La ville des serpents d'eau

L'ouvrage:
Ennatown, petit village des États-Unis.
Il y a quinze ans, la série des disparitions a commencé: cinq fillettes de six ans. La dernière victime, Susan Lawson, a été enlevée treize ans plus tôt. On a retrouvé tous les corps, sauf un.
Ce soir de Noël, la dernière victime veut tenter de s'en tirer. Elle parvient à faire sortir Amy, sa fille, de leur prison. La fillette doit alerter la police.

Critique:
Après ce début, il fallait bien que Brigitte Aubert crée des événements afin que la mission d'Amy ne puisse s'accomplir tout de suite. Elle y réussit assez bien. D'abord, elle présente des personnages sur lesquels on a envie de s'attarder. Si Vince Limonta ressemble aux policiers de certains romans (il doit apprendre à vivre avec un événement qui dévasta son existence), il sera d'emblée sympathique au lecteur. En effet, il souffre et pense au méfait qui fit basculer sa vie, mais ne se morfond pas.
Laura Atkins est le type même de la femme mal mariée qui ne veut pas se prendre en main, et se paie le luxe de sombrer dans l'alcool et la nymphomanie. Elle pourrait être exaspérante, mais elle m'a plutôt fait rire. D'autre part, on sent bien que tout n'est pas mort en elle, et qu'il suffirait d'un petit coup de pouce.
Enfin, Amy rencontre un personnage atypique: Black Dog. Lui aussi pourrait être cliché, c'est le genre qu'on côtoie dans d'autres romans de ce style, mais l'auteur a su le rendre épais en lui donnant certaines caractéristiques: il aime les animaux, il s'en est toujours sorti. Malgré son handicap, il parvient à imaginer des plans simples pour sortir sa protégée d'une situation périlleuse.

Ensuite, Brigitte Aubert a su créer quelques rebondissements auxquels je ne m'attendais pas. Par exemple, lors de l'attaque du campement de Black Dog, je ne voyais pas comment les choses pourraient tourner autrement que mal. L'auteur s'en sort d'une manière acceptable. Ce n'est pas trop gros, et cela relance inévitablement l'action.
D'autre part, elle parvient à faire en sorte que Vince devine l'essentiel de la vérité sans que cela paraisse tiré par les cheveux. Cela n'était pas aisé à faire. En effet, comment Vince, qui n'avait aucun élément, pouvait-il deviner la situation? À force de réfléchir, d'analyser les maigres indices qu'il obtient au cours du roman, il parvient à reconstituer une grande partie du puzzle.

Par ailleurs, si je voulais savoir qui était le tueur, ce n'était pas primordial. Cela fait que je n'ai pas passé tout le roman à échafauder des plans pour savoir qui se cachait derrière le surnom de Daddy. En outre, l'auteur n'utilise pas cette ficelle exaspérante qui consiste à faire croire à son lecteur que telle personne est coupable pour l'abandonner et lui en présenter une autre, etc. À un moment, les soupçons se portent bien sur quelques personnes non-coupables, mais sur très peu de temps. De toute façon, à ce moment, le lecteur sait déjà qui est Daddy.

Enfin, l'écriture de Brigitte Aubert ne peut laisser le lecteur indifférent. Elle a un style très enlevé, parsemant son récit de répliques bien senties, souvent humoristiques. On retrouve cette vivacité dans les pensées de certains personnages. C'est notamment ce qui me fait dire que Laura et Vince ne sont pas complètement abattus.

Bien sûr, certains écueils ne sont pas évités. La psychologie de Daddy est des plus classiques. Cela ne le rend pas moins immonde, cela ne banalise pas ses actes, mais on peut penser que l'auteur a choisi une certaine facilité en dépeignant quelque chose de très utilisé.
De plus, il est peut-être un peu étrange qu'une enfant de cinq ans soit si débrouillarde, et que ses réflexions soient si poussées. Ce n'est pas si gênant, car cela peut s'expliquer, mais je me suis quand même fait la réflexion.
Enfin, j'ai trouvé l'épilogue un peu bâclé. J'aurais préféré que les choses soient davantage expliquées. Certes, le lecteur peut reconstituer les faits, mais j'aurais aimé davantage de détails.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène Lausseur pour les éditions Sixtrid.
Cette comédienne a déjà enregistré pour les éditions Sixtrid. Je la connais peu, n'ayant entendu qu'un livre lu par elle avant «La ville des serpents d'eau». Sa lecture est très naturelle. Elle parvient notamment à prendre une voix légèrement différente pour jouer les hommes sans tomber dans le surjeu. Je la réentendrai avec plaisir.

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