Maman a tort

L'ouvrage:
Malone Moulin, trois ans, raconte au psychologue scolaire (Vasil Dragonman) que sa mère n'est pas sa mère. Rien ne semble corroborer ses dires. Pourtant, instinctivement, Vasil le croit. Pensant qu'il faut agir vite, car la mémoire d'un enfant si jeune s'efface rapidement, il va mener une enquête officieuse.

Critique:
Une fois de plus, Michel Bussi prend certains paris. Il appâte son lecteur avec quelque chose qui interpellera forcément: un enfant qui ne semble absolument pas maltraité, qui semble aimer sa mère, et qui dit qu'elle n'est pas sa mère. Ensuite, l'auteur s'attache à construire une intrigue sans temps morts. J'ai deviné certaines choses rapidement, mais pas tout.

L'intrigue étant complexe et un peu folle, l'auteur insère (comme dans ses précédents romans), certaines choses difficilement explicables. Je suppose que c'est sa marque de fabrique. Encore une fois, la majorité de ces éléments passent bien, mais Michel Bussi ne devrait peut-être pas trop forcer sa chance... De plus, comme dans certains de ses autres romans, certaines explications sont contestables.

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Il est très étrange que dans un petit village où tout se sait toujours (l'auteur insiste bien là-dessus), personne n'ait su que le vrai Malone avait eu un accident. Personne n'aurait vu Amanda, complètement désespérée emmenant son enfant à l'hôpital...
Il est aussi discutable qu'Angélique ait su pour quel jour elle devait prendre les billets d'avion. Certes, l'étau se resserrait puisque Vasil avait été tué, mais le coup de poker était très gros. Il était également très risqué de parier qu'Amanda regarderait le mur assez longtemps pour déceler que la fissure n'était pas naturelle. Encore fallait-il qu'elle regardât justement ce point du mur.
L'auteur explique certains points en disant qu'Angélique a construit son plan très minutieusement, tout en sachant qu'elle pouvait ne pas tout contrôler... C'est d'autant plus discutable qu'elle a eu très peu de temps pour enregistrer les histoires, imaginer comment faire pour que Malone fasse savoir qu'il n'est pas le fils des Moulin, envisager la possibilité du voyage en avion, etc.

Au long du roman, l'écrivain s'amuse à faire croire quelques petites choses (qui ont leur importance) au lecteur. Certaines sont de bonnes trouvailles, d'autres sont un peu exagérées.

Je n'ai pas vraiment aimé qu'il commence son récit par le fait que Marianne (la policière) découvre quelque chose de crucial (que nous ne saurons que vers la fin du roman), puis rraconte ce qui est arrivé une semaine plus tôt. Je n'aime pas ce faux suspense dont beaucoup d'auteurs usent. Souvent, cela m'ennuie au lieu de me faire mariner. Ici, cela a, en plus, le désavantage de fournir des indices qui ont fait que j'ai deviné certaines choses...

À un moment, se pose une question que certains auteurs rencontrent parfois dans leurs romans, et qu'ils contournent de manière très cavalière. Michel Bussi, lui, y a prêté attention, et a su la résoudre. Il s'attarde d'ailleurs sur cette question, ce qui m'a plu.

J'ai apprécié Vasil qui ne s'enferre pas dans du jargon de psychologue, qui ne tente pas de ranger les gens dans des cases. Il explique certains raisonnements, certains faits, mais ne prétend pas avoir la science infuse. En outre, j'ai apprécié ses explications quant aux souvenirs.

À travers son histoire et ses personnages, Michel Bussi analyse les relations de parents avec leurs enfants. Là encore, il n'établit pas de schémas. On trouve de tout: les parents qui feraient tout pour leurs enfants, ceux qui n'en ont cure... J'ai trouvé un peu triste qu'il accentue le fait qu'une fois grands, les enfants se détournent de leurs parents. Ils volent de leurs propres ailes, certes, mais ne deviennent pas pour autant des ingrats... Bien sûr, on ne fera pas la même chose avec un enfant qu'avec un adolescent. Bien sûr, on n'agira pas avec son enfant devenu adulte comme avec son enfant quand il était jeune. Mais il peut y avoir d'autres relations. Ici, l'auteur montre surtout de grands enfants qui se détournent de leurs parents...

Au début de certains chapitres, on trouve des extraits du site enviedetuer.com. Au début, j'ai trouvé cela amusant, puis j'ai pensé que beaucoup de gens s'énervaient vraiment pour des broutilles... Le pire, c'est qu'à mon avis, l'auteur n'exagère pas: certains s'énervent vraiment pour des âneries pareilles.

Marianne m'a un peu agacée. Elle sent son horloge biologique la titiller, alors, elle va faire du sport pour tenter de faire fondre sa graisse. Le but étant de trouver un homme qui lui ferait un enfant. Après, elle se jure de s'octroyer toutes les cochonneries qu'elle veut. Je trouve cela très superficiel et cliché. On fait attention à soi pour soi...
À un moment, cette pauvre Marianne se demande comment elle va faire pour gérer deux enquêtes à la fois. Cela m'a fait rire, car en général, la police gère plusieurs enquêtes à la fois. Une équipe en a sûrement plusieurs en cours. Certes, Marianne n'officie pas à Paris, mais j'ai quand même trouvé sa remarque un peu étrange.

J'ai trouvé amusant que le récit se déroule en novembre 2015. C'est sympathique de se dire qu'il se passe à une période qui arrivera dans quelques mois. Il me semble que Michel Bussi a déjà fait cela.

Malgré les quelques reproches que j'ai faits, je vous recommande ce livre avec lequel on passe un bon moment, le suspense et la tension étant au rendez-vous.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Caroline Klaus.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.

J'ai découvert cette comédienne par sa lecture de ce roman. Pour sa première prestation, elle n'avait pas la partie facile. D'abord, elle a évité l'écueil de trop modifier sa voix pour les rôles masculins.
Ensuite, lorsqu'elle raconte les histoires de Gouti, elle prend un ton qu'on aurait pour raconter à un très jeune enfant, mais elle l'exagère. Au début, je trouvais cela dommage, car c'est assez laborieux à écouter. Cependant, lorsque Marianne entend ces histoires, la description qu'elle fait de la voix donne à penser que c'est conté ainsi dans le roman.
D'autre part, à un moment, un policier interroge des personnes âgées. Caroline Klaus prend une voix un peu traînante, un peu fatiguée, qui s'enroue un peu pour lire leurs paroles. Ce ton de voix s'accorde très bien avec ce qu'on devine de ces gens. Bien sûr, la comédienne n'en fait pas trop. Je pense que certains autres auraient exagéré.
Je réentendrai Caroline Klaus avec plaisir.

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