Lecteur : Kunzli Henriette

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lundi, 22 juillet 2013

Un sauveur, de Claude Habib.

Un sauveur

L'ouvrage:
Aurélie mène une vie apparemment sans histoires. Sa mère a un petit faible pour la boisson; son père organise tout, c'est lui qui assure la bonne marche de la maisonnée. À dix-sept ans, Aurélie tombe amoureuse d'Olivier. C'est alors que ses relations avec ses parents se corsent, cet amour faisant exploser la crise qui était latente depuis plusieurs années.

Critique:
Ce roman, c'est un petit bout de chemin que le lecteur fait avec Aurélie et sa famille. Une famille assez banale, en fait. Les événements qui jalonnent leurs vies sont également ordinaires. Pourtant, je me suis attachée à eux, et surtout, à cette relation familiale pas forcément simple. Aurélie, entière, introvertie, se rend compte, un jour, que son père n'est pas forcément celui qu'elle croyait. Au lieu d'en parler, de tenter de communiquer son mal-être à ce sujet, elle se referme, se replie sur elle-même, sans rien en montrer. Il est donc normal que le premier gros désaccord qui l'oppose à ses parents tourne très vite à la guerre. Personne n'a su s'y prendre, à ce moment-là. Les paroles dites ont été maladroites, et personne n'a vraiment tenté de communiquer. L'auteur a peut-être poussé très loin les actes de Max, le père d'Aurélie. Je ne sais pas si c'est très crédible. Mais cela va avec cette idée qui se prolonge dans le roman: personne n'est toujours comme on le croit. On ne peut pas toujours prévoir les réactions de tous. Max ne sera pas le seul qui surprendra le lecteur: Noémie, Pauline, et même Aurélie. Chacun est confronté à des épreuves qui, parfois, inverse leur cheminement. Qui aurait dit, au début, que Noémie se remettrait en question? Éternelle pleurnicheuse, elle finit par apprendre de la dispute avec sa fille, et par réfléchir sur d'autres aspects de sa vie. C'est peut-être elle qui comprend le mieux qu'ils ne furent pas de bons parents pendant l'enfance de leur fille.

En effet, la révolte d'Aurélie va très loin. Je me suis même dit, à un moment, qu'elle faisait un drame de peu de choses, que son attitude était un peu irresponsable, etc. Soit, mais ses parents l'ont presque laissée s'élever toute seule. Entre l'indifférence de l'une et l'amour dont la sincérité peut être remise en cause de l'autre, on peut dire qu'elle a plutôt bien tourné. L'espèce de naïveté confinant parfois à la bêtise que je lui reproche n'est pas un si grand défaut compte tenu de cela. En outre, elle est lucide sur d'autres points.

L'auteur montre également des vies en mouvement, des situations où rien n'est figé. Certains événements blessent, font prendre des décisions à l'aspect irrévocable, et puis parfois, on réfléchit, on met un peu d'eau dans son vin, on prend un tournant inattendu.
Beaucoup de situations seraient à analyser, et pas seulement après l'émancipation d'Aurélie. Mais j'en dévoilerais trop si je continuais dans cette voie. En effet, ce roman est comme le parcours initiatique d'une jeune fille ordinaire qui, à dix-huit ans, a déjà connu amour, douleur, désillusion, grande joie, etc. Certaines choses m'ont plu, d'autres m'ont paru grosses... Parfois, certaines réactions d'Aurélie m'ont semblé disproportionnées, mais comment réagirais-je à sa place? Il ne faut pas perdre de vue qu'elle découvre assez brutalement, et assez tard, ce qu'est la vie.

Outre une fine analyse psychologique, j'ai apprécié les conversations au cours desquelles l'auteur confronte plusieurs points de vue. Par exemple, Olivier et Pauline s'affrontent sur la notion de province, Aurélie et Olivier ne sont pas d'accord quant au contrat de première embauche, etc. J'ai aimé lire tous ces arguments sans devoir trancher.
À travers le ressenti d'Aurélie, l'auteur montre également la bêtise du racisme.

Éditeur: de Fallois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henriette Kunzli pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 3 juin 2013

Chercheur d'étoiles, de Tim Bowler.

Chercheur d'étoiles

L'ouvrage:
Voilà deux ans que le père de Luke Stanton est mort d'un cancer. Depuis, le jeune garçon se cherche. Par désoeuvrement, il s'est mis à fréquenter une bande de garçons peu recommandables. Voilà que ceux-ci veulent cambrioler le manoir où une vieille femme, madame Petit, vit en recluse. Julien Skiner, le chef de la bande, est persuadé que la vieille dame possède une boîte à bijoux.
C'est dans cette maison que Luke entend les pleurs d'une enfant.

Critique:
Je n'ai pas pu lâcher ce roman: dès le début, le lecteur est happé par l'histoire et les personnages. Ce jeune garçon qui a du mal à communiquer, qui a choisi une mauvaise voie, qui a du mal à en sortir, mais qui souhaite s'en tirer seul ne pourra que toucher le lecteur. Il ne suscitera pas toujours la bienveillance, mais il est très facile de comprendre comment et pourquoi il s'est retrouvé dans cette situation. Et puis, sa passion pour la nature et la musique, sa volonté d'aider les autres, le rendent sympathique.

Kirsty, la mère de Luke est également un personnage dont la psychologie est très bien décrite. Elle voudrait sortir son fils du marasme, voudrait qu'il se libère du poids qui l'oppresse, le comprend, même lorsqu'il agit mal et qu'elle est à bout de nerfs. Si la communication est difficile entre eux, Kirsty parvient assez souvent à trouver une façon d'atteindre Luke, même brièvement, et de retrouver leur complicité.

Outre des personnages bien décrits, l'histoire est passionnante. Il est des choses que j'aurais dû deviner, et pourtant, je n'ai rien vu venir. J'aime beaucoup qu'un auteur me prenne en défaut!
À un moment, j'ai cru trouver deux incohérences, mais Tim Bowler a été plus fin que moi qui me suis engluée dans un raisonnement erroné.
Si on pinaille, on peut trouver un peu gros certains éléments des derniers chapitres, notamment le fait qu'un homme mal en point parvienne à administrer les premiers secours, mais après tout, pourquoi pas? On peut aussi se demander ce qu'il se passera lorsque certains seront libres... Cette question reste en suspens.

J'ai aimé la sensibilité avec laquelle l'auteur parle de la musique. Il la voit comme une porte merveilleuse qui donne accès à de pures délices, la clé d'énigmes, la formule magique qui permettra à Luke de s'exprimer. Il est vrai qu'un morceau aimé ou susceptible de l'être aura toujours un effet bénéfique sur celui qui l'écoute. Comme dans ce roman, la musique est souvent source de souvenirs.
L'auteur exhorte également son lecteur à prendre le temps d'écouter le monde. Bien sûr, nous n'avons pas les capacités de Luke, mais peut-être avons-nous, nous aussi, une chanson intérieure, et il existe certains bruits de la nature que nous pouvons percevoir.

Éditeur: Pocket jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henriette Kunzli pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Cette lectrice ne cabotine jamais. Ici, tout en restant sobre, elle a su mettre la dose de sensibilité nécessaire.

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lundi, 15 avril 2013

La douane volante, de François Place.

La douane volante

L'ouvrage:
Bretagne, 1914.
Gwen, dit le Tousseux à cause de sa toux chronique, a quatorze ans. Il vit chez le vieux Braz, le rebouteux qui fut son maître. Comme il est frêle, les mauvais garçons du village ne se gênent pas pour le molester à la moindre occasion. Après l'une de ses corrections, il va s'enfouir dans l'ancien lit du vieux Braz. C'est alors qu'il entend la charrette de l'Ankou. Cette charrette, on ne lui résiste pas. Il monte donc à bord.

Il se retrouve sur une plage où on est persuadé qu'il est un naufragé. Personne ne croit son histoire de charrette, et on ne tient pas à ce qu'il en parle autour de lui. Le monde où il est à présent (les Douze Provinces) est régi par la douane volante qui empêche quiconque d'en sortir. Gwen se rend vite compte que son don de guérisseur lui sera très utile.

Critique:
Ce roman fantastique est d'abord un livre d'aventures. Moi qui ne suis pas friande du genre, j'ai apprécié ce roman, car il sort des sentiers battus tout en reprenant certains codes connus. Ce voyage dans les Douze Provinces est un parcours initiatique pour le jeune Gwen. C'est là qu'il pourra développer son talent, qu'il se fera un ami à la fois exaspérant et attachant, qu'il sera assujetti au bon vouloir de son maître, que son intégrité sera mise à mal (Comment ne pas comparer l'épisode de la tortue et ce que fait Gwen à des chiots?). C'est là qu'il sera confronté à la vraie vie qui est autrement plus trépidante, exaltante, et dangereuse que celle qu'il connut en Bretagne.
Il est amusant de voir que Gwen est traité de femmelette à cause de sa douceur et de son intégrité par celui-là même qui lui reprochera son insensibilité, voire sa cruauté, par la suite.
Tel Robinson Crusoe (au début), Gwen sera poussé par le besoin de rentrer chez lui, de retrouver ses racines. C'est tout naturel: beaucoup d'entre nous sommes ainsi. J'ai cependant été surprise de ce désir forcené, car rien ne le retenait vraiment en Bretagne, si ce n'est peut-être sa mère.

J'ai apprécié certaines correspondances créées habilement par l'auteur. Je ne peux trop en dévoiler là-dessus, car elles se font surtout à la fin, mais en gros, il montre que la vie a mûri certains protagonistes du récit. Si l'adoucissement de l'un des personnages peut sembler invraisemblable, au départ, il s'explique par ce qu'il a vécu, mais aussi par la correspondance faite avec un autre personnage.
J'aime beaucoup Der, l'oiseau si particulier de Gwen. Personnage haut en couleur, ayant été assujetti à deux drogues à cause du manque d'expérience de son «protecteur», il a plus d'une ressource dans son sac!

L'aspect fantastique est discret, mais s'il n'y était pas, l'histoire aurait été impossible. C'est lui qui offre au lecteur une toute autre dimension, qui permet de bouleverser certains codes trop utilisés.
François Place parvient à garder une part de mystère autour des Douze Provinces, surtout parce qu'on ne peut pas vraiment le situer spatio-temporellement. Il n'est pas dans un autre univers, puisqu'on finit par trouver la Bretagne sur une de ses cartes. On ne sait jamais si le temps est le même, si l'époque est la même que dans notre monde. On serait tenté de dire qu'il se passe dans des temps anciens (façon de pratiquer la médecine, apparition de la peste, etc), mais d'autres éléments pourraient faire penser autrement.

Le livre ne souffre d'aucune longueur. L'évolution des personnages est bien montrée. Les décors sont bien plantés: j'ai été immergée dans cet univers.
J'ai trouvé l'histoire d'amour un peu déplacée. Pourtant, elle n'est pas mièvre. En outre, il fallait bien que Gwen tombât amoureux. Soit, mais cela avait l'air un peu balisé. Pourquoi n'est-il pas tombé amoureux d'une fille qui ait moins de charisme? En effet, ce personnage m'a déplu: ses «amis» lui sont dévoués comme de bons chiens. Sa suprématie ma agacée.
La fin n'était pas facile à inventer. Il fallait qu'elle cadre avec l'idée de départ, qu'elle soit aussi bonne que le reste. L'auteur a su relever le défi. Si une petite chose m'a attristée, je sais qu'elle n'aurait pu être autrement.

Remarque annexe:
Il est intéressant de voir la perception de chacun: dans les Douze Provinces, on nie l'existence des sous-marins, chose que connaît Gwen, tout simplement parce que cette chose est inconnue dans ce monde-là. Cela ne veut pas dire qu'elle n'existe pas.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henriette Kunzli pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 7 mars 2013

L'île des oubliés, de Victoria Hislop.

L'île des oubliés

L'ouvrage:
2001.
Alexie Fielding vit une relation qui ne la satisfait pas. En outre, elle souhaite connaître la vérité quant à ses grands-parents. En effet, sa mère, Sophia, est très discrète quant à sa famille et son passé. Alexie se rend en Crête où Sophia vécut jusqu'à ses dix-huit ans. Elle y rencontre Fotini qui fut la meilleure amie de Maria, sa grand-tante, et qui lui racontera tous les secrets que Sophia a tus.

Critique:
J'ai adoré ce livre. J'ai juste un reproche à faire. La fin ne me satisfait pas vraiment... D'abord, certaines choses étaient prévisibles. En effet, des événements étant passés, la fin ne pouvait les changer. J'ai trouvé cela dommage, car cela ne laissait place à aucune surprise. D'ailleurs, si la structure avait été différente, le lecteur n'y aurait pas seulement gagné de ne pas «connaître» la fin dès le départ. Si le récit avait débuté en 1939, je pense qu'il aurait gagné en force. Les passages où on voit Alexie paraissent fades à côté du reste. C'est souvent le cas lorsqu'un roman s'étale sur plusieurs générations.

Ensuite, la conversation entre Alexie et Sophia m'a laissée dubitative. Je comprenais Sophia, mais je trouve regrettable qu'Alexie ait seulement su l'abreuver de paroles lénifiantes. C'est trop simple. Je suis d'accord quant au fait qu'on n'est pas responsable d'actes commis par des gens que l'on n'a pas (ou à peine) connus, fussent-ils de la même famille. Entre parenthèses, Sophia aurait pu se rendre compte de cela seule... Mais ensuite, Alexie ne fait qu'apaiser sa mère sur le reste. D'abord, ce n'était pas à elle d'expliquer la réaction de gens qu'elle n'a pas connus, cela aurait été à Fotini. Ensuite, il ne faut pas être diplômé en psychologie pour savoir que, comme elle le dit elle-même, l'attitude passée de Sophia a blessé des personnes. Ce n'est pas à sa fille de lui dire que ce n'est pas grave, car ça l'est. J'aurais préféré qu'elle lui dise quelque chose qui aurait paru plus vraisemblable, même si cela aurait été plus dur à supporter pour Sophia. Il aurait juste fallu qu'elle apprenne à vivre avec des erreurs impossibles à modifier.

À part cette fin décevante, ce roman est une très bonne saga qui ne souffre d'aucun temps mort. L'auteur évite tous les topoi du genre. Ici, pas de mièvrerie, pas de personnages parfaits qui se sacrifient... On me dira que Maria se sacrifie, surtout à un moment, mais je ne le pense pas. D'ailleurs, l'auteur a fait en sorte que ce ne soit pas un long chemin de croix à la fin duquel on aurait vu une Maria heureuse de ses choix malgré une immense frustration. Victoria Hislop n'hésite pas à sortir des sentiers battus, de sorte que le lecteur est toujours dans l'expectative.
Concrètement, la romancière s'éloigne du convenu en montrant que quelque chose de très rude peut avoir des conséquences bénéfiques. L'un des personnages voit un couperet s'abattre sur lui... ce qui lui évite une chose qui, à mon sens, aurait été pire. Un autre personnage parvient à mener sa barque exactement comme il l'entend... cela ne le rendra pas heureux pour autant, car il sera toujours insatisfait.

Grâce à ce roman, j'en ai appris davantage sur la lèpre et la recherche pour soigner cette maladie. L'idée d'exiler les malades en les rassemblant dans une «colonie» dédiée à cela est assez odieuse, mais à l'époque, on ne savait pas comment soigner la lèpre, on avait peur de l'attraper par de simples contacts. Cette peur est compréhensible. C'est ce qui fait que j'ai compris l'attitude d'Alexandros, à un moment.

J'ai été fascinée par le pouvoir destructeur et toxique d'Anna. Elle souille et dévaste ce qu'elle touche. En effet, elle ne se contente pas d'être une banale égoïste peste. Elle l'est à un point que cela en est risible. Dépourvue de conscience, n'aimant qu'elle-même (je ne pense pas qu'elle aime vraiment celui qu'elle croit, elle est seulement fière de l'avoir «gagné» et qu'il lui apporte une distraction), elle ne paraîtra pas caricaturale au lecteur. D'abord, elle est tout à fait cohérente. J'aurais été très étonnée qu'elle se fît une raison, ou qu'elle compatît sincèrement (elle n'a même pas le tact de faire semblant) lorsque sa soeur est confrontée à une rude épreuve. Là encore, je trouve qu'Alexie l'a fort mal analysée, à la fin. Anna n'était pas faible, ce n'était en aucun cas une pauvre malheureuse.

Bien sûr, le lecteur préfèrera Maria, quoiqu'Anna ait un certain charisme. Certains pourront dire que Maria est trop gentille. J'ai compris son besoin de ne pas faire d'esclandres, et donc, de taire ses colères vis-à-vis de sa soeur. Parfois, elle semble un peu trop gentille, certes, mais elle n'est ni mièvre ni grandiloquente. Et puis, elle aussi commet des erreurs.

J'aime beaucoup Georgis et Hélénie qui tentent de ne pas se laisser abattre par les vicissitudes de l'existence. Georgis fait figure de sage, à mes yeux.

Éditeur: les Escales.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henriette Kunzli pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 19 février 2007

Les deux orphelines, d'Adolphe d'Ennery et Eugène Cormon.

Les deux orphelines

L'ouvrage:
Michel et Thérèse sont très pauvres. Ils ont une fille, Henriette. Lui est ébéniste, mais il n'a pas beaucoup de travail.
Le couple est si démuni que Thérèse, qui ne mange pas à sa faim, n'a plus de lait pour nourrir sa fille. Désespéré, son mari décide d'aller déposer l'enfant devant une église. Elle sera trouvée par une personne attentionnée, pense-t-il. Quelqu'un la recueillera, et elle ne manquera de rien.
Michel dépose donc Henriette. Au moment où il va repartir, il entend un petit cri plaintif. Il découvre une enfant dont les parents ont sûrement eu la même idée que lui. Il se rend compte qu'il ne peut se résoudre à abandonner sa fille. Il la ramène donc chez lui, ainsi que l'autre bébé. Il ne sait pas comment il fera, mais il doit sauver ces enfants.
C'est Thérèse qui découvrira ce qui est caché dans les langes du bébé trouvé par son mari. Le bébé en question s'appelle Louise.

Critique:
Il faut lire ce livre en se remettant dans le contexte de l'époque. Il ne faut jamais perdre cela de vue. Ce roman a été publié au dix-neuvième siècle, et fait partie de ce que l'on appelle les «romans larmoyants«. Effectivement, certains passages sont assez gnan gnan, surtout pour le lecteur d'aujourd'hui. Par exemple, Louise s'adresse souvent à tort et à travers à Dieu. De plus, pendant un assez long moment, Louise et Henriette sont séparées. Louise pense que si on la ramène à l'endroit où sa soeur a été enlevée, celle-ci sera revenue et l'y attendra. Dès qu'elle croit être au susdit endroit, elle se met à hurler quelque chose comme: «Mon Henriette, je suis là! C'est moi, ta Louise!« Sa geôlière, la Frochard, lui intime alors de ne pas crier. Elle dit cela car elle ne veut pas que les gens puissent penser qu'elle n'est pas sa mère. Le lecteur, quant à lui, est d'accord avec la «méchante« sur le fait que Louise ne devrait pas crier comme ça. Il n'a pas les mêmes raisons que la Frochard, mais il se trouve gêné, car il est d'accord avec elle contre Louise. Il ne peut s'empêcher de rire, d'abord à cause de la façon dont Louise s'exprime, et aussi parce qu'elle croit qu'en hurlant dans la rue, elle va retrouver sa soeur. La pauvre Louise connaît bien des déboires, et le lecteur compatit à sa douleur, mais il ne peut s'empêcher de rire, parfois, à cause de son attitude. Malheureusement, on a du mal à prendre ce personnage au sérieux, même si on compatit. Bien sûr, ceci est le point de vue d'une lectrice de 2007. A l'époque où le livre a été écrit, et étant donné ses visées, le comportement de Louise n'est pas risible ou agaçant.
D'une manière générale, tous les personnages sont un peu comme ça, mais Louise gagne le pompon.

Les méchants, Jacques Frochard et sa mère, sont très méchants. Ils veulent seulement qu'on leur donne le plus d'argent possible, afin de pouvoir boire tout leur soûl.
Marianne représente la pêcheresse qu'une bonne action (un sacrifice, même), ramènera dans le droit chemin, et qui sera lavée de ses péchés.

Le livre est un peu facile. On se doute de la fin, mais on ne sait pas trop par quelles péripéties les personnages vont passer. Certaines de ces aventures sont là pour faire traîner l'intrigue, et cela peut être agaçant, mais c'est la loi du genre. Et encore, certains romans de ce genre sont beaucoup plus longs et traînent beaucoup plus.
Ce roman m'a plu. En le prenant pour ce qu'il est, en le remettant dans son époque, on peut comprendre qu'il ait eu un grand succès, en tant que roman populaire. Il m'a un peu changée de ce que je lis habituellement. Certaines choses me paraissaient un peu grosses, mais j'ai trouvé cette lecture sympathique. Parfois, un bon mélodrame où tout se termine bien, ça ne fait pas de mal!
En complément de cette critique, vous pouvez lire ce qu'en dit Gallica.

Éditeur: Marguerat.
Mention spéciale à Henriette Kunzli, la lectrice bénévole qui a enregistré ce roman pour la Bibliothèque Sonore Romande. Elle a su rendre les intonations des personnages, a su jouer sans surjouer. En général, cette lectrice lit bien, mais j'ai été étonnée par sa façon juste de lire ce roman, qui, à notre époque, est assez difficile à interpréter, à mon avis.

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