Lecteur : Lamoise Annie

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jeudi, 5 juillet 2012

Jumelles séparées, d'Elyse Shein et Paula Bernstein.

Jumelles séparées

L'ouvrage:
Elyse Shein a été adoptée à l'âge de six mois. À trente-trois ans, elle ressent le besoin de rechercher sa mère biologique. C'est alors qu'elle découvre qu'elle a une soeur jumelle, Paula, qui a été adoptée par un autre couple, les Bernstein. On explique aux deux femmes qu'elles ont été séparées à la naissance sur l'initiative de psychiatres qui voulaient faire une étude sur l'inné et l'acquis. Pour ajouter un paramètre à leur expérience, ils ont décidé de séparer en priorité des enfants ayant des parents biologiques schizophrènes ou dépressifs.

Critique:
J'ai d'abord été choquée qu'on ait pu songer à faire des expériences de ce genre sur des êtres humains à la fin des années 60. Je sais pourtant qu'il y eut d'horribles procédés dans les années 50, comme la lobotomie ou les électrochocs. Par la force des choses, Elyse et Paula sont forcées de s'interroger sur la manière dont cela les a affectées, mais aussi sur la même chose que ceux qui les étudièrent. Elles découvrent qu'elles ont beaucoup d'aspirations et de traits de caractères communs. Elles en profitent pour évoquer d'autres jumeaux séparés dont les similitudes sont encore plus évidentes, et qui connurent des événements semblables aux mêmes âges. Il est vrai que tout cela est très intéressant. Cependant, l'inhumanité du procédé de séparation n'est pas acceptable.

Tout en s'indignant, Elyse et Paula (surtout Paula) reconnaissent qu'elles ne voudraient pas d'une autre vie que la leur. Cela peut paraître paradoxal, mais c'est compréhensible.

Les deux femmes ne réagissent pas de la même manière au bouleversement qu'est cette découverte. Paula s'y fait mal, au début. Elle appréhende difficilement cette intrusion dans sa vie. Sur d'autres points, elles réagissent différemment l'une de l'autre. Cela montre davantage les différences de leurs personnalités. Paula a réagi ainsi parce qu'elle était fragile. Cependant, à la place des deux jeunes femmes, j'aurais sûrement eu l'attitude de Paula. J'aurais eu peur que ma jumelle prenne trop de place, et j'aurais eu du mal à accepter qu'une inconnue débarque ainsi dans ma vie.

Le livre montre le parcours de ces deux femmes, bousculant les clichés sur les jumeaux. Elles ne sont pas toujours d'accord, n'ont pas la même sensibilité, ne sont pas toujours ensemble... On me dira que c'est dû au fait qu'elles ont été séparées pendant une grande partie de leur vie. Soit, mais je pense que tous les jumeaux ne sont pas forcément fusionnels.

Elyse et Paula s'expriment tour à tour, exposant sans ambages leurs points de vue, leurs frustrations, leurs espoirs, leurs déceptions. Cette polyphonie est la bienvenue, car elle aide le lecteur à mieux comprendre les deux jeunes femmes. J'allais faire la réflexion que la version audio aurait dû être lue à deux voix, car parfois, je n'étais plus sûre de savoir laquelle s'exprimait. Cependant, on peut me rétorquer que les jumelles ont sûrement la même voix. C'est d'ailleurs une chose dont on parle peu. On évoque toujours la ressemblance physique et morale, mais presque jamais vocale.

C'est un témoignage qui se lit comme un roman. On suit les deux jeunes femmes dans la quête de leur passé.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Annie Lamoise pour l'association Valentin Haüy.

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lundi, 10 janvier 2011

Vince et Joy: et si le premier amour était le bon?, de Lisa Jewell.

Vince et Joy: et si le premier amour était le bon

L'ouvrage:
2003.
Vince est à une soirée avec des amis. Chacun évoque sa première fois. Lorsque le tour de Vince vient, il explique que sa première fois, c'était avec son premier amour, une fille de son âge pour qui c'était également la première fois. Il raconte à ses amis comment il a rencontré Joy, à dix-neuf ans, et comment, ensuite, les aléas de la vie les ont ballottés.

Critique:
Voilà un roman divertissant qui ne fait pas trop réfléchir. Quelques situations et caractères sont un peu téléphonés, mais dans l'ensemble, on passe un bon moment.
Les personnages de Georges et de Jesse ne sont pas sympathiques, et c'est justement un défaut. Il est facile de les trouver antipathiques. Il aurait été plus intéressant que Vince n'aime pas Jesse tout simplement parce qu'elle n'est pas Joy, comme c'était le cas avec Magda.
Pour Joy, c'est plus compliqué. Au début, elle agit comme avec son tout premier flirt: par dépit et faiblesse. Mais au final, il est trop facile de trouver Georges désagréable.

C'est la même chose pour Allan. Barbara excuse et accepte tout, et Joy finit par le comprendre. S'il est logique qu'Allan se soit senti floué, ce n'était pas une excuse pour agir comme il a fait tout au long de son mariage, avant même la naissance de Joy.
Barbara est mi-sympathique mi-exaspérante. Elle s'étiole, laisse son mari la tyranniser et la rabaisser pour une raison que le lecteur finit par connaître, mais qui n'est pas valable.
Quant aux deux personnages principaux... ils sont peut-être un peu trop gentils, mais ils sont attachants. Vince et Joy sont séparés par des événements, des hasards, des occasions manquées... j'avais peur que le tout soit très gros, mais en fait, Lisa Jewell a su construire son intrigue assez pertinemment. Certains faits sont même drôles: comment ne pas rire lorsque Madeleine fait son petit numéro?

Si des pans de l'intrigue paraissent un peu poussifs, ils sont rattrapés par les personnages sympathiques.
J'ai beaucoup apprécié Bella qui n'a pas la langue dans sa poche, et est assez loufoque.
Cass est excentrique, et elle ne manquera pas de faire rire le lecteur.
Julia est attachante.
Chriss et Kirsty représentent le bonheur tranquille, celui auquel on aspire. On remarquera le contraste entre les vies tumultueuses de Vince et Joy et ce couple.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Annie Lamoise pour l'association Valentin Haüy.

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lundi, 30 août 2010

Rien ne va plus, de Douglas Kennedy.

Rien ne va plus

L'ouvrage:
David Armitage est scénariste.
Après plusieurs années de galère, la chance lui sourit, et l'une de ses séries télévisées enthousiasme une chaîne. Toutes les portes s'ouvrent désormais devant lui.

Critique:
C'est un Douglas Kennedy, donc cela ne peut pas être tout à fait mauvais. Et en effet, c'est bien écrit, les personnages sont intéressants (à défaut d'être attachants), et l'histoire est bien racontée: on y retrouve tous les ingrédients qu'on s'attend à retrouver dans ce genre d'histoire.

C'est justement là que le bât blesse. C'est trop prévisible. Pas besoin d'avoir vécu une situation similaire pour savoir à quoi s'attendre. David a affaire à un monde de requins sans pitié où tous les coups sont permis, et on le sait très bien. De ce fait, on s'attend à beaucoup de choses: les caprices de star (Philip qui fait attendre David une semaine), les opportunistes de toutes sortes, le fait de pouvoir passer du statut de personne adulée à celui de proscrit, les magouilles en tous genres, le luxe qui fait perdre la tête, la façon écoeurante dont certains en profitent. Les thèmes sont bien abordés, mais ils font que le livre est sans surprises, même si l'auteur entoure ces thèmes d'une intrigue solide.
Détail amusant: le parcours de David fait penser à celui d'Eric dans «La poursuite du bonheur», la chasse aux sorcières en moins.

En outre, aucun personnage n'est vraiment sympathique. En général, chez Douglas Kennedy, le personnage principal est attachant. Ici, même s'il a certaines valeurs, même si le succès ne lui tourne pas complètement la tête, il ne m'a pas réellement touchée. D'abord, le lecteur ne peut s'empêcher de soupirer d'exaspération à l'idée qu'il tombe si facilement amoureux de cette pimbêche opportuniste et caractérielle de Sally.
Ensuite, il est un peu mou, et par certains côtés, il est un peu naïf, voire simplet.
Lucy est sympathique, au départ, car elle agit comme il faut, mais ensuite, son obstination, voire son acharnement, deviennent lassants, et font d'elle un personnage cliché.
Martha est sympathique, mais elle complique un peu trop les choses, elle choisit la facilité, et son explication me semble vaseuse. Donc elle ne trouve pas vraiment grâce à mes yeux.
Quant aux autres, ils sont tous aussi détestables les uns que les autres, sauf Allison et quelques personnages secondaires comme le libraire et l'avocat. Il est d'ailleurs amusant de constater que chez Douglas Kennedy, les héros tombent souvent sur de gentils avocats, très humains. C'est le cas ici, mais aussi dans «La poursuite du bonheur» et dans «Quitter le monde».

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Annie Lamoise pour l'association Valentin Haüy.

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