Lecteur : Lebert Jean-Christophe

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lundi, 24 septembre 2018

Les derniers hommes, de Pierre Bordage.

Les derniers hommes

L'ouvrage:
Voilà plus d'un siècle que la Troisième Guerre mondiale a eu lieu. Elle a laissé la terre exsangue. Les survivants sont regroupés en plusieurs «peuples». Chacun contrôle une ressource spécifique. Solman, dix-sept ans, fait partie du peuple des aquariotes, ceux qui trouvent les rares points d'eau non pollués par un poison foudroyant. L'adolescent n'est pas parfaitement intégré, car il a le don de clairvoyance, il peut lire dans les âmes, et savoir qui ment, qui est fourbe, etc. Voilà pourquoi beaucoup se méfient de lui. Sa seule véritable amie est Raïma, la guérisseuse.
C'est dans ce climat qu'une étrange prophétie commence à se propager. On parle d'apocalypse. Certains refusent d'y croire. Solman sera précipité dans un tourbillon d'événements, et devra faire des choix.

Critique:
J'attendais peut-être trop de ce roman que je veux lire depuis plusieurs années. Il est de Pierre Bordage, dont j'ai adoré plusieurs livres, et le résumé m'attirait beaucoup. Après ma lecture, mon sentiment est mitigé.

J'ai apprécié la description des différents peuples devant faire face à la pénurie de ressources naturelles. L'intrigue se déroule au moins un siècle après la période dans laquelle nous sommes actuellement, et les hommes sont contraints à mener une existence s'apparentant plutôt à des temps bien plus reculés.

Ensuite, j'ai découvert le fonctionnement des peuples, et à travers les aquariotes, la soif de pouvoir des chefs. On retrouve un fonctionnement que, malheureusement, on ne connaît que trop. Il m'a semblé que l'auteur a voulu montrer que quelle que soit la situation, il y aurait toujours des hommes pour mal agir, et d'autres pour tenter de redresser les choses.

Solman est un personnage sympathique. J'ai parfois été déçue de ses choix et de ses actes, mais ceux-ci montrent simplement qu'il n'est ni parfait ni assoiffé de pouvoir. Je ne sais pas si, à sa place, j'aurais eu le courage de prendre certaines décisions. Je n'ai pas toujours apprécié son attitude envers Raïma, mais qu'aurais-je fait dans sa situation? Lorsqu'on l'oblige à prononcer un jugement, j'aurais souhaité qu'il dise autre chose que ce qu'il se résout à affirmer, mais il pensait au bien commun. Malgré certains défauts, on ne peut nier que Solman pense toujours à l'intérêt de ses semblables. Son comportement et les éléments auxquels il est confronté soulèvent des questions très intéressantes.

Je n'ai pas réussi à apprécier Kadija. Pourtant, elle finit par se laisser tenter par les plaisirs terrestres, comme manger, par exemple. Elle aussi démontre que les humains (même peut-être les haut placés) ne sont pas uniquement des monstres d'égoïsme envers leurs semblables et leur planète. La Terre et certains de ses habitants ont encore de bonnes choses à offrir à qui veut bien les prendre.
J'imagine que mon agacement pour Kadija vient de ce que presque dès son apparition, on a l'impression qu'elle est parfaite, qu'elle va mener le monde hors du marasme, qu'il faut vénérer le sol sur lequel elle daigne poser ses pieds... C'est l'attitude de Solman qui suggère cela, et c'est ce qui m'a le plus exaspérée chez lui.

Ma déception a grandi à mesure que l'intrigue avançait. La direction que prenait les choses m'a déplu. Ce n'est ni bâclé, ni incohérent, mais c'est seulement que la tournure des événements n'a pas été à mon goût.

Le roman est assez long, mais rien ne traîne. Même lorsque l'intrigue me déplaisait, je ne m'ennuyais pas, car l'auteur ne fait pas de remplissage.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Christophe Lebert.

Jean-Christophe Lebert fait partie des comédiens dont le jeu me plaît beaucoup. Ici, il n'a pas démérité. Son interprétation subtile et dynamique est à l'image de celle des autres ouvrages que j'ai entendus enregistrés par lui. Il est parvenu à modifier sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. Je pense surtout à Glenn (qui est un enfant) et à Wolf, mais il y en a d'autres.

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mercredi, 11 septembre 2013

Le gardien de phare, de Camilla Läckberg.

Le gardien de phare

Note: Ce livre fait partie d'une série. Voici l'ordre dans lequel il faut lire les tomes:
La princesse des glaces
Le prédicateur
Le tailleur de pierre
L'oiseau de mauvais augure
L'enfant allemand
La sirène
Le gardien de phare

Si vous n'avez pas lu «La sirène», ne lisez pas mon résumé.

L'ouvrage:
Erica et Patrik ont maintenant des jumeaux. Après trois mois d'arrêt maladie, Patrik va reprendre le travail. Il sait qu'il doit se ménager.
Un centre de thalassothérapie va ouvrir à Fjàllbacka. Viviane et son frère en font activement partie.
Annie arrive en catastrophe sur l'île de Grascar (non loin de Fjàllbacka) qui lui appartient. Elle y cherche la paix pour elle et Sam, son fils.

Critique:
J'ai été déçue par «La sirène», mais je voulais lire le tome 7 d'abord parce que le 6 laisse le lecteur sur sa faim, mais aussi parce que les personnages récurrents des romans de Camilla Läckberg sont très attachants. J'ai été ravie de les retrouver, de les voir vivre. À travers eux, la romancière exprime beaucoup de sentiments. Dans ce tome, il est particulièrement question (s'agissant de leur histoire personnelle), de leur manière de gérer une très grande douleur, douleur qui engendre des situations délicates.

Depuis deux tomes, je me plains que Camilla Läckberg s'essouffle. Ici, je pense qu'elle s'est renouvelée tout en gardant ce qui a fait son succès. Par exemple, elle fait s'entremêler personnages et intrigues. Elle fait également revenir un thème et l'exploite selon trois angles différents. Une partie du roman conte des événements passés. À ce sujet, la date étant lointaine (les événements du passé commencent en 1870), je me demandais comment raccrocher cela aux événements du présent. D'habitude, je trouve facilement, mais ici, non.
Nous retrouvons aussi le thème de l'enfance maltraitée exploitée, là aussi, sous différents angles.

Je n'ai pas non plus vraiment su comment rapprocher certaines intrigues ou bien trouver leur issue. Cela m'a fait plaisir, car j'ai souvent deviné les solutions chez Camilla Läckberg, d'autant que je repère sa façon de disperser des indices sans avoir l'air d'y toucher. Bien sûr, on devine certaines choses, mais pas tout. Du coup, même si elle utilise certaines grosses ficelles (notamment celle de faire mariner le lecteur), je lui en ai moins voulu que pour les deux précédents tomes. Il est quand même vrai que tout ce qu'on finit par découvrir a déjà été utilisé maintes fois et est donc facile à trouver.

J'ai été un peu agacée par l'espèce de mystère qui plane au-dessus de Johanna. Là, je trouve que l'auteur en a trop fait. Ce que Johanna ressent est tout à fait normal, mais n'aurait-il pas été plus simple d'en parler tout de suite? Ici, la romancière fait traîner les choses, et promène son lecteur pour rien.

D'autre part, il me semble qu'il y a davantage de personnages. De ce fait, on met un peu plus longtemps à avoir assez de pièces pour deviner certaines choses. C'est peut-être un peu déroutant, au début, mais c'est appréciable.

La plupart des personnages restent très bien analysés, très crédibles. En outre, il y a bien des «très méchants», mais il y a aussi certains personnages qu'on plaint et pour lesquels on éprouvera de la compassion.

Annie m'a beaucoup agacée. D'abord parce que je savais une partie de ce qu'il y avait à savoir la concernant, mais aussi parce que je trouvais qu'elle se lamentait beaucoup, et se cherchait beaucoup d'excuses pour avoir laissé les choses aller trop loin. Certains lui accorderont peut-être les circonstances atténuantes... pas moi.
À un moment, un personnage de Refuge explique que l'association est là pour aider, mais que parfois, eux-mêmes ne comprennent pas pourquoi une femme battue reste avec son mari. J'avoue ne pas vraiment comprendre non plus. La romancière illustre cela de plusieurs exemples, et il en est un que je comprends à peu près, mais je me dis que c'est dès le départ qu'il faut partir. Bien sûr, n'étant pas dans cette situation,il m'est facile de dire cela...

J'ai apprécié que l'auteur tente de donner davantage d'épaisseur à Melberg. Je ne sais pas trop quoi penser de lui. Le lecteur ne pourra s'empêcher de rire de lui, d'être exaspéré de sa fainéantise et de son assurance, mais aussi d'être attendri par l'amour inconditionnel qu'il voue à Léo et par la remise en question qu'il est bien obligé d'opérer à un moment...

J'ai aimé l'ambiance qui plane sur l'île de Grascar: les croyances attachée à l'endroit à cause de son histoire.

Remarques annexes:
Les personnages n'arrêtent pas de manger! Dans les autres tomes aussi, je pense, mais je l'ai vraiment remarqué dans celui-ci.
Camilla Läckberg aime bien les personnages loufoques qu'on voit peu. Ici, c'est l'homme aux chats qui a ce rôle. Il m'a bien fait rire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Christophe Lebert. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio aujourd'hui, le 11 septembre.
Comme d'habitude, le comédien joue sans en faire trop. Il modifie parfois sa voix pour certains personnages. D'habitude, je n'aime pas ça, mais il le fait à bon escient. Il caractérise Melberg par une voix forte, assurée, fanfaronne, comme il l'a fait dans le tome 6. Je trouve qu'il a raison, car cela a renforcé l'impression que j'avais du personnage. J'ai également aimé la voix qu'il a choisi de donner à Conrad, voix qui, là encore, fait ressortir ce qui caractérise le personnage.

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jeudi, 6 juin 2013

Le livre des âmes, de Glenn Cooper.

Le livre des âmes

Ce livre est la suite directe de «Le livre des morts». Il est obligatoire de les lire dans l'ordre.

L'ouvrage:
Suite à l'affaire Apocalypse, Will Piper a eu droit à une retraite anticipée. Il est marié à Nancy qui fut son équipière dans cette dernière affaire. Ils ont un fils, Philip.
Will s'ennuie quelque peu. C'est alors que Henry Spence le contacte et lui replonge dans l'affaire Apocalypse qui est loin d'être finie.

Critique:
J'ai été déçue par ce roman. Ce qu'il s'y passe aurait pu tenir dans le tome 1. Il suffisait de rallonger quelque peu «Le livre des morts». Il était déjà très bien, le fait de changer la fin, et de la remplacer par une partie de «Le livre des âmes» l'aurait rendu meilleur. Pour ce tome 2, j'ai eu l'impression que Glenn Cooper a surfé sur la vague, et a bricolé une suite avec trois fois rien, en tentant de prolonger le mystère. En effet, on ne découvre pas grand-chose... Le début ressemble à une rediffusion des moments importants du tome 1. De longs passages du tome 1 sont d'ailleurs racontés à nouveau (même si certains sont résumés) ici. C'est sûrement pour ceux qui ne liraient pas le tome 1 ou l'auraient lu longtemps avant de lire le 2, mais pour moi, cela a contribué à allonger inutilement le roman.

L'auteur a, là encore, louvoyé entre deux époques. Ce qui était une bonne idée dans le tome 1 s'est révélé être trop long ici. En effet, dans le tome 1, le mystère s'épaississait lorsque l'époque changeait. Le lecteur mettait un bon moment à comprendre où l'auteur voulait en venir. Ici, on sait plus ou moins ce qui s'est passé. Les indices traqués par Will, et dont nous découvrons l'origine en 1334 puis en 1527, etc, ne font pas vraiment avancer les choses. D'ailleurs, j'ai trouvé tout le jeu de pistes très long. Il y a même eu des moments invraisemblables: en effet, il est assez étrange qu'au moins l'un des indices (le poème) n'ait jamais été trouvé par Isabelle, puisqu'elle compulsait souvent le livre.

J'ai également été agacée par de petites choses... Par exemple, j'ai trouvé très cliché que Will craque, et piétine toutes ses bonnes résolutions. C'était à prévoir, car on ne change pas ainsi en un claquement de doigts, mais j'aurais trouvé moins cliché, et plus digne du personnage, qu'il ne craque qu'en partie. Moi qui trouvais que «Le livre des morts» évitait clichés et longueurs, voilà que «Le livre des âmes» tombe en plein dedans!
En outre, j'aurais préféré que Will enquêtât avec Nancy.

Le livre s'arrange à partir du moment où Will en est au même point que le lecteur: lorsqu'il sait ce que signifie la date du 9 février 2027. À ce moment, on suit Will dans sa course effrénée, les événements s'enchaînent rapidement, on n'a plus le temps de s'ennuyer.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller, Jean-Christophe Lebert, et Hervé Lavigne pour les éditions VDB.
Si le livre m'a beaucoup moins plu que le tome 1, j'ai été ravie de retrouver les trois comédiens dont le talent n'est plus à prouver.
Jean-Christophe Lebert a eu à interpréter (entre autres), le rôle difficile d'Henry Spence qui fait de l'emphysème. Le comédien est parvenu à rendre la parole hachée d'Henry sans trop en faire.
Quant à Isabelle Miller, elle devait (entre autres) interpréter Sue Sanchez que l'on voit à nouveau dans ce tome. Elle a réussi à rendre l'accent hispanique de Sue sans qu'il soit caricatural ou exagéré. Je pense que cela n'a pas dû être facile à faire: il est beaucoup plus aisé de surjouer en faisant des accents extrêmement prononcés. Ici, la comédienne a trouvé exactement ce qu'il fallait faire.

vendredi, 17 mai 2013

Fleur de tonnerre, de Jean Teulé.

Fleur de tonnerre

L'ouvrage:
Dans ce roman, Jean Teulé retrace le parcours d'Hélène Jégado, née en Bretagne en 1803, et morte en 1851. Elle fut l'une des plus grandes tueuses en série. Elle empoisonnait ses victimes en mettant de l'arsenic dans les plats qu'elle préparait' Elle avait une prédilection pour la soupe aux herbes, et un gâteau dont elle avait inventé la recette. La frayeur qu'elle peut inspirer vient du nombre de ses victimes, mais aussi du fait qu'elle n'avait aucun critère particulier. Elle s'attaquait à n'importe qui.

Critique:
J'ignorais totalement qu'une femme comme Hélène Jégado ait existé jusqu'à ce que je découvre ce roman. Apparemment, son procès fit moins de bruit que ce à quoi on aurait pu s'attendre, car il coïncida avec le coup d'état de Napoléon 3.

La lecture de cet ouvrage est perturbante pour plusieurs raisons. D'abord, on se demande si elle était folle, méchante, sadique... elle semble tuer de sang froid, et n'a pas de cibles particulières. D'après le peu que l'on a pu apprendre sur elle (elle s'est exprimée peu avant son exécution), elle a été très marquée, dans son enfance, par la légende de l'Ankou. L'Ankou venait, avec sa charrette, et appelait trois fois, d'une voix rauque, celui qui était destiné à mourir. Les parents d'Hélène croyaient en cette légende. Il semblerait qu'elle ait souhaité devenir l'Ankou, afin de tout contrôler, et de ne plus avoir peur.
Il est impressionnant de voir comme un enfant peut être traumatisé par quelque chose à ce point. C'est pourtant logique: pour un enfant, ses parents sont les protecteurs. S'ils ont peur au lieu de protéger, ils ne jouent plus leur rôle.

Il est dur de cerner Hélène, car on la voit surtout à travers ses meurtres et son obsession de l'Ankou. Elle semble être guidée par cela. Cependant, parfois, certaines de ses remarques portent à rire. Par exemple, lorsqu'à son procès, on fait état d'un certain nombre de victimes, elle s'écrie qu'on est loin du compte! Comment ne pas être horrifié, mais en rire un peu aussi...
C'est d'ailleurs les phases par lesquelles je suis passées en lisant le roman. Au début, l'héroïne m'a effrayée. Et puis, à chaque fois qu'elle allait dans une nouvelle maison (elle a été domestique), je me surprenais à me demander: «Alors, elle va en tuer combien, cette fois?», et à en rire un peu. C'est d'ailleurs, à certains moments, le parti qu'adopte Jean Teulé: il a l'art du détail, de la mise en scène. Il l'exprime pleine ment dans la scène qui se passe au couvent, scène où la mère supérieure, horrifiée, découvre que les vêtements des soeurs ont été coupés à des endroits stratégiques. La scène est racontée avec réalisme et verve, elle m'a amusée, et je croyais y être.
Le romancier a dû inventer des pensées à partir de faits, et retracer le parcours de cette femme dans un roman n'était pas forcément simple. L'auteur use d'un style vif. Il en profite pour évoquer certaines autres particularités de la Bretagne, comme certains saints un peu étranges... Que dire de Notre-Dame de la haine qu'il faut prier pour qu'une personne meure.
L'auteur crée deux personnages récurrents qui semblent toujours être dans les villages où s'arrête Hélène. Je parle des perruquiers normands. Ils sont comme un repère dans ce chaos de meurtres. Ici, le rire est également provoqué par la prononciation défectueuse de l'un d'eux.
D'autre part, au moment du procès, le romancier s'attache à décrire gestes et pensées de chacun. Il ne se focalise pas sur une personne. Cette manière de faire renouvelle l'intérêt du lecteur, car rien n'est statique. On voit les points de vue de chacun, et certains ont des pensées amusantes.

L'attitude des hommes est presque comparée à celle d'Hélène. Au long du roman, certains se battent, d'autres prient pour la mort de leurs proches... et Hélène tue. Là où ils sont animés de sentiments, elle semble en être dépourvue. C'est d'ailleurs l'inhumanité (la folie) que plaidera son avocat.

Malgré mon intérêt pour le personnage, et la manière vivante dont Jean Teulé a écrit son roman, je me suis un peu ennuyée à un moment. Il est normal que l'auteur ait souhaité être exhaustif, mais à un moment, j'avais l'impression d'être en face d'un catalogue de meurtres. Heureusement, mon ennui n'a pas duré.

Dans l'émission «L'heure du crime» diffusée sur RTL, le 7 mars, Jean Teulé explique que tous les faits sont vrais. Il n'a inventé que les pensées des personnages, surtout celles des victimes. À noter qu'il vaut mieux écouter l'émission (elle est en podcast) après avoir lu le livre, car l'auteur en raconte beaucoup.

Détail amusant: en Bretagne, certaines pâtisseries vendent le gâteau inventé par Hélène. Il est garanti sans arsenic!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Christophe Lebert.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Ce livre pourrait n'être qu'un banal roman sur une étrange tueuse. Pour moi, ce qui le sort du lot, c'est le style vif de Jean Teulé et l'interprétation de Jean-Christophe Lebert. En effet, le comédien le lit de manière très vivante, servant à merveille le style enlevé de l'auteur. Modifiant quelque peu sa voix pour certains personnages (dont Hélène enfant, puis femme), sachant faire passer certains sous-entendus (mais pas trop tôt, pas avant que le lecteur n'ait compris ce que faisait Hélène), passant d'un point de vue à l'autre, le comédien enfile avec une facilité apparente toutes les casquettes qu'exige ce roman. Et tout cela sans jamais cabotiner! Je ne donnerai qu'un exemple, qui n'est sûrement pas le plus probant, mais qui m'a marquée: alors que le lecteur sait à quoi s'en tenir sur les actes d'Hélène, l'auteur écrit: «Fleur de tonnerre prépare de la confiture d'orange.» Jean-Christophe Lebert parvient à prononcer cette simple phrase en faisant entendre plusieurs choses: un peu de mystère, un brin de triomphe, un soupçon d'enjouement, tout cela d'une voix feutrée...

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mercredi, 12 septembre 2012

La sirène, de Camilla Läckberg.

La sirène

Note: Ce livre fait partie d'une série. Voici l'ordre dans lequel il faut lire les tomes:
La princesse des glaces
Le prédicateur
Le tailleur de pierre
L'oiseau de mauvais augure
L'enfant allemand
La sirène

L'ouvrage:
Christian Thydell a écrit «La sirène». Erica, qui accompagne la publication du roman, découvre bientôt qu'il reçoit des lettres de menace depuis qu'il a commencé à écrire. Elle décide de mener son enquête.

Patrik se débat avec un mystère insondable: Magnus, un habitant de Fjàllbacka, a disparu depuis plusieurs semaines. Il semble s'être volatilisé.

Critique:
Les amateurs de Camilla Läckberg seront ravis de ce tome 6: elle y glisse les ficelles qui lui sont chères. Pour ma part, je pense qu'elle commence à s'essouffler, car certaines de ses «astuces» sont vraiment trop utilisées. Par exemple, on retrouve, comme une fatalité, sa manière de retarder une révélation: un personnage a une idée, mais ne la fait pas partager au lecteur. Puis, il l'expose à un autre personnage, mais le lecteur n'est toujours pas mis dans la confidence... ainsi de suite. L'auteur s'étale sur l'extravagance de l'idée émise par le personnage, mais pourtant, il ne pourrait en être autrement, pense ledit protagoniste. Ensuite, il est expliqué que le personnage n'a pas toutes les pièces du puzzle, et que donc, c'est encore flou, etc.
Cette ficelle est exaspérante à la longue. Elle est là pour engendrer de la frustration, certes, mais le procédé est si abondamment utilisé, du moins par Camilla Läckberg, que j'ai plutôt ressenti de l'ennui.
D'autre part, vers la moitié, les choses s'enlisent un peu. La romancière crée des événements que je qualifierais de secondaires afin de donner un os à ronger au lecteur, mais pendant quelques temps, on piétine...

L'écrivain croise deux époques, comme à son habitude. Cette organisation de la trame n'est pas vraiment lassante, parce que l'histoire n'est jamais la même.

J'avais deviné beaucoup de choses avant qu'elles ne soient dévoilées. Je savais qui était le petit garçon «du passé», ce qui était arrivé à Alice. J'ai même su qui était coupable avant que l'auteur ne se décide à le dire. À ce propos, je trouve cette résolution très grosse. La romancière la prépare en faisant une très bonne étude de ses personnages, en les analysant de manière précise et convaincante. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle est tombée dans la facilité. Cette solution a déjà été imaginée dans plusieurs autres romans (que je ne citerai pas, car si vous les avez lus, vous saurez ce qui se passe dans «La sirène»), et outre son peu de crédibilité, elle fait partie de celles qu'il faut employer avec parcimonie. Je veux bien croire que ce genre de choses est possible, mais à ce point...
J'avais d'ailleurs envisagé une solution de rechange qui, avec quelques ajustements, aurait pu être recevable. Elle était un peu clichée, mais je l'aurais peut-être mieux acceptée.
En général, je résous les énigmes de Camilla Läckberg avant la fin des romans, et cela ne me gêne en rien, car je prends plaisir à la lire. Ici, j'en ai été quelque peu dérangée. Peut-être parce que la résolution ne m'a pas plu...

Même si Melberg s'est quelque peu humanisé, on retrouve sa bêtise, et sa prétention à être sur le devant de la scène, alors qu'il ne sait que brasser du vent. Je sais que tout cela existe, et que Melberg ne va pas changer en un claquement de doigts, mais la récurrence de la situation m'a agacée.
En revanche, l'auteur a insidieusement amorcé une espèce de rivalité entre deux personnages tout aussi appréciables. De plus, le petit ressentiment qu'éprouve l'un d'eux n'est pas directement causé par l'autre. J'ai trouvé cela habilement amené. Il faut voir comment les choses tourneront à ce sujet.

Comme à son habitude, Camilla Läckberg décrit à merveille personnages, situations, psychologie... Que le lecteur approuve ou non les protagonistes, il parviendra très bien à entrer dans leur tête grâce à l'analyse qu'en fait l'auteur. Je suis toujours très impressionnée de la justesse avec laquelle elle les crée. Un jour, j'ai lu une chronique disant que les personnages récurrents de cette romancière étaient superficiels, ne pensant qu'à la manière d'éviter de grossir tout en continuant de faire bonne chair. Il est vrai que ce type de «soucis» revient fréquemment, mais n'est-ce pas le cas chez beaucoup d'entre nous?
J'ai également aimé la description des relations de chacun avec son entourage, sa manière d'être dans la vie, etc.
Il y a même un personnage que j'ai apprécié, alors qu'on le voit très peu: Yannos Kovacs.

J'ai également retrouvé avec grand plaisir l'humour de Camilla Läckberg: de vraies moment de détente, du rire simple, des situations sympathiques.

Habituellement, l'auteur achève ses romans de manière à ce que le lecteur soit impatient de connaître la suite de ce qui arrivera à Patrik et Erica. Je conseille à ceux qui, d'habitude, sont très frustrés, d'attendre la sortie du tome 7, car la fin du tome 6 est encore plus frustrante que la fin des autres tomes. L'un des événements finaux est d'ailleurs préparé tout au long du roman par de multiples remarques. Je le voyais venir de très loin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Christophe Lebert. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio aujourd'hui, le 12 septembre.

Je suis déçue qu'Éric Herson-Macarel n'ait pas enregistré ce tome. Cependant, Jean-Christophe Lebert a une voix et une lecture agréables. Il parvient à jouer sans surjouer. Par exemple, le ton feutré qu'il prend pour lire les souvenirs du petit garçon est adéquat, car il renforce l'ambiance dans laquelle l'auteur plonge son lecteur. On sent que le garçonnet doit rester sur ses gardes, et qu'il éprouve un profond mal-être.
Le lecteur adopte également un ton approprié lorsqu'il s'agit de Melberg: quand on brasse du vent, on le fait en s'étalant et en se montrant au maximum, d'où la voix forte, le ton du commandant sûr de lui.

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