Lecteur : Johner Pierrette

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mardi, 21 août 2012

La chambre écarlate, de Nicci French.

La chambre écarlate

L'ouvrage:
Kit Quinn est psychologue. Un jour, la police lui demande de l'aider à cerner, voire à faire parler un suspect: Michael Doll. Une jeune sans-abri a été assassinée, et Doll s'est trouvé sur les lieux après le crime. La police est convaincue de sa culpabilité.
Kit n'en est pas si sûre...

Critique:
Globalement, j'ai apprécié ce roman. Les auteurs ont habilement camouflé de grosses ficelles, les rendant plus faciles à accepter. Par exemple, j'étais sûre, à l'instar de Kit, que Michael Doll n'était pas le meurtrier. Les auteurs parviennent à ne pas faire trop de remplissage, et pourtant, ne nous donnent la réponse que très tard. En attendant cela, j'ai été plongée dans l'histoire, et je n'ai pas trop cherché à la décortiquer pour tout deviner.
D'autre part, un personnage est facilement soupçonnable, en tout cas, j'avais peur que ce soit le coupable. Les auteurs ont joué plus finement.

Ils ne peuvent s'empêcher d'utiliser leur ficelle récurrente: le personnage principal est plus avisé que la police. C'est Kit qui trouve presque tout ce qu'il y a à savoir. Les policiers ont l'air d'idiots confinés dans leurs certitudes et leur suffisance. Ici, c'était supportable, mais cette ficelle est lassante, car il semble que les auteurs mettent un point d'honneur à l'employer dans chacun de leurs romans... dans beaucoup, en tout cas.

D'autre part, rien n'est bâclé, tout se tient. Les auteurs n'ont pas pris prétexte d'un roman policier pour ne pas créer une intrigue et des personnages solides. L'accent est mis sur la psychologie des personnages.
Ils ne se sont pas contentés de créer une énigme dont certaines parties sont cousues de fil blanc. Kit est un personnage intéressant. Elle a de la personnalité, et surtout, elle fait ce que son métier exige: elle réfléchit, et n'applique pas d'étiquettes. J'aime beaucoup sa manière de procéder. Elle ne se contente pas d'impressions fugaces ou des dires des autres. Elle veut comprendre les personnes impliquées dans l'affaire. Elle veut cerner tout le monde, afin d'avoir une opinion la plus objective possible. Elle n'est pas en face de cas, mais de personnes. C'est ce côté empathique qui m'a le plus plu.
Quant à l'histoire d'amour, elle n'est pas trop grosse, surtout parce qu'elle est en demi-teinte.

Je n'ai pas réussi à apprécier Julie. Je ne l'ai pas trouvée si amicale que ça... Cela tient peut-être à son caractère indépendant... j'avais l'impression qu'elle se fichait de tout ce qui n'était pas elle. Et puis, j'ai décelé une incohérence la concernant: avec quel argent peut-elle se permettre de partir faire le tour du monde? J'étais peut-être moins attentive au moment où c'était expliqué... En tout cas, je ne voudrais pas d'une amie a l'air si égoïste. Qu'elle ne tienne pas en place ne me dérange pas, mais son inconséquence m'a agacée.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierrette Johner pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 23 juillet 2012

Jessie, de Stephen King.

Jessie

L'ouvrage:
Ce soir-là, Gérald a voulu s'amuser un peu. Avec des menottes, il a attaché sa femme, Jessie, à leur lit. Ces jeux sexuels excitent beaucoup Gérald. Quant à Jessie, en général, elle le laisse faire, au départ par curiosité, puis parce qu'elle voit que cela lui fait plaisir. Ce soir, elle en a assez. Alors que Gérald, très excité, lui tourne autour, elle lui demande de la détacher. Il refuse, le ton monte, et elle lui donne un coup de pied. C'est alors qu'il meurt d'une crise cardiaque.

Critique:
Voilà un autre roman de Stephen King qui m'a plu. Je préfère cet auteur lorsqu'il s'attache à la psychologie des personnages. Ce roman m'a rappelé «La petite fille qui aimait Tom Gordon» (écrit après, mais que j'ai lu avant). Jessie et Trisha vivent, au présent, une situation similaire. Elles tentent de ne pas se laisser submerger par la folie à cause de l'oppression due à cette situation. L'histoire du verre d'eau m'a rappelé celle des baies et des queues de violon. La façon dont les deux héroïnes sont confrontées à une «chose» qui veut les «prendre» est également semblable. Les deux héroïnes se parlent à elles-mêmes, ont des voix intérieures... tout comme Rosie dans «Rose Madder». Mais ça, je pense qu'on le trouve dans beaucoup de romans, et aussi dans la réalité!
J'ai aimé ce jeu de correspondances, car il n'est qu'un écho. Stephen King ne s'est pas moqué de son lecteur en se plagiant (d'autres l'ont fait).
Les deux héroïnes n'ont pas le même vécu ni le même caractère ni le même âge. L'aspect «fantastique» est également différent, malgré une apparente ressemblance.

Jessie doit rester seule avec elle-même pendant un certain temps. Cela l'oblige à regarder ses démons en face, à les laisser sortir de la zone sombre de son esprit dans laquelle elle les avait enfouis avec force et obstination. Elle ira au fond des blessures, les explorera, les grattera, les purifiera. Elle devra s'avouer ce qu'elle refusait de voir.
Certains diront peut-être que c'est trop facile, que ce dont se souvient Jessie est presque un lieu commun. Pourtant, l'auteur sait l'exploiter avec adresse, finesse, et à propos. Il en fait une histoire différente, expliquant les circonstances, décrivant et analysant les sentiments de son héroïne.

À part elle, les personnages ne sont pas vraiment sympathiques. Heureusement que l'héroïne l'est. Ruth l'est aussi, mais on la voit peu, et déformée parce que dans son malheur, c'est à elle que Jessie repense. Elle mélange souvenirs et espèces de fantasmes de ce que serait sa relation avec Ruth si elle avait perduré.
Bien sûr, j'ai eu pitié de Prince...

Quant à l'aspect fantastique, si on ne peut le nier dans «La petite fille qui aimait Tom Gordon», ici, il est plus discutable. Jessie finit par trouver une explication qui donne à penser qu'il n'en est même pas question. Cependant, une question demeure: comment l'homme pouvait-il connaître les noms de toutes les voix intérieures de notre héroïne? Il faudrait qu'elle ait parlé tout le temps à voix haute, apostrophé chaque «voix», et qu'il l'ait entendue.

À propos des voix intérieures, j'aime bien la façon dont Stephen King les utilise, pas seulement dans ce roman. Je trouve cela très pertinent, et non-dépourvu d'humour. On a tous nos voix intérieures, on a tous une petite voix plaintive, une qui admoneste, une qui soutient...

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierrette Johner pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 13 septembre 2011

La ligne verte, de Stephen King.

La ligne verte

L'ouvrage:
Fin des années 90. Paul Edgecombe vit maintenant dans une maison de retraite. Une histoire le hante. Elle est arrivée en 1932, alors qu'il était gardien-chef de la prison du couloir de la mort. Paul sait qu'il ne sera pas tranquille tant qu'il ne l'aura pas relatée par écrit.
Elle commence avec l'arrestation de John Caffey, accusé, puis condamné à la chaise électrique, pour avoir sauvagement assassiné deux fillettes.

Critique:
Après avoir été déçue par plusieurs Stephen King, je songeais à ne plus lire cet auteur, quand une amie m'assura que «La ligne verte» était très bien, et qu'il me plairait. J'ai mis un peu de temps à entrer dedans, mais effectivement, je n'ai pas été déçue. Ce que je n'aime pas chez Stephen King, c'est le spectaculaire gratuit et les personnages peu creusés. Il n'y a rien de cela dans «La ligne verte». Souvent, je trouve que le surnaturel de King détruit le livre. Ici, il s'y imbrique très bien. Sans ce surnaturel, l'histoire n'aurait pas pu exister, il en est le fil conducteur, et ne semble pas (comme dans d'autres), avoir été ajouté à la va-vite pour faire du spectaculaire ou pour mettre du surnaturel parce que c'est Stephen King, et qu'il est connu pour cela.
Bien sûr, il y a certains côtés très clichés dans ce surnaturel. Par exemple, à un moment, Paul sent clairement deux forces s'opposer: le bien et le mal. La tumeur de Mélinda la fait jurer comme un charretier et sécréter des humeurs pestilentielles, ce qui n'est pas sans rappeler «L'exorciste», et de toute façon, la représentation qu'on nous donne du diable.
Le personnage qui fait le bien peut paraître manichéen, mais il ne l'est pas tellement... À un moment, il fait ce que j'aurais moi-même fait, mais qu'on n'attribuerait pas forcément à quelqu'un qui ne fait que le bien.
Quant aux répercutions du surnaturel, par la suite, je ne les trouve pas grandiloquentes. Là encore, elles vont bien à l'histoire, aux personnages... et elles font aussi réfléchir le lecteur.

Les personnages du roman sont confrontés à des dilemmes intéressants. De vrais cas de conscience. J'aime ce genre de romans où le lecteur est placé dans une situation difficile, où il ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il ferait, à la place des personnages.
En outre, certaines choses auraient dû me paraître évidentes dès le départ. Pourtant, je me suis laissée porter par l'histoire, et je les ai devinées très peu de temps avant Paul. Pour moi, c'est le signe d'un bon roman. J'étais trop prise dans l'intrigue pour essayer de la démonter et de la décortiquer. Au début, j'ai moins aimé les passages où on voyait Paul à la maison de retraite, mais à mesure du récit, ils prennent leur place. Ils permettent aussi à l'auteur de résumer quelque peu les épisodes précédents sans que cela fasse trop gros. Il l'explique d'ailleurs, dans la postface.

On me dira que certains personnages peuvent paraître caricaturaux. Les méchants sadiques, par exemple, ne se démarquent par rien d'autre. Soit, mais ils sont, malheureusement, criants de vérité. Je sais qu'il existe des gens comme ça, qui profitent de la moindre faiblesse ou qui anéantissent exprès ce qui est la raison d'être d'autres.
D'autre part, à travers Delacroix, l'auteur nous montre la personne derrière celui qui a commis un acte affreux. On n'oubliera pas pourquoi Delacroix a été condamné, mais comment ne pas le prendre quelque peu en pitié?... Là encore, Stephen King confronte intelligemment son lecteur à une certaine réalité.

J'ai beaucoup aimé la souris! Outre ce qui lui arrive, c'est le «personnage» qui semble être là où il faut quand il faut. Cette souris qui choisit ses amis, qui aime les bonbons à la menthe, qui court après une bobine coloriée, qui a la pudeur de se cacher pour faire ses besoins... cette note d'espoir et d'optimisme ne pourra qu'émouvoir le lecteur.

J'ai lu les six épisodes réunis en un seul volume. J'ai donc pu lire une note préalable et une postface de l'auteur. Elles sont, toutes les deux, très intéressantes.

Éditeur: Éditions 84.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierrette Johner pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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