Lecteur : Kirsch Cachou

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mercredi, 17 avril 2019

Blood orange, d'Harriet Tyce.

Blood orange

L'ouvrage:
Alison est avocate. Elle aime beaucoup son travail. Son mariage commence à partir en vrille. Elle sait qu'elle a sa part de responsabilité là-dedans. C'est alors qu'on lui confie sa première affaire de meurtre. Elle doit défendre Madeleine qui a tué son mari, Edwin, de plusieurs coups de couteau.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Au départ, Alison m'agaçait, sans que cela ne gâche ma lecture. Je le précise, car souvent, quand un personnage m'énerve, j'ai envie de reposer le livre. Ici, je marchais complètement dans ce que voulait l'autrice: je ne trouvais pas l'héroïne sympathique, mais je souhaitais continuer le roman. Petit à petit, j'ai noté les quelques efforts que la narratrice faisait pour remettre sa vie sur les rails. J'ai aussi remarqué à quel point les déconvenues qu'elle essuyait la blessaient. Malgré ce qui ne me plaisait pas chez elle, je voyais sa fragilité, son envie de mieux faire. Bref, je pense qu'Harriet Tyce a montré un personnage complexe à la psychologie creusée. J'ai apprécié que mon aversion de départ laisse place à de la compassion et à de l'attachement pour cette femme qui admettait sa faillibilité.

J'ai assez vite deviné quelque chose d'important, mais cela n'a pas non plus gâché ma lecture. Au contraire, je faisais coller ce que savait Alison avec ma solution, et j'étais contente de voir que cela fonctionnait. Il y a même un point où je serais allée plus loin que l'autrice.

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Quand Mathilda disparaît lors de la partie de cache-cache, j'imaginais que Carl avait suivi sa femme et sa fille, et alors qu'Alison comptait, avait dit à l'enfant: «Viens, on va faire une blague à maman.», avant de l'emmener. Je me disais même qu'il lui aurait dit de ne rien dire, qu'il faudrait garder cela secret pendant un moment, et que dans quelques semaines, ils pourraient avouer à Alison qu'ils lui avaient fait une plaisanterie. Ensuite, Mathilda aurait fini par le dire à sa mère, sentant que quelque chose n'était pas net. Cela aurait peut-être été un peu difficile à faire tenir, donc je n'en veux pas à la romancière de n'avoir pas utilisé cette ficelle, mais je pense qu'elle aurait pu.


Je n'arrivais quand même pas à trouver comment Alison saurait ce qu'il y avait à savoir, et comment elle se sortirait de la situation. L'autrice a bien joué.

Très souvent, je râle après les prologues de ce genre de romans qui sont là pour nous faire baver, et qui m'agacent énormément. Là encore, Harriet Tyce a marqué un point! En lisant son prologue, on se doute qu'il aura un rapport avec la solution, mais on ne sait pas comment. Il suscite un petit questionnement, mais ne donne pas trois tonnes d'indices. Pour moi, ce prologue pose certaines choses, invitant le lecteur à remarquer de petits éléments au long du livre, mais l'écrivain ne se moque pas de lui, à l'inverse des auteurs des romans qui font des prologues qui ne servent à rien, et après lesquels j'ai râlé au cours de mes chroniques.

Outre l'existence d'Alison, nous découvrons l'affaire dans laquelle elle est plongée. La quatrième de couverture du roman y va avec de gros sabots, pointant exagérément les ressemblances entre cette affaire et ce que vit l'héroïne. Harriet Tyce, elle, fait cela bien plus subtilement. Il est dommage que la quatrième de couverture appuie là-dessus, car il est bien mieux que le lecteur se fasse de petites remarques à mesure qu'il avance dans l'ouvrage.

Je voudrais dire d'autres choses, mais j'en dévoilerais trop. Globalement, je n'ai rien à reprocher à ce livre. Je le conseille.

Service presse de la plateforme d'écoute Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch pour les éditions Lizzie.

Moi qui apprécie beaucoup cette comédienne, j'ai de la chance qu'elle ait enregistré ce roman. J'ai aimé son interprétation. Elle est parfaitement entrée dans la peau d'Alison, rendant très bien son désarroi, ses espoirs lorsqu'elle se promettait de mieux faire, etc.
Elle a également été naturelle lorsqu'il s'est agi de jouer Mathilda, campant une enfant de six ans vraisemblable, et ne cabotinant pas.
À un moment, elle doit jouer un garçon de quatorze ans. Je ne sais pas comment elle a fait, mais elle a adopté une intonation et un timbre de voix qui auraient pu être ceux d'un adolescent. Par ailleurs, elle n'a pas modifié sa voix à outrance pour les personnages masculins.
J'ai été déçue qu'elle prononce certains noms propres («orange» dans le titre, ou «Brighton» par exemple) en prenant un accent anglophone...

Pour information, la structure du livre n'a pas été respectée. Certains chapitres sont coupés en deux pistes. Les éditions Lizzie, comme Audiolib, sont adeptes des pistes ne dépassant pas (ou presque pas) le quart d'heure. (Est-ce une idée que Liza Faja, qui travaillait chez Audiolib avant, et qui fait maintenant partie de l'équipe de Lizzie, a apportée avec elle?) Comme je l'ai déjà dit dans d'autres chroniques, je trouve cela dommage, car pour moi, cela fait que la version audio du livre n'est pas propre. De plus, outre la musique en début de chaque chapitre (ce que je trouve déjà très désagréable), l'éditeur a ajouté quelques notes au milieu de certains chapitres, sûrement pour faire ressortir un changement de scène. Je pense que l'auditeur est assez intelligent pour comprendre que quand la lectrice dit «deux jours plus tard», on a changé de scène; ou que même s'il n'y a pas d'indications temporelles, le texte est assez explicite pour qu'on sache que quelques heures sont passées.

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jeudi, 20 juillet 2017

Raison et sentiments, de Jane Austen.

Raison et sentiments

L'ouvrage:
Domaine de Norland, Sussex. À la mort d'Henry Dashwood, son fils aîné (John) hérite de la plupart de ses biens. Sa femme (Fanny) et lui ne désirent pas aider financièrement la seconde épouse d'Henry et ses trois filles: Elinor, Marianne, et Margaret. Celles-ci, n'ayant que le peu qu'Henry a pu leur laisser, finissent par déménager dans le Devonshire. Cela éloigne Elinor de celui pour qui son coeur soupire: Edward Ferrars, frère aîné de Fanny. Quant à Marianne, elle s'éprend rapidement de John Willoughby, qui lui a porté secours alors qu'elle s'était foulé la cheville.

Critique:
C'est avec délectation que je me suis plongée dans ce roman sympathique, dont l'intrigue un peu simple est servie par une brillante écriture. L'ambiance est parfaitement plantée dès le premier chapitre. On a l'impression d'être aux côtés de ces jeunes filles et de leur entourage: entre mondanités, protocole, coups bas, amours naissantes. Le style vivant et relevé de Jane Austen recrée à merveille une époque et une société avec ses codes.

L'un des thèmes du roman est (comme l'indique le titre) la manière dont s'opposent le caractère d'Elinor et celui de Marianne. Marianne, fougueuse, prompte à se précipiter dans une histoire ayant tous les aspects romanesques qui lui plaisent, avec un homme qu'elle sent aussi passionné qu'elle, n'hésite pas à se montrer injuste envers certaines personnes. Elinor, pondérée, ne décide rien à la légère, prend le temps de regarder son entourage, d'analyser les situations. Encore de nos jours, on remarque que pour beaucoup de gens, seules les apparences comptent. Ici, c'est illustré par Marianne qui, ne voyant pas sa soeur souffrir, imagine que tout va bien pour elle. Or, Elinor ne montre pas sa détresse, mais son tourment est aussi grand, voire pire que celui de sa soeur. Je fais le parallèle avec notre société, car malheureusement, les choses restent ainsi: peu de gens creuseront et chercheront à comprendre une personne qui ne montre pas ce qu'elle ressent.

Jane Austen fait rire en exposant les mesquineries de certains. Par exemple, au début, la manière dont John et Fanny Dashwood parviennent à ne rien donner à madame Dashwood et à ses filles tout en se félicitant de leur prodiguer une attention de temps en temps est cocasse. Plus tard, on s'amusera également de John flattant sa demi-soeur, lui trouvant toutes les qualités du monde, tout ça parce qu'il espère qu'un homme riche l'épousera. Beaucoup de choses sont ainsi dans ce roman, et malgré la grande souffrance des deux jeunes filles (épreuve dont Marianne sortira mûrie), la drôlerie reste omniprésente. On dit des horreurs de façon extrêmement bien tournées, avec le sourire, on les enrobe d'une douceur trompeuse, on réplique, on rétorque, on cancane, tout cela pour la plus grande joie du lecteur. Cependant, il ne faut pas penser que tous les protagonistes sont superficiels. Outre les deux héroïnes, madame Gennings est un personnage sympathique. Au début, on a l'impression qu'elle est une cancanière invétérée, alors qu'en fait, elle a beaucoup de coeur. J'ai bien aimé le quiproquo que l'auteur parvient à créer entre elle et Elinor concernant la proposition du colonel Brandon.

Remarque annexe:
Il est amusant que trois personnages s'appellent John. ;-)

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch.

Je pense qu'il vaut mieux lire ce roman en audio. Cachou Kirsch adopte d'emblée le ton et le jeu qui correspondent à l'écriture et à l'époque. De plus, elle modifie sa voix sans en faire trop lorsqu'il s'agit de certains personnages. Son interprétation contribue beaucoup à l'immersion du lecteur dans l'univers dépeint.
J'ai trouvé qu'elle prononçait les noms propres comme il le fallait, sans faire un accent exagéré, sauf pour «Harris» dont elle fait le «r» à l'anglophone. Heureusement pour moi, on voit peu monsieur Harris. ;-)

L'éditeur audio a respecté la structure du livre à 99%: seul un chapitre est coupé en deux.

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lundi, 26 octobre 2015

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, d'Harper Lee.

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

L'ouvrage:
Années 1930, comté de Maycomb, Alabama.
Jean Louise (dite Scout) et son grand frère (Jem), sont élevés par leur père, Atticus Finch, avocat apprécié et respecté. Les deux enfants aiment profondément leur père.
Un jour, un camarade d'école de Scout la hue, et dit que son père est «l'ami des nègres». La fillette ne comprenant pas bien cette affirmation, Atticus lui explique qu'il défend un noir (Tom Robinson) accusé d'avoir violé une blanche (Mayella Ewell).

Critique:
Je me souviens avoir déjà essayé de lire ce roman, puis l'avoir reposé. Lorsque j'ai su qu'une version audio lue par Cachou Kirsch sortait, j'ai pensé que c'était pour moi une chance de le lire en entier, cette fois.

Je me souviens avoir comparé certains aspects de ce roman avec «The year the colored sisters came to town», de Jacqueline Guidry. Maintenant que j'ai achevé le roman d'Harper Lee, je vois davantage de clins d'oeil de la part de Jacqueline Guidry. Scout est bien le modèle de l'héroïne de Guidry. Extrêmement vive et observatrice (elle a appris à lire en regardant le journal alors que son père le lisait à voix haute), Scout est parachutée dans le monde des adultes, et n'en comprend pas tous les tenants et les aboutissants. Elle n'est pas raciste à proprement parler, mais elle sait que la société l'est, et elle pense (jusqu'à ce procès qui la fera grandir) que c'est normal. Même si elle veut défendre son père à coups de poings, lorsqu'il est montré du doigt comme «ami des nègres», elle préférerait qu'il ne défende pas Tom Robinson. Cependant, elle ne calcule rien. D'ailleurs, elle n'admet pas qu'on lui dise qui elle doit fréquenter au nom de la classe sociale.

L'auteur met en parallèle le monde de l'enfance et celui des adultes. Scout et Jem louvoient entre les deux. J'ai apprécié que Harper Lee prenne le temps de montrer la vie de ces enfants, de leur famille, de la société de l'époque. Malgré l'apparente légèreté du début, ce roman est très dense, mêlant habilement les opinions et les ressentis des uns et des autres. Par exemple, nous avons un aperçu de l'esprit étriqué de certaines dames de la société lors du goûter de la tante Alexandra, goûter auquel Scout assiste un peu malgré elle. Comme souvent, elle ne comprend pas tout ce qui est dit devant elle, mais l'adulte qu'elle est devenue en saisit toute la portée.

Scout et Jem font l'apprentissage de la vie aux côtés d'un homme sage, qui les prévient contre les jugements hâtifs, qui les exhorte à faire preuve d'empathie, mais aussi à comprendre que les gens peuvent être hypocrites et stupides, ne réfléchissent pas toujours et s'enferment dans des préjugés auxquels ils croient. Le procès, ainsi que d'autres éléments racontés dans le roman se chargera de leur donner une leçon de vie (et pas seulement en théorie). En effet, si le procès est l'élément central du roman, Harper Lee montre par maints autres éléments ce qu'est la vie. Par exemple, Jem et Scout n'ont pas conscience qu'ils sont cruels envers Boo Radley, à spéculer sur les raisons qui font qu'il ne sort pas de chez lui, et à s'amuser à mettre sa vie en scène. Leur père le leur dit, mais ils ne le comprendront pleinement que plus tard.

Ce roman est toujours d'actualité. Il est ancré dans un contexte historique, mais outre les multiples apprentissages qu'on y fait, il montre comme il est ardu de se débarrasser des préjugés, de l'intolérance. À ce sujet, deux passages de la plaidoirie d'Atticus sont particulièrement appropriés: celui où il explique que la qualité d'un homme ne tient pas à la couleur de sa peau, et celui où il expose les failles de la soi-disant égalité des hommes.

À cette époque, l'école n'est pas vraiment un lieu d'apprentissage épanouissant. Si on peut frémir en lisant certaines choses, on pourra également être choqués du fait que certaines se retrouvent aujourd'hui. Je pense à l'enseignante qui pousse les hauts cris parce que l'un des élèves à qui elle doit apprendre à lire sait déjà.

Malgré sa gravité, ce roman n'est pas exempt d'humour. Les combats de Scout (notamment celui avec Francis), les dialogues entre elle, son frère et Dill, la «révélation» que fait Dolfus Raymond, l'histoire du bonhomme de neige, etc.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman profond et riche.
À lire absolument!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.

J'ai été ravie que Cachou Kirsch ait été choisie pour interpréter ce roman. Sa voix douce et un peu grave se prête bien à des timbres enfantins, mais aussi à ceux à la fois aigus et snobs des dames de la société. D'ailleurs, pour moi, elle a modifié sa voix à bon escient lorsqu'il s'est agi de faire les différents personnages. Je mettrai cependant quelques bémols. D'abord, si Cachou Kirsch excelle dans les dialogues, si ses différentes voix sont naturelles, sa narration m'a moins plu. Elle est trop «souriante» pour ce genre de romans, surtout au début où elle semble chercher son ton. Bien sûr, elle n'allait pas prendre une voix funèbre mais peut-être aurait-elle dû y introduire davantage de gravité.
Ensuite, je regrette qu'elle ait prononcé certains noms propres (comme Radley ou Reynolds) en y mettant l'accent anglophone. Par contre, pour Jean Louise, elle l'a bien fait. Elle a prononcé Djine (sans affectation) et Louise à la française.

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lundi, 3 septembre 2012

Risque zéro, de Pete Hautman.

Risque zéro

L'ouvrage:
2074. Les États-Unis sont devenus les États Sécurisés. Pour annihiler la violence et l'insécurité, de nombreuses lois ont été votées.
Le père de Bo Marsden est en prison pour agressivité au volant. Le grand-père regrette le bon vieux temps. Bo, quant à lui, se prépare à battre son record au cent mètres. Mais il est contrarié par Carlos Furet qui ne cesse de le railler, et à qui il démolirait bien le portrait.

Critique:
Il était dangereux de créer une société que le besoin de faire contrepied aux horreurs qui ont existé rendait forcément pernicieuse. En effet, cette idée d'une société soi-disant meilleure, mais qui engendre d'autres problèmes, a déjà été exploitée, et parfois, l'auteur tourne en rond. Par exemple, je n'ai pas pu finir «Un bonheur insoutenable», d'Ira Levin, car je trouvais que cela tournait en rond. Pete Hautman ne se contente pas de montrer les mauvais côtés d'une société qui se veut exempte de violence et de risques. Il raconte une histoire qui montrera autre chose. Il n'assène pas à son lecteur qu'une société sans violence apporte ceci et cela. Les aventures que vit son héros montrent cela, mais aussi d'autres choses. C'est d'abord la critique de l'excès. À vouloir brimer, on excite les pulsions violentes des gens. Bo se plaint des «gènes pourris» de son père, mais on peut se dire que ses colères sont dues au fait qu'on ne les laisse pas s'exprimer. Il est peut-être un peu dommage que l'auteur ait créé une société qui ne semble avoir que des mauvais côtés alors qu'elle se veut parfaite. Il aurait été plus intéressant qu'elle ait aussi du positif. Au lieu de cela, elle rend certains agressifs, d'autres excessivement peureux (il n'y a qu'à voir le pouvoir de l'auto-suggestion à propos des irruptions cutanées).
À noter que la violence psychologique n'est pas punie, puisque Carlos ne sera pas inquiété... Cela révèle une énorme faille dans ce système a l'air si bien huilé.

La deuxième partie du roman montre un autre aspect des choses, une autre forme de répression, d'animalisation, extrême, elle aussi. J'ai apprécié que l'auteur ne fasse pas de cette expérience quelque chose d'absolument positif pour Bo. Cela n'aurait pas été crédible. C'est bénéfique, mais surtout parce que cela lui montre autre chose, lui ouvre l'esprit, lui apprend à canaliser sa colère... Il acquiert de la maturité. Mais le négatif domine largement.

Bo est un adolescent qui se cherche. Il est sympathique parce qu'il est ordinaire. Il est un peu trop colérique, mais parfait, il aurait pu être agaçant.
J'ai bien aimé Bork. À un moment, je croyais quelque chose à son sujet, et j'ai été ravie de me tromper. Bork est un «personnage» amusant à cause de ce qu'il fait, de sa manière de s'exprimer, etc. Mais c'est aussi ce que l'auteur a trouvé pour rendre un événement vraisemblable. C'est une bonne trouvaille.

La fin va bien au reste du roman. Elle est réaliste, et révèle le caractère que s'est forgé le narrateur.

Remarque annexe:
Souvent, les personnages disent Bo presque à toutes les phrases. Le héros s'en plaint. Je m'en plains également, j'ai trouvé cela très lourd. Ça pourrait être amusant si un seul personnage le faisait, mais là, c'est gros.

Éditeur: Milan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch pour la Ligue Braille.

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jeudi, 13 octobre 2011

La femme au miroir, d'Eric-Emmanuel Schmitt.

La femme au miroir

L'ouvrage:
Seizième siècle.
Anne doit se marier. Au fond d'elle, elle ne le souhaite pas. Peu avant le jour J, elle s'enfuit. Elle préfère communier avec la nature plutôt que d'épouser un homme.

1904.
Hanna est mariée à Frantz. Ils veulent avoir des enfants. Mais la jeune femme tarde à être enceinte. Elle le souhaite surtout pour faire ce qu'on attend d'elle.

Anny est actrice à Hollywood. Emportée dans le tourbillon du show-business, elle boit et se drogue. Lors d'une hospitalisation, elle rencontre un infirmier, Ethan, qui la prend sous son aile. Tant qu'à se droguer, lui explique-t-il, autant que ce ne soit pas avec n'importe quoi.

Critique:
En général, les livres d'Eric-Emmanuel Schmitt ne m'attirent pas. Celui-là a fait exception. Le résumé m'a interpellée. Je connais cette idée qui consiste à mélanger époques et destins. Elle me séduit.
L'auteur parvient bien à dépeindre des femmes ancrées dans une époque, une société, qui s'efforcent de s'y insérer, et qui s'aperçoivent qu'elles aspirent à autre chose. Il est fascinant de voir qu'à trois époques différentes, ces trois héroïnes souffrent parce qu'on tente de les enfermer dans un carcan. Les époques changent, mais les gens sont toujours aussi intolérants. On n'aime pas la différence, on ne l'accepte pas. Cela peut avoir des conséquences désastreuses.
La façon dont la différence est refusée, niée, étouffée est très bien expliquée, surtout dans le cas d'Anne. Même ceux qui se disent ses protecteurs ne la comprennent pas vraiment, et veulent la dominer, la maîtriser, la plier à une certaine façon de penser.

J'aime beaucoup la façon dont Anne explique ses «croyances». Les hommes veulent à tout prix dire qu'elle croit en Dieu, mais Anne n'a pas de nom pour cela. En outre, elle réprouve la manière dont l'homme définit Dieu. Je suis tout à fait d'accord avec tout ce qu'elle reproche au dogme des hommes. On est bon et généreux parce qu'on le veut, parce qu'on l'est naturellement, pas parce que le dogme le dit. À partir du moment où on est bon par obligation, tout est frelaté. Idem pour le rachat des péchés... Anne avait, en fait, trouvé un état de grâce, une façon d'être pleinement heureuse. Elle savait être assez attentive pour comprendre la nature et les animaux, et avait très vite su que l'homme était le véritable prédateur.
Son côté «j'aime tout le monde», et «je tends l'autre joue», m'a un peu agacée. Mais personne n'est parfait!
Je ne sais pas quels textes existent sur Anne de Bruges, ou si l'auteur l'a totalement inventée, mais j'aime la façon dont il transcrit le cheminement de la pensée de la jeune femme.

Avec Hanna, j'ai découvert les débuts de la psychanalyse. Cela m'a plu pour plusieurs raisons. D'abord, il est toujours intéressant de voir la naissance d'un concept qu'on connaît bien. Ensuite, j'ai été amusée de lire comment cette nouvelle idée était traitée par le public à l'époque.
Je n'ai pu m'empêcher de trouver certaines choses un peu clichées. Par exemple, les phases par lesquelles passe Hanna au cours de sa psychanalyse. Outre le transfert, il y a le changement radical qu'elle opère dans sa vie. Il est un peu étrange que ce qu'elle découvre sur elle-même la transforme à ce point, car elle semble très timide et désireuse d'entrer dans le moule des conventions. Cependant, je comprends ces bifurcations.
J'ai apprécié qu'elle ait eu une interprétation autre quant au mysticisme d'Anne. Cela montre bien que chacun interprète les choses en se basant sur son vécu, sa sensibilité, ses expériences, et qu'il n'y a pas toujours une vérité absolue.

J'ai eu du mal à entrer dans la vie d'Anny. Au début, je ne l'appréciais pas trop, car son personnage me semblait trop cliché: l'actrice insatisfaite qui boit et se drogue... Elle finit par être davantage épaisse, mais je n'ai pas trop compris comment elle avait réussi à se motiver pour changer. C'est peut-être une petite faiblesse de l'histoire.
L'auteur décrit bien le monde dans lequel évolue Anny. Même si cela semble caricatural, je pense que c'est très réaliste.
J'aime bien la vieille actrice sur le retour.

L'auteur a su écrire en trois styles différents pour aborder les trois femmes et leurs époques, surtout au début. Cela aide mieux le lecteur à se plonger dans chaque époque et dans chaque personnalité. J'ai particulièrement aimé les passages où Anne pense à la nature. C'est poétique, la nature est très joliment évoquée.
Pour Hanna, j'ai apprécié que ce soit épistolaire, cela change un peu. C'est une diversité intéressante.

Le livre est assez épais, mais il n'y a pas de temps morts.
Il y a une espèce d'énigme à propos d'Hanna: le lecteur découvre qu'elle est bien plus complexe que ce qu'il pensait. On entrevoit cette complexité, mais elle est renforcée.

Le titre est bien sûr omniprésent. Outre les miroirs avec lesquels nos héroïnes ont des rapports compliqués, chacune est, en quelque sorte, le miroir de l'autre... il y a beaucoup de jeux de reflets, de ressemblances, de rapports entre de petits ou de grands événements de leurs vies.

À la fin de l'ouvrage, il y a un entretien avec l'auteur. Je trouve toujours cela très intéressant et plaisant. J'ai apprécié d'entendre les dires du romancier. Je n'en parlerai pas trop pour laisser le plaisir de la découverte, mais j'ai trouvé ce qu'il dit très juste.
J'ai été déçue que, comme Pierre Lemaître à la fin d'«Alex», il «parle tout seul». Les questions ont dû être coupées au montage, ce qui fait peu naturel.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch dans le rôle d'Anne, Marianne Épin dans celui d'Hanna, Nathalie Hugo dans celui d'Anny, Valérie Lemaître dans celui de Gretchen. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'ai été ravie de retrouver Cachou Kirsch. Son talent ne se dément pas. Elle parvient à lire des passages pas vraiment évidents en restant sobre. Je pense notamment aux descriptions de la nature où il serait facile de prendre une voix niaise.
J'ai également apprécié de retrouver la voix si agréable de Marianne Épin. Elle interprète toujours avec naturel.
J'apprécie moins Nathalie Hugo. Sa voix est agréable, mais je la trouve moins naturelle que d'autres comédiennes. Cependant, ici, elle m'a moins agacée. Soit je m'habitue, soit elle joue mieux. Je lui suis reconnaissante d'avoir prononcé Anny à la française, et non comme l'a fait l'auteur dans l'entretien final. J'aurais trouvé cela affreux!
Ayant peu entendu Valérie Lemaître, je ne connais pas encore très bien sa voix. Ici, sa voix et sa façon de lire m'ont plu. J'attends de l'entendre sur un roman entier pour me faire une opinion plus creusée.

L'éditeur a inséré trois styles de musique totalement différents. C'est une bonne idée. Chaque musique est bien choisie par rapport à l'époque, au monde, et au personnage qu'elle annonce. Si je reste allergique à la musique dans les livres audio, je trouve que cela a été fait intelligemment.

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