Lecteur : Kirsch Cachou

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jeudi, 13 octobre 2011

La femme au miroir, d'Eric-Emmanuel Schmitt.

La femme au miroir

L'ouvrage:
Seizième siècle.
Anne doit se marier. Au fond d'elle, elle ne le souhaite pas. Peu avant le jour J, elle s'enfuit. Elle préfère communier avec la nature plutôt que d'épouser un homme.

1904.
Hanna est mariée à Frantz. Ils veulent avoir des enfants. Mais la jeune femme tarde à être enceinte. Elle le souhaite surtout pour faire ce qu'on attend d'elle.

Anny est actrice à Hollywood. Emportée dans le tourbillon du show-business, elle boit et se drogue. Lors d'une hospitalisation, elle rencontre un infirmier, Ethan, qui la prend sous son aile. Tant qu'à se droguer, lui explique-t-il, autant que ce ne soit pas avec n'importe quoi.

Critique:
En général, les livres d'Eric-Emmanuel Schmitt ne m'attirent pas. Celui-là a fait exception. Le résumé m'a interpellée. Je connais cette idée qui consiste à mélanger époques et destins. Elle me séduit.
L'auteur parvient bien à dépeindre des femmes ancrées dans une époque, une société, qui s'efforcent de s'y insérer, et qui s'aperçoivent qu'elles aspirent à autre chose. Il est fascinant de voir qu'à trois époques différentes, ces trois héroïnes souffrent parce qu'on tente de les enfermer dans un carcan. Les époques changent, mais les gens sont toujours aussi intolérants. On n'aime pas la différence, on ne l'accepte pas. Cela peut avoir des conséquences désastreuses.
La façon dont la différence est refusée, niée, étouffée est très bien expliquée, surtout dans le cas d'Anne. Même ceux qui se disent ses protecteurs ne la comprennent pas vraiment, et veulent la dominer, la maîtriser, la plier à une certaine façon de penser.

J'aime beaucoup la façon dont Anne explique ses «croyances». Les hommes veulent à tout prix dire qu'elle croit en Dieu, mais Anne n'a pas de nom pour cela. En outre, elle réprouve la manière dont l'homme définit Dieu. Je suis tout à fait d'accord avec tout ce qu'elle reproche au dogme des hommes. On est bon et généreux parce qu'on le veut, parce qu'on l'est naturellement, pas parce que le dogme le dit. À partir du moment où on est bon par obligation, tout est frelaté. Idem pour le rachat des péchés... Anne avait, en fait, trouvé un état de grâce, une façon d'être pleinement heureuse. Elle savait être assez attentive pour comprendre la nature et les animaux, et avait très vite su que l'homme était le véritable prédateur.
Son côté «j'aime tout le monde», et «je tends l'autre joue», m'a un peu agacée. Mais personne n'est parfait!
Je ne sais pas quels textes existent sur Anne de Bruges, ou si l'auteur l'a totalement inventée, mais j'aime la façon dont il transcrit le cheminement de la pensée de la jeune femme.

Avec Hanna, j'ai découvert les débuts de la psychanalyse. Cela m'a plu pour plusieurs raisons. D'abord, il est toujours intéressant de voir la naissance d'un concept qu'on connaît bien. Ensuite, j'ai été amusée de lire comment cette nouvelle idée était traitée par le public à l'époque.
Je n'ai pu m'empêcher de trouver certaines choses un peu clichées. Par exemple, les phases par lesquelles passe Hanna au cours de sa psychanalyse. Outre le transfert, il y a le changement radical qu'elle opère dans sa vie. Il est un peu étrange que ce qu'elle découvre sur elle-même la transforme à ce point, car elle semble très timide et désireuse d'entrer dans le moule des conventions. Cependant, je comprends ces bifurcations.
J'ai apprécié qu'elle ait eu une interprétation autre quant au mysticisme d'Anne. Cela montre bien que chacun interprète les choses en se basant sur son vécu, sa sensibilité, ses expériences, et qu'il n'y a pas toujours une vérité absolue.

J'ai eu du mal à entrer dans la vie d'Anny. Au début, je ne l'appréciais pas trop, car son personnage me semblait trop cliché: l'actrice insatisfaite qui boit et se drogue... Elle finit par être davantage épaisse, mais je n'ai pas trop compris comment elle avait réussi à se motiver pour changer. C'est peut-être une petite faiblesse de l'histoire.
L'auteur décrit bien le monde dans lequel évolue Anny. Même si cela semble caricatural, je pense que c'est très réaliste.
J'aime bien la vieille actrice sur le retour.

L'auteur a su écrire en trois styles différents pour aborder les trois femmes et leurs époques, surtout au début. Cela aide mieux le lecteur à se plonger dans chaque époque et dans chaque personnalité. J'ai particulièrement aimé les passages où Anne pense à la nature. C'est poétique, la nature est très joliment évoquée.
Pour Hanna, j'ai apprécié que ce soit épistolaire, cela change un peu. C'est une diversité intéressante.

Le livre est assez épais, mais il n'y a pas de temps morts.
Il y a une espèce d'énigme à propos d'Hanna: le lecteur découvre qu'elle est bien plus complexe que ce qu'il pensait. On entrevoit cette complexité, mais elle est renforcée.

Le titre est bien sûr omniprésent. Outre les miroirs avec lesquels nos héroïnes ont des rapports compliqués, chacune est, en quelque sorte, le miroir de l'autre... il y a beaucoup de jeux de reflets, de ressemblances, de rapports entre de petits ou de grands événements de leurs vies.

À la fin de l'ouvrage, il y a un entretien avec l'auteur. Je trouve toujours cela très intéressant et plaisant. J'ai apprécié d'entendre les dires du romancier. Je n'en parlerai pas trop pour laisser le plaisir de la découverte, mais j'ai trouvé ce qu'il dit très juste.
J'ai été déçue que, comme Pierre Lemaître à la fin d'«Alex», il «parle tout seul». Les questions ont dû être coupées au montage, ce qui fait peu naturel.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch dans le rôle d'Anne, Marianne Épin dans celui d'Hanna, Nathalie Hugo dans celui d'Anny, Valérie Lemaître dans celui de Gretchen. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'ai été ravie de retrouver Cachou Kirsch. Son talent ne se dément pas. Elle parvient à lire des passages pas vraiment évidents en restant sobre. Je pense notamment aux descriptions de la nature où il serait facile de prendre une voix niaise.
J'ai également apprécié de retrouver la voix si agréable de Marianne Épin. Elle interprète toujours avec naturel.
J'apprécie moins Nathalie Hugo. Sa voix est agréable, mais je la trouve moins naturelle que d'autres comédiennes. Cependant, ici, elle m'a moins agacée. Soit je m'habitue, soit elle joue mieux. Je lui suis reconnaissante d'avoir prononcé Anny à la française, et non comme l'a fait l'auteur dans l'entretien final. J'aurais trouvé cela affreux!
Ayant peu entendu Valérie Lemaître, je ne connais pas encore très bien sa voix. Ici, sa voix et sa façon de lire m'ont plu. J'attends de l'entendre sur un roman entier pour me faire une opinion plus creusée.

L'éditeur a inséré trois styles de musique totalement différents. C'est une bonne idée. Chaque musique est bien choisie par rapport à l'époque, au monde, et au personnage qu'elle annonce. Si je reste allergique à la musique dans les livres audio, je trouve que cela a été fait intelligemment.

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samedi, 23 avril 2011

Pour vous, de Dominique Mainard.

Pour vous

L'ouvrage:
Delphine M a trente-cinq ans. Elle a créé «Pour vous», une agence de service à la personne. Elle rend tous les services qu'on lui demande, du moment qu'on paie: cela va de la promenade du grand-père jusqu'à... la location d'enfant.
Un jour, un certain monsieur Jones lui demande de taper le contenu de cahiers qui sont une espèce de lettre que lui a écrite son amant avant de mourir. Cette demande n'est pas anodine.

Critique:
Au départ, j'ai adoré le personnage créé par Dominique Mainard. Pas seulement pour son cynisme, mais aussi à cause de son regard si averti sur notre monde, et pour sa manière de tirer parti des gens. Certains la trouveraient amorale, je la trouve intelligente. Elle n'exploite pas la douleur des gens, c'est eux qui choisissent de demander ses services ou pas. (D'ailleurs, il est étonnant de voir tous les types de demandes qui arrivent chez «Pour vous». Elles sont assez représentatives de la misère et de la bizarrerie humaine. Je pense que l'auteur n'exagère pas à ce sujet.) Delphine sait ce qu'elle veut, et se débrouille pour l'obtenir.

Ensuite, elle piétine les conventions, les préjugés de la société, la bienséance... Elle aime l'argent. Est-ce un crime? Surtout qu'elle ne fait rien de vraiment nuisible. J'avoue beaucoup aimer la façon dont elle traite sa mère. Mère qui, apparemment, n'en fut pas vraiment une... Ce n'est pas pour autant que Delphine est insensible. Elle est pragmatique, analyse bien ses clients, mais on voit bien (malgré ce que pense Adorno), qu'elle n'est pas toujours en train de jouer. Elle a été touchée par celle qui lui permit (tant moralement que financièrement) de créer son agence. Elle a également éprouvé de la compassion, et même peut-être un peu d'amitié pour Adorno. Elle est également quelque peu attendrie et maternelle avec Karol. Bien sûr, elle semble mépriser Marja et la plupart de ses clients, mais le lecteur n'est pas très loin de ressentir la même chose...

J'ai donc été déçue lorsque Dominique Mainard a fissuré ce personnage jusqu'à le transformer. J'ai trouvé tout cela peu crédible, à commencer par ce stupide coup de foudre que rien, et surtout pas la personnalité de Delphine, n'explique.
On me dira que justement, la froide et calculatrice Delphine n'attendait qu'un coup de pouce de la vie pour se révéler une midinette. On me dira qu'elle cachait sa vraie nature sous un cynisme exagéré... Je n'y crois pas. Ce n'est tout simplement pas crédible. Qu'elle tombe amoureuse, qu'elle s'assouplisse, d'accord. Mais que cela soit si brusque, et que cela soit d'un parfait inconnu... Elle le connaît un peu, certes, mais cela n'explique pas vraiment son coup de foudre.
J'ai trouvé cela dommage... Dominique Mainard a créé un personnage intéressant et consistant, puis l'a soudain rendu cliché, creux, et plat... Certes, il fallait bien raconter une histoire, un changement... mais je n'ai pas aimé la tournure et la brutalité de ce changement.

Le paroxysme de la déconstruction du personnage est atteint à la fin. Delphine fait une chose qui n'est pas compatible avec sa personnalité. Ensuite, sa lettre finale montre une autre chose qui m'agace profondément. C'est un moyen pour Dominique Mainard de rester politiquement correcte, comme si un personnage tel qu'on voit Delphine au début était inconcevable, comme s'il fallait absolument qu'une femme finisse par ressentir ce qu'elle ressent à la fin... Dans ce livre, la romancière a osé quelque chose, mais n'est pas allée jusqu'au bout. Je trouve ça très dommage. Je ne peux donc pas dire si j'ai aimé ou non ce livre... j'en ai adoré certains aspects, et détesté d'autres... Au moins, il ne m'a pas laissée indifférente. ;-)

Quant à ce qu'elle finit par faire de «Pour vous», cela laisse le lecteur perplexe. Que Delphine soit touchée par divers événements, soit. Mais son geste est assez inconcevable lorsqu'on la connaît. Il est trop théâtral, et ne lui apportera rien.

Delphine occupe beaucoup de place, mais les personnages qui l'entourent ou ont gravité autour d'elle sont également intéressants. Je me suis surprise à m'attacher à ceux qu'elle aimait bien, et à mépriser un peu les autres, tout en les comprenant.

Éditeur: À vue d'oeil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch pour la Ligue Braille.
Encore une fois, ce fut une joie d'entendre la voix et le jeu de Cachou Kirsch. Quelle fraîcheur! Quel naturel! Je regrette juste qu'il reste quelques erreurs de lecture.

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mardi, 9 novembre 2010

Le goût des pépins de pomme, de Katharina Hagena.

Le goût des pépins de pomme

L'ouvrage:
Bertha est morte. Elle a légué sa maison à Iris, sa petite fille. Celle-ci s'y rend, afin de décider de ce qu'elle en fera. C'est alors que les souvenirs qu'elle a de sa famille ressurgissent.

Critique:
J'ai eu du mal à entrer dans ce roman. Il est un peu déroutant que la narratrice évoque des gens qui ne sont pas là. Elle nous présente ses tantes, ses parents, ses grands-parents, mais comme on ne les voit pas évoluer, on a du mal à assimiler tous ces personnages. Au début, je n'ai pas vraiment pu prendre part à leur vie, car l'histoire est figée. Il m'a donc fallu du temps avant de m'attacher à eux.
Autre chose m'a gênée: Iris raconte ses souvenirs épars. Elle commence une anecdote, et la termine longtemps après. On me dira que c'est le propre du souvenir, mais ici, il y a des choses dévoilées en fin d'ouvrage qui, s'il s'était agi d'une véritable remémoration, l'auraient été plus tôt. L'auteur a retardé ces révélations pour faire attendre le lecteur, et créer des petites chutes, mais c'est un peu artificiel.

La première difficulté passée, j'ai trouvé les personnages sympathiques. La narratrice montre une famille assez ordinaire vivant des choses qu'on pourrait qualifier de banales. Pourtant, le lecteur se prend au jeu, et veut savoir comment tout s'achève.
Par exemple, l'histoire d'Ariette est assez commune. Cependant, on sera captivé par le récit qu'en fait l'héroïne. Ce sera pareil pour toute la famille. Le canevas de ces existences qu'Iris tisse pour nous est représentatif de ce qu'est la vie.
Certains personnages seront plus sympathiques que d'autres, et ce pour diverses raisons. Rien n'est manichéen, même si le lecteur blâmera Rose-Marie d'avoir voulu séduire Peter, ou l'époux de Bertha d'avoir installé la zizanie parmi ses filles, et de ne pas avoir su aimer sa femme.
La façon dont Ariette fera savoir à Fridrich ce qu'il a perdu fera naître un sentiment doux-amer chez le lecteur.
L'ambiance, les intrigues, les protagonistes, tout cela fait que chacun pourrait retrouver sa propre famille dans ce roman.

Le livre contient des scènes drôles assez réussies. Par exemple, les deux fois où Iris rencontre Max alors qu'elle est en mauvaise posture.
L'un des mystères est assez humoristiques, à savoir: pourquoi Inga est-elle électrique?
Le goût de Mira enfant pour le noir est décrit de manière assez... haute en couleur!
Le poème sur le rhume est assez amusant, même si son auteur avait l'air de se vanter en le récitant.

Il va de soi que le titre est bien choisi, car la pomme parfume ce livre du début jusqu'à la fin. Iris possède même un pommier devin, ou du moins, qui l'oriente dans ses choix.

Bref, un roman sympathique, plaisant à lire, mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 10 novembre.

J'aime beaucoup la voix bien timbrée et le jeu naturel de Cachou Kirsch. Elle parvient à modifier sa voix pour interpréter certains personnages sans que cela nuise à sa performance. Elle sait jouer sans cabotiner. Par ailleurs, sa voix est très agréable. J'avoue qu'elle est la seule raison pour laquelle je regrette de n'avoir pas pu aller au-delà du chapitre 1 de «Le cercle de Dante», de Matthiew Pearl, qu'elle a enregistré pour la Ligue Braille. J'espère qu'elle enregistrera beaucoup d'autres ouvrages pour les éditions Audiolib.
À noter qu'elle a déjà enregistré, avec d'autres comédiens, «Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates» pour cet éditeur.

J'ai trouvé qu'il y avait beaucoup trop de musique! Il y en a à chaque début de piste, mais aussi de petits passages au milieu des pistes...

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lundi, 7 juin 2010

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary-Ann Shaffer et Annie Barrows.

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

L'ouvrage:
Londres, janvier 1946.
Pendant la guerre, Juliet Atson a écrit des articles censés distraire les gens en les amusant. Son éditeur (qui est également son ami), vient de rassembler tous ces articles dans un livre qui se vend très bien.

À présent, Juliet cherche l'inspiration. C'est alors qu'elle reçoit une lettre d'un homme vivant à Guernesey, Dawsey Adams. Il lui dit qu'il s'est retrouvé en possession d'un livre qu'elle a vendu, et qu'il l'a adoré. Il lui parle de ses amis: ils forment le cercle littéraire d'amateurs de tourtes aux épluchures de patates. Juliet voudra en savoir plus. Petit à petit, d'autres membres du cercle lui écrivent...

Critique:
L'originalité de ce roman est qu'il est épistolaire. Cela permet d'avoir plusieurs points de vue, qui se croisent ou non, sur plusieurs événements.

L'un des côtés positifs de ce livre est de montrer sans complaisance le contraste qu'il pouvait y avoir, en cet après-guerre, entre ceux qui ont été touchés et ceux qui l'ont moins été. Ce que vit Juliet est assez banal. C'est alors que l'histoire d'Elizabeth et de son amie d'infortune survient.
Même si le thème de la guerre m'agace à force d'être surexploité, ici, il l'a été intelligemment.

Cependant, beaucoup de choses sont assez décevantes. Par exemple, beaucoup d'événements sont prévisibles.
(Attention, la suite du paragraphe dévoile certains pans de l'histoire.)
On sait que Juliet ira à Guernesey, qu'elle s'y plaira beaucoup, qu'elle y connaîtra l'amour. Ensuite, on se doute assez vite que c'est à Guernesey qu'elle trouvera l'inspiration. Il devient également vite évident qu'elle souhaitera adopter Kit.

D'autre part, certains personnages et événements sont un peu clichés. Par exemple, Adélaïde est une vieille peau aigrie, bigote, qui passe son temps à chercher des noises aux gens, et à crier son intolérance. Elle est censée faire rire et susciter l'antipathie du lecteur, mais elle n'est pas très crédible.
Isola est un peu excentrique, ce qui pourrait être amusant si elle-même s'en rendait compte, si elle prenait du recul, et pouvait tourner quelque peu en dérision ces excentricités, comme, par exemple, la lecture des bosses, ou, à la fin, son interprétation des faits. Mais elle croit pleinement à ses lubies, et au lieu de faire rire le lecteur, elle fait pitié, et est un peu agaçante.
Il est aussi un peu gros que presque dès son arrivée, Juliet s'occupe de Kit, comme si elle avait toujours vécu à Guernesey.
Il est aussi un peu gros que Kit déteste d'emblée Billie B, comme si elle devinait confusément sa fourberie.
La fin est prévisible, mais jolie quand même.

Malgré le fait que le contraste entre gravité et légèreté soit intéressant, ce roman serait plutôt un repose-cerveau. En outre, il y a trop de choses prévisibles, trop de clichés pour que je le recommande chaleureusement. Il faut le lire quand on n'a pas trop envie de réfléchir ou quand on n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent. J'ai lu des critiques extasiées au sujet de ce livre: je pense que les gens habitués à la lecture, ceux qui tentent de découvrir beaucoup d'auteurs de tous horizons, comme moi, ne seront pas d'accord avec ce concert de louanges.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch, Nathalie Homs, Nathalie Hugo, Thierry Janssen, et Philippe Resimot pour les éditions Audiolib.
Les comédiens ont bien interprété ce roman. La plupart du temps, ils n'ont pas trop mal prononcé les noms anglophones, bien que certains m'aient écorché les oreilles. Par contre, ils ont tous prononcé «Djouliette», comme si on ne pouvait pas dire «Juliette», même si ça s'écrit «Juliet». Elle est anglaise, certes, mais prononcer Djouliette alors qu'on lit un texte en français, ce n'est pas très naturel, à mon avis.
D'autre part, à un moment, Juliet reçoit une lettre d'un «ami des bêtes» qui lui explique ce qui est arrivé aux animaux de Guernesey. Le récit est assez émouvant. Le lecteur qui s'en est chargé a choisi de prendre une voix un peu simplette pour ce personnage. Je trouve que ce n'est pas très professionnel, car il y a un parti pris. On nous dit implicitement que ce personnage qui pense au bien-être des animaux n'est qu'un benêt. Pourquoi? Juste parce qu'il s'inquiète pour des animaux qui n'ont rien demandé à personne, et ont été massacrés? Soit, c'était la guerre, mais cela ne veut pas dire qu'on a le droit de massacrer des animaux, tout comme on n'a pas le droit de massacrer des hommes.
Il y a de la musique entre chaque lettre... pour moi, c'est beaucoup trop.

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