Trois

L'ouvrage:
En septembre 1986, Adrien, Nina, et Étienne se rencontrent en entrant en classe de CM2. Pendant plusieurs années, ils seront inséparables.
Décembre 2017. Une voiture est retrouvée au fond du lac du village où les trois amis ont grandi. Chacun se remémore un événement auquel cette découverte pourrait être liée. Ils se posent des questions...

Critique:
Je n'ai pas lu les romans précédents de Valérie Perrin, parce que tout le monde semblait les aimer. Je me suis dit que j'allais attendre que cela retombe. Et puis le résumé de «Trois» m'a davantage tentée que les autres. J'ai eu raison de l'essayer, car il m'a plu.

Avec justesse et réalisme, Valérie Perrin raconte une amitié qui, malgré sa grande force, ne peut pas toujours venir à bout des erreurs que les uns commettent envers les autres. Parfois, certains essaient maladroitement de se faire pardonner, mais cela semble trop tard. Et puis, certaines choses viennent relancer la machine, et les amis se revoient. Il y en a un que j'ai eu du mal à apprécier, pas seulement à cause d'une de ses mauvaises actions, mais parce qu'il me semblait être égoïste et opportuniste. Soit, mais je me suis posé l'éternelle question: qu'aurais-je fait à sa place? J'espère qu'en au moins deux situations, j'aurais agi différemment de lui.

Outre cette amitié, l'autrice nous raconte la force de certains liens familiaux, alors que d'autres se desserrent. Elle nous raconte les choix de chaque personnage. Certains de ces choix les mèneront sur une douloureuse pente, d'autres seront plus doux. Et puis, l'un des personnages finit par trouver le courage de fermer la porte au nez de l'horrible vie dans laquelle l'un de ses choix l'a mené.
Il y a un choix dont j'ai eu du mal à comprendre pourquoi le personnage ne l'avait pas fait. Celui-ci s'explique, et ce qu'il dit montre que tout est toujours plus complexe que ce qu'une personne qui ne vit pas la chose s'imagine. Ce personnage m'a rappelé un autre roman qui évoque le même thème, et j'ai préféré de loin la façon de faire de Valérie Perrin.

Afficher ne cliquez ici que si vous avez lu le livre.Masquer ne cliquez ici que si vous avez lu le livre.

Le roman dont je parle est «Point cardinal», de Leonor de Recondo. Dans ce roman, un homme se sent femme. Alors, il adore les vêtements féminins en tissu soi-disant apprécié par les femmes, les dessous féminins, le maquillage, etc. D'un autre côté, il déteste le football... Ça en fait une caricature. Valérie Perrin a décrit son personnage de manière bien plus réaliste. Il se sent femme, mais n'est pas forcément attiré par les vêtements qui font très féminins ni par les dessous, etc. Ses amis lui disent que, justement, d'autres femmes se sentent femmes sans pour autant adorer robes et dessous. J'ai beaucoup aimé cette réponse, car elle montre que l'autrice ne range pas forcément le type de personnages dans telle catégorie. Je fais d'ailleurs partie de ces femmes qui n'aiment pas le maquillage et les vêtements qui font ressortir la féminité.

Je ne veux pas trop dire les noms des personnages que j'ai appréciés ou pas pour ne pas donner trop d'indices, mais il en est un que je peux nommer sans réserve: Louise. Je ne peux que souhaiter à tout le monde d'avoir une Louise Beaulieu dans sa vie.

Valérie Perrin nous dit également l'adolescence dans les années 80-90. J'ai particulièrement aimé l'ambiance qu'elle décrivait, car c'étaient les années de mon enfance et de mon adolescence, et j'ai retrouvé des chansons que j'aimais, des choses que je faisais... il ne manquait plus que les allusions aux publicités pour Snickers ou les petits Pimousse. ;-)

À travers le personnage de Nina, est évoquée la misère animale. Rien n'est exagéré, surtout pas la responsabilité des hommes.

La romancière alterne passé et présent. Je n'aime pas cette structure, et ici, je pense quelle n'était pas absolument nécessaire, mais le roman m'a plu, et la structure a fini par ne plus me déranger. En outre, je ne me suis pas du tout ennuyée, donc pour moi, i n'y a aucun temps mort. L'écrivain s'attache à décrire les faits et la psychologie de ses personnages, et tout est vraisemblable.

J'adresserai quand même un reproche à ce roman. On retrouvera cette idée dans ma chronique de «The valley and the flood», de Rebecca Mahoney (chronique qui sort le 7 juin), mais à l'envers. ;-) Là où je loue Rebecca Mahoney d'avoir décrit un psychiatre qui échappe aux idées reçues du grand public, je blâme Valérie Perrin d'avoir décrit un instituteur qui ne pourra qu'alimenter les préjugés qu'a énormément de monde concernant les enseignants.

Remarques annexes:
L'autrice s'est trompée (et son éditeur ne l'a pas corrigée): dans un collège, le chef est un principal, et non un proviseur. Un proviseur est à la tête d'un lycée.
Valérie Perrin a également fait une erreur dans les paroles du générique de «Candy»: elle a remplacé «astuce» par «amour». ;-)

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Tess Lauvergne.

Je ne connaissais pas du tout cette comédienne. Je crois que c'est son premier livre audio, et j'espère que ce ne sera pas son dernier. Tess Lauvergne joue (sans excès de jeu ou de Sobriété) toute une galerie de personnages. Elle rend parfaitement leurs sentiments et leurs émotions. À un moment, l'un d'eux a des larmes dans la voix, et la comédienne est parfaite: on devine ces larmes, mais la lectrice n'exagère pas, ne rend pas le personnage soudain hystérique, etc. En outre, elle ne s'est pas embarrassée d'effets de voix pour tel ou tel personnage. Elle a eu parfaitement raison, car son intonation suffisait à montrer les nuances entre chacun. Pour son premier livre audio, elle s'est attaquée à un gros morceau, et a brillamment relevé le défi. J'espère l'entendre très vite sur d'autres livres audio!

Acheter « Trois » sur Amazon
Acheter « Trois » en audio sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)