Lecteur : Jodogne Michèle

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vendredi, 10 juillet 2015

Histoire d'un bonheur, de Geneviève Damas.

Histoire d'un bonheur

L'ouvrage:
Anita Beauthier appartient à une famille ayant un certain niveau de vie et une certaine position sociale. Un jour, son amie, Solange, lui demande de la remplacer et d'aller faire bénévolement de l'aide aux devoirs dans un quartier défavorisé.

Critique:
À la lecture du résumé, on peut s'attendre à quelque chose de cliché. Il y aura forcément des lieux communs, mais ils décrivent des situations qui existent. Au départ, Anita semble une sympathique dame pleine d'énergie et qui souhaite que les gens soient heureux. Ensuite, certaines de ses remarques montrent bien qu'elle n'est pas à l'aise dans son carcan familial, gangue qu'elle a en partie créée, et on comprendra pourquoi plus tard. À travers ses remarques, on découvre une Anita qui n'a pas encore conscience que son bonheur est artificiel, et qui se croit très ouverte, alors qu'en fait, il n'en est rien. Par exemple, elle ne cesse de montrer que les apparences sont très importantes à ses yeux: sa fille est trop grosse, elle apprécie Carla Bruni parce qu'elle est élégante... Elle a aussi des jugements à l'emporte-pièce: ses relations avec sa fille ne sont pas bonnes, elle en déduit que d'une manière générale, les relations entre une mère et sa fille sont compliquées. C'est ce personnage qui va se retrouver parachuté au milieu d'enfants défavorisés. Le choc sera brutal. Il engendrera certaines situations comiques et d'autres plus graves.

Geneviève Damas met en présence des personnages qui n'auraient pas dû se rencontrer, et qui finissent par le faire par l'intermédiaire involontaire d'Anita. Bien sûr, les choses ne vont pas brusquement s'arranger pour tout le monde. À un moment, j'ai eu peur que ce soit ainsi, mais non. L'auteur ouvre une porte. Elle montre que certains rapprochements entre des personnes abîmées par la vie pourraient peut-être se révéler bénéfiques, à condition que lesdites personnes y mettent un peu du leur. Elle les force donc à sortir de leur raisonnement habituel, les met face à des situations urgentes...

J'ai eu un peu de mal à apprécier l'excessive Nathalie. Bien sûr, je l'ai comprise, mais elle m'a agacée. Sûrement parce que je n'aurais pas eu la même réaction qu'elle à sa place à propos d'un élément donné. Je sais que ce n'est pas une raison pour ne pas l'apprécier...

Si le roman montre des personnages meurtris, il n'est pas exempt d'humour. Le plus drôle, à mon avis, est sûrement le quiproquo quant à la maladie d'Hervé. Il part du fait qu'une fois de plus, Anita ne veut pas accepter son fils tel qu'il est. Cela engendre des conversations à la fois cocasses et graves, car le lecteur, lui, sait bien de quoi il retourne, et éprouvera fatalement de la compassion pour Anita.
Il y a d'autres moments amusants, notamment la pensée d'au moins trois personnes sur le livre «Ruines».

Un roman attendrissant, avec lequel on ne s'ennuie pas, qui fait réfléchir sur les différentes formes de bonheur (et de malheur) que la vie distribue à chacun et sur la manière dont chacun les appréhende.

Éditeur: Arléa.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michelle Jodogne pour la Ligue Braille.
J'aime beaucoup cette lectrice qui donne vie à ce qu'elle lit sans trop en faire. Ici, elle est parfaitement entrée dans la peau des personnages et dans le style enlevé (et familier lorsque Nourredine s'exprime) de Geneviève Damas. Elle a adopté un ton particulièrement juste en lisant les chapitres où Anita et Nourredine prennent la parole.

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mercredi, 24 juin 2015

Chevrotine, d'Éric Fottorino.

Chevrotine

L'ouvrage:
Depuis qu'Alcide Chapiro a perdu sa femme, Nelly, il tente de surmonter sa douleur et d'élever ses fils (Zac et Marcel) du mieux possible. Tous les trois sont soudés par l'épreuve et par leur amour.
C'est alors qu'Alcide rencontre Laura. La jeune femme est très vite appréciée de tous. Cependant, la famille parfaite qu'ils semblent former se fissure rapidement.

Critique:
Le scénario de ce roman est assez banal, du moins en littérature. Une personne instable, et ayant un fort caractère, trouble la vie de gens sans histoires. Pourtant, ce genre de romans me fascine toujours. Éric Fottorino décrit très bien les relations compliquées qu'engendre une telle situation. La position d'Alcide est particulièrement délicate. Il est d'un naturel plutôt doux, et n'est pas vraiment préparé à devoir s'opposer à ce qui arrive. Certains le blâmeront peut-être d'avoir laissé s'installer une situation si affreuse, notamment lorsqu'on voit ses rapports entre ses fils et lui se dégrader. À coups de colères et de non-dits, le romancier installe une situation oppressante. J'ai très bien compris les réactions d'Alcide. On ne peut pas savoir comment on agirait à sa place, car les circonstances sont très particulières. J'aime penser que j'aurais très vite chassé la personne nuisible, et me serais recentrée sur ceux qui valent vraiment la peine, mais lorsque la volonté est minée par petites touches, et que la personne qui s'en charge a toujours réponse à tout, et s'empresse de le faire comprendre à coups de réponses assurées et d'esclandres, il est compréhensible de perdre pied.

En un roman court, Éric Fottorino parvient à donner vie à ses personnages. Ils sont bien analysés, le lecteur les comprendra facilement. Bien sûr, il en est un que personne n'appréciera... Il faut d'ailleurs se demander si ce personnage est malade ou extrêmement lucide et manipulateur.

Je trouve dommage que l'auteur raconte certains événements (à travers les souvenirs du personnage principal) bien avant qu'on ne découvre comment ils sont arrivés. Si cela a une utilité dans certains romans, ici, je ne vois pas ce que cela apporte. Cela désavantage même le lecteur qui sait déjà comment les choses vont finir entre Alcide et Laura.

J'ai moins aimé la fin. D'abord, Alcide devient agaçant après. Il magnifie certaines choses, réagit étrangement... Ensuite, je m'attendais à ce que certains éléments changent quelque peu. Je n'attendais pas un revirement spectaculaire, mais en tout cas, un changement. Enfin, la toute fin m'a paru grandiloquente.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michèle Jodogne pour la Ligue Braille.

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