Lecteur : Javet Marie-France

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jeudi, 22 septembre 2016

Filer droit, de Michael Coleman.

Filer droit

L'ouvrage:
Angleterre.
Luke est adolescent. Son père est en prison, sa mère peine à élever ses trois enfants dans un logement trop petit. Luke vole. Quand il ne garde pas ses larcins, il les revend.
Un jour, il veut dérober une paire de baskets dans une voiture. Cela tourne mal. Luke ayant déjà eu plusieurs chances, il pense aller en maison de redressement. Cependant, la famille victime de son vol lui propose un étrange marché...

Critique:
Ce roman plonge son lecteur (à l'instar de son personnage principal) dans un univers qu'il ne connaît pas forcément, celui des aveugles. Michael Coleman parvient très bien à présenter les choses de manière à ce que cela s'insère dans l'intrigue, et que cela ne paraisse pas fastidieux. Le lecteur découvre les choses en même temps qu Luke. Pour ma part, étant très pinailleuse, j'attendais l'auteur au tournant. J'attendais qu'il sorte un cliché du genre «toucher le visage de quelqu'un est un moyen imparable pour le reconnaître». Heureusement, il ne l'a pas fait. Pour moi, il maîtrise bien son sujet. Bien sûr, certaines choses m'ont interpellée. Par exemple, il est vrai que le moyen réellement imparable de reconnaître quelqu'un est sa voix. Cependant, je ne pense pas qu'une voix peut se mémoriser alors qu'on l'a seulement entendue prononcer une courte phrase. Certaines voix sont plus faciles à «apprendre» que d'autres. Je sais que je reconnais certaines personnes rien qu'à les entendre dire «bonjour», mais cela n'arrive pas avec toutes les personnes que je connais. En outre, les voix que je reconnais ainsi sont des voix que j'ai entendues souvent et longtemps.
D'autre part, lorsque l'auteur explique des choses vraies pour certains aveugles (certains comptent les pas pour des trajets qu'ils font souvent, tapent sur un clavier azerty et ont un afficheur braille...), il aurait été judicieux qu'il dise que tous n'agissaient pas ainsi. En effet, certaines personnes qui connaissent mal un «univers» se figureront que tous les aveugles font ceci ou cela comme c'est décrit dans le livre.

Luke est parachuté dans ce monde dont il ignore tout. Au début, tels certains lecteurs, il énonce des clichés comme: «Ouais, ça doit pas être chouette d'être privé de télé à vie». Il m'a bien fait rire Ensuite, il s'étonne lorsque la personne à qui il a affaire indique qu'elle sait que telle chose se trouve ici ou là, ou qu'elle sait à côté de quoi ils viennent de passer pendant leur trajet. Ici, Michael Coleman n'exagère pas du tout. Un jour, un de mes collègues était tellement étonné d'une chose que je lui ai dite qu'il pensait que je l'avais vue.
À un moment, Luke indique à la personne qu'il guide qu'il y a tel obstacle. Elle lui explique alors que lorsqu'il y a un obstacle, il n'a pas forcément à le lui dire: ce qu'il faut, c'est le lui faire éviter. Pour moi, cette remarque est logique, mais je me rends compte qu'elle ne l'est pas forcément pour une personne qui voit. Là encore, l'auteur a eu raison de créer cette situation.

À un moment, Luke est «forcé» d'entrer totalement dans ce «monde»: le groupe a besoin de quelqu'un pour compléter une équipe lors d'une partie de ballon. Là encore, les réactions de Luke sont très bien décrites.

Notre héros, se trouvant propulsé dans l'inconnu est forcé d'ouvrir les yeux (si j'ose m'exprimer ainsi), sur le monde qui l'entoure. Il découvre que la vie, ce n'est pas uniquement voler, être admiré de ceux qui souhaiteraient faire pareil, craindre les petits caïds du quartier... Il découvre qu'il y a autre chose. Bien sûr, rien n'est simple. L'auteur parvient à ne pas tomber dans le mièvre, même si les cyniques diront que certains événements se passent un peu trop bien. Peut-être, mais ils sont préparés, n'arrivent pas inopinément.

Un livre sympathique qui détend, instruit, et fait un peu réfléchir.

Éditeur: le Rouergue.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 25 octobre 2012

Le premier amour, de Sándor Márai.

Le premier amour

L'ouvrage:
Gaspard est professeur dans un établissement qui va de la Sixième à la Terminale.
Depuis quelques semaines, il se sent différent, plus fatigué, par exemple. Il finit par prendre quelques vacances, et retourne dans l'auberge où il est allé il y a vingt-huit ans. Il y rencontre un homme étrange qui l'aborde sans façons.

Critique:
Le résumé donne à penser que ces vacances seront un tournant décisif dans la vie du narrateur. Ce n'est pas vraiment le cas. Elles seront l'épisode qui vont le forcer quelque peu à se remettre en question, mais il le fera plus ou moins pendant tout le roman.

Avec douleur, le professeur se penche sur sa vie. Elle est vide et plate. À tel point qu'il se lance à corps perdu dans la vie de l'une de ses classes. Il prend un élève arrogant pour bouc émissaire, et finit par se persuader qu'il aime passionnément l'une de ses élèves. Tout ça n'est dû, je pense, qu'à sa profonde solitude. C'est quelqu'un qui ne sait pas ce qu'est la vie, qui ne se connaît pas vraiment, qui ne veut pas se connaître. Il se débat entre l'instinct grégaire de l'homme, et l'indifférence qu'il ressent chez ses congénères à son égard. Il semble quelque peu lunatique, étant donné les sentiments très forts (positifs ou non) qu'il éprouve pour certains personnages, et les prodigalités dont il fait preuve.
À un moment, il change d'apparence, mais cela ne veut pas dire que son esprit suit. Il tente de se conformer à ce qu'on attend de lui, mais à côté de cela, se comporte de manière totalement inappropriée (mesquine, puérile), avec ses élèves, par exemple. Il souhaite qu'on l'apprécie, et ne peut que se rendre compte que personne n'a besoin de lui ni ne recherche sa compagnie. L'exemple le plus frappant est la lettre de Timar. Parfois, on dirait même que Gaspard ne s'aime même pas lui-même.
Une situation est à la fois amusante et pathétique: le directeur de l'établissement espionne ses professeurs. Grâce au concierge, il sait tout d'eux. Le lecteur apprend, entre autres, qu'il n'y a rien à savoir sur Gaspard.

Tout le roman est centré sur le professeur qui écrit son journal. L'inconsistance qu'il montre auprès des autres est contrebalancée par son extraordinaire présence à travers ces écrits. Ce journal montre ce contraste. C'est les autres qui font pâle figure à côté de notre héros, mais l'homme ne parvient pas à se montrer aux autres, à harmoniser ce qu'il est et ce que l'on voit de lui. Il m'a tour à tour fait rire, fait pitié, mise mal à l'aise. Il est quelque peu effrayant.

Ce roman est de ceux qui n'existent réellement que par le personnage principal. Les autres semblent être là pour lui donner la réplique, voire le guider dans une voie qu'il finira par ne pas emprunter. Ce personnages à plusieurs visages (pas seulement avec puis sans barbe), ne manquera pas d'éveiller l'intérêt et la réflexion du lecteur.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Marie-France Javet a une voix très raffinée. En outre, elle ne cabotine pas, sans pour autant tomber dans la monotonie. Ici, elle a par exemple pu montrer son talent dans la scène où Gaspard et Madar s'affrontent, et que le professeur pose à son élève une série de questions tout à fait déplacées. Gaspard avait le dessus, le ton de la lectrice était quelque peu autoritaire et fanfaron pour l'interpréter. Pour Madar qui faisait profil bas, elle a su prendre une voix soumise où entrait un brin de supplication. Le tout en finesse.
Par ailleurs, elle a souhaiter prononcer les noms propres au plus près de leur prononciation originelle. C'est louable de sa part. Cela montre un réel souci de bien faire, et de respecter l'auteur et les lecteurs. Cependant, j'ai trouvé qu'elle en faisait trop. Par exemple, rouler les «r» sur les prénoms n'est pas du tout naturel, en français. Donc, ici, cela m'a un peu écorché les oreilles. En outre, elle devait être un peu anxieuse, à certains moments, car elle faisait de petites pauses juste avant de dire un nom propre, comme si elle le répétait dans sa tête avant de le prononcer. Je sais que cette lectrice met toujours les accents sur les noms propres étrangers, et pour moi, c'est trop. C'est à cause de cela que je n'ai pas pu lire «Accabadora», de Michela Murgia, et «Quand Dieu dansait le tango», de Laura Pariani.

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mardi, 8 novembre 2011

L'art de pleurer en choeur, de Erling Jepsen.

L'art de pleurer en choeur

L'ouvrage:
Le narrateur a onze ans. Il vit avec ses parents et sa soeur, Sann, qui a quatorze ans.
Son père est épicier. Son commerce n'est pas florissant, parce qu'il existe des supermarchés. C'est alors qu'il prononce un éloge funèbre à l'enterrement de la fille du boucher. Son éloquence émeut certains, et on vient plus volontiers dans son épicerie. Mais cela ne durera pas.

Critique:
Par certains côtés, ce roman m'a rappelé «le jour où le temps s'est arrêté». C'est une famille unie en apparence, où les choses se disent à demi-mots, où on s'aime maladroitement, où on communique mal, où pleurer est une mise en scène qu'on pratique ensemble afin de recouvrir tous les non-dits... L'écriture et les personnages m'ont plu.

Le jeune narrateur est à la fois agaçant et attendrissant. Il a la candeur de l'enfance. Il est dévoué corps et âme à sa famille, surtout à son père. Il est touchant parce qu'il veut toujours que tout le monde s'aime, et fera tout ce qu'il pense être bien pour unir sa famille. Certains de ses actes montrent que malgré son ignorance, son instinct le pousse.
Cependant, son amour inconditionnel, son refus de voir, son obstination naïve à cacher la vérité par des choses dont lui-même pressent qu'elles ne sont que prétextes, tout cela m'a agacée. Il a onze ans, mais parfois, on dirait qu'il en a huit. On me dira qu'il est tenu dans l'ignorance par les adultes qui ne veulent pas dire la faute (ce serait lui donner vie), et par Sann qui ne peut pas la dire.
À ce sujet, j'ai apprécié le flou que le point de vue du narrateur engendre chez le lecteur. Ça faisait qu'au début, je m'accusais de voir le mal partout. ;-) Et puis, quand les choses se sont précisées, même si au final, le narrateur ne voit toujours pas où est le mal (parce qu'il ne sait pas exactement ce qui a été fait), j'ai encore mieux ressenti la détresse du personnage abusé. À cause du point de vue du narrateur, l'auteur l'évoque avec pudeur, laissant le lecteur découvrir les conséquences... Sans violence (c'est d'autant plus affreux), l'auteur nous fait découvrir la fourberie d'un homme qu'au départ, on croyait intègre. Un homme qui a l'air des plus ordinaires, qu'on ne soupçonnerait pas, qu'on verrait même comme timoré... C'est là l'une des forces du roman. Avec son air falot, il trompe son monde.

L'auteur semble voir le salut dans la ville. En effet, le seul qui prend tout de suite la mesure du mal accompli, c'est Azger (le grand frère du narrateur), qui habite en ville. Quand il habitait chez ses parents, il semblait avoir besoin de dérivatifs pour faire face. À quoi?... C'est en ville que Sann et le narrateur seront en sécurité, même s'ils sont perdus. Contrairement à ce qu'on voit en général, c'est la campagne qui fait image d'arriérée, de corrompue. C'est la ville qui est synonyme d'évolution positive, de réflexion, de progrès. J'ai d'ailleurs trouvé un peu gros que l'inconnu qui héberge Sann et le narrateur ne profite pas d'eux...

Force est de constater que le seul personnage vraiment lucide et vers qui ira la sympathie du lecteur est celui qui ne s'embarrasse pas d'apparences, celui qui passera même pour fou. C'est de ce personnage qu'on médira, alors que c'est le plus à plaindre.

Je ne sais pas trop quoi penser de la mère... Elle m'est plutôt antipathique. Parfois, elle se dissocie quelque peu de la famille (en chantant dans une langue que les autres ne connaissent pas, par exemple), mais elle ne protège pas vraiment ses enfants. Elle est très pieuse, mais ne fait rien quand sa fille en a besoin. Et pourtant, il est évident qu'elle sait que Sann a besoin d'aide.
Quant à Azger, il le sait mieux que quiconque, et pourtant, même sur son propre terrain (la ville), obéit encore à l'autorité parentale, autorité qu'il a pourtant défiée avant que les enfants tentent de trouver refuge auprès de lui. Il apparaît alors comme un salut, surtout avec ce qu'il a fait auparavant, mais sa protection est illusoire, voire trompeuse.

Éditeur: Sabine Wespieser.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 22 décembre 2010

L'implacable brutalité du réveil, de Pascale Kramer.

L'implacable brutalité du réveil

L'ouvrage:
Alissa et Richard sont jeunes mariés. Ils ont une petite fille de cinq semaines: Una. La jeune mère ne travaille plus, et s'occupe du bébé. Ils vivent depuis peu dans un petit appartement.
C'est alors qu'Alissa commence à ressentir un certain mal-être qui s'accentuera au fil des jours.

Critique:
Je ne vous conseille pas ce livre si vous n'aimez pas les ambiances étouffantes, les atmosphères oppressantes révélant un désespoir muet à chaque page, une impossibilité à communiquer... Remarquez, ce genre de thèmes ne m'enchantent pas particulièrement, et pourtant, j'ai aimé ce roman. J'ai même pris beaucoup de plaisir à le dévorer. Pascale Kramer décrit très bien l'état d'enfermement d'Alissa. Elle a l'art d'instiller ce mal-être chez son lecteur en un style à l'aspect simple, mais qui, en fait, est très travaillé.

Notre héroïne se sent prisonnière d'une vie qu'elle n'a pas vraiment choisie. On pourrait dire qu'elle fait une dépression postnatale, mais cela va plus loin que ça, car elle remet tout en question, se rendant compte qu'elle a épousé Richard pour de mauvaises raisons, comme par exemple, le regard de la société, l'envie d'être celle qui a quelqu'un, qui est aimée, qui a une situation; mais peut-être aussi une espèce de jalousie compliquée d'un besoin de reconnaissance par sa mère.
Alissa aime sa fille, mais Una fait partie de ce qui constitue la prison de la jeune femme.

Alissa ne parvient pas à communiquer son mal-être, elle ne peut s'exprimer auprès de Richard et de ses parents. Elle tente bien d'en parler à sa mère, mais tout est faussé à cause du grand changement que celle-ci connaît. Cette incompréhension entre la jeune femme et ses proches est, pour moi, cristallisée dans la scène où elle «mange» de la crème chantilly. Elle s'en «injecte» deux grandes lampées à l'aide de la bombe. C'est un geste de détresse muette. Et Richard y voit un amusement, une invitation à batifoler. D'une manière générale, la boulimie de sucre d'Alissa, qui, bien sûr, ne la satisfait pas, est la manifestation extérieur de sa dépression, et elle en est parfaitement consciente.
Entre son changement de statut, son déménagement, et ses parents qui se séparent, Alissa est en train de se rendre compte que toute sa vie est construite sur du faux-semblant, sur un mensonge, sur du paraître, et cela la paralyse, l'enfonce dans un brouillard de désespoir.

Un autre personnage symbolise le mal-être: Jim. La petite cérémonie organisée pour lui, vue à travers les yeux d'Alissa, est assez pitoyable. On dirait que personne ne sait agir normalement avec Jim, comme si l'infirmité mettait tous ces gens bien pensants mal à l'aise. Alissa n'agit pas mieux, mais au moins, elle n'est pas aussi hypocrite, elle n'essaie pas d'être en paix avec sa conscience en agissant comme la société le voudrait. Sa nouvelle situation et son cheminement intérieur font qu'elle vit à côté des autres, et non avec eux.

Il n'y a aucune longueur. Tout ce qui est décrit a son importance. C'est un roman court et dense, réaliste, et «implacable». Un roman qui démonte subtilement certains mécanismes de la société, mettant en avant leur ineptie.
Je ne sais toujours pas quoi penser de la fin. Que montre-t-elle exactement? J'ai bien quelques idées, mais je ne les développerai pas ici, pour ne pas trop en dévoiler.

Éditeur: Mercure de France.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice dont la voix, en plus d'être douce, est empreinte d'une certaine classe. En outre, à l'instar des lecteurs que j'affectionne, elle ne surjoue jamais, adopte le ton qu'il faut quand il faut, et a une bonne diction.

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lundi, 15 janvier 2007

Appelez-moi Li Lou, de Cynthia Sardou.

Appelez moi Li Lou

L'ouvrage:
Cynthia Sardou, l'une des filles de Michel Sardou, raconte certains pans de sa vie. Elle nous parle de sa naissance, en décembre 1973. Le fait qu'elle soit une fille déçut fort son père, et précipita la rupture du couple que formaient ses parents.
Son beau-père la maltraita, et sa mère ne s'y opposa jamais.
Seules, sa marraine, et sa grand-mère, Jackie Sardou, lui témoignèrent un réel attachement.

Puis un jour de 1999, Cynthia perd l'équilibre fragile qu'elle avait réussi à acquérir. Elle est agressée dans un parking, et violée par trois hommes. Elle ne pourra jamais oublier cela.

Critique:
Je pourrais faire à Cynthia Sardou le reproche que j'ai fait à Charlotte Valandrey, (reproche que je ne suis pas allée formuler dans les commentaires de la critique sus citée), et à Mazarine Pingeot. Mon reproche était quelque chose du genre: ces personnes publient des livres et sont lues, parce qu'elles sont célèbres, ou, comme c'est le cas pour Cynthia Sardou, enfants de gens célèbres. Si elles s'appelaient monsieur ou madame Dupont, seraient-elles autant lues? Malgré ce petit reproche, les livres de Charlotte Valandrey et de Cynthia Sardou méritent qu'on s'y arrête. (Petite parenthèse: à mon avis, le "Premier roman" de Mazarine Pingeot, lui, ne mérite pas qu'on s'y arrête. Il m'a semblé tellement vide que je n'ai pas essayé de lire d'autres livres d'elle.)

Cynthia raconte des choses terribles. Elle fait le portrait d'un Michel Sardou au caractère insaisissable, un homme qui, après l'agression de sa fille, ne trouve rien de mieux à lui dire que: "Tu sais ce qu'il te reste à faire.", signifiant par là qu'elle doit oublier tout cela au plus vite, et redresser la tête. Bien sûr, il faut essayer de vivre avec un tel traumatisme, et ne pas se laisser abattre, mais ce n'est peut-être pas la première chose qu'on a envie d'entendre.
D'autre part, il ose comparer la rude épreuve qu'a été le procès des agresseurs de Cynthia pour celle-ci à un procès engagé contre une maison de disques.
D'un autre côté, il peut se montrer aimant. Lorsque Cynthia l'appelle, en larmes, à bout de nerfs, et lui dit qu'elle a été agressée, il se précipite à l'hôpital, a un accident sur le trajet, accident dont il ressort la mâchoire à moitié cassée, et se précipite pour voir sa fille, sans se préoccuper de sa propre fracture.
En gros, on ne sait jamais sur quel pied danser, en ce qui le concerne, si l'on en croit Cynthia.

Elle parle également de Jackie Sardou qu'elle présente comme quelqu'un de pétillant, de dynamique, de toujours prêt à rire.

Le lecteur compatit lorsqu'il lit l'enfance solitaire de Cynthia, la façon dont son beau-père la traite...
Lorsqu'elle raconte son agression, elle n'épargne aucun détail au lecteur. Cela nous montre le calvaire qu'elle a vécu dans toute son horreur. Et si le lecteur frémit à ce récit, il faut imaginer qu'elle a subi tout cela, qu'elle devra vivre avec le reste de sa vie.

Cynthia est une battante. Malgré les embûches et cette agression qui jalonnèrent sa vie, elle parvient à s'en sortir. Ce qu'elle raconte est une belle leçon de courage. L'esprit de sa grand-mère la suit tout au long de sa vie. Parfois, c'est le souvenir de Jackie Sardou qui la fait avancer. Et la lettre que lui écrit sa mère, lorsqu'elle est aux Etats-Unis est un moment très émouvant. Donc, même si je continue à dire que c'est facile d'écrire un livre sur sa vie lorsqu'on est connu, je pense que ce livre vaut la peine qu'on s'y attarde. Il peut redonner espoir et courage. Je vous le conseille donc.

Éditeur: éditions du Rocher.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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