Lecteur : Lachaud Marie-Philippe

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vendredi, 3 avril 2015

La fille de l'autre, de Roxana Robinson.

La fille de l'autre

L'ouvrage:
Peter et Emma sont ensemble. Cependant, rien n'est simple. Chacun a une fille d'un premier mariage. La fille d'Emma (Tess) a trois ans. Celle de Peter (Amanda) en a sept. Ajoutons à cela que les relations sont loin d'être sereines avec leurs précédents conjoints. Ils vont tenter de construire une famille en y incluant Tess et Amanda. Cela n'ira pas sans heurts.

Critique:
Avec subtilité, sans complaisance ni sensiblerie, Roxana Robinson explore les difficiles relations d'une famille recomposée. La romancière n'hésite pas à fouiller, à analyser, à mettre ses personnages à nu, à leur faire montrer et exprimer tout ce qu'ils ressentent, fût-ce le pire. Comme dans ses deux autres romans, elle montre les ravages que peuvent causer les non-dits, mais aussi l'attitude qu'on adopte. Par exemple, Emma pense faire de son mieux, mais Amanda ne se sent jamais accueillie à bras ouverts par sa belle-mère. Même si celle-ci lui sourit et lui parle apparemment gentiment, la fillette décèle le ton surjoué, le sourire forcé. Bien sûr, ce n'est pas la méchante Emma contre la gentille Amanda. Amanda cherche les ennuis en adoptant toujours une attitude hostile, mais (comme Emma elle même le reconnaît), c'est Emma l'adulte. Amanda est une enfant à qui on a arraché son univers, qui n'a rien demandé à personne, et qu'on force à accepter une situation qui la désespère.

C'est pour cette raison (et d'autres) que je ne me suis pas attachée à Emma. Cela n'enlève rien au fait que le roman est très bien pensé. L'auteur a peut-être voulu que son héroïne ne soit pas parfaite, car il est plus facile de s'identifier à quelqu'un qui ne maîtrisera pas forcément tout. Outre son impossibilité à aimer Amanda, Emma n'élève pas forcément très bien sa fille. Mon point de vue n'est qu'une opinion parmi d'autres. Ce qui me dérange, ce n'est pas qu'Emma fasse des choses que je n'aurais pas faites (personne n'a la science infuse, surtout lorsqu'il s'agit d'élever un enfant), mais qu'elle agisse en sachant qu'elle ne fait pas ce qu'il faut.

Peter fait également des erreurs, mais je le trouve plus ouvert qu'Emma.

J'ai eu du mal à entrer dans le roman à cause de sa structure qui engendre des lenteurs. l'auteur pose la situation, puis fait un retour en arrière pour expliquer certaines choses. Si j'ai trouvé utile qu'elle explique pourquoi Emma en est venue à quitter Warren, j'ai trouvé (par exemple) que la scène de Peter annonçant son divorce à Amanda arrivait bien trop tard, et qu'elle n'apportait pas grand-chose à l'édifice.
D'autre part, à cause du fait que certains marchaient (mal) sur des oeufs, j'ai eu du mal à percevoir de véritables sentiments entre parents et enfants, au début.
Ces désagrément ne doivent pas faire oublier que ce livre analyse parfaitement les conséquences d'un divorce, d'un remariage, etc.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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vendredi, 26 septembre 2014

Le rire du lance-flammes, de Serge Brussolo.

Le rire du lance-flammes

L'ouvrage:
Sur Pyrania, le feu ne s'éteint jamais, ou cela prend plusieurs années. Cela a plusieurs conséquences sur la population. Par exemple, ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un costume de protection sont immanquablement touchés par la suie, ce qui modifie la couleur de leur peau.
Maud est policière. Un jour, elle entend parler d'un dragon dont les liquides vitaux éteindraient le feu. Ce serait une aubaine pour les habitants de Pyrania.

Critique:
Ici, Serge Brussolo a créé une société obligée de vivre avec un paramètre dont elle ne peut faire abstraction. Partant de là, il a imaginé les diverses réactions des habitants de Pyrania. Comme dans d'autres romans, il développe une foule d'idées qu'il prend plaisir à pousser très loin. Le lecteur se retrouve immergé dans cette société et dans ses pratiques. Certains en profitent pour créer des mouilleries. D'autres collectent les braises afin qu'elles n'enflamment pas la planète, d'autres inventent des huiles éclaircissantes...

Dans un second temps, il y a l'enquête de Maud. C'est grâce à cela que le lecteur, à l'instar de l'héroïne, découvrira ce qui se joue véritablement. L'auteur développe, par ce biais, d'autres thèmes qui lui sont chers: fanatisme, corruption, folie, égoïsme. Tout cela est exploité de manière terriblement réaliste.

Même si ce roman fourmille de très bonnes idées et est d'un réalisme qui glace le sang, il m'a moins plu que les romans de ce genre qu'écrit Serge Brussolo. Je ne me suis pas vraiment attachée à Maud. C'est elle la plus lucide, mais elle manquait de l'épaisseur qu'ont certains héros brussoliens.
Quant à David, il est sympathique, mais n'est pas tellement creusé. Il me semble que le romancier s'est attaché à l'intrigue davantage qu'à l'épaisseur de ses personnages principaux.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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lundi, 22 septembre 2014

Un oiseau blanc dans le blizzard, de Laura Kasischke.

Un oiseau blanc dans le blizzard

L'ouvrage:
Janvier 1986: Êve Connors, mère de famille disparaît. Puis, elle téléphone à son mari pour dire qu'elle ne reviendra jamais. Sa fille, Cat, raconte l'après.

Critique:
Ce roman ne fait pas partie de mes coups de coeur. Après avoir été enthousiasmée par trois autres écrits de Laura Kasischke, j'ai été déçue par «Un oiseau blanc dans le blizzard». Certes, on retrouve la façon de faire de l'auteur. Elle mêle passé et présent, au gré du récit et des souvenirs de la narratrice. Elle plante un décor, distille une ambiance. Cependant, j'ai trouvé les personnages inconsistants. Qu'aucun ne soit sympathique n'est pas un problème: ceux de «Rêves de garçons» ne l'étaient pas. Par contre, aucun n'a ce charisme, cette présence qui font que je ne suis pas trop dépaysée si aucun personnage ne me plaît.

Quant à l'ambiance, elle ne m'a pas autant fascinée que dans les autres romans d'elle que j'ai lus. Qu'elle soit détestable n'est pas un problème, étant donné qu'elle l'est dans au moins deux autres romans, et qu'ils m'ont plu. Pour moi, elle est exempte de cet envoûtement que j'ai trouvé par ailleurs chez cette romancière.
Il y a beaucoup d'images morbides, ce qui ne m'a pas gênée dans «Rêves de garçons». Ici, j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. On comprend très bien pourquoi elle le fait, mais c'est exagéré.

La romancière installe certains éléments: les choses étaient ainsi, nous dit-elle. Entre ces faits, elle donne de petits indices qui peuvent être interprétés de multiples manières. Puis elle opère un glissement. Tout cela suit l'évolution de la narratrice. Là encore, on retrouve la patte de Laura Kasischke. Néanmoins, j'ai trouvé tout cela beaucoup trop lent.

Les choses étant vues par Cat, il est logique que le lecteur ait un point de vue restreint. On se doute qu'il faut garder un regard extérieur lorsque l'adolescente explique qu'à son travail, son père est perçu autrement que chez lui. D'autre part, Cat énonce certains clichés. Celui qui m'a le plus marquée et fait rire est sûrement celui sur la mère de Phil. Elle est aveugle, alors, forcément, elle ne sait pas faire ceci ou cela. Il doit être étrange de l'embrasser, le père de Phil a fait quelque chose de grand en l'épousant, etc. Cat n'est pas stupide, mais sa tête fourmille de clichés et de préjugés qui... l'aveuglent. Elle s'en rend d'ailleurs compte. La cécité de la mère de Phil fait partie de tous ces éléments que le lecteur devra, petit à petit, placer dans le puzzle qu'est le récit de Cat. C'est en cela que les romans de Laura Kasischke sont riches: elle donne des éléments qui sont à comprendre à plusieurs niveaux. C'est ce qui rattrape un peu ce roman à mes yeux. Il est également une critique féroce d'une certaine société, d'une façon de vivre, d'une manière étriquée de penser: Laura Kasischke ne cesse de la mettre en avant en en montrant l'absurdité par de multiples exemples bien choisis.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud pour le GIAA
Cette lectrice est la seule, parmi les lecteurs que j'ai entendus, qui prononce correctement le nom de l'écrivain. En outre, elle fait partie des rares lecteurs qui prennent bien le temps de lire le nom de l'éditeur: «Bourgois» ne contient pas de «e». Certains lecteurs prononcent «bourgeois».

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lundi, 26 mai 2014

La nuit interdite, de Thierry Serfaty.

La nuit interdite

L'ouvrage:
C'est la dernière séance nocturne de thérapie pour Laurent Strelli. Pendant son sommeil, on va lui projeter celle de la journée écoulée. Mais cette nuit-là, il voit le meurtre de sa femme (Stéphania) et de sa fille (Léa). Il s'échappe du centre où il est en thérapie. On le retrouve chez lui. La maison est en flammes. Laurent est brûlé, mais il s'en sortira. Par contre, les corps de sa femme et de sa fille sont calcinés. Comment se fait-il que Laurent ait vu le meurtre? L'a-t-il perpétré? Si non, a-t-il vu le visage du meurtrier?

Critique:
Je savais que ce roman se passait avant «Peur» et qu'il en reprenait les personnages. Cependant, je ne savais pas qu'il valait mieux l'avoir lu avant d'avoir lu «Peur» à cause d'une partie de l'énigme. En effet, si on a lu «Peur» avant, on sait certaines choses qui sont supposées faire partie de l'énigme dans «La nuit interdite».

L'idée de départ est captivante. En outre, toutes les théories développées sur le sommeil sont bien amenées, et fascinantes. Je ne sais pas jusqu'à quel point Thierry Serfaty s'est documenté, mais il est vertigineux de penser que tout ce qu'il expose est peut-être possible.

Malgré cela, plusieurs choses m'ont déçue. À la moitié du livre, les choses s'enlisent. L'auteur traîne: il met très longtemps à dire quelque chose qui pourrait l'être rapidement. En outre, certains protagonistes doivent aller ici, puis là, puis là-bas... C'est une ficelle qu'on peut utiliser indéfiniment, et qui est très vite lassante.

Ensuite, l'auteur utilise une autre ficelle éculée: lorsqu'on ne voit pas les progrès de l'enquête, on côtoie «les méchants» qui ourdissent leurs plans. Bien sûr, on ignore qui ils sont (sauf que je l'ai très vite deviné), et ils se disent l'un à l'autre: «Il faut faire ceci comme ci et cela comme ça.» Cela ne fait rien avancer.

J'ai été contente de découvrir Erik et Laura avant ce qu'on voit d'eux dans «Peur», mais j'ai trouvé qu'ils avaient beaucoup moins de charisme. Ils m'ont plutôt agacée. Ils ont piétiné sur des choses qu'une personne lambda (moi) a deviné, ce n'est pas très crédible. Ils mettent tout ce temps à attraper «les méchants»... Et puis, ils sont moins sympathiques. Bien sûr, Erik est en train de digérer certaines de ses blessures, et nos deux protagonistes se cherchent...

Un livre un peu trop lent et prévisible, malgré certaines bonnes idées.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud pour le GIAA

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mardi, 11 mars 2014

Martin de la Brochette, de Thierry des Ouches.

Martin de la Brochette

L'ouvrage:
Martin de la Brochette est issu d'une famille bourgeoise parisienne. Il n'aime pas ce que représente son milieu. Contrairement à ce qu'on espère pour lui, il souhaite être boucher.

Critique:
Certains pourraient dire que ce sympathique petit roman caricature les choses. Pour moi, il n'en est rien. Certes, la mère et la soeur du narrateur ressemblent à des caricatures, mais il existent des personnes comme elles. D'autre part, si au début, presque tous les de la Brochette (sauf Martin) semblent être ainsi, les choses se nuancent. L'un d'eux remet tout en question, et finit par aller là où le mènent ses aspirations. Quant au père de Martin (qui n'est plus de ce monde dès le départ), il y a plusieurs allusions au fait qu'il n'approuvait pas tout ce qui «se faisait» dans le genre de familles auquel il appartenait.
On peut également dire que Pierre est un personnage nuancé, car depuis son enfance, il aime et respecte Martin qui crie sa différence.

De plus, l'auteur montre bien que tout est une question de point de vue. Ceux qui rejettent un milieu le font parce qu'ils n'y sont pas heureux. De ce fait, ils le voient comme très noir (surtout si on tient à les y faire rester), et voient comme idyllique celui qu'ils préfèrent. La démonstration en est très bien faite, et pas seulement avec l'exemple de Martin. Par ce biais, Thierry des Ouches nous force à reconnaître que nous avons du mal à accepter un milieu dans lequel on n'aimerait pas évoluer. Ceux qui liront ce roman se verront forcément mieux dans l'un ou l'autre milieu, et se surprendront peut-être à ressentir un peu de mépris vis-à-vis de l'autre. Martin lui-même se voit contraint d'accepter qu'une personne qui lui est chère rejette la vie qu'il chérit. Cela ne va pas sans grincements. Cependant, notre héros se remet en question et tente de comprendre, alors que sa propre mère n'essaya jamais de le comprendre.

Outre les moqueries de Martin envers son milieu d'origine, le roman contient d'autres passages humoristiques. Comment ne pas rire devant l'entêtement maladif de Bernard, ou devant la facilité avec laquelle Solange cède à ses émotions? Certains diront que c'est lourd. Peut-être, mais j'ai trouvé que c'était bien amené, dit sans niaiserie.

Pierre m'agace parfois un peu, parce que malgré sa tolérance et son ouverture d'esprit, on voit bien qu'il veut contraindre tout le monde à se rendre à l'église. Cela se comprend, mais c'est quand même un peu pénible.

Je n'aime pas trop l'idée développée vers la fin (qui n'est qu'une théorie, mais qui plaît bien à Martin), à savoir que l'appréciation ou pas d'un milieu vient du fait qu'on en soit issu ou pas à 100%. Bien sûr, l'auteur ne l'affirme pas, puisqu'il montre d'autres exemples de personnes qui s'éloignent de leur milieu, mais cela m'a quand même dérangée.
J'ai bien conscience que ce petit reproche n'est que du pinaillage.

Je vous conseille ce petit livre sympathique: drôle, tendre, humoristique, et qui fait quelque peu réfléchir.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.
Ce livre m'a été offert par les éditions Daphnis et Chloé par l'intermédiaire de l'agence de communication LP Conseils.

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