nuancé. Il ne souhaite pas brimer les annamites, mais il veut les convertir. Il fait très souvent preuve de mansuétude et de générosité, mais j'ai toujours été dérangée car je me demandais s'il agissait par devoir. Je l'ai apprécié, mais j'ai toujours eu une petite réserve.

Je n'évoque pas tous les personnages afin de ne pas trop en dire. On apprend vite à les connaître, et à mesure qu'on avance dans le roman, leurs réactions ne surprennent pas. On s'attache à eux (à certains plus qu'à d'autres). Il est surtout intéressant de les voir se débattre dans l'Histoire, et dépendre entièrement d'elle. J'ai aimé que l'auteur créent des caractères et des vécus différents, et qu'elle les fasse réagir selon l'histoire du pays. De ce fait, on pourra peut-être reprocher certaines petites facilités. Par exemple, on sait très vite de qui Marianne sera amoureuse. Pour moi, cela n'a pas été très grave, car cela devient évident bien avant la fin du roman.

Je n'ai qu'un petit reproche à faire: j'ai trouvé la fin un peu bâclée. Il me semble qu'avant de prendre une décision si radicale, l'héroïne aurait dû en discuter avec l'intéressé. Il reste la possibilité qu'il la rejoigne, mais Karine Lebert ne l'évoque pas. J'aurais aimé une fin moins incertaine.

Éditeur: de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lysiane Ledent pour la Ligue Braille.

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mercredi, 27 août 2014

Tu ne te souviendras pas, de Sebastian Fitzek.

 Tu ne te souviendras pas

L'ouvrage:
Robert Stern est avocat. Ce jour-là, une ancienne petite amie, Karina, lui a arrangé un rendez-vous avec Simon, dix ans. Le garçonnet dit avoir tué un homme, il y a quinze ans. Il a d'autres crimes à avouer, et il ne veut le faire qu'en présence de son avocat.

Critique:
Comme dans «Thérapie», l'auteur prenait un pari risqué. Il va assez loin dans certaines théories, et on se dit qu'il va fatalement se couper. Mais non. Le mystère qu'il fait planer dès le départ suit son chemin, et au final, tout est cohérent. Certains douteront de la solution de l'énigme. Je ne sais pas si l'auteur s'est documenté ou a tout inventé, mais je serais encline à penser que c'est possible, même si cela ne l'est pas de manière aussi poussée que dans le roman.
Je ne sais pas non plus si le détecteur de mensonges perfectionné introduit dans le roman existe vraiment, mais cela semble réaliste.

Afin de faire durer le roman sans que le lecteur s'ennuie, l'auteur introduit une intrigue secondaire qui a deux avantages. D'abord, on en apprend sur l'avocat, son passé, sa psychologie, celle de son ex-femme. Ensuite, l'auteur s'arrange pour présenter les choses en provoquant un autre mystère qui semblera (tout au moins au début) inextricable au lecteur. La encore, la résolution de l'énigme paraîtra grosse à certains... J'ai trouvé que le tout se tenait.

En outre, Sebastian Fitzek s'y prend très bien pour faire monter la tension, faire durer le suspense. Bien sûr, il utilise certaines ficelles connues, mais je les lui pardonne, car son roman est palpitant. Par exemple, il laisse des personnages en mauvaise posture pour nous en montrer d'autre tout aussi mal en point. Il utilise d'autres ficelles de ce type.
Quant au «vrai méchant» de l'histoire, je n'avais pas découvert son identité.

Les personnages principaux (Robert et Karina) sont attachants, même s'ils m'ont souvent agacée. Je pense qu'on n'a pas vraiment le temps de les connaître. Robert est creusé, donc on s'attache à lui au fil du roman, mais Karina m'a semblé un peu plate.

Dans l'ensemble, le roman est réussi, l'auteur crée des problèmes qu'il résout bien... et l'épilogue arrive. J'ai compris ce que l'auteur avait souhaité faire, mais je n'y ai pas adhéré, principalement parce qu'on n'a pas d'explications. Bien sûr, c'est le but: l'auteur souhaite que le lecteur en trouve une seul. Celle que j'ai trouvée implique des choses qui, à mon avis, sont trop grosses. D'autre part, la fin est trop brutale. Elle donne envie de connaître la suite. Pour moi, cette fin gâche quelque peu l'ensemble.

Éditeur: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lysiane Ledent pour la Ligue Braille.
Comme d'habitude, j'ai été ravie de retrouver cette lectrice dont j'apprécie toujours le dynamisme et le jeu qui n'est jamais monotone ou exagéré.

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mercredi, 29 janvier 2014

Demain est une autre vie, de Thierry Serfaty.

Demain est une autre vie

L'ouvrage:
Ce soir-là, James Byrne (dit Jamie), est en voiture. Sa femme, Inès (avec qui les relations se dégradent de jour en jour), lui téléphone pour lui dire de se dépêcher. C'est alors qu'il a un accident. Il s'éveille le lendemain, chez lui. C'est là qu'il rencontre sa femme (qui n'est pas Inès) et ses deux enfants. Il n'a aucun souvenir d'eux.

Critique:
L'idée de départ est une bonne accroche. Elle a déjà été employée, mais elle fascinera toujours le lecteur. En effet, la mémoire, le fait de changer de vie comme par magie, tout cela est captivant, car on sait que cela ne nous arrivera jamais, et ça nous permet de rêver un peu. En outre, c'est raconté de telle manière qu'on est aussi dérouté que le personnage.
Une fois la surprise passée, j'attendais Thierry Serfaty au tournant. Comment allait-il faire pour que son idée de départ se transforme en un roman abouti? Pour moi, il a réussi son pari. Le lecteur saura peut-être à quoi s'en tenir (cela a été mon cas) quant à la solution de l'énigme, mais ce n'est absolument pas dérangeant. D'abord parce que tout au long du roman, je me suis quand même demandé si j'avais bien deviné. Je pense que ce flou, ce questionnement, sont voulus par l'auteur.

Ensuite, Thierry Serfaty part d'un fait qui a été maintes fois utilisé (le faux coupable), et transforme cela en quelque chose de passionnant: une enquête vertigineuse, au cours de laquelle certaines péripéties n'ont pas manqué de me faire sourire, malgré la tension qui s'en dégageaient. Je pense surtout à la scène ou la femme policier tente de rattraper Jamie qui monte dans un train... D'ailleurs, l'humour de l'auteur (que j'avais apprécié dans les deux tomes de «Peur») est omniprésent. Au moment où on ne l'attend pas, il en vaporise une petite pincée.

Bien sûr, on pourrait penser, en creusant un peu, que beaucoup de choses sont cousues de fil blanc dans cette espèce de thriller aux rebondissements un peu gros. Cependant, Thierry Serfaty emporte son lecteur dans cette histoire. De plus, il explique tout, ne laisse rien au hasard, et au final, tout se tient. Pourtant, il aurait été facile que le tout se transformât en une vaste plaisanterie pleine d'incohérences et d'eau de rose.

La solution de l'énigme aurait pu tout faire retomber. Le personnage principal découvre ce qu'il en est... bon, et après? Là encore, le romancier a su tirer parti de cela. Je lui suis reconnaissante de n'avoir pas bâclé la fin. S'il avait achevé le livre par la découverte de Jamie, cela aurait été complètement raté, dénué d'originalité. J'aurais même pensé que l'auteur se moquait du lecteur. Heureusement, il a pris le temps d'ajouter quelque chose, et cela fait toute la différence. L'histoire prend un joli tournant, et le personnage se remet en question, se secoue, cesse de se lamenter.

Il y a un personnage qui m'a été antipathique dès le début. Je pense que l'auteur a subtilement introduit de minuscules ambiguïtés quant à ce personnage pour que le lecteur ait un doute. Je pense que c'est bien amené, car cela rend le tout crédible.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisiane Ledent pour la Ligue Braille.
J'ai été ravie de retrouver cette lectrice à la voix très agréable et à la lecture à la fois dynamique et exempte de surjeu.


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mardi, 5 mars 2013

Agônia, de Thierry Serfaty.

Agônia

Si vous n'avez pas lu «Peur», ne lisez ni «Agônia» («Peur» y est résumé, et ce roman en est la suite), ni mon résumé.

L'ouvrage:
Le maître est mort. Cependant, un autre acte étrange survient. Laura ne peut s'empêcher de penser que cette terrible aventure n'est pas terminée.

D'autre part, la jeune femme se pose des questions quant à son couple. Pour la première fois, elle a fui au lieu de communiquer avec son mari. Comment sortir de cette impasse?

Critique:
Pour moi, le point le plus fort de ce roman est que l'auteur s'attarde intelligemment sur la vie et la psychologie des personnages principaux. Dans «Peur», je me suis beaucoup attachée à Éric, Laura, leurs amis. De ce fait, j'ai beaucoup apprécié que leur vie prenne tant de place.
D'autre part, comme dans «Peur», tout ceci (même et surtout les passages graves) est narré avec bonne humeur. Les personnages décochent des répliques bien senties tout en s'analysant parfaitement. Ils ne recouvrent pas tout d'un rire faussement joyeux, non: ils tentent de tirer le meilleur parti de situations parfois terribles. Leur rire ne les voile pas: il fait qu'ils parviennent mieux à les affronter.
Outre ces protagonistes, nous côtoyons à nouveau, et plus longuement, le docteur Pilon. Celui-ci se révèle être un sacré numéro!
Il est également intéressant de rencontrer la famille de Laura pour plusieurs raisons.

Quant à l'enquête, j'attendais Thierry Serfaty au tournant. Ce livre narrant les conséquences des événements de «Peur», j'étais persuadée que l'enquête traînerait, le lecteur sachant déjà beaucoup de choses. L'auteur s'en est d'abord tiré en racontant le tout de manière passionnante. En outre, il met en pratique les souhaits de celui qui se prend pour le nouveau maître de manière particulièrement réaliste. Ces événements attendus deviennent donc captivants. Bien sûr, cela l'oblige à utiliser la célèbre ficelle du retardement de révélations. Malheureusement, il le fait de manière assez grossière, par exemple, après la «fugue» d'Anna. Il y a aussi toutes les suppositions faites par la police après la mort d'un personnage. Le fait qu'Éric et Laura n'envisagent pas tout de suite ce que j'ai deviné est très peu crédible.
Ensuite, un nouvel élément est introduit. Ce n'est pas forcément une bonne chose, car cela menace de rendre le tout peu crédible, cette découverte semblant avoir été ajoutée pour créer un spectaculaire rebondissement. Elle me paraît plutôt fade. Par ailleurs, à la fin, elle est la cause de mon impression de bâclé. En effet, tout est bien expliqué, mais une chose découlant de cette découverte m'a paru un peu hasardeuse.

Certains personnages deviennent fous, laissant aller trop loin une envie qui, au départ, est légitime. En effet, il est bon de tenter d'affronter ses peurs. Cependant, chacun doit le faire à son rythme, et surtout, les malades assoiffés de pouvoir que finissent par devenir certains protagonistes n'ont pas lieu d'être. J'ai su gré à l'auteur de partir de quelque chose de légitime et valable.

Si Gaël est très bien analysé, j'aurais aimé en savoir davantage sur ses sentiments après son affrontement avec Éric. C'est encore une petite faiblesse du roman: que va devenir Gaël? Comment vivra-t-il? Que voudra-t-il? Je ne pense pas que ses idées sectaires seront balayées juste à cause de la façon dont ont tourné les choses.
J'ai apprécié Marlène qui semble ne pas vouloir trop s'endurcir.

J'ai apprécié que chaque début de chapitre signale où se passe l'action. L'indication n'est pas forcément utile, car en lisant, on peut savoir où on est. Cependant, grâce à ces précisions, on le sait tout de suite: pas besoin de parcourir quelques lignes de texte.

Remarques annexes:
En général, ce sont les femmes qui veulent des enfants et les hommes qui sont réticents. J'ai aimé que les choses diffèrent ici.
Thierry Serfaty fait partie des rares personnes qui emploient le mot «alternative» à bon escient.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisiane Ledent pour la Ligue Braille.

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lundi, 8 octobre 2012

Peur, de Thierry Serfaty.

Peur

Note: Si j'ai bien compris, «La nuit interdite» se passe avant «Peur», et on y croise Eric et Laura. En outre, Eric évoque cette enquête dans «Peur», et je crois qu'il donne certaines clés de l'énigme. Je pense donc qu'il vaut mieux le lire avant.

L'ouvrage:
Yohan Jamin a peur des félins. Il travaille dans un zoo. Ce soir, il va affronter sa peur en entrant dans la cage des fauves dont il s'occupe. Plus tard, on retrouve des photos de sa mise à mort sur internet. Thérèse, sa femme, supplie la police d'enquêter: elle est sûre que ce n'est pas un suicide.

Critique:
N'ayant pas aimé «Le sang des sirènes», ayant trouvé une incohérence dans «Le cinquième patient», et n'ayant pas pu venir à bout du tome 1 d'«Oscar Pill», je n'étais pas disposée à apprécier «Peur». Pourtant, le résumé m'a plu, j'ai donc voulu donner une autre chance à Thierry Serfaty. Je ne le regrette pas.

Il est surprenant qu'un roman aussi épais ne contienne pas de lenteurs. C'est pourtant le cas. Il y a bien cette ficelle éculée qui consiste à ne pas dévoiler le nom du coupable au lecteur, alors que les personnages le connaissent. Cependant, c'est un défaut mineur. En effet, le nom du coupable était secondaire, car ce qui comptait, c'était sa psychologie.
D'autre part, j'avais deviné certaines choses avant que l'auteur ne les dévoile, mais cela n'a en rien gâché ma lecture, car c'est de moindre importance en regard de l'habile mélange de psychologie et de suspense créé.

Thierry Serfaty immerge son lecteur dans un réseau de personnages et d'intrigues dont le lecteur ne ressortira pas facilement. Ses personnages parviennent à faire de l'humour malgré, ou peut-être à cause de tout ce qu'ils vivent. Le danger et le quotidien, l'humour et la peur, tels sont les ingrédients qui font que ce livre est réussi.
Je me suis particulièrement attachée à Eric et Laura. Couple explosif, respectueux de l'autre, chacun possède ses failles, ses zones d'ombre. Ce sont des personnages qui méritent un approfondissement, et je suppose que les auteurs les creuse davantage dans «Agônia».

Je n'ai pas réussi à apprécier Laurent. Je lui préfère sa fille dont le caractère paraît semblable au sien, et qui, pourtant, est plus ouverte.

Souvent, je me demande comment ceux qui se laissent endoctriner font pour être aussi crédules. Ici, j'ai très bien compris comment ces gens ont pu basculer au point d'en perdre la raison. L'auteur n'a pas besoin d'en ajouter des tonnes pour faire accepter cela: le lecteur se mettra très facilement à la place de ces personnes.

Au départ, la fin ne me convenait pas parce qu'elle me rappelait de mauvais livres d'épouvante. Cependant, je pense que l'auteur saura exploiter ce dénouement. Je suis d'ailleurs curieuse de voir comment il le fera sans que cela lasse le lecteur. Le pari est risqué.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisiane Ledent pour la Ligue Braille.
J'aime beaucoup cette lectrice à la voix énergique, plaisante, et agréable. Sa lecture est fluide, son intonation est naturelle. Je l'écoute toujours avec plaisir. Le seul regret que j'ai eu à ne pas pouvoir finir le tome 1 de «Journal d'un vampire» était de ne plus l'entendre. ;-)

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