L'oeuvre de Dieu, la part du diable

L'ouvrage:
Années 30.
À l'orphelinat de Saint-Cloud's, le docteur Wilber Larch accomplit l'oeuvre de Dieu en faisant naître les enfants non-désirés et en leur donnant un foyer jusqu'à ce qu'ils soient adoptés. Mais il accomplit aussi la part du diable en avortant les femmes qui ne veulent pas que leurs enfants naissent.
L'un des orphelins, Homère Wells, n'étant pas adopté, souhaite se rendre utile dans l'orphelinat. Il s'attache au docteur, et peu à peu, découvre son métier.

Critique:
Dans ce roman, John Irving aborde avec finesse le cas de l'avortement. C'est son vécu qui a très vite fait comprendre au docteur Larch l'iniquité de l'illégalité de l'avortement. Ce qu'il appelle «la part du diable» (surtout pour le différencier des accouchements), il le considère comme l'oeuvre de Dieu, comme le reste. Parallèlement, l'auteur propose le point de vue d'Homère. Celui-ci admet que cela se fasse, car il comprend le désarroi des femmes qui le demandent. Cependant, il ne peut se résoudre à tuer un être vivant. En outre, il serait «plus à l'aise» si l'avortement était légal. Les deux points de vue se défendent...
Je n'ai pu m'empêcher de faire le parallèle avec mon époque où l'avortement est légal et où certaines le pratiquent à la légère ou bien se renseignent de manière superficielle quant à la contraception...

L'auteur montre des personnes qui savent apprendre de la vie, de leur expérience, de leurs erreurs. C'est la vie qui les mettra en face de certains choix, et les fera changer d'avis sur certains points. Ils sont ouverts, précautionneux... même Melony qui semble toujours porter une immense colère en elle. La vie se charge de la meurtrir, mais aussi de l'adoucir...

Le personnage d'Homère est assez fascinant. Il apprend sur le tas, et s'élève très rapidement socialement. Je ne sais pas si on peut apprendre la médecine sans études, sauf celles du terrain administrées par un maître à la fois aimant et bourru. En tout cas, l'auteur montre des personnages qui, avec du courage et de la vaillance, acquièrent très vite savoir et technique.

Le docteur est loin d'être parfait, ce qui est une bonne chose. Il a un grand coeur, mais il a aussi des faiblesses. Il peut également manipuler faits et éléments. Bien sûr, c'est pour la bonne cause, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'il est un peu retors, pour avoir imaginé son plan si tôt.

Je n'ai pas vraiment apprécié Candy. Je l'ai trouvée capricieuse. Il m'a semblé qu'elle voulait le beurre et l'argent du beurre. Elle-même laisse entendre qu'elle agit mal, mais ce n'est pas pour cela qu'elle change son fusil d'épaule. Elle se permet de dicter ses règles à tout le monde, sans vraiment faire cas des sentiments de ceux qu'elle blesse, tout en prétendant s'en préoccuper.

D'une écriture fluide, en un style à la fois relevé et sans fioritures, John Irving dépeint à merveille l'ambiance dans laquelle évoluent ses personnages. Qu'on soit à l'orphelinat ou dans le verger d'Oceanview, on s'y croirait. Par exemple, lorsque Larch ou Homère faisait la lecture aux enfants, le soir, je m'imaginais à côté d'eux, dans ce dortoir où s'égrennent les aventures de «Jane Eyre» ou de «David Copperfield». Certaines règles de l'orphelinat m'ont fait sourire. L'amour de Larch et des infirmières pour les orphelins, même s'il ne s'exprime pas toujours (faute de temps et à cause d'un caractère réservé), redore un peu le blason de ce genre d'institutions, car on croise souvent des orphelinats où la vie est faite de maltraitance ou d'indifférence. Celui-ci est vu comme un havre de paix et de bonheur simple.

L'auteur n'oublie pas de parsemer son roman de petites pincées d'humour, notamment lorsqu'il est question de nurse Edna, de nurse Angela, et de madame Rogan.

Un grand roman!

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Kronig pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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