Toute la lumière que nous ne pouvons voir

L'ouvrage:
Marie-Laure Leblanc naît à Paris en 1929. À six ans, elle commence à perdre la vue.
Werner est allemand. Il a environ le même âge. Sa soeur et lui sont élevés dans un orphelinat.
Anthony Doerr suit le destin de ces deux personnages qui, très jeunes, seront emportés dans le tourbillon de la seconde guerre mondiale.

Critique:
Certains penseront peut-être avec ennui: «Oh, un autre livre sur la seconde guerre!» Il est vrai que ce sujet est abordé en abondance en littérature, et parfois, la qualité n'y est pas. Le roman d'Anthony Doerr fait partie de ceux qui ne déçoivent pas. D'abord, il ne raconte pas la guerre uniquement du point de vue français. Il me semble que peu de livres s'attardent sur le point de vue d'un Allemand. On en voit certains qui, lors de l'occupation, ont des cas de conscience, mais ici, c'est différent. Werner a été enrôlé dans les jeunesses hitlériennes. Le lecteur a donc un aperçu de la manière dont se passaient les choses. Bien sûr, on pouvait s'en douter, mais c'est une chose d'imaginer, c'en est une autre de lire des épisodes qui prennent appui sur la réalité, décrivant ambiance, faits et éléments. Le lecteur s'identifiera à Werner qui se débat entre ce qu'on lui fait faire, sa peur, sa conscience, son amitié pour l'un de ses camarades. L'auteur explore parfaitement la psychologie de cet adolescent pris entre des courants contraires, qui sait l'impact de ses actes ou de ses lâchetés, lâchetés pour lesquelles on ne peut pas vraiment le blâmer.

Le romancier prend le temps de planter le décor, d'installer le lecteur dans la vie de Marie-Laure et de Werner, de montrer les particularités de chacun, ce qui les rend uniques, et fait qu'on s'y attache. Puis, il les précipite dans l'histoire. Il s'amuse à croiser leurs destins dès leur enfance, sans qu'ils le sachent. C'est très bien fait, et cela entraîne une ambiance de conte. Certains objets revêtent une grande importance, comme dans les contes: l'armoire, la radio, les clés... C'est renforcé par la légende qui court quant au diamant, et qui, en plus de favoriser une ambiance à la fois de conte et de roman d'aventures, engendre un personnage aussi manichéen que dans certains contes. Il s'agit de Von Rumple que l'espoir fait basculer dans la folie, dans un univers merveilleux où, croit-il, tout est possible.

Quant à Marie-Laure, Anthony Doerr crée des personnages profondément humains autour d'elle: son père (Daniel), son grand-oncle Étienne, madame Manek. Ils font toujours preuve de générosité, malgré les coups durs de la vie. Certains s'arrangent pour ne pas être totalement passifs pendant la guerre... En outre, Étienne et Daniel sont des personnages charismatiques. Leur histoire, leur savoir, la part de mystère qu'ils gardent, leur façon d'être les rendent ainsi.

Marie-Laure étant aveugle, j'avais peur que, comme dans d'autres romans, il y ait des clichés ou des invraisemblances. Heureusement, ce n'est pas le cas. Marie-Laure fait des choses que je ne fais pas, mais je sais que certains les font, et que cela les aide vraiment: compter les pas, se repérer «dans» une assiette de nourriture comme si c'était un cadran d'horloge... Il y a juste une chose sur laquelle je doute un peu. Lorsque Marie-Laure lit ses romans, il n'est écrit nulle part qu'un livre nécessite plusieurs volumes en braille. À un moment, l'auteur parle bien d'un autre tome, mais je pense que cela signifie que le roman comporte deux tomes en «noir».

Si j'avais un petit reproche à faire, je dirais que je ne vois pas la nécessité du bouleversement chronologique. En effet, le premier chapitre se passe en août 1944, à un moment crucial, le second en 1934, le troisième revient au moment crucial, etc. Dans certains romans, ce bouleversement chronologique a une raison d'être. Par exemple, dans «Crime d'honneur», d'Elif Shafak, cela permet à la romancière de faire certaines révélations plus tard. Ici, c'est seulement ainsi pour créer artificiellement du suspense. Je trouve cela dommage. Pour moi, cela gâche même un peu ce roman, car cela lui applique cet artifice alors que sa force est justement son réalisme, son humanité...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Denis Laustriat. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Je connais bien Denis Laustriat en tant que comédien de doublage. Pour moi, il fait partie des grands. Lorsque j'ai su que c'était lui qui avait enregistré ce roman, j'ai tout de suite pensé que cela serait très bien lu. Le comédien est à la hauteur de mes attentes. Il modifie peu sa voix pour les personnages, mais le fait à bon escient. Respectant le style de l'auteur, se fondant dans les personnages, n'étant jamais larmoyant, jamais grandiloquent, Denis Laustriat rend parfaitement l'ambiance de ce roman. Pour moi, sa lecture est un gros avantage de la version audio. J'espère qu'il enregistrera à nouveau des romans.

Les chapitres sont découpés en courts sous-chapitres. Audiolib semblant bien aimer les fichiers d'un quart d'heure / Vingt minutes, la plupart de ces sous-chapitres sont collés dans le même fichier. Comme je l'ai déjà dit dans d'autres chroniques, je trouve que cela n'est pas propre... Il ne viendrait pas à l'idée de l'éditeur papier de coller plusieurs sous-chapitres ensemble, je pense...

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